CHAPITRE DIX-XEUVIÈUE
garantir la neutralité qu'elle lui conaeillaît, si elle maintiendrait rengagement qu'elle avait pris de ne point franchir le Danube, de respecter l'intégrité de l'empire ottoman y et d'évacuer les principautés daaubiemies. Le comte Orloff refusant de s'expliquer sur ces trois points, on put de ce moment considérer sa mission comme avortée. L'empereur Nicolas ayant persisté dans la plupart des exigences qu'il avait précédemment formulées, la conférence de Vienne repoussa, le 5 mars, les nouvelles propositions qui lui furent transmises àe Saint-Pétersbourg,
En présence des préparatifs de guerre que les deux puissances poussaient avec une activité qui faisait entrevoir l'énergie de la lutte, l'Autriche et la Prusse proclamèrent le 9 avril, dans la conférence de Vienne, que l'état de guerre déclaré par la France et la Grande-Bretagne ne changerait en rien leurs neianières de voir smr les principes qui devaient présider aux négociations futures. La Russie répondit à ce protocole en faisant franckir le Danube par son armée , qui s'établit sans obstacles dans la Dobrutscka, à l'extrémité nord de la Bulgarie.
Le but des troupes russes en manœuvrant ainsi était de faire de la Dobrutscha le centre de leurs nsu>uvements et de s'y fortifier par l'occupation successive des places qui s'y rattachaient Elles commencèrent leurs opérations de ce côté par le siège de Silislrie , qui sut se défendre avec d'autant plus de succès que l'armée assiégeante était commandée par le plus éminent bomme de guerre de la Russie, le prince Paskevitch, qui fut blessé ainsi que les principaux officiers généraux sous ses ordres. Cet échec porta un coup terrible au prestige militaire qui depuis si longtemps entourait les armes moscovites.
De part et d'autre les partis , prêts à entrer en lotte, faisaient des efforts inouïs. En Russie, les populations fanatisées par la pensée que la religion orthodoxe se trouvait menacée, entouraient avec enthousiasoie le trône de leur souverain* l'armée, le peuple, la noblesse, la jeunesse des écoles, toutes les classes de la famille moscovite couraient aux armes avec un élan admirable de dévouement et de patriotisme. La croix grecque dans le cœur, l'épée à la main, prêts à verser leur dernier écu et la dernière goutte de leur sang sur l'autel de la patrie, tous, évoquant les mânes de leurs pères, brûlaient du désir de joindre de nouveaux lauriers aux victoires remportées par l'hiver de 1812.
L'Angleterre, stimulée par l'opinion puhlique, équipait en toute bâte une armée de vingt-cinq mille hommes placés sous le commandement d'un vétéran des armées britanniques , lord Raglan , qui avait guerroyé sons le duc de Wellington et perdu un bras à Waterloo. Les plus beaux noms de l'aristocratie anglaise lui furent adjoints dans divers commandements.
De même en France, les préparatifs belliqueux se poursuivaient avec un admirable entrain; l'armée offrait ses cadres à une volonté unique, énergique, entièrement affranchie des entraves des chambres et des parlements : cinquante mille hommes, formant ensemble trois divisions, furent dirigés sur les ports de la Méditerranée ou empruntés à ces vaillantes troupes qui sous le soleil d^feu de la terre africaine avaient produit une pépinière de soldats éprouvés et de chefs habiles. Le maréchal de Saint-Arnaud en prit le commandement, e| adressa le 29 mars la proclamation suivante aux troupes de l'Algérie destinées à s'embarquer pour l'Orient :