‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 279 sur 331 · CHAPITRE DIX-X'ELVIËME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-X'ELVIËME

lesquels il comptait poor opérer une diversion en faveur de ses armées , avaient bien fait un mouvement sur les frontières helléniques, mais leur insurrection n'avait abouti qu'à resserrer plus étroitement la ceinture de fer qui entourait la Russie de toutes parts. Les Anglo-Français dictaient des lois an Pirée.

N'importe; au milieu de son isolement l'empereur Nicolas contemplait son œuvre avec un inflexible orgueil. Abandonné par l'Europe entière y il mesurait avec son épée la carte de son immense empire , et il se disait : 11 me suffira de le presser sous ma main pour en faire jaillir d'innombrables armées. Fort de ces assurances problématiques, il était décidé à ne rien cédar de ses prétentions ; prêt à perdre la haute position que vingtcinq ans de succès et d^habileté lui avaient faite , il se réjouissait en quelque sorte de mesurer sa force à celle <les deux grandes puissances occidentales. D'ailleurs , il s'était trop avancé pour songer à la retraite. Entre la Q>enace et la réparation , il avait de ses propres mains creusé un abime que cent mille cadavres ne suffiraient point à combler; il ne pouvait désormais poser devant M peuples y devant l'Europe , devant l'histoire , comme ^le faisait depuis le 14-26 décembre 1825, qu'en leur prouvant les armes à la main qu'il avait eu raison de Méfier l'Occident. La guerre était devenue pour lui une question d'amour-pn^re : or, avec cette question il ^'avait jamais transigé. Il s'était jeté dans une partie ^préme où, d'un côté, il jouait la dignité de sa per- ^luie , et de l'autre l'avenir de son empire.

Malgré la prise rapide de Bomarsund et des îles d'Aland , il n'avait jamais pu croire à la possibilité d'Qn débarquement en Crimée. « Les Français n'oseront P^8..« ]) disait-il. Et il ajoutait : a Dans tous les cas, un

Russe sur un champ de bataille vaut deux Français; je connais mon armée. »

Le prince Ménschikoff, qui commandait son armée et n'avait pu s'opposer au débarquement des troupes alliées, sans partager entièrement cette opinion , se croyait cependant en mesure de soutenir victorieusement la lutte; aussi la veille même de la bataille de TAlma écrivait-il à son souverain : » Dans les positions inexpugnables que j'ai prises, je me &is fort de repousser les généraux alliés, eussent-ils deux cent mille hommes sous les drapeaux, v Le lendemain il perdit la bataille et laissa la route de Sébastopol ouverte et jonchée de ses morts et de ses blessés. Si les conseils de la prudence , que les conducteurs des armées doivent toujours suivre sur un échiquier inconnu, n'eussent prévalu sur les dispositions plus décidées du maréchal de Saint-Arnaud, Sébastopol tombait le jour même en son pouvoir '.

Il n'entre pas dans notre plan de joindre à celle de l'empereur Nicolas l'histoire de la guerre qui si longtemps a fixé l'attention de l'Europe; cette question est trop immense pour être traitée en partie double. Nous avons dû cependant, pour l'intelligence des faits, pour bien faire apprécier la phase nouvelle de la vie de Nicolas , entrer dans les développements que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur. Nous avons fait avec indépendance et impartialité la part des fautes et celle des entraînements, sans excuser les unes , sans chercher à justifier les autres. Notre tache désormais sera plus facile. Nous allons retrouver au chapitre suivant l'empe-

^ Un grand nombre d'ofiOcicn nisseï , plnsican gënëranx enire totrcs, qui se trouvaient à cette époque en Crimée , nous ont alïinné que deux régiments français seraient entrés , ce jour-là , tambour battant et eosei^et déployées à Sébutopol.

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