CHAPITRE DIX-\ELVIKMK. S
posa imprudemment le pied sur un sol craquant de tontes parts.
La France 9 violemment arrachée aux élreinfes de la révolution par une main ferme et une volonté de fer, venait de prendre une position qui devait être inaugurée par un coup d'éclat prouvant aux incrédules que sous la cocarde blanche ou tricolore, royaliste, républicaine ou impériale , elle était encore , malgré ses trêves dans le repos et ses luttes dans les expériences politiques, le premier soldat du monde.
Depuis la chute du premier empire la France avait un
gros compte à régler Sans faire la part de vingt-cinq
années tenant dans l'histoire du monde la place d'un siècle de fabuleuse puissance et de gloire gigantesque , l'Europe lui contestait le rang suprême que lui assuraient quatorze autres siècles de splendeur. Elle attendait l'occasion de le revendiquer, en prouvant à l'Europe que la somnolence qu'elle prenait pour la léthargie n'était de la part de la France que le recueillement en elle-même. Comme le sommeil du lion, celui des grandes nations se révèle par des symptômes de force et de grandeur.
La France, saignante encore des blessures de 1815, relevait un trône en Espagne et trouvait dans les ruines de la Casauba les fondements de sa conquête africaine; la France , en proie aux horreurs de la guerre civile et tourmentée par les rêves du socialisme, rendait avec son épée les clefs de saint Pierre enlevées aux mains de l'immortel Pie IX. La France de Charles X, la France républicaine, était toujours la France de Charlemagne, de Louis XIV et de Napoléon. Ce dernier nom fut le talisman qui la tira du sommeil que l'Europe prenait pour la mort. Celui qui lui adjoignit le chiffre III, source de terreurs pour Nicolas, comprit que le jour était venu de Tom II- i9
faire servir au profit de son système les avantages que lui offraient la situation et les instincts d*un peuple amoureux de là gloire et de Tbonneiir national. Dans la lotte européenne qui se préparait , il comprit qu'il était temps de reconquérir à la France ses anciens titres et son influence première dans la famille des souverains. Sous les ombrages de Folivier dont il abritait son naissant empire, il faisait luire aux yeux de la France Pépée nue d'Ansterlitz et de Wagram; car il savait tout ce que la vue de cette épée ferait vibrer de fibres dans le cœnr de ia France ; il savait qu'il lui suffirait d'imposer ses couleurs à l'honneur national pour que ce sentiment, s'identifiant avec elles y n'eût plus la volonté de renier une certaine solidarité avec son pouvoir. La guerre était donc nonseulement pour Louis*Napoléon un moyen politique, c'était encore le creuset le mieux approprié au système qu'il voulait établir sur les instincts de la gloire et da patriotisme français. Il n'avait point cherché la guerre , il avait même employé ses efforts pour la prévenir, mais il l'accepta résolument.
Quant aux motifs de cette guerre en elle-même, la position de l'Angleterre était bien différente de celle de la France : les idées de gloire et d'honneur, de prestiges à reconquérir, s'effaçaient à ses yeux devant les intérêts mercantiles de sa royauté de comptoir. La questioo d'Orient pour elle était complexe; ce qu'elle redoutait, c'était moins la marche des armées russes sur Constantinople qu'une étape de plus sur la route des Iodes. En effet, depuis longtemps le cabinet de Saint-James suivait avec un effroi légitimé, il faut l'avouer, le développement progressif de ce qu'on est convenu d'appeler le colosse du Nord, plantant chaque année un nouveau jalon sur le grand chemin qui conduit vers l'Asie centrale.