‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 290 sur 331 · CHAPITRE VIXGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIXGTIEME

que vous savez qu'il n'y a plus d'espérance. Enfin, Sire, je vous ai dit toute la vérité, parce que je vous connais et parce que je vous aime...

— Et moi , dit l'Empereur, je vous estime et je vous remercie. »

Puis, après un moment de silence, il ajouta :

tt Je désire voir mon fils aîné. Faites-le venir, d

Ce fut l'Empereur lui-même qui annonça à son fils l'approche de sa fin, et le prépara à recevoir cette épreuve avec la force et la résignation d'un bon chrétien ; puis, préoccupé de la douleur de l'Impératrice, il ajouta : « J'espère que tu n'as rien dit encore et que tu ne diras rien à ta mère.... Maintenant, mon ami, fais appeler mon confesseur. »

L'archiprétre Bajanoff, prévenu d'avance, se trouvait déjà au palais : au moment oii il commençait les prières qui précèdent la confession, l'Impératrice entra dans la chambre du mourant et s'agenouilla près de son fils le grand-duc héritier au pied du lit : l'Empereur les bénit tous deux.

Un instant après, l'Impératrice et le grand-duc quittèrent la chambre pour laisser le monarque avec son confesseur. La confession terminée, il fit le signe de la croix et dit : a Je prie Dieu de me recevoir dans son sein. » Suivant son désir, la sainte communion lui fut administrée en présence de l'Impératrice et du Césaréwitscb. Il la reçut dans toute la plénitude de sa connaissance et avec les sentiments d'une foi vive. Il récita lui-même les prières qui précèdent et suivent le sacrement eucharistique, et prononça d'une voix ferme le Credo tout entier.

Lorsque son auguste époux eut reçu les saints sacrements, l'Impératrice lui demanda en l'embrassant : a M'aimes-tu comme toujours, comme autrefois?

— Si je f ahne ! ta me demandes si j« f aime ! répondit l'Emperear, et comment pourrais-je ne pas t'airaer^ tôt la compagne de mes jours ^ la mère de mes eDfaiitst Le jonr oh noos nous vtmes pour la première fois mon

cœur m'a dit : Voilà l'ange gardien de toute ta vie

La prophétie du cœur s'est réalisée.... 9

L'Impératrice était tout en larmes. « Tn pleares ! loi dit Nicolas.

— Non , « répondit la vertuense épouse , qni n'avait plus la force de sentir couler ses larmes. Pois voyant qne la pensée du Csar devenait phw difficile, elle lui proposa de l'aider à prier. « Oh! oui, dit rBraperenr; les prières d'oB ange font dn bien. » Alors elle commença d'une voix solennelle la prière qai renferme toutes les autres, celle que Dieu lui-même a nse sur les lèvres dn christianisme naissant. Nicolas h suivait avec une pieuse onction. Lorsque l'angélique princesse prononça ces mots : Que voire volonté saUfaUe, il reprit avec une voix vibrante : « Oui, que votre vohmié soit faite 9 ô mon Dieu! à présent^ en tout et tmgoun. 1»

Tous les membres de la famille impériale attendaient agenouillés dans un appartement voisin. Nicolas appela près de lui la Césarevm, le grand-duc Constantin son second fils, la grande-duchesse Marie Nic«daîevna sa fille, ses pelits^nfants, et les grandes-duchesses AlexandraJosephovna et Hélène Pavlovna. Alors commencèrent les touchants adieux du mourant à sa famille. Tous les membres de la famille impériale étaient groupés devant son Ht ; il leur annonça avec fermeté sa fin prochaine et les bénit; personne iie Ait oublié : il trouva pour fous une de ces paroles qui se gravent profondément dans le cœur. An grand-duc héritier il dit : « Souviens-toi que tu e$ le premier serviteur de la Russie, n An grand-

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