‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 275 sur 331 · CHAPITRE DIX-\EUVIEHË · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-\EUVIEHË

sions ardentes que sa main avait contenues jusque-là avec tant de prudence et de modération. La rupinre diplomatique était cmnplète.: une dépêche de lord Glarendon donna Tordre à sir Hamilton Seymour de quitter immédiatement Saint-Pétersbourg avec toute sa légation; le marquis de Casteli>ajac reçut en même temps un ordre semblable. L'attitude de la chancellerie russe à cette occasion fut significative ; on remarqua que le ressentiment du Cxar portait principalement sur l'Angleterre, qui j à l'origine , avait eu la grosse part de ses caresses. N'ayant pu diviser la France et l'Angleterre sur le terrain de leurs intérêts communs, Nicolas essaya de réveiller entre ces deux puissances les instincts des susceptibilités jalouses qui s'effaçaient devant l'accomplissement d'un grand devoir.

Notification fut faite d'une manière assez leste au ministre anglais que, ses passe-ports étant prêts, il pouvait partir; les procédés dont on usa envers le ministre de la France furent moins expéditifs. Mais cette différence d'action avait été prévue à Paris; le gouvernement français déclina pour son représentant cette inégalité de procédés dans une cause qui réunissait dans une étroite solidarité les deux grandes puissances maritimes.

Lorsque sir Hamilton Seymour prit congé de l'empereur Nicolas , celui-ci , conservant jusqu'à la fin le ton de gracieuse déférence que dans tous ses rapports il avait eu pour la reine Victoria , chargea son ministre de lui présenter avec l'expression de ses regrets l'hommage de ses sentiments d'élite; puis au moment où le ministre britannique se disposait à se retirer, il lui dit avec une froide arrogance :

a Comptes, je vous prie, combien j'ai de boutons à mon uniforme.

— Pourquoi cela, Sire? répliqua sir Hamilton Seymour.

— Je vous le dirai quand vous aurez compté.

— Douze , Sire.

— Eh bien , vous direz à votre reine que chacan de ces boutons représente deux cent mille hommes.»

Entre les derniers jours de février, marqués par l'abandon de tout espoir de solution pacifique, et les derniers jours de mars, signalés par la déclaration de guerre, ce ne fut qu'une longue série de récrimioalions, de préparatifs militaires et de belliqueuses proclamations. Le lendemain même du jour où le Moniieur français constatait l'impuissance des négociations et la rigoureuse nécessité d'en appeler au sort des armes, l'empereur Nicolas, brûlant ses vaisseaux en attendant qu'il noyât sa flotte de Sébastopol , lança un manifeste habilement calculé pour feindre la modération aux yeux des puissances étrangères et pour enflammer le fanatisme religieux des peuples russes. Exhumant du linceul de l'histoire , sur lequel une armée de héros brisés par les éléments, mais non vaincus par les hommes, dormaient leur glorieux sommeil , il rappelait dans ce langage mystique les fastes mémorables de 1812 :

« Nous avons déjà fait connailre à Nos bien-aimés et fidèles sujets les motifs de Nos différends avec la Porte Ottomane.

» Depuis lors, malgré le commencement des opérations militaires. Nous n'avons pas cessé de désirer sincèrement , comme Nous désirons encore aujourd'hui , le rétablissement de la paix. Nous avons même nourri l'espoir que le temps et la réflexion convaincront le gouvernement turc de son erreur, provoquée et soutenue par

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