‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 274 sur 331 · CHAPITRE DIX-\EUVIÈME. :iOi · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-\EUVIÈME. :iOi

adoptée par les deax puissances , et révénement ne pouvait certes leur paraître inattendu.

» J'avais déclaré vouloir rester sur la défensive , mais avant l'explosion de la guerre, tant que mon honneur et mes intérêts me le permettraient, tant qu'elle resterait dans de certaines bornes. A-t-on fait ce qu'il fallait pour que ces bornes ne fussent pas dépassées? Si le rôle de spectateur ou de médiateur même ne suffisait pas à Votre Majesté, ou qu'elle voulût se faire l'auxiliaire armé de mes ennemis, alors, Sire, ileût été plus loyal et plus digne d'elle de me le dire franchement d'avance en me déclarant la guerre; chacun alors eût connu son rôle. Mais nous faire un crime après coup de ce qu'on n'a rien fait pour empêcher, est-ce un procédé équitable? Si les coups de canon de Sinope ont retenti douloureusement dans le cœur de tous ceux qui, en France et en Angleterre, ont le vif sentiment de la dignité nationale, Votre Majesté pense-t-elle que la présence menaçante à l'entrée du Bosphore des (rois mille bouches à feu dont elle parle et le bruit de leur entrée dans la mer Noire soient des faits restés sans écho dans le cœur de la nation dont j'ai à défendre l'honneur? J'apprends d'elle pour la première fois (car les déclarations verbales qu'on m'a faites ici ne m'en avaient encore rien dit) que, tout en protégeant le ravitaillement des troupes turques sur leur propre territoire, les deux puissances ont résolu de nous interdire ht navigation de la mer Noire, c'est-à-dire apparemment le droit de ravitailler nos propres côtes.

n Je laisse à penser à Votre Majesté si c'est là, comme elle le dit , faciliter la conclusion de la paix , et si , dans l'alternative qu'on me pose , il m'est permis de discuter, d'examiner même un moment ses propositions d'armistice, d'évacuation immédiate des Principautés, et de

négocier avec la Porte une convention qui serait soumise a une conférence des quatre cours. Vous-même, Sire, si vous étiez à ma place, accepteriez -vous une pareille position? Votre sentiment national pourrait-il vous le permettre ? Je répondrai hardiment : Non. Accordei-moi donc à mon tour le droit de penser comme vous-oiéme Quoi que Votre Majesté décide , ce n'est pas devant la menace que Ton me verra reculer; ma confiance est en Dieu et dans mon droit, et la Russie, j'eii suis garant, saura se nciontrer en 1854 ce qu'elle fnt en 1812.

> Si toutefois Votre Majesté , moins indifférente à mon hraneur, en revient franchement à notre programme, si elle me fend une main cordiale comme je la lui tends en ce dernier moment, j'oublierai volontiers ce que le passé peut avoir eu de blessant pour moi. Alors , Sire , mais alors seulement j nous pourrons discuter et peutêtre nous entendre. Que sa flotte se borne à empêcher les Turcs de porter de nouvelles forces sur le théâtre de la guerre, je promets volontiers qu'ils n'auront rien à craindre de mes tentatives; qu'ils m'envoient un négo-' ciateur, je l'accueillerai comme il convient Mes conditions sont connues à Vienne; c'est la seule base sur laquelle il me convient de discuter.

» Je [H-ie Votre Majesté de croire k la sincérité des sentiments avec lesquels je suis, Sire,

» De Votre Majesté le bon ami ,

» Nicolas. »

La publication de cette réponse et celle de la lettre qui l'avait motivée détruisirent les dernières espérances que l'on avait mises dans la sagesse du cabinet de Saint- Pétersbourg. L'empereur Nicolas, fatalement inspiré par le génie de l'orgueil^ allait ouvrir la. carrière aux pas-

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