CHAPITRE VINGTIÈME
être habillé. J'attendrai que je puisse le faire d'une manière plus convenable. »
L'Impératrice, n'osant insister, garda le silence, mais ses yeux se remplirent de larmes. Quelques minutes après, elle prononça à voix basse l'oraison dominicale...
a Tu pries, mon amie, lui dit Nicolas; pour qui?
— Pour toi.
— Hais je suis donc en danger? »
L'Impératrice n'eut pas la force de prononcer le mot
fataL «Je prie, ajouta-t-elle, pour le prompt rétablissement de ta santé.
— En attendant, je veux que tu conserves la tienne, fit l'Empereur; tu es émue, fatiguée, va prendre quelques instants de repos. » L'Impératrice sortit.
Vers les trois heures de la nuit, Nicolas, sortant d'un léger assoupissement, aperçut le docteur Mandt assis sur un fauteuil auprès de son lit : « Mon cher docteur, s'écria-t-il, je veux savoir la vérité; dites*moi quelle est ma maladie , et si elle est vraiment sérieuse.
— Sire, répondit le médecin, je ne puis le cacher à Votre Majesté, votre maladie est très-grave, le poumon droit est attaqué.
— Menacé de paralysie, voulez-vous dire?
— Oui, Sire, à moins que le mal ne cède à nosefforts. y>
En ce moment l'Empereur comprit tout... II tourna vers le médecin un regard ferme et interrogateur, a Je vous ai demandé toute la vérité, dit-il; je la veux connaître. »
Le médecin inclina la tête sur sa poitrine et garda- le silence. Sa voix était brisée par les sanglota
« Je suis donc en danger de mort? Je vais donc moorir? reprit l'Empereur.
— Pour revivre au ciel dans les bonheurs sans fin , « s'écria le docteur.
Devant cet arrêt de mort, le visage du Czar ne trahit pas la moindre émotion y ses lèvres ne murmnrèrent pas un regret , son pouls ne donna pas une sensation de plus qu'à l'ordinaire. Une résignation sublime se révélait dans son regard et sur son front.
Les yeux pieusement élevés vers le ciel comme pour y trouver la trace du chemin que son âme allait bientôt prendre , il parut pendant cinq minutes plongé dans an pieux et profond recueillement. Quand il en sortit, il avait fait à Dieu le sacrifice de sa couronne et de sa vie.
Le docteur Mandt l'ausculta : « Qu'avez-vous remarqué sous votre stéthoscope? lui demanda Nicolas, des cavernes ?
— Non, Sire, dit le médecin, mais un commencement de paralysie du poumon. . .
— C'est grave , n'est-ce pas ?
— Je vous l'ai dit , Sire , c'est la mort.
— Et vous avez, fit l'Empereur avec un indicible sourire, vous avez le courage de prononcer ainsi ma sentence définitive ?
— En agissant ainsi , Sire, répondit Mandt, je remplis un devoir rigoureux, mais indispensable. Lorsqm le temps sera venu et quand le besoin s'en fera sentir ^ f exige que vous me disiez toute la vérité, m'avez-vous dit un jour, Sire. Or ce temps est arrivé, et ce besoin se manifeste en ce moment
" Ce n'est pas tout. Sire; j'ai dû faire ainsi parce que, comme chrétien, monarque et père de famille, vous avez des dispositions à prendre. Il vous reste pour cela quelques heures d'existence , vous êtes en pleine jouissance de vos facultés, vous voudrez en profiter, puis-