‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 273 sur 331 · CHAPITRE DIX-NEDVIÉlfE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEDVIÉlfE

ambassadeur qui négocierait avec un plénipotentiaire du Sultan une convention qui serait soumise à la conférence des quatre puissances. Que Votre Majesté adopte ce plan , sur lequel la reine d'Angleterre et moi sommes parfaitement d'accord : la tranquillité est rétablie et le monde satisfait. Rien, en effet , dans ce plan, qui ne soit digne de Votre Majesté , rien qui puisse blesser son honneur. Mais si , par un motif difficile à comprendre , Votre Majesté opposait un refus , alors la France , comme l'Angleterre , serait obligée de laisser au sort des armes et aux hasards de la guerre ce qui pourrait être décidé aujourd'hui par la raison et par la justice.

» Que Votre Majesté ne pense pas que la moindre animosité puisse entrer dans mon cœur; il n'éprouve d'autres sentiments que ceux exprimés par Votre Majesté elle-même dans sa lettre du 17 janvier 1853, lorsqu'elle m'écrivait : a Nos relations doivent être sincèrement » amicales, reposer sur les mêmes intentions : maintien Ti de l'ordre , amour de la paix , respect aux traités et » bienveillance réciproque. » Ce programme est digne du souverain qui le traçait, et, j'ose l'affirmer, j'y suis resté fidèle.

» Je prie Votre Majesté de croire à la sincérité de mes sentiments , et c'est dans ces sentiments que je suis , Sire ,

n De Votre Majesté le bon ami ,

n Napoléon. »

Il fallait quinze jours au moins avant qu'on pût rece* voir une réponse à cette lettre; jusque-là la guerre était suspendue à cette réponse, qui, écrite à la date du 28 janvier-9 février, ne fut connue à Paris que le 18.... Elle enlevait tout espoir à une solution pacifique, elle

Teorermait soub la froide politesse des formes, soas la modération calculée des expressions , nne véritaUe déclaration de guerre. La voici textuellement :

c Samt-PétenboBTg , Î8 jaaner-O férrier 1851^.

y> SlAE,

9 Je ne saurais mieux répondre à Votre Majesté qu'en répétant, puisqu'elles m'appartiennent, les paroles par lesquelles sa lettre se termine : « Nos relations doÎFeot » être sincèrement amicales et reposer sur les mêmes » intentions : maintien de l'ordre, amour de la paix, " respect aux traités et bienveillance réciproque. »

3» En acceptant, dit-elle, ce pr«^[ramme tel que je l'ai tracé, elle affirme y être restée fidèle« J'ose croire, et ma conscience me le dit, que je ne m'en sois point écarté, car dans l'a&ire qui nous divise, et dont l'origine ne vient pas de moi , j'ai toujours cherché à maintenir des relations amicales avec la France ; j'ai toujours évité avec le plus grand soin de me rencontrer sur ce terrain avec les intérêts de la religion que Votre Majesté professe.

V J'ai fait au maintien de la paix tontes les concessions de forme et de fond que mon honneur tne rendait possibles, et en réclamant pour mes coreligionnaires en Turquie la confirmation des droits et privilèges qui leur ont été acquis depuis longtemps par le sang russe , je n'ai demandé autre chose que ce qui découlait des traités. Si la Porte avait été laissée à elle*méme, le différend qui tient en suspens l'Entope eût été depuis longtemps aplani. Une influence £atale est seule venue se jeter à la traverse. En provoquant des soupçons gratuits, en exaltant le fanatisme des Turcs, en égarant

CHAPITBE DIX-NEUVIÉHE. 29»

\emt gOQveraemeBt sur mes intentions et la véritalile portée de mes demandes, elie a fait prendre à la question des proportions si exagérées que la guerre a dft en sortir.

9 Votre Majesté me permettra de ne point m'éteadre trop en détail sur les circonstances opposées à son point de vue particulier dont sa lettre présente renchainement. Plusieurs actes de ma part peu exactement appréciés , selon moi, et plus d'un fait interverti, nécessiteraient, pour être rétablis tels qu'au moins je les conçois, de longs développements qui ne sont guère propres à entrer dai» une correspondance de souverain à souverain. C'est ainsi que Votre Majesté attribue à l'occupation des Principautés le tort d'avoir subitement transporté la question du domaino de la discussion dans celui des faits; maïs die perd de vue que cette occupation , purement éventuelle encore, a été devancée et en grande partie amenée par un fait antérieur fort grave, celui de l'apparition des ilottes combinées dans le voisinage des Dardanelles, ootre que déjà bien auparavant, quand l'Angleterre hésitait encore à prendre contre la Russie une attitude comminatoire. Votre Majesté avait la première envoyé sa flotte à Salamine.

« Cette démonstration blessante annonçait certes peu de confiance en moi. Elle devait encourager les Turcs et paralyser d'avance le succès des négociations en leur montrant la France et l'Angleterre prêtes à soutenir leur cause à tout événement. C'est encore ainsi que Votre Mijesté attribue aux commentaires explicatifs de mon cabinet sur la note de Vienne l'impossibilité où la France et l'Angleterre se sont trouvées d'en recomaunder Fadoption à la Porte; mais Votre Majesté peut se rappeler que nos commentaires ont suivi et non précédé la non^aecep-

tation pure et simple de la note, et je crois que les puissances, pour peu qu'elles voulussent sérieusement la paix y étaient tenues à réclamer d*emblée cette adoption pure et simple , au lieu de permettre à la Porte de modifier ce que nous avions adopté sans changement D'ailleurs, si quelque point de nos commentaires avait pu donner matière à difficulté, j'en ai offert, à Olmiitz, une solution satisfaisante, qui a paru telle à TAutriche et à la Prusse. Malheureusement, dans l'intervalle, une partie de la flotte anglo-française était déjà entrée dans les Dardanelles sous prétexte d'y protéger la vie et la propriété des nationaux anglais et français , et pour Ty faire entrer tout entière sans violer le traité de 1841, U a fallu que la guerre nous fût déclarée par le gouvernement ottoman.

» Mon opinion est que si la France et l'Angleterre avaient voulu la paix comme moi, elles auraient dû empêcher à tout prix cette déclaration de guerre, ou, la guerre une fois déclarée, faire au moins en sorte qu'elle restât dans les limites étroites que je désirais lui tracer sur le Danube, afin que je ne fusse pas arraché de force au système purement défensif que je voulais suivre. Mais du moment qu'on a permis aux Turcs d'attaquer notre territoire asiatique, d'enlever un de nos postesfrontières même avant le terme fixé pour l'ouverture des hostilités , de bloquer Akhaltsykh et de ravager la province d'Arménie; du moment qu'on a laissé la flotte turque libre de porter des troupes , des armes et des munitions sur nos côtes, pouvait-on raisonnablement espérer que nous attendrions patiemment le résultat d'une pareille tentative? Ne devait-on pas supposer que nous ferions tout pour la prévenir? L'affaire de Sinope s'en est suivie , elle a été la conséquence forcée de l'attitude

Page 1