‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 36 sur 331 · CHAPITRE TROISIKUK · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIKUK

encore atteint les subtilités de la politique. Vous pouvez vous retirer^ je n'en entendrai pas davantage.

— Il faut cependant que vous m'écoutiez , monseigneur, répondit Rostovzoff^ car ce n'est point pour l'unique plaisir de me faire infâme et de vous livrer la tête de mes meilleurs amis que je suis venu près do vous....

— De quoi s'agit-il donc alors ?

— De votre salut, monseigneur, de celui de toute la famille impériale, du salut de l'empire de Russie.... Comprenez -vous maintenant pourquoi je suis devant vous à cette heure?

— Je comprends que vous êtes un noble jeune homme, répondit Nicolas.

— Je le serai ce soir en me faisant assassiner par mes camarades dénoncés, ou demain, s'ils m'épargnent, en me faisant tuer pour le service de l'Empereur.... Hais il ne s'agit pas de mm en ce moment, il s'agit de vou^, de ma patrie menacée par une révolution, n

Mors Rostovzoff révéla dans tous leurs détails les projets et les plans des conspirateurs.

« C'est bien , lui dit le grand-duc quand il eut cessé de parler; je vous remercie au nom de la patrie de la démarche que vous venez de faire. Quant à moi , ajouta t-ii, je vendrai chèrement ma vie, et si je dois mourir, je m'estimerai heureux de tomber pour ma patrie au pied du trône de mes pères.... Adieu, monsieur, nous nous reverrons. »

Rostovzoff se rendit immédiatement chez Ryleieff , où il croyait trouver les conjurés en permanence.... Ryleieff allait se mettre au lit.

« A quelle heure se réunira-^t^on chez vous demain? lui demanda l'aide de camp.

118 HISTOIRE D£ L'KUPBREVR NICOLAS.

— A dix heures du malin....

— Il suffit... j'y aérai. «

En effets un des premiers il (ut exact au rendex-vous; ua iostanl après la séaaee fut ouverte. Alors Rostovaoff prit.lai parole et dit :

a Hier soir, messieurs, un die vas camarades ici présent a cru remplir un devoir de bon citoyen en se rendaui au palais du grand-duc Nicolas....

— Pour le poignarder, sans doute? s'écrièreot deux ou trois voix perdues au sein de FassemUée.

— Non, messieurs.

— Pourquoi donc alors?...

— Pour vous dénoncer.

— Mais c'est impossible ce que vous noiis dites la, firent tous les membres en se dévorant d'un regard inqiiîet et scrutateur. . . .

— Rien n'est plus vrai, comme vous allez voir^ car le dénonciateur, qui a cru remplir un devoir de boa citoyen, croira dans un instant remplir aft devmr d'hon-^ neuir en venant à son tour se dénoncer à vous-mêmes. »

Un silence de stupéfaction régnait au. seia de TasseaK blée.

RostovEoff reprit :

tt Mais aivant que le traître jette son masque à 110& pîèd», permettez-moi, en son nom.,, de vous donner nai conseil*

•^ Leijuel?... demanda RyleieiL

— C'est de renoncer à des projets qui »e sont plus «n mystère pour personne.... Uamtcwint que j'ai tout dit, re^ardez^moi bien en &ce,. messieurs , le traière*.c'est moi!...

*-— L^iniame 1 n s'écria Kaovski en a'élançant snr lui le poignard à la main.

caMprm^ tiaisitiie n*

Rostomoff croisa fièremenl k» bra» siir m ptsUttime^ et dit :

et Frapper,..

•^ Non , fit P^mtol en retenmit la ma» prèle à frapper^ Faeier àe ce poignard est trop aoble ponr punir un poveM lâche,,, son sang souillerait la cause de la lilMfrtéI..« Livrons-le à ses remords, et pnisse-t-it vkre longlemps pour expier dans ies tortures de sa eonscienee le crime qn'il a commis.

— Messieurs 9 répliqua Rostovnaff avec un adoaMfrable sang-froid, je tiens trop peu à ma vie pour vous remercier du don que vous m'en failes, mais j'estime aeses la voire pour vous supplier encore noe feis êe renoncer à voa prcjfeis skiisires. ... Ce n'e^l pas le poignard qui vous attend, c'est une potence, n

Et il se relira comme il était venu, ealme, fier, d^un pas nnajeslnemc , et sans manifester k moindre émotion : la tache de ia dation s'était lavée éans^le courage de la confession.

Les eonjnrés se remirent ^bne la sirirée ; lenr assemblée fut moins nombreuse , mais plus turbulente. Tous les membres présente parlaient à la fois*. ilo9lo^ltî étonnait ses complices par nn ftnx de sonores nifats vaines paroles. Kornilovitch , à peine de retour éans k capïiafe, sralenaiit qae cent mille faomines de la seconde- armée n'attendaient que le aîgnal pour marcher au secours éé l'imurreetioa. Le je«ne F^uslcbine, d» régiment dés pionniers à chevaî, maoîfêstaal-quelqnes craintes sdr le succès de leur prise d^arme». Alexandre Bestoujéff lui dit : >

tt Dans'tevs les cas ^ noue aurMff une belle page'dàns Plistoive^

— iJM>page, répondlile jeotteoflk^er, cpAy ^a^nl

ISO HISTOIRE D£ L'filfPBRBUR NICOLAS.

par les main» du ]N)urreau , souillera rhistoire et nous couvrira de honte, v

D'un autre côté, le baron de Steinheil, effrayé de plus en plus des dangers de la situation et des suites d'un mouvement révolutionnaire , interpella Ryleieff en ces termes :

« Est*il possible que vous songiez à agir?

— Nous nous sonunes trop avancés pour pouvoir reculer, répondit celui-ci. Rostovsoff a brûlé nos vaisseaux; il nous Ta dit lui-même....

— Mais il nous reste une planche de salut, répliqua Steiuheil.

— Laquelle? demanda le prince Troubetzkoï, qui luimême commençait à manifester de sérieuses appréhensions.

— Celle de la soumission aux lois de nos pays....

-— Il est trop tard, fit Ryleieff; nous sommes tous voués à la mort; d'une manière ou d'une autre, il nous faut mourir.

— Faisons en sorte alors que notre mort soit utile à la liberté.

— Nos fourreaux sont brisés , dit Kaovski , nous ne saurions plus où cacher nos sabres, si ce n'est dans le cœur des ennemis de la vraie Russie, »

Au milieu de ces débats, qui rappelaient les scènes orageuses des clubs des Jacobins ou des Cordeliers, plusieurs membres émirent de nouveau la proposition horrible d'exterminer la famille impériale tout entière..., La mort du grand-duc Nicolas fut considérée, à l'unanimité, comme étant d'une indispensable nécessité.

Quelques conjurés cependant protestèrent contre nu crime dont l'accomplissement provoquerait contre enx l'indigaation de l'Europe» Steinheil» se rangeant à l'avis

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