CHAPITRE TROISIKMR. i
l'empire, avaient rapporté de leurs stations militaires dans les diverses capitales de l'Europe des idées séduisantes peat-étre, mais inapplicables à l'état moral et politique de leur pays. Les pygmées I dont la taille dépassait à peine la botte du géant! ils prétendaient refaire l'œuvre de Pierre le Grand , en substituant à sa forme fflooarchiqne des institutions représentatives et même
républicaines De nombreux mécontents^ des esprits
inquiets , s'étaient ralliés à ces conspirateurs, et comme il arrive toujours dans les assemblées occultes où les pasttons, en dehors de la bonne voie, se trompent, s'égarent et se pervertissent mutuellement , ils en étaient venus à compliquer leurs plans de réforme et de constitution par des projets de bouleversement et de révolution. Ils voulaient cimenter leur œuvre d'anarchie avec du sang y et lui donner pour première pierre la tête d'un empereur I... En effet, ils devaient d'abord assassiner Alexandre, et faire révolter ensuite l'armée au nom de la liberté, le peuple au nom d'affranchissement. L'exécntioQ de ces projets monstrueux, plusieurs fois arrêtée, fixée d'abord à l'époque d'un voyage que l'empereur Alexandre devait faire en 1825, avait été définitivement ajournée au mois de mai 1826.
Les trois fondateurs de ces sociétés subversives étaient le prince Troubetzkoi et les deux frères Alexandre et Nicias Uooravieff. Plusieurs ibis les a£Bdés , quoique peu nombreux dans le principe, avaient été forcés, soit par des révélations, soit par des indiscrétions, soit enfin par des divisions intestines, de suspendre leurs réunions, de se dissoudre et de se reformer sous d'autres noms. Il y avait à cette époque deux sociétés secrètes qui corres* pondaient entre elles, l'une dans le nord, l'autre dans le midi La première , dont le siège était à Saint-Péters-
HO HISTOIRE DE L'EIIPBRRlfR XIGOLAS.
bourg, avait à sa tête le prince Serge Troobetskol, un noiDiiié Ryleieff, 80u&-lieutenaut en retraite, le prince Obolinsky et plusieurs officiers de la garde. La seconde avait son siège à Toulczyn , et fonctionnait sous la direction d^un colonel nommé Pestel, aoteiir d*une coostitotien qu'il appelait le Code russe.
L'existence de ces associations avait été rév^ée à Pempereur Alexandre, et peu de temps avant sa mort il avait reçu des renseignements si positifs, par un nommé Scbenvond^ sous -lieutenant de lanciers au 3* régiment, et le capitaine Haïboroda, attaché à un régiment d'infanterie du T corps d'armée, qu'il n'était plus permis de se faire illusion sur la réalité de la conspiration. C'était sans doute cette certitude ^i arrachait i l'empereur Alexandre les douloureuses expressions que nous avons recueillies sur ses lèvres glacées déjà par l'agonie. Un instant, là mort de ce prince avait déconcerté les conjurés ; mais l'incertitude qui régnait dans les esprits au sujet de la succession au trône et la lutte des deux frères pour assurer en faveur l'un de Tautre lea droita qui pouvaient lui procurer la couronne , offraient aux conspirateurs trop de chances iavorablea pour qu'ils ne résolussent point d'en profiler. . Tel était le contenu du message que le grand«duc Nicolas venait de recevoir de Taganrog, et qu^il crut ne devoir communiquer qu'an gouverneur général de Saint- Pétersbourg et qu'au grand maître de la poate, le prince Galitzîn. Un instant déconcertés dans leurs pkns par la mort d'Alexandre, lea directeurs de l'assoeiaiion do nord , ]<ylei<sff, prince Troubetekoâf, prince OMiaBky et leurs principaux complices, ne tardèrent pas d'apprendre que le grand-duc Constantin demeurerait inébranlable dans sa résolution de refuser la coorowie. Cette nou-