CHAPITRE VIXGTIÉME
duc CoQslaniin : a Souviens -toi qu'en servant ton frère tu serviras la Russie. En son nom , moi , votre père , je compte sur ta fidélité. » Dans ce moment suprême ou, si fort que l'on soit, on ne peut se défendre d'on sentiment d'effroi, Nicolas se mettait à la portée de chacun et trouvait des expressions badines pour ses petits-enfants, les appelant par leurs noms de baptême et leur recom-mandant de bien aimer et de bien servir la Russie quand ils seraient devenus grands.
Lorsqu'on lui apporta, après tous les autres, le plus jeune des princes, le grand-duc Alezandrowitseh, l'enfieust était pâle de terreur, mais il se rassura bien vite sous les tendres caresses de son grand-père qui allait mourir, et qui cependant seul montrait en ce moment l'exemple du calme et du sang-froid.
Plus tard, lorsque la grande^duchesse Pavlovna parut dans sa chambre^ il lui dit, comme si elle était venue lui rendre une simple visite : a Je vous remercie; » puis, par souvenir du mari qu'elle avait perdu, il ajouta : « Voici que mon heure est aussi venue , exprimez mon adieu cordial à Katia (la grande-duchesse Catherine Michaïlovna), à elle et au duc Georges de Mecklenbourg-^ Strelitz. » Puis, s'adressant à tous, il proféra oes sublimes paroles du Sauveur du monde : a Aimea-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »
An moment de rendre à Dieu ce qui étut à Dieu , le oésar moscMite tourna un dernier regard sur les affaires terrestres de l'Empire. 11 dicta lui-même cette dépêche qu'il ordonna d'expédier par le télégraphe, à Moscou, à Varsovie et à Kieff : « L'Empereur se meurt. » Il fit aussi des dispositions ^our ses funérailles, il reoommanda de placer près de son tombeau une petite image de la sainte Vierge d'Odignitrie y qui avaft assisté au
baptême de GatheriDe la Grande. Il désigna la salle du rez-de-chaussée do palais d'hiver ou ses dépouilles mortelles devaient être exposées aux regrets de son peuple y et la place de son cercueil dans la cathédrale de Saint-Pierre et de Saint-Paul, à la citadelle. Il exigea que ses obsèques fussent faites sans luxe , sans pompeux catafalque y sans décors extraordinaires ni dans la salle de l'exposition funèbre ni dans l'église. « Je ne veux pas y dit-il, que ma mort occasionne à l'État des dépenses inutiles , qui retombent toujours sur le peuple. » Ses dernières pensées étaient pour le peuple, qu'il avaii tant aimé.
Cependant , la fatale nouvelle s'était répandue par la ville; le peuple, qui n'y voulait point croire, se rassemblait aux abords du palais, ou se précipitait vers les vestibules, ou bien se jetait à genoux sur ia place pour supplier Dieu avec ferveur de conserver les jours de l'Empereur. Les forces du malade diminuaient sensiblement, mais son âme restait toujours grande et forte; il ne regrettait qu'une chose, c'était de ne pouvoir bénir ses deux fils les grands-ducs Nicolas et Michel , qui se trouvaient dans les murs de Sébastopol. Dans ce moment, un courrier arriva de Grimée avec des nouvelles et des lettres des deux grands-ducs. L'Empereur remit les dépêches au Gésaréwitsch, en disant : a Ceci ne me regarde plus, j'appartiens tout entier à Dieu; » mais le père survivant au monarque , il ajouta : a Mes deux fils sontils au moins en bonne santé? »
A la réponse affirmative qui lui fut faite, il s'écria : a Dieu soit bénil »
Mais la plus tendre, la plus constante sollicitude du mourant se concentrait sur la vertueuse princesse qu'il appelait le bon ange gardien de sa vie; il la recomman-