TOUS II
Epîire à Sa Majesté t empereur Alexandre ^ par M. Alphonse de Lamartine, offrant à Sa Majesté un exein* plaire de ses œuvres.
Oui y toujours les héros ont aimé les beaux rers; La lyre du poëte a Faccent de la gloire; Pour l'oreille des rois, ses subliaies concerts
S<mt un prélude de l'histoire.
Mais toi qui pour marcher à Fimoiortalité N'as besoin que du temps et de la vérité; Qui y dédaignant les sons d'une lyre asservie, Ne veux d'autres flatteurs que ton siècle et ta vie, Je nte viens pas t'offrir ce doux poison des rois Que de nos mains souvent leur majesté respire, Ni, comme chaque écho de ton immense empire. Te répéter de loin le bruit de tes exploits : Ton cœur repousserait cet impuissant hommage. Qu'importe à ta vertu la voix du genre humain ? Ton juge est dans le ciel, ta gloire est dans ta main : L'avenir d'un grand homme est encor son ouvrage. Je viens te consacrer les modestes accents
D'une mpse aux cours étrangère,
Qui ne vendit jamais aux maîtres de* la terre
Ni sa candeur ni son encens.
Eprise d'une chaste et modeste harmonie, Elle aime à murmurer le nom du Roi des rois , Elle chante l'amour, la vertu, le génie; Et tu reconnaîtras ton âme dans sa voix. Ah ! puisse-t-elle au moins , le soir, quand tu déposes Ce sceptre qui brisa le joug de l'univers. Te suivant en secret sous tes berceaux de roses, Endormir tes ennuis au bruit de ses concerts ! Si ton front, fatigué du poids de sa couronne. Un moment sur son sein se penche et s'abandonne.
Puissent ses chants mélodieux Appeler sur ce front que la gloire environne Les songes de Platon, qui descendent des cieux, Et puisse-t-elle alors avec grâce te dire Qu'il est loin du climat que le ciel t'a donné ,Un œil qui te contemple, une âme qui t'admire, Un cœur qui t'aimer^t, si mais ce mot expire
Devant un sage couronné.
Rescrit de V Empereur, publié le \" janvier 1826.
« Par la grâce de Dieu , Nous , Nicolas I*, empereur et autocrate de louies les Russies^ etc., etc.;
» Considérant le droit de faire grâce comme la plus belle des prérogatives attachées au pouvoir que Nous tenons de Dieu, Nous avons résolu en Notre cœur, dès Notre avènement au trône, de regarder ce droit comme un dépôt qui nous a été confié par la divine Providence, et de l'exercer dans toute sa plénitude, pour en faire une application toujours conforme au bien général , sans jamais s'écarter néanmoins des principes de la justice , sur lesquels reposent les trônes , et dont dépend également la prospérité des empires.
» Dans cette intention , et cédant aux mouvements de Notre cœur. Nous avons jugé convenable de décréter les dispositions suivantes :
» l"" Les criminels qui jusqu'au jour de Notre avéne* ment, c'est-à-dire jusqu'au 19 novembre dernier, ont été condamnés à passer par les mains du bourreau et aux travaux forcés en exil, sont libérés de la première punition , et ne subiront que les travaux forcés.
3> 2*" Ceux qui ont encouru avant la même date des châtiments corporels et la déportation en Sibérie, y seront envoyés , mais avec exemption de la peine a£Qiclive.
» 3"* Les créances du fisc qui existaient au 19 novembre de l'année dernière , et qui ne s'élèvent point au-dessus de deux mille roubles, ou sur lesquelles il
090 DOCUMENTS HISTORMJUES.
ne reste point à recouvrer un montant plus considérable, cesseront d'être poursuivies, et remise en sera faite aux débiteurs.
y) ¥ Tous les débiteurs de l'Etat qui se trouvent détenus pour dettes dont la valeur ne dépasse point deux mille roubles, obtiendront pleine remise de ces mêmes dettes , et seront élargis immédiatement.
» 5^ De tous les arrérages accumulés peodant les années précédentes, jusqu'au 1*" janvier 1825, et portant sur les quatre espèces d'impôts suivants : la capi* tation, l'impôt foncier, la redevance pour l'entretien des voies de communication par terre et. par eau , ht taxe saur les brûleries d^eau -de-vie, il ne sera exigé que le payement d'une seule année de ces impositions réumes. Toutes les sommes qui, dans la supputation desdits arrérages, y .compris les dettes afcermoyées, excéderont le produit annuel de ces mêmes impôts, doivent élre rayées des comptes, et remise en sera faite anx différentes classes d'individus q«i y sont soumises.
» En accordaat une fois de semblables exceptions, Nous espérons que la mitîgation des peines n'affaiblira pas la crainte salutaire des lois; que d'une antre part le dégrèvement des impôts arriérés fera naître parmi les contribuables une émulation plus active à acquitter toutes les charges publiques avec régularité; et enfin, que Nos' fidèles sujets reconnaîtront dans les présentes dispositions jusqu'à quel point il liloos tient à osBor de concilier la tendre sollicitude que Kloas éprouvons pour eox tous avec les exigences inflexibles de la loi générale.
I) Donné à Saint-Pétersbourg, le 1" janvier de Tan de grâce 1826, et de Notre règne le premier.
>» Signé Nicolas. »
DOGUlfEVTS HISTOBIQUES. 301
Extrait des procès-verbaux de la haute cour de justice.
tf La haute cour de justice, ayant ouï la lecture de Foukase impérial qui lui a été adressé le 22 du présent mois; considérant qu'aux termes de Tarticle XHI dudit oukase, le sort des criminels d'État qui n'y sont pas désignés nominativement, et qui, vu l'énormité de leurs forfaits, se. trouvent placés hors des catégories et de toute comparaison, a été abandonné par Sa Majesté à la décision de la hante cour et à l'arrêt définitif qu'elle portera a leur égard; la haute cour de justice, prenant pour guide la clémence dont Sa Majesté Impériale a donné un si éclatant témoignage par la commutation des châtiments et des peines prononcés contre les autres criminels, et usant du pouvoir discrétionnaire dont elle a été investie, arrête qu'au lien du supplice auquel Paul Peste], Conrad Ryleieff, Serge Mouravieff, Apostol, Michel Bestoujeff, Rumine et Pierre Kahovsky, devaient être livrés, en vertu du premier arrêt de la cour, ces criminels sont condamnés à être pendus, en punition de leurs horribles attentats. »
Signé par le président et les membres de la haute cour de justice.
a02 DOCUMENTS HISTORIQUES.
Manifeste impérial au sujet du jugement des conspirateurs du 26 décembre.
tt Par la grâce de Dieu, Nous, Nicolas I*', empereur et autocrate de toutes les Russies y etc. , etc. ;
» La haute cour instituée par Notre maoifeste du 13 juin y pour le jugement des criminels d^État, a rempli la tâche que Nous lui avions commise. Ses arrêts, fondés sur le texte des lois existantes , mais adoucis par Nous , autant que Nous le permettaient le devoir de ia justice et la sûreté de l'empire, ont été publiés et mis à exécution.
» Ainsi s'est terminé ce procès, oii Nous n'avons cesse de voir la cause de la Russie tout entière; les criminels ont reçu le châtiment qu'ils avaient mérité, la patrie a été purgée de la contagion qui couvait dans son sein depuis trop longtemps.
ti En portant un dernier regard sur ces événements déplorables. Nous trouvons qu'une obligation encore Nous est imposée. Dans les lieux où, sept mois avant^ l'explosion d'une soudaine révolte Nous a tout d'un coup révélé l'affreux secret d'un mal qui comptait dix années, il faut qu'un dernier acte de commémoration, un sacrifice expiatoire, consacre le souvenir du sang russe versé dans ces mêmes lieux pour la religion, le souverain et la patrie; il faut que de solennelles actions de grâces s'y élèvent ver^ le Seigneur. Nous avons reconnu sa main toute -puissante, lorsqu'elle déchirait le voile qui cou-
vrait cet horrible mystère; Nous l'avons reconnue, lorsque permettant au crime de s'armer, elle assurait sa perte. Semblable à l'orage d'un moment, la révolte sembla n'avoir éclaté que pour anéantir la conspiration dont elle avait été le début.,
» Elle n'était pas dans le caractère, elle n'était pas dans les mœnrs du peuple russe, cette conspiration : tramée par une poignée de scélérats, elle n'eut pour auxiliaires que le petit nombre d'hommes qu'unissait à eux un contact de tous les instants , que des cœurs per- . verlis par des passions fougueuses , et malgré dix années de malveillants efforts, d'efforts sans cesse renouvelés, elle ne réussit point à s'étendre. Le cœur de la Russie y fut et y sera toujours inaccessible. Le nom russe ne saurait être flétri par une trahison envers le trône et rÉtat.
7> Loin de là, dans ces mêmes conjonctures. Nous avons recueilli les touchants témoignages d'un dévouement sans bornes. Nous avons vu des pères s'armer d'une inflexible rigueur envers leurs enfants criminels; Nous avons vu les plus proches parents renier et livrer à la justice les malheureux sur lesquels planaient des soupçons de complicité; Nous avons vu enfin tontes les classes de nos sujets, animées d'une seule et même pensée, d'un seul et même vœu, ne demander que le jugement et le châtiment des coupables.
» Mais, quoique renfermé dans une sphère' étroite, le travail des conspirateurs n'en avait pas été moins actif. La plaie était profonde ; elle était dangereuse par cela même qu'elle était cachée. Quand on songe que le principal dessein des conjurés, que leur premier but n'avait cessé d'être un attentat aux jours d'Alexandre le Béni , on se sent pénétré tout à la fois d'horreur et d'indignation.
:àU DOCUMENTS HISTOIIQUES.
D'auires idées jetaient le même trouble dans les esprits, d'autres soins inspiraient une juste sollicitude : il £dlait, au milieu d'investigations devenues indispensables^ respecter Tinnocence, la défendre des soupçons gratuits, lui en épargner l'amertume, liais cette même Providence, à qui il avait plu, dès Notre avènement an trône, de Nous environner de soucis et de peines en Nous imposant une tâche qui se résumait pour Nous par tant de difficultés unies à tant de regrets, Nous donna aussi le courage et la force de la remplir.
» Après cinq mois de travaux, la commission d'enqoéle réussit, ps^ l'effet de son zèle, de son exactitude, de son impartialité, par l'emploi des moyens de persuasion, a émouvoir le cœur des criminels les plus endurcis, à y réveiller le remords et à les amener à de libres et sincères aveux. La haute cour de justice, embrassant ce grand procès dans toute l'étendue de son importance politique , dans tous ses caractères, dans toutes ses grar dations , vient de le conduire au ternie indiqué par les lois.
» C'est ainsi qu'a disparu , grâce à l'unanime accond <le tous les bons et fidèles Russes, et dans un court espace de temps, un fléau qui, avec d'autres mœnrs, aurait opposé une longue résistance. Les tristes événements qui ont troublé la paix intérieure de la Russie sont passés, et. Nous aimoâs à l'espérer de la miséricorde divine, ils sont passés sans retour. Dans les voies impénétrables du Tout-Puissant , qui du sein des mal^ heurs fait sortir les prospérités, ces événements peuvent même tourner au bien général.
» Puisstent maintenant les pères porter toute leur attention sur l'éducation morale de leurs enfants ! Ce n^est certes point aux progrès de la civilisation, nais à la
DOGUMEXTS HISTOlIQUfiS. 393
vanité, ^fui ne prodail que le désoravremoit et le inde de l'esprit /mais à l'absence d'instruction réelle, qu'il faut attribuer cette licence de la pensée, ee dévergondage des piégions, ces demi-connaissances si confuses et si fionesles y ce p^ichant auK théories extrêmes et au visions politiques qui commencent par démoraliser et finisseiit par perdre. En vain le goa.vemement fera-t«ii de généreux effoiis, en vain s'épuisera-t-il en sacrifices, si l'éducation domestique ne seconde son action et ses vues, si elle ne verse dans les cœurs tous les germes d'une saine morale.
> Dans cette carrière comme dans les autres, c'est la noblesse, ce boulevard du trône et de Tbonneur national, qui est appelée à servir de noodèle. Tons les soim qu'elle accordera au perfectionnement d'une éducation indigène consacrée à la Russie et donnée dans son sein Nous inspireront autant de satisfaction que de reconnaissance. Devant la noblesse ^'ouvrent dans notre patrie toutes les voies de l'honneur et du service public. La justice, les armées, les diverses branches de l'administration intérieure, tout réclame des agents celés et capables ; tout dépend de leur choix.
» Qtie toutes les classes de citoyens accordent donc la même confiance an gouvernement. Dans les empires où l'amour du souverain et le dévouement au trône sont pour les peuples un besoin et un sentiment héréditaire, où la vigueur de l'administration s'allie a la nationalité des lois, les efforts de la malveillance seront toujours insensés et stériles. Ils pourront se cacher dans l'ombre, mais dès que le grand jour les frappera , ils se briseront devant les lois et l'indignation publique. Dans une semblable organisation de l'État, chacun peut se fier à la solidité de l'ordre , à la garantie des biens et des per-
sonnes, et, tranquille sur le présent, porter vers l'avenir un regard plein d'espérance.
n Ce n'est point par des entreprises téméraires et toujours destructives, c'est d'en haut, c'est par éche* Ions que s'opèrent les vraies améliorations , que se comblent les lacunes, que se réforment les abus. Dans cette marche de perfectionnements gradués, tout sage désir du mieux, toute pensée tendante à l'affermissement des lois , à la propagation des véritables lumières , au développement de l'industrie, qui Nous sera communiquée par les voies légales, ouvertes à tous, ne pourront qu'être accueillis par Nous avec gratitude, car Nous ne formons , Nous ne pouvons former d'autre vœu que celui de voir notre patrie atteindre le plus haut point de prospérité et de gloire qui lui soit marqué parla Providence.
» Enfin , dans la ferveur même de ce vœu , que partagent tous Nos sujets, et dans l'espoir de son accomplissement. Notre sollicitude particulière se reporte encore sur les familles infortunées que le crime a privées de quelques-uns de leurs membres. Pendant tout le conrsllu procès , Nous Nous sommes associé à leur affliction , et Nous Nous hâtons de les assurer qu'à Nos yeux les liens de famille transmettent la gloire des ancêtres à leurs descendants, mais ne peuvent faire rejaillir sur eux la honte d'un crime isolé. Quiconque oserait en tirer un motif de reproche enfreindrait les lois humaines et, plus encore , les préceptes de notre sainte religion.
t Tsarskoé-Sélo, 25 juillet, t
» Signé NicoiM.
Rapport du ministre des finances.
a La dette hollandaise , de 92,600,000 florins, dont 47,600,000 à la charge de la Russie, a été réduite à 91,600,000 florins, dont 46,600,000 à la charge de la Russie. La dette intérieure à terme s'élevait à 2,880,000 roubles argent, 26,080,000 roubles asslgnations; elle a été réduite à 2,575,999 roubles 99 kopeks argent, 51,376,666 roubles 57 kopeks en assignations. Les dettes perpétuelles portant 6 pour 100 d'intérêt s'élevaient à 20,620 roubles en or, 8,491,812 roubles en argent, 226,096,411 roubles assignations; elles ont été réduites à 20,620 roubles en or, 7,844,852 roubles 93 et demi en argent, 220,528,911 roubles assignations. Enfin les dettes perpétuelles portant 5 pour 100 d'intérêt s'élevaient à 77,476,500 roubles argent; elles ont été réduites à 75,664,860 roubles en argent. »
396 DOCUMENTS HISTOIIQUBS.
Manifeste impérial au sujet de tordre de succession au trône.
tt Par la grâce de Dieu, Nom, Nicolas 1*, empereor de foutes les Russics, ele. , etc. , etc.
» La pragmatique publiée par Notre père, de glorieuse mémoire , l'empereur Pau) P', le ciaquième jour du mcMs d'avril de l'année 1797, dans ses dispositions relatives à la famille impériale , a réglé Tordre de successiou an trône, et, prévoyant les cas divers qui peuTcnt se pré* senter à cet égard , elle a posé les [»încipes d'après lesquels ils doivent être décidés. Ce même acte réserve à l'Empereur régnant ^ dans le cas où il viendrait à dé-* céder en ne laissant qu'un héritier mineur, la faculté de désigner le régent de l'empire et de nommer une tutelle à la personne impériale.
^ k ces causes, voulant, dès Notre avènement an trône, donner à la patrie une preuve de la sollicitude que Nous inspire l'exécution des lois qui constituent la garantie de sa tranquillité, avec l'approbation de Notre mère bien-aimée l'impératrice Marie et de Notre frère chéri le césaréivitsch et grand -duc Constantin, Nous avons décrété et décrétons :
- n Art. P'. Notre vie étant dans la main de Dieu , c'est Notre frère chéri le grand-duc Michel que Nous nommons , dans le cas de Notre décès , et jusqu'à l'époque de la majorité légale de Notre héritier le grand -duc Alexandre, régent de l'empire de Russie, du royaume
de Pcdogne et da grand-duché de Fiuhaiàe , qai en sont inseparaUet.
yi Abt. 2. Si y aprèa Notre décès, il plaisait au Tout- Puissant d'appeler également à Isi Notre fils et héritier le grand-duc Alexandre avant qu'il eût atteint l'âge de sa majorité, la couronne passera de plein droit à Notre second fils (si la Providence daignait Nous en accorder un), et dans ce cas comme dans le cas précédent, Notre frère chéri le grand -duc Michel sera régent de l'empire.
» Art. 3. Si, dans les circonstances qui viennent d'être énoncées ci-dessus , après Notre décès et celui de Notre héritier avant l'époque de sa majorité , Nous ne laissions pas de fils, mais que Notre épouse bien-aimée l'impératrice Alexandra se trouvât enceinte, sera encore régent dé l'empire Notre frère chéri le grand-duc Michel jusqu'au moment de la délivrance de l'Impératrice; et si la Providence divine lui accorde un fils , à ce fils appartiendra de plein droit Notre couronne, et jusqu'à l'époque de sa majorité Notre frère chéri le grand-duc Michel sera régent de l'empire. Si au contraire l'Impératrice donne le jour à une fille, dès lors la couronne passera à Notre frère chéri le grand-duc Michel.
» Art. 4 Dans tous les cas prévus par les trois articles qui précèdent , la tutelle de tous Nos enfants jusqu'à l'époque où chacun d'eux deviendra majeur sera exercée dans toute l'étendue que lui assignent les dispositions de la pragmatique du 5 avril 1 797 relatives à la famille impériale, par Notre épouse bien-aimée l'impératrice Alexandra.
li En publiant le présent manifeste comme conséquence et complément des lois existantes sur l'ordre de succession au trône et sur les cas de minorité des mem-
Jm DOCUMENTS HISTORIQUES.
bres de Notre famille impériale , Nous prions le Roi des rois de daigner répandre sur Notre maison comme sur notre chère patrie ses plus fructueuses bénédictions. » Donné à Saint-Pétersbourg, etc., etc.
y> Signe Nicolas. »
. Programme du couronnement de l'empereur Nicolas.
La nouvelle du couronnement fut annoncée aux habitants de Moscou avec la forme usitée pendant les trois jours qui précédèrent cette solennité; Le général comte de Lambert, deux grands^ maîtres des cérémonies, le prince Grégoire Gagarin et le comte Woronzoff-DaschkoiT, escortés de deux escadrons de la garde à cheval et assistés de quatre maîtres des cérémonies et de deux hérauts d'armes, publièrent dans les différents quartiers de la ville une proclamation dont voici le texte :
a Notre très-auguste, très-haut et très-puissant seigneur l'empereur Nicolas étant monté sur le trône de ses ancêtres , à l'exemple des monarques ses glorieux prédécesseurs , a daigné ordonner que le couronnement de Sa Majesté Impériale, de même que son sacre, ait lieu, avec l'aide du Tout-Puissant, le 3 septembre, associant à cet acte auguste son épouse bien-aimée l'impératrice Alexandra.
rt Cet événement solennel est annoncé par la présente publication à tous les fidèles sujets de Sa Majesté, afin que dans cet heureux jour, redoublant de ferveur dans leurs prières au Roi des rois, ils le conjurent de répandre les grâces attachées à sa bénédiction toute-puissante sur le règne de Sa Majesté, et lui demandent d'unir pendant toute sa durée la tranquillité et la paix à la gloire de son saint nom, pour la prospérité inébranlable de l'empire.»
TOIUB II. 26
40fi DOCUMENTS HISTORIQUES.
La veille du couronnement , on avait transporté les ornements impériaux dans la salle d'audience. Le dimanche 3 septembre , à sept heures du matin , et à un signal de vingt et un coups de canon , les troupes occupèrent l'intérieur du Kremlin et les positions qui leur avaient été désignées. Pendant ce temps on faisait des prières dans l'église de l'Assomption pour la conservation des jours de Sa Majesté. Le clergé , après avoir récité les heures, attendit en habits pontificaux l'arrivée de l'Empereur.
Tandis que l'Empereur et Ilmpératrice se rendaient de leurs appartements intérieurs dans la salle d'audience, l'Impératrice mère , précédée de sa cour et a3fant pour assistant le grand chambellan comte de Litta, Plmpératrice, portant la couronne sur sa tête, et revêtue du manteau impérial, que supportaient quatre chambellans et le grand écuyer Monkhanoff , se rendit dans h, catbédrale, ou le corps diplomatique et les personnes des trois premières classes s'étaient déjà réunis. Sa Majesté, qui marchait sous un dais en drap d'or et d'argent, occupa le trône préparé pour elle sur l'estrade on étaient élevés les trônes de Leurs Majestés Impériales.
Bientôt le bruit des fanfares et le son des cloches annoncèrent le moment où le cortège impérial s'était mis en marche dans l'ordre suivant :
1* Deux officiers des chevaliers-gardes à la tête d'un détachement du même corps.
2* Vingt pages et seize pages de la chambre, suivis du gouverneur des pages.
31" Deux maîtres des cérémonies.
4"" Les anciens du corps des mardiands de tous k^ chefs-lieux des gouvernements de l'empire.
DOCUMENTS HIStORIQDES. 408
5"" Les fonctionnaires de l'hôfel de ville et les magistrats de la bourgeoisie.
6'' Les employés de toutes lés administrations, tribuntiux et établissements impériaux établis à Moscou , suivant leur ancienneté.
7"* L'université de Moscou.
8"" La députation des Cosaques du Don , précédée de l'ataman.
9* Les maréchaux de la noblesse de tous les gouvernements de Tempire.
lO* Le Sénat dirigeant.
11* Le conseil de l'empire.
12'' Deux grands maîtres des cérémonies, le prince Grégoire Gagarin et le comte Woronzoff-Daschkoff.
IS"" Le mattre des cérémonies suprême du couronnement comte Stanislas Potocki.
14'' Deux hérauts d'armes dans leur costume et avec leurs masses.
15° Les ornements impériaux portés suèdes coussins de drap d'or par les personnes suivantes et dans l'ordre ci-dessous indiqué :
Le collier de l'ordre de Saint-André, par le prince Alexis Kourakine;
L'étendard de l'empire, par le général Wassiltchikoff ;
Le sceau de l'empire, par le comte de Nesseirode;
Le glaive de l'empire , par le comte Pierre Tostoî;
Le manteau de l'Impératrice, sur deux coussins portés par MM. de Lanskoî, ministre de l'intérieur, et le prince A. Galitzine;
Le manteau de l'Empereur, sur deux coussins portés par le comte de Langeron et le prince LabanofF-Rostûffsky;
Le sceptre, par le comte Golovkine;
La petite couronne impériale, par l'amiral Mordvinoff;
La grande couronne impériale , par le prince Lopou* khine.
16^ Un détachement des chevaliers-gardes.
IT"" Deux maréchaux de la cour, le baron d'Albedyll et M. de Nariskkine.
IS"" Le maréchal suprême du couronnement prince Youssoupoff.
19® Sa Majesté l'Empereur, ayant à ses côtés pour assistants les grands-ducs Constantin et Michel. Les aides de camp et aides de camp généraux de l'Empereur précédaient Sa Majesté et marchaient aux deux côtés des ornements impériaux. Derrière l'Empereur venaient le chef de l'état-major général , l'aide de canip général de service et le commandant du régiment des cuirassiers réunis de la garde , l'épée nue à la main.
20" Sa Majesté l'Impératrice, ayant à ses côtés pour assistants, le maréchal comte de Sacken, le comte Kotchoubey ^t le prince P. Wolkonsky.
Le dais sous lequel marchaient Leurs Majestés était porté par seize généraux-majors , et les cordons étaient tenus par seize lieutenants généraux.
2V Les daines d'honneur, les demoiselles d'honneur de service , les grandes charges de la cour et les chambellans désignés pour porter les manteaux de Leurs Majestés Impériales.
22** Un détachement des chevaliers-gardes.
23"" Le corps.de la haute noblesse russe représentée par un membre de chaque famille, marchant sur trois de front, et ayant à leur tête un des membres les plus élevés en grade.
24** Le corps des manufacturiers et des marchands, sur trois de front.
25'' Le/ corps des marchands de la première guilde de Moscou y sur trois de front
26® Enfin, un détachement des chevaliers-gardes.
Au moment du passage de l'Empereur, les troupes rangées dans le Kremlin lui rendirent les honneurs militaires. Sa Majesté a été reçue à l'entrée de la cathédrale par le métropolitain de Novgorod portant la croix , celui de Kiefi* lui a présenté l'eau bénite , et l'archevêque de Moscou lui a adressé une courte allocution.
Au milieu de la cathédrale s'élevait un dais de velours cramoisi, magnifiquement orné de galons, de franges, de cordons et de glands d'or; sous le ciel du dais étaient brodées les armes de l'empire, et autour celles de KiefT, de Vladimir, de Cazan , d'Astrakhan , de Sibérie et de Tauride. Le trône apparaissait sur une estrade de douze marches interrompues par deux platesformes; à la droite du fauteuil de l'Empereur, qui était couvert de velours cramoisi galonné d'or, et à la même élévation, on voyait celui de l'Impératrice. Une table couverte avec un tapis Se drap d'or, et destinée à recevoir les ornements impériaux du sacre , était placée à^la gauche du trAne. Le pavé de l'église, les marches de l'autel , les places occupées par les chantres des deux côtés du sanctuaire, étaient couverts de drap rouge; le long des murs des tribunes avaient été construites pour recevoir les personnes de distinction admises à la cérémonie.
Lorsque l'Empereur et l'Impératrice, qui s'étaient avancés depuis le perron rouge jusqu'à la porte de l'église sous un dais resplendissant d'argent et d'or, eurent pénétré dans l'intérieur du temple, les augustes époux s'inclinèrent trois fois devant le sanctuaire , baisèrent les saintes images et se placèrent sur leurs trônes.
400 DOGUIIENTS HISTORIQUES.
Alors les évéques , les archimandrites y le clergé officiant, placés sur deux lignes depuis les marches du trdne jusqu'au sanctuaire , ont entonné le psaume Clementiam etjudicium cantabo tibi, Domine. Pendant ce temps, les fonctionnaires chargés de porter les ornements impé* rîaux les avaient déposés sur la table et s'étaient rendus sur les piarches du trône aux places que leur réservait le cérémonial.
Les hérauts d'armes qui avaient précédé les ornements impériaux s'arrêtèrent des deux côtés du trône sur les dernières marches.
Le maréchal suprême du couronnement^ les maréchaux de la cour et le maître des cérémonies suprême du couronnement, après avoir accompagné l'Empereur jusqu'au trône, se placèrent sur la première plateforme; le maréchal suprême et le maître des cérémonies suprême du couronnement au milieu, et les maréchaux de la cour sur les côtés ; les assistants de l'Empereur sur l'estrade du trône aux côtés de Sa Majesté, de même que les assistants de l'Impératrice ; les grands maîtres des cérémonies sur la huitième marche; en6n, les maîtres des cérémonies entre les premières colonnes de l'église , près du trône, deux de chaque côté.
Des deux côtés du marchepied du trône étaient ran-gés les officiers des chevaliers-gardes, l'épée nue à la main; les généraux et les autres fonctionnaires faisant partie du cortège avaient pris place dans des galeries séparées.
Alors le métropolitain de Novgorod, premier membre du saint synode , commença la célébration dupouroonement, d'après le rituel consacré par l'Eglise giqéco-russe, en présentant à l'Empereur le symhole des apotoes, que Sa Majesté lut à haute voix. Les saints Évangiles ^nten*
dus, l'Empereur ordonna que les ornements impériaux du sacre lui fussent apportés , et le métropolitain lui présenta d'abord sur des coussins le manteau impérial y dont Sa Majesté se revêtit pendant que l'on récitait les prières d'usage. Sa Majesté ayant ordonné ensuite qu'cm lui apportât la couronne impériale , le prince Lopoukhine alla la prendre sur la table pour la remettre au métropolitain, qui la présenta à l'Empereur sur un coussin. Après que Sa Majesté l'eut placée lui-même sur sa tête, le prélat lui adressa cette allocution : a Très-pieux, très- 7} puissant et très-grand empereur de toutes les Russies! » cet ornement visible et matériel qui pare ton froftt est » l'image de l'acte mystérieux par lequel Jésus -Christ, 19 le roi de la gloire, te couronne en ce moment, toi, le » chef du peuple russe, au moyen de sa bénédiction » sainte , te confirmant dans l'autorité illimitée et sny> prême que tu exerces sur tes sujets. »
Le métropolitain, après avoir reçu le sceptre et le globe des mains du comte de Golovkine et du prince Labanofi^-Rostoffsiy, les porta à l'Empereur en récitant de nouveau les prières indiquées par le rituel , puis il dit à Sa Majesté : « Très-pieux , très-puissant et très-grand n empereur de toutes* les Russies , que Dieu a couronné , 7> sur lequel Dieu vient de"^ répandre ses dons et ses y> grâces, reçois le sceptre et le globe; ce sont les signes » visibles du pouvoir suprême que le Très-Haut t'a donné » sur tes peuples pour les gouverner et leur donner tout 7> le bonheur qu'ils désirent, v
L'Empereur ayant pris le sceptre de la main droite et le globe de la main gauche, s'assit surdon trâne, puis il appela l'Impératrice , qui s'agenouilla pour recevoir la couronne, que l'Empereur posa sur sa tête et replaça ensuite sur la sienne. Alors on apporta la petite
M8 DOGLMEXTS HISTORIQUES.
couronne, que l'Empereur posa sur latéfe de son aogaste épouse; les dames d'honneur, madame la maréchale Kamensky, la princesse Lopoukhine , la princesse Waldmar-Galitzine, madame Gleboff et la comtesse Orloff- Tchesmensky, s'approchèrent pour l'y assujettir. On présenta ensuite à Nicolas le manteau impérial et le collier de l'ordre de Saint-André, qui furent attachés par les mêmes dames sur les épaules et au cou de l'Impératrice. Après quoi l'Empereur reprit les ornements qu'il avait déposés sur les coussins. Dans ce moment l'archidiacre proclama tous les titres de l'Empereur et entonna le verset Domine, salvumfoc Imperatorem, que les chantres répétèrent trois fois. L'Impératrice mère fut la première qui alla féliciter son auguste fils ; mais l'Empereur courut au-devant d'elle et répondit à ses embrassements avec une émotion visible, que partagèrent toutes les personnes présentes ; peu d'entre elles purent retenir leurs larmes, surtout quand l'Empereur embrassa le grandduc Constantin, qui recueillait en ce moment, par la satisfaction de sa conscience , le fruit de son beau sacrifice. Le clergé ensuite et tous les assistants présentèrent leurs félicitations à l'Empereur en le saluant trois fois sans quitter leurs places. Le même archidiacre entonna le verset Domine, salvamfac Imperatricem. Dans ce moment les cloches de toutes les églises furent mises en branle, et une salve de cent un coups de canon se mêla à leurs joyeuses volées. Lorsque le son des cloches et le bruit de l'artillerie eurent cessé, l'Empereur se leva de dessus son trône, remit le sceptre et le globe aux fonctionnaires qui les avaient portés, s'agenouilla, et lut la prière suivante, qui lui fut présentée par le métropolitain :
tt Dieu tout-puissant, par qui régnent les rois, dont la
DOCUlfEXTS HISTORIQUES. M^
» parole forma tout ce qui est, dont la sagesse instruit V rhomme , et qui gouvernes le monde en toute juslice » et en toute vérité , tu as daigné me choisir et me don- » ner pour monarque et pour juge au glorieux empire de 9 Russie; je reconnais tes décrets adorables à mon égard » et je te rends grâce en me prosternant devant ta majesté » sainte. Accorde-moi, Seigneur, la force et les moyens » de remplir la tâche que tu m'as imposée; daigne me » sontenir et m'éclairer sur les devoirs de ma haute n vocation. Que la sagesse qui émane de ton trône pré- 9 sida à mes conseils; envoie-moi tes saints du haut des » cienx pour que j'appfenne ce qui peut être agréable à ' tes yeux et juste d'après tes commandements. Que mon Ti cœur soit en ta main , qu'il ne cesse de m'inspirer, y» pour ta plus grande ^oire, tout ce qui sera utile à » ceux dont tu m'as confié le bonheur. Puissé*je être en » état de te répondre sans crainte au jour de ton juge- » ment redoutable, par les mérites et la grâce de Jésus- 1) Christ, ton Fils unique. Que ton nom soit glorifié à » jamais avec le sien , et avec celui de ton Esprit saint et » vivifian^t. Amen. »
Cette prière achevée, le métropolitain et tous les assistants se mirent à genoux pour adresser également leurs vœux au Très-Haut Un discours prononcé par le métropolitain fut suivi du Te Deum, que les chantres entonnèrent au son de toutes les cloches, et après lequel commença la célébration de la messe. L'Empereur ôta sa couronne, la remit à ceux qui l'avaient apportée, et ne la remit sur sa tête qu'à la fin du saint sacrifice.
Peu avant le canon de la messe, le vice -gouverneur de Moscou, assisté de deux fonctionnaires, étendit pour le passage de l'Empereur, depuis le trône jusqu'à l'autel, un tapis de velours cramoisi^ bordé de galons, qui
fat couvert d'un autre tapis de brocart d'or à la porte du sanctuaire.
Lorsque les archevêques officiants et le reste du clergé eurent communié dans le sanctuaire et que les portes en furent ouvertes , deux évéques , assistés par des archidiacresy s'avancèrent de l'autel vers Sa Mayesté Ipipériale pour lui annoncer le moment du sacre. Aussitôt l'Empereur, couvert du manteau impérial et suivi de l'Impératrice, descendit du trône et se rendit à la porte du sanctuaire ; Leurs Majestés Impériales étaient précédées des grands maîtres des cérémonies, ayant au milieu d'eux le maître des cérémonies suprême du couronnement, des maréchaux de la cour et du maréchal suprême du couronnement. Les fonctionnaires portant la couronne, le sceptre et le globe, marchaient devant Leurs Majestés; les assistants de Leurs Majestés Impériales et les deux premiers officiers des chevaliers-gardes marchaient à côté de Leurs Majestés. Toutes ces personnes s'surrêtèrent lorsque l'Empereur arriva à la porte du sanctuaire. Sa Majesté se plaça sur le tapis de brocart à l'entrée du sanctuaire, près de laquelle l'Impératrice s'arrêta à quelque distance. La couronne , le sceptre et le globe étaient tenus par les mêmes personnes qui les avaient portés précédemment. Le métropolitain de Novgorod , tenant le vase destiné à cet usage , et qui contient le saint chrême , y trempa un rameau d'or pour en oindre le front, les paupières, les narines, les lèvres, les oreilles, la poitrine de Sa Majesté Impériale , ainsi que la paume et la partie supérieure des mains, en disant : a Impressio dont 5/nfitus Sancii. » Monseigneur Eugène, métropolitain de Kieff , chargé d'essuyer sur les parties ointes les traces de l'onction sainte, s'approcha de l'Empereur pour s'ac* quitter de cette fonction.
DOCUMENTS HISTORIQUES. 4it
Le soa des cloches, une nouvelle salve de cent un conps de canon, annoncèrent la fin du sacre de TEmperenr. Alors l'Impératrice , s'étant à son tour placée sur le même tapis de brocart, le métropolitainlui administra roQclion du saint chrême , mais seulement au front. Les^ traces de cette onction furent essuyées par Farchevéque de Moscou.
Le métropolitain conduisit ensuite TEmpereur par la porte du sanctuaire à l'autel, où Sa Majesté s'arrêta sur un tapis d'or devant la sainte table et communia sous le» deux espèces , suivant l'ordre établi par la prérogative impériale. Un autre archevêque offrit à Sa Majesté le pain béni et le vin, et un troisième l'eau pour les ablutions. Après avoir communié , l'Empereur reprit sa place ; les ornements impériaux furent reportés devant lui,, tandis que l'Impératrice, s'approchant de la porte du sanctuaire, y recevait la communion suivant le rite ordinaire. Après avoir ainsi communié , les augustes époux remontèrent sur le trône et y restèrent jusqu'à la fin de la messe. Le service divin terminé, toutes les personnes faisant partie du cortège sortirent de l'église par la porte du nord et se rangèrent dans le même ordre que précédemment.
L'Empereur et l'Impératrice étant sortis de l'église par la porte du nord , se rendirent, précédés de leur cor^ tége et sous le dais, à l'église de l'Archange Michel. Toutes les personnes composant le cortège traversèrent cette église et sortirent par la porte d'occident pour aller à la cathédrale de l'Annonciation , oii Leurs Majestés se rendirent, après avoir baisé les saintes images, devant les tombeaux de leurs ancêtres.
Durant cette marche solennelle , l'Empereur portait la couronne et le manteau impérial, et tenait d'une main le
41t DOCUMENTS HISTORIQUES.
sceptre , de l'autre le globe ; les troupes présentaient les armes y et le clergé présentait la croix sur son passage , au son de la musique et des tambours. Une troisième salve de cent un coups de canon a annoncé le moment où Leurs Majestés y arrivées au perron dit de Krasnoë- Kriltzo, se disposèrent à rentrer dans leurs appartements pour y attendre le banquet que Ton préparait à la salle du palais des anciens czars dite GranovitatOrPedaia.
A deux heures, le maréchal suprême du couronnement ayant annoncé que le dîner était servi, l'Empereor et rimpératrice , en costume impérial , se rendirent dans ladite salle , précédés des maîtres et des grands maîtres des cérémonies , des grands dignitaires de la couronne et du maréchal suprême du couronnement; les aides de camp et aides de camp généraux, les secrétaires d'État et les charges de la cour, marchaient aux deux côtés de l'Empereur entre une double haie de chevaliers-gardes. La salle Granovitata-Palata était tendue de velours cramoisi bordé de galons d'or ; autour du pilier central , qui en soutient la voûte , avait été dressée une antique vaisselle d'une immense richesse au point de vue de l'art et de la matière. Les armes de l'Empereur, entrelacées de chiffres en or et surmontées d'une couronne, étaient placées sur les trumeaux ; celles de tous les gouvernements de l'empire étaient peintes au-dessus des croisées. Un trône recouvert de velours cramoisi et orné de galons, de franges et de glands d'or, s'ilevait à droite ; une aigle impériale était brodée sur le fond du dais, et le chiffre de l'Empereur sous le ciel du dais. Des tentures de drap d'or, parsemées d'aigles et doublées d'hermine, ornaient intérieurement le trône , qui , à l'extérieur, était couvert de draperies en velours cramoisi orné de galons et de crépines d'or.
On avait placé le fautenil de l'Empereur aa miliea du trône ; ^ur le devant , une table; à droiie , le fauteuil de rimpératrice mère; à gauche^ celui de l'impératrice Alexandra. A quelque distance du trône étaient dressées des tables pour le conseil de l'empire et les personnes des deux premières classes. Les maîtres des cérémonies avaient déjà introduit dans la salle les membres du haut clergé , du corps diplomatique et les personnes des deux sexes conviées au festin. Les dames occupaient la droite, les hommes la gauche; le corps diplomatique prit position vis-à-vis. Lorsque Leurs Majestés Impériales se furent assises à la table dressée pour elles, les grands dignitaires se placèrent derrière leurs fauteuils. L'écuyer tranchant, M. de Lassousky, était en face de Leurs Majestés Impériales; quatre o£Bciers des chevaliers -gardes étaient placés aux deux côtés du trône. Sur un ordre de l'Empereur, le ministre des finances lui présenta les médailles frappées à l'occasion du couronnement, et qui furent distribuées aussitôt à tous les assistants.
Alors le métropolitain bénit le repas. Lorsque l'Empereur eut demandé à boire, les personnes présentés s'assirent aux tables qui leur avaient été préparées. Des chœurs de chant et des orchestres exécutèrent des morceaux choisis pendant toute la durée du repas. Immédiatement après le dîner. Leurs Majestés Impériales rentrèrent dans leurs appartements particuliers avec le même cortège qui les avait accompagnées à leur arrivée.
Tel est le programme de cette solennité, dont les incomparables splendeurs et l'intérêt rehaussé par la majesté des pompes impériales, gravèrent d'impérissables souvenirs dans la mémoire de toutes les personnes qui eurent le bonheur d'y assister. Le peuple, l'armée.
414 DOCUMfiXTS HI6T01IQCES.
la noblesse y le commerce, toutes les classes de h famille rosse s'y associèrent par les transports d'on^tiiSQsiasme impossible à décrire. Couronné par Tamour de son peuple, sacré par la religion , Nicdlas pouvait désormais marcher sans crainte vers les hantes destinées que loi ménageait la Providence.
Ode sur le couronnement de V empereur Nicolas /•', par Ancelot.
La mort, multipliant ses pompes solennelles , Sur les trônes du monde a secoué ses ailes; Partout l'autel en deuil a voilé ses flambeaux. Des monarques chrétiens demeures sépulcrales , Jamais en moins de jours plus de cendres royales Ont-elles peuplé vos tombeaux?
Quand Dieu frappa ces rois que la mort vous amène, Aux champs de la Tamise, aux rives de la Seine, Un long cri de douleur tout à coup s'éleva. Des peuples consternés les{)leurs se répandirent. Et les funèbres chants bientôt se confondirent Des bords du Tage à la Neva.
Si rÉternél à l'homme imposa la souflrance, A côté du malheur il plaça l'espérance. Regardons l'avenir et suspendons le deuil. Monarques et sujets sent promis à la tombe : Mais la royauté sainte, alors qu'un roi succombe, Reste debout sur un cercueil.
« Peuples qui gémissez, rassurez- vous I dit-elle. Le Dieu qui m'a remis son égide immortelle Me chargea de veiller sur un peuple orphelin. Qu'aux chants de la douleur succède un chant de fête I
Reims a vu Charles Dix, et la couronne est prête Aux murs rajeunis du Kremlin I »
Elle dit, et bientôt l'airain sacré bourdonne, L'air frémit ébranlé par le bronze qui tonne ; Moscou, des flots de peuple inondent tes remparts; Tes temples sont parés de festons magnifiques , Et l'Europe agitant des rameaux pacifiques Vient saluer le fils des czars.
Voici l'enceinte auguste où le Kremlin s'élève. Reste miraculeux de la flamme et du glaive Qu'embellit du passé l'immortel souvenir, Salut I sur tes créneaux, où revit son histoire , Le Moscovite encor voit luire un jour de gloire Que tu lègues à l'avenir.
Réjouis-toi I Le prêtre épanche l'eau sacrée ; Le fils des czars franchit ta porte vénérée *, Les chants religieux montent vers l'Etemel ; L'aigle s'est élancé du séjour du tonnerre. Et du globe et du sceptre armant sa double serre , Il les dépose sur l'autel.
Le temple est prêt I marchons I Des voûtes souterraines Que peuplent des vieux czars les ombres souveraines, Quel bruit mystérieux a frappé les échos? Les morts sont réveillés sous leurs linceuls funèbres, Et vingt cadavres-rois, transfuges des ténèbres, Se sont dressés sur leurs tombeaux.
Jadis ces rois-soldats vieillis dans les batailles Aux flèches du Mongol disputaient ces murailles
DOGUMEXTS HISTORIQUES. 417
Où souvent la victoire attacha son laurier : Et mêlant leurs exploits aux exploits d'un autre âge , Ils viennent du pouvoir conquis par leur courage Contempler le jeune héritier.
Pourquoi de vos tombeaux remonter vers la vie? A cet enfant des czars qu'attend la Moscovie Vous semblez demander si cet empire est dû? S'il pourra soutenir et le sceptre et la lance , Faire parler les lois, vaincre et régner?... Silence! L'histoire a déjà répondu.
Lorsque l'aiglon s'arrache à l'aire paternelle y De ses sujet» ailés si l'audace rebelle Veut arrêter l'essor du jeune oiseau royal : Brisant de leur fureur l'impuissante barrière, II se lance et se perd dans des flots de lumière Qîi plane son vol triomphal.
Tel fut ce roi I L'Europe aujourd'hui le contemple. Qu'il entre sans pâlir dans l'enceinte du temple I Qu'il s'empare du sceptre à ses mains destiné I Avant que sur l'autel où Dieu descend lui-même Il vînt de ses aïeux saisir le diadème , La gloire l'fivait couronné I
Si d'immenses travaux appellent son courage, Ainsi qu'un jour serein brille^après un orage, De son règne à vos yeux déjà l'aurore a lui. Peuples I il marche au trône en regardant l'histoire ; Et quand vous dormirez à l'éclat de sa gloire , Il veillera. . . . Priez pour lui I Tom II. S7
De tous les seins émus la prière s'exhale; Le Czar s'est incliné ; sur sa tête royale L'huile sainte a coulé comme un parfum des cienx : Mais vers le Dieu puissant qui l'entend et Tinspûre Son front majestueux se relève, et l'empire A lu son bonheur dans ses yeux.
Oui , loin du temple ouvert à la pompe sacrée Déployant les couleurs de son aile azurée , Du Caucase à Tllmenn l'espérance a volé I De l'erreur à genoux elle a séché les larmes, Sous l'égide des lois le pauvre est sans alarmes, Et le malheur est consolé.
Rentrez dans vos tombeaux, ombres impériales I De ces temps, dont l'histoire ornera ses annales, Vers l'éternel séjour portez le souvenir : Allez aux morts fameux , sur les rives funèbres , Dire qu'un nom de plus près de leurs noms célèbres Retentira dans l'avenir I
Préliminaires de paix entre la Perse et la Russie.
a l"" Le schah de Perse céderait en toute propriété à la Russie la totalité du khanat d'Erivan y tani en deçà qu'au delà de l'Araxe y ainsi que le khaoat de Nakhitchevau. ^
» 2"" La partie russe du Talyche, occupée par les Persans , serait rendue à la Russie immédiatement après la coQclusion de la paix.
» 3*" Il serait payé à la Russie une indemnité pécuniaire pour les frais de la guerre et. les dommages causés par l'invasion de Tennemi..
» 4° Une partie de celte indemnité serait acquittée au moment de la signature du traité de paix , et le reste dans des termes rapprochés.
3) 5*^ Les troupes russes occuperaient toute la province de PAdzerbaidjan à titre de garantie, t'
J»0 DOQIMKXTS HISTORIQUES.
Traité pour la pacification de la Grèce conclu à Londres, le 6 juillet 1827. .
tt Au nom de la très-sainte et indivisible Trinité :
i> Sa Majesté le roi de France et de Navarre , Sa Majesté Fempereur de toutes les Russies, et Sa Majesté le roi du royaume uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, pénétrés de la nécessité de mettre un terme à la lutte sanglante qui, en livrant les provinces grecques et les îles de TArchipel à tous les désordres de l'anarchie, apporte chaque jour de nouvelles entraves au commerce des États européens, et donne lieu à des pirateries qui non «seulement exposent les sujets des hautes parties contractantes à des pertes considérables , mais exigent en outre des mesures onéreuses de surveillance et de répression ;
i> Sa Majesté le roi de France et de Navarre, et Sa Majesté le roi du royaume uni de la Grande*l3retagne et d'Irlande, ayant reçu de la part des Grecs l'invitation pressante d'interposer leur médiation auprès de la Porte Ottomane y et étant, ainsi que Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies, animés du désir d'arrêter l'effusion du sang et de prévenir les maux de tout genre que peut entraîner la prolongation d'un tel état de choses,
» Ont résolu de combiner leurs efforts et d'en régler l'action par un traité formel dans le but de rétablir la paix entre les parties contondantes au moyen d'un arran«gement réclamé autant par un sentiment d'humanité que par l'intérêt du repos de l'Europe. A ces fins , elles ont nommé leurs plénipotentiaires pour discuter, arrêter et
DOCl-MEXTS HISTORIQUES. 431
signer ledit traité, savoir : Sa Majesté le roi de France et de Navarre , le sieur prince Joies y comte de Polignac, pair de France y chevalier des ordres de Sa Majesté Très- Chrétienne, maréchal de camp de ses armées, grandcroix de l'ordre de Saint-Maurice de Sardaigne , etc. , son ambassadeur à Londres ;
» Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies, le sieur Christophe, prince de Lieven, général d'infanterie des armées de Sa Majesté Impériale , son aide de camp général, chevalier des ordres de la Russie, de ceux de l'Aigle noir et de l'Aigle rouge de Prusse, de celui des Guelfes de Hanovre, commandeur grand-croix de l'ordre de l'Épée de Suède et de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem , son ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire près Sa Majesté Britannique;
» Sa Majesté le roi du royaume uni de la Grande- Bretagne et d'Irlande, le sieur Jean Guillaume, vicomte Dudiey , pair du royaume uni , conseiller de Sa Majesté Britannique en son conseil privé, et son principal secrétaire d'Etat ayant le département des affaires étrangères, etc.;
r> Lesquels après s'être communiqué leurs pleins pou* voirs trouvés en bonne et due forme , sont convenus des articles suivants :
« Art. 1''. Les parties contractantes offriront à la Porte Ottomane leur médiation dans la vue d'amener une réconciliation entre elle et les Grecs.
n Cette offre de médiation sera faite à cette puissance immédiatement après la ratification du traité, au moyen d'une déclaration collective signée par les plénipotentiaires des cours alliées à Constantînople, et il sera fait en même temps aux deux parties contendantes la demande d'un armistice immédiat entre elles comme con-
dition préliminaire indispensable à Touvertore de toute négociation.
D Art. 2. L'arrangement à proposer à la Porte Ottomane reposera sar les bases suivantes :
» Les GrecsTelèveront du Sultan comme d'un seigneur suzerain; et en conséquence de cette suzeraineté , ils payeront à l'empire ottoman une redevance annuelle, dont le montant sera fixé une fois pour toutes d'un commun accord.
» Ils seront gouvernés par des autorités qu'ils choisiront et nommeront eux-mêmes, mais à la nomination desquelles la Porte aura une part déterminée. Pour opérer une séparation entière entre les individus des deux nations , et pour prévenir des collisions , suite inévitable d'une lutte aussi longue, les Grecs entreront en posses- -sion des propriétés turques situées on sur le continent ou dans les îles de la Grèce , à la condition d'indemniser les anciens propriétaires, soit moyennant une somme annuelle à joindre à la redevance qu'ils payeront à la Porte, soit à l'aide de quelque autre transaction de la même nature.
" Art. 3. Les détaik de cet arrangement, ainsi que les limites du territoire sur le continent et la désignation des îles de l'Archipel auxquelles il sera applicable, seront déterminées dans une négociation à établir ultérieurement entre les hautes puissances et les deux parties con tendantes.
n Art. 4 Les parties contnujtantes s'engagent à poursuivre l'œuvre salutaire de la pacification de la Grèce sur les bases posées dans les articles préoédeots, et à munir dans le moindre délai leurs représentants à Constanttnople de toutes les instructions que réclame l'exé- ^ntiom du traité tpi'elles signent.
DOGUMEXTS HISTORIQUES. 423
» Art. 5. Les puissances contractantes ne chercheront dans ces arrangements aucune augmentation de territoire, aucune influence exclusive , aucun avantage de commerce pour leurs sujets, que ceux de toute autre nation ne puissent également obtenir.
» Art. 6. Les arrangements de réconciliation et de paix qui seront définitivement convenus entre les parties con tendantes seront garantis par celles des puissances signataires qui jugeront utile ou possible de contracter cette obligation. L'action et les efforts de cette garantie deviendront Tobjet des stipulations ultérieures entre les hautes puissances.
n Art. 7. Le présent traité sera ratifié , et les ratifications en seront échangées dans le terme de deux mois, ou plus tôt si faire se peut.
» En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs Tont signé et y ont apposé le cachet de leurs armes.
» Fait à Londres , le 24 juin-6 juillet de l'an de grâce 1827.
» Signé le prince de Pdugnac, Lieven, Dudlbt. »
424 DOGLMKXTS HISTORIQUES.
Rescrit adressé par l'empereur Nicolas, à l'occasion de la bataille de Navarin, au vice-amiral de Rigny.
a Monsieur le vice-amiral de Rigny, vous avez pris à la glorieuse bataille de Navarin une part digne de la puissance dont vous commandez les forces et de la valeur qui de tout temps a distingué la nation française. Mais ce n'est pas à la France seule que se bornent les services que vous venez de rendre dans cette mémorable occasion, et les trois monarques qui soutiennent aujourd'hui avec le plus noble désintéressement une cause désormais commune vous doivent une égale reconnaissance.
» Je considère comme un devoir de vous témoigner la mienne, et je vous adresse ci-joint le cordon de Tordre de Saint-Alexandre Nevsky.
» Cette distinction vous offrira, monsieur le vice-amiral , une preuve de ma haute estime. Vous y avez des droits imprescriptibles, et j'éprouverai toujours un vif plaisir à vous réitérer l'expression des sentiments que
je vous porte.
» Signé Nicolas. «
nOCl'MENTS HISTORIQIES. 425
Rescrit au vice-amiral Codrington.
a Monsieur le vice-amiral Codrington , vous venez de remporter une victoire dont l'Europe civilisée doit vous être doublement reconnaissanfe. La mémorable bataille de Navarin et les manœuvres hardies qui Font précédée ne donnent pas seulement au monde la mesure du zèle de trois grandes puissances pour une cause dont leur désintéressement relève encore le noble caractère; elles prouvent aussi ce que peuvent la fermeté contre le nombre et une valeur habilement dirigée contre un courage aveugle y quelles que soient les forces sur lesquelles il s'appuie.
)9 Votre nom appartient désormais à la postérité. Je croirais affaiblir par des éloges la gloire qui l'environne ; mais j'éprouve le besoin de vous offrir une marque éclatante de la gratitude et de Testime que vous inspirez à la Russie. C'est dans cette iùtention que je vous envoie ci-joint l'ordre militaire de Saint-Georges. La marine russe s'honore d'avoir obtenu votre suffrage devant Navarin, et pour moi j'ai le plus vif plaisir à vous assurer des sentiments de considération que je vous porte.
» Signé Nicolas. »
4S6 DOGUIIEXTS HISTORIQUES.
Manifeste de V empereur Nicolas pour la guerre de Turquie,
a Nous , par la grâce de Dieu , Nicolas P, etc. , etc.
» La paix de Bucharest, conclue en 1812 avec la Porte Ottomane, après avoir été pendant seize ans Vobjet de contestations fréquemment renouvelées , n'existe plus aujourd'hui, malgré tous les efforts que Nous avons faits pour maintenir ce traité et le garantir de toute attaque. La Porte , non satisfaite d'avoir détruit les bases de l'état de paix, insulte maintenant la Russie, et se prépare contre elle à une lutte à la vie et à la mort. Elle appelle aux armes ses peuples en masse ; elle accuse la Russie d'être son ennemie irréconciliable , foule aux pieds la convention d'Akkerman, et par conséquent tous les traités antérieurs. Enfin la Porte ne balance pas à décla«rer qu'elle n'a consenti aux stipulations de cette paix que pour pouvoir mieux cacher ses plans et les préparatifs d'une nouvelle guerre.
y> A peine a-t-elle prononcé ce mémorable aven que déjà les droits du pavillon russe sont méprisés , les bâtiments qu'il protège arrêtés, et leurs cargaisons deviennent la proie d'un gouvernement avide et arbitraire. Nos sujets se voient forcés de violer leur serment ou de quitter un pays ennemi sans pouvoir trouver d'asile. Le Bosphore est fermé, notre commerce anéanti. Nos provinces méridionales , privées du seul débouché de leurs produits, sont menacées de pertes incalculables.
n Telle est la série d'attentats dont la Porte s'est rendue coupable depuis la conclusion du traité de Bucharest jusqu'à ce jour, et tel a été malheureusement le fruit que la Russie a retiré des sacrifices et des efforts généreux qu'elle s'est imposés pour maintenir la paix avec une puissance voisine.
» Mais toute longanimité a des bornes : l'honneur du nom russe , la dignité de Pempire y l'inviolabilité de ses droits et celle de notre gloire nationale en ont marqué le terme ; ce n'est qu'après avoir pesé dans toute leur étendue Nos devoirs fondés sur une impérieuse nécessité, et nous être pénétré de la plus intime conviction de la justice de Notre cause , que Nous avons ordonné à nos armées de marcher avec l'aide de Dieu contre un ennemi qui viole le droit des gens et les engagements les plus sacrés.
To Nous sommes convaincu que Nos fidèles sujets joignent à Nos prières leurs vœux les plus ardents pour le succès de Notre entreprise , et qu'ils invoqueront le Tout- Puissant pour qu'il investisse de sa force Nos soldats et répande ses bénédictions sur Nos armes, qui sont destinées à défendre notre sainte et chère patrie.
» Donné à Saint-Pétersbourg, le 26 avril 1828.
» Signé Nicoias.
» Le vioe-chanceiier comte Nbselbods. n
428 DOCUMEXTS HISTORIQUES.
Ordre du jour du général en chef comte Diebitsch , prenant à Jassy le commandement en chef de la detuctèfue armée, le 21 février 1829.
ce Soldats,
» Il a plû à Sa Majesté TEmpereur de me confier le commandement de la deuxième armée. Je comprends dans toute son étendue l'importance de cette tâche, et j'espère avec l'aide de la Providence un heureux succès.
» Plein de confiance en vous, élevé dans vos rangs, devant tout à vos exploits, je sais ce que je dois attendre de votre vaillance , et je ne redoute pas les peines de la guerre. Mon amour pour vous égalera celui que vous portait mon respectable prédécesseur, dont l'âge avancé me prive du bonheur de le voir une fois encore battre nos ennemis. J'ai été témoin sous un pareil chef de vos actions éclatantes et de votre attachement à votre digne général; j'espère, d'après la volonté sacrée de notre auguste monarque , qu'une sévère justice et les soins infatigables que je prendrai pour votre bien-être m'accorderont aussi toute votre confiance.
V Puisse Dieu nous être en aide, et nous prouverons qu'avec les braves guerriers de l'armée russe rien n'est impossible , quand cette armée combat pour sa foi , son empereur et sa patrie.
» Comte DiEBmcH. n
DOCUUEXTS HISTORIQUES. «9
Etat nominatif des officiers du brick le Mercure^
tf Le capilaine-lieutenant Alexandre Kozarsky, cornmandant; Serge Skariatine, Théodore Novosselsky, lieutenants; Dmitri Pritoupoff, midshipman, le lieutenant Prokofieffy du corps des pilotes.
» L'équipage du Mercure se composait de cent trois hommes , sans compter les officiers , l'interprète et deux hommes de service.
1) A bord des vaisseaux de guerre , l'équipage se dispose pour combattre sur un seul bord. Lorsqu'on tire des deux bords , on ne tire que de deux pièces l'une ; ainsi le Mercure n'avait en réalité que neuf canons pour répondre au feu de quatre-vingt-douze. Si l'on fait la part de la différence du calibre , on verra que le Mercure a soutenu le combat contre des forces trente fois supérieures aux siennes. »
480 DOCL'VKKTS HISTORIQUES.