CHAPITRE TROISiÈHE
Enfin l'heure fatale aUait sonner ; Faurore du 14*26 décembre venait de se lever snr la capitale, qai ne se doutait pas qu'une journée terrible commençait pour elle.
L'empereur Nicolas s'était levé de grand matin ; tous les fonctionnaires civils et militaires en uniforme l'attendaient dans un des grands salons du palais. Us le saluèrent du cri de Vive l'Empereur I lorsque, paraissant devant eux, il leur lut d'une voix ferme le manifeste suivant :
tt Par la grâce de Dieu, Nous, Nicolas I*', empereur et autocrate de toutes les Russies, etc. , etc. , savoir faisons à tous Nos fidèles sujets :
» Dans l'aflSiction de Notre cœur, au milieu de la douleur générale qui Nous accable, Nous, Notre maison impériale et Notre chère patrie , en Nous humiliant devant les impénétrables décrets du Très-Haut, Nous cherchons en lui seul Nos forces et Nos consolations.
» Il vient d'appeler à lui l'empereur Alexandre P^, de glorieuse mémoire, et Nous avons tous perdu un père et un souverain qui pendant vingt-cinq ans a fait le bonheur de la Russie et le Nôtre.
» Lorsque la nouvelle de cet événement déplorable Nous parvint, le 27 du mois de novembre. Nous nous sommes empressé , dans ce moment même de douleurs et de larmes, d'accomplir un devoir sacré, et, ne suivant que l'impulsion de Notre cœur. Nous avons prêté serment de fidélité à Notre frère aine, le Césarowitsch grandduc Constantin, comme à l'héritier légitime du trône de Russie , par droit de primogéniture.
» Nous venions de Nous acquitter de cette sainte obligation, quand Nous apprîmes du conseil de l'empire que le 15 octobre 1823 il avait été déposé entre ses
m HISTOIRX Be VBHPIlIlBeB NICOLAS.
mains un pacpiet sceHé du sceau de feu fEnperevr, e( «ir lequel il était écrit de la propre main de Sa Majesté Inpériaie : « Garder au conseil «de Pempire jusqu^à ce » que j'en ordonne autrement; mais, dans le cas oii je 9 viendrais à SBOurir, ou^irrir ee paquet en séance extraorn dinaire avant de procéder à tout autre acte. «
» Noos appHnftes en même temps que cet ordre souveruîn avait éié exécuté par le oonseil, et qwe les pièces suivantes avaient été trouvées dans ledit paquet :
9> V Une lettre du Césarowitsch grand-duc Constantin, en date du 14 janvier 1822, adressée à feu l'Empereur, «t par laquelle Son Altesse Impériale renonce à la succession au trône, qui lui appartenait par droit de primogéniture ;
» 2^ Un manifeste du 16 août 1823, signé de la propre main de Sa Majesté Impériale , par lequel , après avoir exprimé son assentiment à la renonciation du Césarowitsch et grand-duc Constantin , elle statoe qu'étant le premier en âge après lui, Nous sommes, snivant la loi fondamentale, le plas proche hcrHier de la cofurenne. Ajoas fumes informé , en outre, que des actes semblables se trouvaient déposés au sénat dirigeant , au sakit sjtiode et dans la cathédrale de FAssomptron à Moscou.
T> Ces notions ne pouvaient changer en rien la détermination ^ue Nous avions prise ; Nous vîmes daos ees actes une renonciatioii faite par Son Altesse Imp^iale pendant ia vie de rfimpereur, et confirmée par TassenCinient de Sa Majesté , mais Noas n'eûmes ni le désîr ni le dmt do considérer c6mvie irrévocable cette renonciation , qui n'avait point été publiée lorsqu'elle eut lieu , et qui n'a- -vait point été annoncée par une loi.
9) Nous voulions, ainsi faisant, manifester notre respect pour la première loi ^fondamentale de notre patrie sur
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Tordire invariable 4e h smnesnen mt ttéme , et fidèle au seraienl que Nous avions prêté, Nou« iMisfâines'poQr qae l'Enqùre «oilier suivit notre exemple.
3) Dans cette g[rave eîroMMtaoce, Notre dessein n'était pm 4e oonteater la validité des résolotbns exprimées pir &»■ Altesse Impériale. Il était bien moins encore de Nsus mettre en «ppositiao avec les volontés de fen l'Empereur. Notre frère et bienfaiteur commun, volontés i|oi Nous seraat toujours sacrées; Nous cherchions «niquement ii ifacaotlr de la «oindre i^teinte la loi qui règle l'ordre de la succession au trône , à dévoiler au 'grand jour la loyauté de Nos intentions, et à préserver Notre cbère patrie même d'un moment d'incertitude sar la personne de son sonveraio légitime.
» Cette déterminaftion, prise d»is la pureté de Notre conscience devant le Dieu qui lit au fond des cmnrs, fut bénie par Sa Majesté l'impératrice Marie , Notre mère hien-nimée.
V Cependant, la donloureuse nouvelle du décès de Sa Majesté l'Empereur était parvenue directement àe Taganrog a Varsovie le 25 novembre, par conséquent deux jours pltis toi qu'ici, inébranlable dans sa résolution , le Césaroiritsck et grand-dnc Constantin la eonfinma le iendesnaîn par deux actes datés dn 36 novembre qu'il ^ai^a Notre frère' bien^oîmé le grand^uc Michel de Nous remettre.' Ces actes consistaient :
» 1* En une lettre adreœée à Sa Majesté l'impératrice , Notre mère chérie, par iaqoelle, renottvelant sa dédsion nntérieune et l'appoint d'un rescrit de fen TErapereor en 4ate du 2 février 1822 , qui servait de réponse k son acte de renonciation et dont copie était annex»ée, Son Allesse Impériale renonce définitivement et solennellement à tons ses droits m trône , 4?t , d'après l'ordre établi
it» HISTOIRE Ofi L'EMPBitBIll NICOLAS.
par la loi fondamentale, les recoonail en Nous ainsi qu'en Noire postérité ;
7) 2'' En une lettre à Nous adressée , dans laquelle Sod Altesse Impériale réitère Tassurance primitive de sa détermination, Nous donne le titre de Majesté Impériale, ne se réserve en propre que celui de Gésarowitsch qu'elle portait antérieurement, et se nomme le plus fidèle de Nos sujets.
» Quelque décisifs que fussent ces actes et quoiqu'ils prouvassent jusqu'à l'évidence que la résolution de Son Altesse Impériale était constante et irrévocable, Nos sentimenls et l'état même de l'afikire Nous ont porté à différer la publication desdits actes jusqu'à ce que Son Altesse Impériale eût manifesté ses volontés relativement au serment que Nous lui avioni^ prêté ainsi que tout l'Empire.
y> Maintenant que Nous venons de recevoir également cette assurance définitive des volontés de Son Altesse Impériale, Nous en faisons part à tous Nos sujets, ajoutant ci-après :
9 V La lettre de Son Altesse Impériale le Gésaroivitsch grand-duc Constantin à feu l'empereur Alexandre P;
9) 2"" La réponse de Sa Majesté Impériale à cette lettre;
D 3® Le manifeste de feu l'Empereur qui confirme la renonciation de Son Altesse Impériale , et qui Nous reconnaît pour son héritier ;
» 4"" La lettre de Son Altesse Impériale à Sa Majesté l'Impératrice , Notre mère bien-aimée ;
9> 5"* La lettre que Son Altesse Impériale Nous a adressée.
3>En conséquence de tous ces actes, et d'après la loi fondamentale de l'Empire sur l'ordre de succession, le cœur plein de respect pour les décrets impénétrables de la Providence qui Nous conduit, Nous montons sur le