‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 286 sur 331 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

les saintes images ^ les psaumes du roi David : Sa voix alors, à Tunisson de son âme tout en Dieu, devenait si touchante d'expression , que son valet de chambre , M. Grimm , qui couchait dans un cabinet voisin , crut plus d'une fois entendre les accents du roi prophète.... C'était le chant du cygne.

Le 8 novembre, jour de saint Michel, suivant le calendrier grec, un événement étrange, comme un pressentiment qui doit se réaliser, répandit l'effroi dans Saint-Pétersbourg. Ce jour-là, un loup de forte taille, signalé du côté de Catherinenhoff, parcourut à quatre heures du matin les quartiers voisins de l'église Saint- . Pantélémon , faisant un grand nombre de victimes sur son passage ; il avait mordu vingt-cinq personnes lorsqu'on parvint à l'abattre près du palais de la Tauride. Le bruit de cet événement, considéré par toutes les classes de la société comme le signe d'un malheur prochain, ne tarda pas à parvenir à la connaissance de l'Impératrice, retenue au lit par une de ces crises nerveuses auxquelles, depuis le 14-26 décembre, elle était sujette. En l'apprenant, l'auguste princesse fondit en larmes et parut en proie à une indicible frayeur.

tt Rassurez-vous, ma mère, lui dit la grande-duchesse Marie cherchant à la calmer et se méprenant sur la cause de son effroi, rassurez-vous, le loup a été tué, il ne fera plus de mal à personne.

— Dieu le veuille, mon enfant, répondit l'Impératrice ; mais rappelez-vous ce que je vais vous dire : bientôt à la liste des victimes que ce loup a faites, vous en joindrez une autre plus considérable.

i Tous les Rosses ont dans leurs appartements les images du Sauveur et de la sainte Vierge.

— Ce n'est qu'une supposition ^ ma mère, répliqua la grande-duchesse.

— Oui, mon enfant; mais cette supposition est basée sur un pressentiment justifié par une triste réalité. Dans les premiers jours du mois d'octobre 1796, un loup d'une taille également effrayante pénétra dans Saint- Pétersbourg, et signala son passage à travers la ville par de nombreux accidents. Un mois plus tard, le 4 novembre , la grande Catherine , votre aïeule , mourut subitement Soyez^n sûi'e, mon enfant, un graid malbeor

nous menace

Le 27 janvier-8 février, l'empereur Nicolas ressentit une atteinte de grippe : d'abord l'affection parut peu sérieuse, l'auguste malade en plaisantait lui-même — Son valet de chambre lui ayant conseillé une application de sangsues : «Va me chercher, lui dit le Czar, deux fonctionnaires haut placés , et attache-les à mon cou , ils me rendront le même service. » Nicolas , ne laissant donc paraître aucune appréhension , soit qu'il ne comprît pas la gravité de son état, soit qu'il ne voulût pas donner des inquiétudes à sa famille , n'en continua pas moins à s'occuper des affaires de l'État avec la même infatigable activité qui présidait à toutes ses actions.

Aggravé par un travail incessant, compliqué par les déceptions et les mécomptes, entretenu peut-être par de secrets désirs , le mal sévit sans relâche depuis les derniers jours de janvier jusqu'au 9 février. Cependant, ce jooi^Ià l'Empereur, éprouvant quelque soulagement, entendit la messe dans la chapelle du palais, et voulut se rendre ensuite au manège du génie pour inspecter les bataillons des régiments des guides Ismaïlovsky et des chasseurs qui se disposaient à entrer en campagne.

Page 1