‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 276 sur 331 · CHAPITRE DIX*NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX*NEUVIÈME

les intrigues astucieuses qui représentaient nos justes exigences y fondées sur les traités, comme des actes attentatoires à son indépendance et cachant des desseins sur son intégrité.

y> Les gouvernements français et anglais ont pris fait et cause pour ia Turquie, et l'apparition des flottes combinées à Gonstantinople a encouragé plus encore la Porte dans son entêtement.

s Enfin., les deux puissances occidentales, sans déela* ration de guerre préalable, ont fait entrer leur flotte dans la mer Noire en aflichaht leur intenticm de défendre les Turcs et d'empêcher Notre flotte militaire de naviguer librement pour la défense de ses propres côtes.

3» Après une conduite pareille , sans exemple parmi les nations civilisée». Nous avons rappelé Nos ambassades de France et d'Angleterre, et Nous avons rompu Nos relations politiques avec ces deux Etats.

» Ainsi donc l'Angleterre et la France se placent à côté des ennemis de la chrétienté et contre la Russie, qui combat pour l'orthodoxie!

9 Mais la Russie ne faillira pas à sa mission t et si ses ennemis attaquaient son territoire, Nous sommes prêts h les recevoir avec la fermeté que Nos ancêtres Noos ont léguée. Est-ce que nous ne sommes plus le même peuple dont Tannée 1812 témoigne les hauts faits! Que le Tout-Puissant nous offre l'occasion de le prouver! C'est dans cette pensée que nous allons combattre pour nos frères opprimés et qui professent la foi du Christ.

» Unissons nos cœurs, et de la voix la plus forte de la Russie écrions-nous :

y^Dammej Sahaiornoiter^ quem tirnebimus? Exsurgai Hen», et dimpentur inimici ejuê.

TOMK II. îo

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y> Seigoeur, notre Sauveur, que redouterons-nous? » Que Dieu se lève , et ses ennemis seront dispersés. 9

Le 27 février, les cabinets de Faris et de Londres expédièrent deux dépêches identiques, contenant sommation formelle au Czar d'ordonner dans les six jours qui suivraient la réception de cette communication , l'évacuation des principautés danubiennes pour le 30 avril au plus tard. Le refus de l'Empereur de répondre on d'obtempérer à cette comoninicalion devait être considéré comme une déclaration de guerre.

Sur ces entrebites, l'une des phases les plus importantes de l'ère de haine et de rancune que le cabinet de Saint-Pétersbourg inaugurait contre l'Angleterre fnt la révélation officielle de la corresp<mdance secrète qui avait été échangée du 9 janvier au 16 avril 1853 entre Saint-Pétersbourg et Londres. Le cabinet rosse en prit l'initiative pour répondre aux accusations de fraude dont lord John Russell avait taxé sa pditique. Accusé à son tour de connivence, le cabinet britannique chercha k se justifier par la publication die cette correspondance, qui produfait ime si vive sensation en Europe. Le rôle insignifiant qu'on assignait dans cette grosse affivre à l'action de l'Autriche, le siience dédaigneux employé à l'égard de la Pmsse, devaient profondément Mesaer le sentiment natioDal de ces deux puissances. C*e9i ainsi que le gouveniement russe accumulait faute sur Ciufe, et justifiait d'une manière évidente pour tons l'attifode belliqueuse de la France et de l'Angleterre.

L'efiet de ces révélations fut trop grand pour que la Russie ne cherchât point à l'aflaibKr. En effet, le joornal français de Saint-Pétersbourg publia officielleBent le 13 avril cette justification de la diplomatie moscovite :

u Sans examiner jusqu'à quel point l'envoyé britaH

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nique avait pu se laisser, à sod propre insu, mfluencer par les impressioos et les préventions qui le dominent^ l'esprit de parti et de mauvaise foi n'a pas manqué de tirer de sa rehtion les conséquences les plus hasardées et les interprétations les plus fausses. S'emparant d'expressions dont le rapporteur lui-même avoue n'être pas toujours sur d'avoir bien retenu la teneur précise, abusant de quelques idées fugitives jetées au hasard dans la chaleur d'une conversation sans contrainte, on a voulu vcur dans les paroles de l'Empereur, teUes qu'elles ont été formulées, la preuve de projets d'avance arrêtés, d'arrangements territoriaux à l'égard de la Turquie, en un mot d'un plan de partage que Sa Majesté aurait proposé à l'Angleterre , sans la participation et à l'exclusioo des autres cours. T» Cependant, à plusieurs reprises, dans le cours de ses entretiens avec le représentant anglais, l'Empereur ne cesse de répéter qu'il ne veut conclure avec l'Angle^ terre ni traité ni protocole, qu'il n'est pas question d'un plan par lequel les deux cabinets disposeraient à l'insn et sans le eoncoors des autres puissances, des provinces régies par le Sultan, qu'il s'agit dans sa pensée d'une entente purement générale sur des éventualités que cba» cune des deux parties s'efforcera d'écarter autant qu'il sera possiUe, enfin d'un simple échange d'idées, d'une parole de genUthamme à engager de part et d'antre avec l'intention d'éviter ks combinaisons politiques qui se« raient contraires aux intérêts mutuels. Ces assurances se retrouvent consignées sous une forme et dans des termes non moins positifs dans le mémorandum que l'Empereur a fait rédiger par son cabinet, en réponse aux communicatioBs écrites que les rapports de sir IL Seymour avaient provoquées de la part du ministère britanoîque.

ÎO.

» Il est donc souverainement injuste, pour ne pas dire déloyal, de chercher dans le motif qui a porté l'Empereur à entamer avec l'Angleterre les pourparlers dont il s^agit, l'intention d'engager cette puissance à disposer d'avance avec lui des possessions turques. Rien n'a été pins loin des pensées de Sa Majesté , que l'idée d'un partage et d'un partage effectué par anticipation. Les regards de l'Empereur se portaient sur l'avenir, non sur le présrat. Ses vues étaient tout éventuelles. Le but de Sa Majesté a été seulement, en s'énonçant aussi franchement, de conjurer tout incident qui fût de nature à affecter l'intimité qu'elle voulait conserver à ses relations avec l'Angleterre , de prévenir tout différend , tout malentendu , toute espèce de divergence enfin, que des événements incertains, mais possibles, auraient amenés subitement entre la Grande-Bretagne et elle , s'ils avaient été laissés entièrement en dehors de leurs prévisions réciproques.

D Les deux cours ont pu différer d'opinion sur le plus ou moins d'imminence de la catastrophe à prévoir; mais pour le cas même de cette catastrophe, quelles ont été les vues de l'Empereur? Il a désavoué hautement pour lui-même tout désir ou intention de posséder Constantinople. Il a pris d'avance l'engagement de ne point s'y établir d'une manière permanente. Ce désaveu , cet engagement, les pièces de son cabinet les confirment. Conçoit-on dès lors qu'en face des déclarations verbales et écrites, si formelles, si obligatoires, les ministres anglais aient eu le courage d'accuser en plein parlement Sa Majesté de convoitise ambitieuse, de projets de conquête sur la capitale de l'empire ottoman? Un pareil oubli de la parole de l'Empereur, ajouté à celui de toutes convenances dans le langage qu'ils ont employé envers son auguste personne , était fait assurément pour auto-

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riscr le gouvernement impérial à adresser un appel direct à leur conscience y en se référant à des confidences qui attestent si évidemment le désintéressement et la pureté des vues politiques de Sa Majesté. »

Puis on cherchait à pallier l'importance de ces épanchemenis intimes adressés à une seule puissance à l'insu' des autres. Pour l'Autriche et pour la Prusse , on affirmait leur avoir rendu compte de ces propositions secrètes faites à l'Angleterre. Pour la France , on excipait de la froideur existant à cette époque entre les deux cours, et motivée par l'affaire des Lieux saints.

Le journal officiel terminait ainsi :

ce Non-seulement le caractère et le motif de ces ouvertures ont été volontairement méconnus et envenimés, mais encore on a cherché à s'en faire une arme en tentant de persuader aux autres puissances, que si l'Empereur à cette occasion s'était adressé plus particulièrement à l'Angleterre, c'est qu'il ne tenait aucun compte de leurs opinions ou de leurs intérêts. Nous nous contenterons de remarquer que les pourparlers dont il s'agit ont été portés confidentiellement à la connaissance des souverains de l'Autriche et de la Prusse; et pour ce qui concerne la France, il est essentiel de se souvenir que l'époque ou ils s'entamèrent , était celle précisément où cette puissance nous suscitait à Gonstantinople à propos des Lieux saints les difficultés qui successivement ont amené la crise actuelle, et où son ambassadeur en Turquie venait d'employer toute son autorité à y supplanter notre influence.

D Dans des circonstances pareilles, et plus tard au moment où la France faisait tout pour entraîner l'Angleterre dans une action hostile contre nous, il est assez naturel que l'Empereur n'ait pas cru opportun de mettre le ca-

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binet des Tuileries de moitié dans ses épanchemeDls intimes avec le gouvernement britannique, sans qa'on puisse pour cela prétendre qu'il eût l'intention d'ooe entente relative au sort de l'Orient, puisque, ainsi qu'on l'a vu, il ne s'agissait nullement d'un partage de la Turquie, pas même d'une transaction quelconque à conclure sons forme de protocole ou de traité, n

En même temps que paraissait cette pièce étrange, l'Autriche, interprète des sentiments de l'Allemagne, reconnaissait que la sommation faite par les puissances occidentales à la cour de Russie , était sinon conciliante par la forme , du moins fondée en droit. Le cabinet de Vienne avait adhéré et adhérait encore aux principes généraux posés par la France et par l'Angleterre.

Cependant, c'était sur l'Allemagne que l'empereur Nicolas comptait pour paralyser la guerre que les denx grands Etats de l'Occident se préparaient à lui faire. A cet effet , le comte Orloff reçut la mission d'aller faire à la cour de Vienne des ouvertures en ce sens. Ce sombre personnage, précédé, à tort sans doute, par une réputation sinistre, arriva à Vienne le 26 janvier, et au lieu d'aborder immédiatement la question, prenant le mystère pour de l'habileté, il s'enferma dans une affectation de roideur de matamore qui ne lui ramena nullement les esprits prévenus et impatients de connaître le secret de sa mission. Quoi qu'il en soit, an moment ou le comte Orloff sortait de son silence , arriva à Vienne le eontre*projet que le gouvernement de Saint-Pétersbourg croyait pouvoir substituer aux dernières propositions fonnnlées à Constantinople et admises par la conférence de Vienne, le 13 janvier. Ce contre -projet (ut repoussé par les représentants des quatre puissances. Le comte de Buol-Schaoestetn demanda à la Russie, s'offrant de

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