CHAPITRE DEUXIÈME. iOi
oh une mort et un avénemeot de souveraki ouvraient une brèche aux idées révoiuttonoaires qui jusqu'à ce temps avaient germé à Tétat d'espérances : le jour semblait venu où la main , diiéissant à l'impulsion du cœur, devait mettre en action les rêves d'une théorie coupable et insensée. Ainsi que le dit plus tard, dans son interrogatoire, un des principaux conspirateurs, Alexandre Batenkoff : « Si le conseil de l'empire eût été composé. d'hommes d'esprit au lieu de têtre Hânes, ils auraient compris que cette lutte de désintéressement entre les deux grandsnlucs fournissait une excellente occasion de prêter, de suite et sans contestation, serment à Con* sfantin.» Nous verrons bientôt comment ia conspiration ,composée d'ambitieux et de dupes, snt tirer partie de cette situation étrange.
En attendant, les membres du conseil de l'empire, ne sachant d'abord à quelle détermination s'arrêter, se décidèrent enfin , sur La proposition du gouverneur gé-* néral comte Miloradowitsch , à envoyer un message au grand^uG Nicolas pour l'inviter à venir lui-même rendre compte au sein de l'assemblée de ses intentions ultérieures. Ce prince se rendit aussitôt à cet appel, et, fidèle aux intentions qu'il avait émises, il déclara carrément qu'il persistait dans ses intentions de refuser la couronne, qui, de plein droit, revenait au front du grand* duc Constantin.
La situation ainsi dégagée de toute espèce d'équivoque, les membres du conseil de l'empire n'hésitèrent plus, sur les instances de Nicolas lui-même, à prêter au grand-duc Constantin un serment qu'ils répétèrent immédiatement après devant l'Impératrice mère au palais d'hiver. Le sénat dirigeant publia aussitôt un manifeste de la teneur suivante :
rat HISTOIRE I>E LnSHPElEl^ll KICOLAS.
K DaoB l'assemUée giénéide des départements de Srini-i Pétersiiovrg, du sénat ditigeant, le priaee DinîirilvanowUsdi Ldbaoow Rostowski, minislre de la jsstice ei général d'inCeinterie , a coniBuniqué ladouloarense noiH Telle que Sa Majesté Tempereiir Alexandre a , d'après la volonté dn Tool-Puissant y terminé sa carrière mortelle le l'^-lS déoeabre à Tagaorog, à la suite d^une maladie aiguë. Le sénat dirigeant, après avoir prêté en assemblée générale serment de fidélité k Théritier légitime du trâne, Sa Majesté Impériale, noire souverain, Tempe* reur Constantin, a ordonné : V de faire connaître partout cet événement par des oukases imprimés ; 2"" d'envoyer à louées les autorités civiles et militaires la formule du serment qu'elles ont à prêter comme fidèles sujets de Sa Majesté Impériale , et de leur faire prescrire par des oukases qu'aussitôt après ces communications elles aient à faire prêter serment à tons les fidèles sujets mâles de l'Empereur, quels que soirat leur rang et leur état, & Fexception des paysans de la couronne et des domaines seignenrianx , ainsi que des serfs ^ et à envoyer au sénat les procès- verbaux de cette prestation de serment revêtus dôs signatures des individus qui l'auront prêté.
w Mais afin q«e de son câté le synode dirigeant pnisse en conséquence prendre aossi lès dispositions qui dépendent de lui, il lui sera fait les communications nécessaires à cet égard, et envoyé un nombre suffisant d'exemplaires de la formule du serment, avec une annonce qui sera également envoyée avec des exemplaires pareils an déparlement de Moscou et à l'assemblée générale du sénat dirigeant de cette ville.
I» 3* Les oukases, à cette fin , seront expédiés avec les formules par des courriers exprès do sénat.
CHAPITftlC DRtJXIÈlirK. im
4e II sera &it à S. H. FEmpereur ub rapport svr cette néBOlutioD du sénat dirigeant. »
En coDSéqoence, trois courriers partirent le méine jour pour Varsovie, avec ordre de remetfre, aussilôl leur arrivée en cette ville, iears dépêches portant celte inscriplioB : A Sa Majesté ConstmUin I^, empereur et auiùcfoie deiouies les Rusnes. L'un d'eux était porteur d^une leltredtt grand-duc Nicolas, ie second portait la copie da protecoie de la séance du conseil de l'empire ; enfin, ma troisième était confié le procès-verbal de la prestation dn serment. Ces courriers furent suivis par une vingtaine d'autres expédiés sur tons les points de l'empire, afin d'y iaire prêter serment à l'empereur proclamé.
Les incerlitudes et le malenfenda qne nous venons de signaler à Saint-Pétersbourg tenaient en échec an sénat de Moscou Tordre de la siïccession an trône ; enfin , de même que dans la première de ces villes , le sénat de Moscou , se ralliant k la majorité de ses membres , avait reconnu poor emperear le Césarovritsch grand-duc Constantin. Nicolas, qui, avec an désintéressement digne des temps antiques, refusait une couronne qoe l'abdication de son frère et les volontés suprêmes de fen l'empereur posaient sor son front, se trouvait dans une position qui devenait à chaqne instant de plus en plus fausse.
D'on cAté, la réponse définitive du vice-roi de Pologne n'arrivant points entourait de périls la vacance dn trtoe, qui menaçait de se prolonger indéfiniment; d'un aalre cÂté, les affaires, «itravées par l'incertitude qui régnait dans tous les esprits, demeuraient sans ressorts, exposées asx éventualités d'un avenir hérissé de difficultés. Que faire en cette ocoufrenceV teile était la qoestion que s'adressait à chaque instant le grand-duc Nicolas. Devait-il , de sa propre autorité , remplir les fonctions de
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404 HISTOIRK DE |;eIIPERBI)R NICOLAS.
vice-roi ou rester sur Teipectative ?. . . Le rôle passif qu^il jouait lui torturait le ccmr, suivant son expression. Dans le doute y il se contenta d ouvrir les paquets expédiés par la chancellerie du grand-duc Constantin. Là se borna toute la sphère de son action.
En ce moment solennel , la capitale, veuve de son souverain, semblait calme à la surface : elle se recueillait; mais, malheureusement, elle renfermait dans son sein non-seulement les germes d'une révolution immi«nente, mais une révolution elle-même. Plus de deux cents conjurés, liés par un serment terrible, et prêts à loot pour arriver à la réalisation de leurs desseins, travaillaient dans l'ombre avec cette activité d'énergie et cet ensemble d'eiforts communs que les agents du mal apportent toujours dans les méditations de leurs œuvres.
Le rideau s'était levé sur le prologue du drame du 26 décembre, et les personnages mystérieux chargés des principaux rôles se préparaient à entrer en scène.
L'un d'eux , le prince Constantin Obolinsky , aide de camp du général commandant en chef, pénétrait à toute heure , à la faveur de ses attributions , et sous le prétexte de son service, au palaia, où il prêtait un regard attentif a tout ce qui s'y passait pour en prévenir aussitôt ses complices. Un autre conjuré, le Marat russe, ^9si\à Yacoubo* witsch, aide de camp du général gouverneur, homme adroit et rusé , doué d'un grand courage et d'une volonté de fer, un véritable serpenta sonnettes, comme l'appelait le grand-duc Nicolas, remplissait le même rôle auprès de la personne de son chef, dont il avait su capter la plus intime confiance. Il avait un pied dans les deux camps, mais son cœur appartenait tout entier à celui qui bientôt après devait écrire avec du sang une des pages les plus sinistres de l'histoire de Russie*