‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 294 sur 331 · CHAPITRE VIXGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIXGT ET UNIÈME

de rhumanité , a commis des fautes sans doute ; mais ces fautes, relevées par dUmmeuses qualités, tiennent plutôt à la nature du milieu dans lequel il s'est Irouvé, qu'au développement de son système. Elles sont excusées, siQon justifiées, par Tenchainement des événemenls qui ont signalé la marche de sa politique et les grandes lignes de son règne. Pour blâmer avec justice cette sévérité implacable ^ cette main de fer qui pesaient sur l'empire moscovite , il faut connaître avant tout les mœurs, le tempérament, les besoins, la nature des peu* pies que la Providence avait confiés à son autorité. Ces peuples, nés d'hier à la civilisation, ddiout encore sur le seuil de la barbarie , s'accommoderaient fort mal , nous le croyons, d'un régime constitutionnel. L'empereur Nicolas connaissait son peuple par le cœur, et il l'a gouverné par la raison, politique qui partout et toujours sera préférable à celle du sentiment. L'avenir prouvera s'il s'est trompé.

Quoi qu'il en soit, la plus grande faute de Nicolas, la seule peut-être , puisque toutes les autres en découlent, est de s'être cru, durant les dernières années de sa vie surtout, le représentant infaillible de l'autorité monarchique en Europe , l'émanation directe et incarnée du pouvoir divin.

Il était si intimement convaincu que sa puissance autocratique participait de l'infaillibilité de son origine , que sa voix vibrante, magnétique pour ainsi dire, lui semblait l'écho vivant de la voix de Dieu. Aussi, comme autrefois Moïse sur le mont Sinai promulguant le Décalogue au bruit des tonnerres, s'écoutait-il parler lui-même lorsque, des hauteurs de son trône, il manifestait au peuple ses volontés suprêmes. En dehors de la vie de famille, où le dieu, se transfigurant, daignait s'abaisser

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au niveau des princes nés de son s&ng^ il était sans cesse en représentation : de hi rue y de la place publique ^ il se faisait un tabernacle pour son peuple , un piédestal pour Phistoire.

Comme conséquence logique de ces , principes y le peuple russe ne pouvait être et ne devait être à ses yenx que Fagent passif , l'instrument aveugle de la pensée dont la force motrice résidait en lui, et pour le développement de laquelle il exigeait une confiance sans bornes, un dévouement absolu.

En dehors de Tesprit d'examen, qu'il aurait considéré comme un acte d'usurpation sur sa volonté , il était arrivé à coDclore que l'obéissance aveugle à ses desseins était le seul élément qui devait concourir à la prospérité et à la gloire de sa couronne. De cet ordre d'idées na* quit au milieu de son règne l'aversion instinctive qu'il éprouvait pour le développement des individualités , pour la liberté même de la conscience. De là les intelli* gences médiocres, les esprits bornés, les incapacités lilliputiennes dont, astre sans satellites, il prit soin de s'entourer dans l'immensité de son pouvoir et les horizons sans fin de son empire. De là les nalHtés les plus complètes poussant leurs rameaux parasites sur les marches du trône, les cadres administratifs et militaires encombrés de créatures nuisibles et ouvrant un vaste champ au népotisme , à l'intrigue, aux appétits ruineex dont l'esprit rapace et prévaricateur n'était que tr^ justifié par l'exiguité des rétributions, peu en rapport avec les habitudes de luxe et les besoins de débauche des fonctionnaires publics; de là ces dilapidations scandaleuses et ces vols audacieux qui faisaient dire un jour à Nicolas : « Ils me voleraient mon palais d'hiver s'ik savaient oh le cacher. »

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