‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 285 sur 331 · CHAPITRE VINGTIÈME. 3S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME. 3S

lointaines de l'océan Pacifique. Grâce au Très-Haut, ils rencontrent partout, et dans nos troupes et dans les habitants de toutes les classes , des adversaires intrépides, animés par leur amour pour Nous et pour la patrie; et, à Notre consolation dans ces circonstances orageuses, au milieu des calamités inséparables de la guerre , Nous voyons se produire sans cesse des exemples éclatants et des preuves de ce sentiment, aussi bien que du courage qu'il inspire. Telles sont les défaites plus d'une fois infligées, malgré une grande disparité de forces, aux troupes ennemies au delà du Caucase; telle est la lutte inégale soutenue avec «uccès par les défenseurs des côtes de la Finlande, du couvent de Solovetsky et du port de Pétropavlovsk, au Kamtchatka; telle est surtout l'héroïque défense de Sébastopol , signalée par tant d'exploits d'un courage invincible, d'une infatigable activité , que nos ennemis eux-mêmes admirent , et auxquels ils rendent justice. Envisageant avec une humble gratitude envers Dieu, les travaux, l'intrépidité , l'abnégation de Nos troupes de terre et de mer, ainsi que l'élan général du dévouement qui anime toutes les classes de l'empire , Nous osons y reconnaître le gage et l'augure d'un avenir plus heureux. Pénétré de Notre devoir de chrétien , Nous ne pouvons désirer une plus longue effusion de sang, et certes, Nous ne repousserons pas des offres et des conditions de paix, si elles sont compatibles avec la dignité de Notre empire et les intérêts de Nos sujets bien-aimés. Mais un autre devoir non moins sacré Nous commande , dans cette lutte opiniâtre, de Nous tenir prêt à des efforts et à des sacrifices proportionnés aux moyens d'action dirigés contre Nous. Russes I Nos fidèles en&nisl vous êtes accoutumés, quand la Providence vous appelle à une ceuvre

grande et sainte ^ à ne rien épargner, ni votre fortune acquise par de longues années de travail , ni votre vie , ni votre sang, ni celui de vos enfants. La noble ardeur qui a enflammé vos cœurs, dès l'origine de la goerre, ne saurait s'éteindre dans aucune situation , et vos sentiments sont aussi ceux de votre souverain. Nous tous, monarque et sujets, nous saurons, s'il le faut, répétant les paroles prononcées par l'empereur Alexandre , dans une année d'épreuves semblable à celle d'aujourd'hui, le fer à la main y la croix dans le cœur^ faire face aux rangs de Nos ennemis pour défendre les biens les plus précieux au monde : la sécurité et l'honneur de la patrie. »

Cependant sa santé devenait de plus en plus chancelante, ses forces semblaient trahir son courage, mais dominant le mal qui le minait sourdement, il trouvait dans le sentiment du devoir qui l'avait guidé toute sa vie la puissance d'en imposer à la nature elle-même : Jusqu'au dernier moment, son âme en lutte avec les désordres de sa vigoureuse constitution , domptait les progrès de la maladie qui l'avait frappé au cœur.

Malgré les conseils de ses médecins, qui dans l'intérêt de ses peuples le suppliaient d^avoir plus soin de sa santé, il consacrait dix-sept heures par jour aux affaires de l'Etat. Gomme par le passé , il entrait dans les plus i infimes détails ; bien souvent même la nuit il s'arrachait I au sommeil pour achever des travaux interrompus la I veille ou se livrer à des exercices de piété. Le flanodbeau de la foi qui ne s'était jamais éteint dans sa vie de prince et d'empereur, semblait resplendir d'un éclat nouveau à l'approche de sa mort.

Dans le dernier mois qu'il devait passer sur la terre, il se relevait au milieu de la nuit pour chanter devant

Page 1