‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 271 sur 331 · CHAPITRE DIX-XEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-XEUVIEME

appuyées au besoin par les mesures énergiques dont il pourrait disposer, sans marcher ostensiblement sous les drapeaux de ses alliés, pour être persuadé que le jour où la lumière jaillirait de ce chaos politique une paix sauvegarderait l'honneur de la Russie, et donnerait la sanction d'un fait accompli à Taffranchissement des bouches du Danube et des Principautés, et à la destruction de la flotte moscovite dans la mer Noire.

Cette politique habile avait pour l'Autriche le double avantage de la soustraire aux sacriGces de la guerre active tout en lui en assurant les bénéfices les plus clairs. Dans cette grave question , la politique de la Prusse ne pouvait s'expliquer que par les affinités de famille qui l'unissaient à l'empereur Nicolas.

Par ces raisons, la guerre était imminente, inévitable. Restait cependant un dernier espoir : l'empereur Napoléon , ne voulant pas engager la lutte sans avoir épuisé tous les moyens de conciliation, prit l'initiative d'une démarche personnelle auprès de l'empereur Nicolas. Le 29 janvier 1854, il lui écrivit la lettre suivante :

c Palais des Tuileri<*s, 29 janvier 1854.

» Sire,

» Le différend qui s'est élevé entre Votre Majesté et la Porte Ottomane en est venu à un tel point de gravité que je crois devoir expliquer moi-même directement à Votre Majesté la part que la France a prise dans cette question, et les moyens que j'entrevois d'écarter les dangers qui menacent le repos de l'Europe.

» La note que Votre Majesté vient de faire remettre à mon gouvernement et à celui de la reine Victoria tend à établir que le système de pression adopté dès le début

par les deux puissances maritimes a seul envenimé la question. Elle aurait, au contraire, ce me semble, continué à demeurer une question de cabinet si Toccupalion des Principautés ne Tavait transportée tout à coup du domaine de la discussion dans celui des faits; cependant, les troupes de Votre Majesté une fois entrées en Valachie, nous n'en avons pas moins engagé la Porte à ne pas considérer cette occupation comme un cas de guerre, témoignant ainsi notre extrême désir de conciliation.

» Après m'être concerté avec l'Angleterre , l'Autrldie et la Prusse, j'ai proposé à Votre Majesté une note destinée à donner une satisfaction commune : Votre Majesté l'a acceptée; mais à peine étions-nous avertis de cette bonne nouvelle, que son ministre, par des commentaires explicatifs, en détruisait tout l'effet conciliant et nous empêchait d'insister à Constantinople sur son adoplicm pure et simple. De son côté , la Porte avait proposé an projet de note des modifications que les quatre puissances représentées à Vienne ne trouvèrent pas inacceptables ; elles n'ont pas eu l'agrément de Votre Majesté. Alors la Porte, blessée dans sa dignité, menacée dans son indépendance , obérée par les efforts déjà faits pour opposer une armée à celle de Votre Majesté, a mieux aimé déclarer la guerre que de rester dans cet état d'incertitude et d'abaissement. Elle avait réclamé notre appui, et sa cause nous paraissait juste : les escadres française et anglaise reçurent Tordre de mouiller dans le Bosphore. Notre attitude vis-à-vis de la Turquie était protectrice, mais passive; nous ne l'encouragions pas à la guerre : nous faisions sans cesse parvenir aux oreilles du Sultan des conseils de paix et de modération^ persuadés que c'était le moyen d'arriver à un accord, et les

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