‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 287 sur 331 · CHAPITRE VIXGTIÈUE. 3Sr · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIXGTIÈUE. 3Sr

Sm médecin ordinaire, M. Mandt, assisté du docteur Karrel, crurent devoir combattre ce désir; mais l'Empereur persistant dans ses intentions, leur fit cette demande :

a Feriez-vous attention à ma maladie si j'étab un simple soldat?

— Sire, loi répondit Karrel, il n'y a pas un médecin de votre armée qui permît à un soldat de sortir d'un hôpital dans l'état où Votre Majesté se trouve et par un froid de vingt-trois degrés ; il est de mon devoir d'exiger que vous ne quitties pas la chambre.

— Vous avez rempli votre devoir, répliqua l'Empereur : maintenant c'est à moi de faire le mien. »

D était une heure de l'après-midi; Nicolas, sourd à la voix du grand-duc héritier et de ses serviteurs les plus intimes*, qui le suppliaient de se vêtir plus chaudement que d'habitude, partit pour le manège sans pelisse avec une simple redingote militaire. Le manège, chauffé depuis le matin, donnait une chaleur énorme ; aussi le Czar était en transpiration lorsqu'il le quitta. Après la revue, an lieu de retpumer directement au palais, il se rendit chez la grande-duchesse Hélène Pavlovna, et de là chez le ministre de la guerre , retenu chez lui par une indispo^ sition moins grave que celle dont il était atteint luiméoM. En rentrant au palais, sous une impression de frisson, la toux et les étouffements qui s'étaient mani*festés les jours, précédents reparurent avec plus d'inten» site. 11 se coucha de meilleure heure, mais la nuit fut agitée, sans sommeil. Le lendemain, malgré les iostaDces réitérées des médecins, le Czar se rendit de nouveau au même manège pour inspecter les bataillons de marche des régiments de réserve de Préobrajensky et Seménovsky, et les hommes du demi-bataillon de réserve des

sapeurs de la garde. C'était la dernière fois qu'il devait paraître en scène. A la vue des braves qui allaient verser leur sang dans les plaines de ]a Crimée , il retrouva dans sa poitrine haletante de mâles et nobles accents.

tt Partez, mes enfants, leur dit-il, partez sous les aigles moscovites, qui guideront vos pas sur le chemin de Ffaonneur et de la gloire! S'il ne m'est pas permis de vaincre ou de mourir avec vous, mes vœux et mon cœur vous accompagneront dans vos magnanimes efforts, dans vos dures épreuves. . . Allez ! quand la patrie et la religion vous appellent, je ne vous retiens plus. »

Depuis ce moment, les symptômes et les désordres latents qui ruinaient depuis quelque temps cette constitution si robuste en apparence s'aggravèrent avec une rapidité qui déjouait tous les efforts de la science. Nicolas ne sortit plus de sa chambre. Le II, il se leva pour aller entendre la messe, mais il ne put se tenir debout; il dut se recoucher. Dans la soirée , la maladie prit un caractère plus menaçant, et commença à se développer avec une rapidité effrayante. Malgré ses souffrances, l'Empereur, étendu sur son lit de douleur, n'interrompit point le cours de ses occupations. Ce ne fut que le 12 que, cédant aux prières des médecins, il consentit à déléguer le soin des affaires au Césaréwitsch. U posait devant la mort et mourait sur le trône. Nul, ni l'Empereur lui-même, ne soupçonnait encore l'imminence du danger. Durant les premières phases de la maladie , il conserva la même confiance, bien que souvent, par sentiment chrétien ou par une secrète aspiration de son âme , il aimât à reporter ses pensées vers la mort, comme nous en trouverons bientôt la preuve dans son testament. Plus d'une fois, alors que Ton discutait sur la durée de l'existence humaine , on l'en-

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