CHAPITRE TROISIÈUE
Irène de Nos ancêtres, sur le trône de l'empire de toutes les Russies et sur ceux du royaume de Pologne et da^ grandr duché de Finlande qui sont inséparables, et ordonnons :
» 1** Que le serment de fidélité soit prêté à Nous et. à Notre héritier Son Altesse Impériale le grand-duo. Alexandre, Notre fils bien-aimé;
» 2'' Que l'époque de Notre avènement au trône .soit datée du 19 novembre 1825.
>/ Enfin, Noos invitons tons Nos fidèles sujets à élever avec Nous leurs ferventes prières irers le Tout-Puissant poar qn'il Nous accorde la force de supporter le fardeau que sa sainte Providence Nous a imposé, pour qn'il Nous, soutienne dans Nos fermes intentions de ne vivre que pour Notre chère patrie et de marcher dignement sur les traces du monarque que Nous pleurons.
yt Puisse Notre règne n'être qu'une continuation du sien, et puissions-nous accomplir tous les vœux que formait pour le bonheur de la Russie celui dont la mémoire sacrée noumra en Nous le désir et l'espoir de mé*» riter les bénédictions du ciel et l'amour de Nos peuples. » Donné dans Notre résidence impériale de Saint-Pétersbourg, le 12 décembre, l'an de grâce 1825, et de. Notre règne le premier.
yy Signé Nicolas. y>
«Maintenant, messieurs , leur dit l'Empereur, d'après ces actes et ces explications, la lumière s'est-elle faite dans ¥Os esprits? Votre religion à Tendroit de la succession au trône vous «parait- elle suffisanunent éclairée? Au nom de la Russie , devant Dieu qui nous voit et nous entend, je vous somme de me répondre. Me reconnaissez-vous comme l'héritier légitime d'Alexandre I*% comme votre seul et souverain maître?...
TOXI I. *
19» HISTOIRE IW L'IHPffUEVR IVICOLAS.
•^ Vive B6(TC empereur 1 Vive Nicolas I répoodirent dhme sevie et même voix Imie les fonciicoiBalres présents.
— Vive le Rmsietu s'éeria à son leur Nicolas; et (ai* sant deux pas en avant , il ajouta avec un geste pie» de dignité : ci De ee moment , messieurs, chacun de vous me répond sur sa léte de k tranqnillité de son administration : du repos de vos départements dépend celui de la capitale. »
La cérémonie de Favénemenf an trdae eut lien à ante heures; mais pendant qu'elle se céléhraîl une grande inquiétude se répandit parmi le peuple, ignoranl h manifeste dont la pirMiealioii anrail élé niÊaréi^ par te hH des révoMionnaires f«i avaient barricadé l'imprimerie oh travaillaient les compositeurs. Kentdtf à cette inquiétude succéda vue vi^ente fermentation.. ». L'abdScalfoii du grand-duc Constantin ainsi que les droits de Nicolas au trône é4aient mis en doute. Mille bruits, sinistres circulaient, semant partout Fincertitudeetreffrov... L'henre fixée pour la prestation du serment militaire était sonnée. Mus les conjurés approchaient de ce moment fatal ^ phis leur chef, le prince Serge Troubetzkoî, montrait de crainte et d'irrésolution; il avait disparu. Ses complices s'étaient rendus aux corps dont ils faisaient partie. Dans la plupart des régiments, ceux de la garde à cheval, des chevaliers-gardes de Préobrajensky, de Séménoffisky, d'Ismaïlofisky, des grenadiers de Pavlovsky, des cfaassevrs de la garde, des chasseurs de Finlande et dans le bataillon des sapeurs , le sernsent militaire fut prêté sans difficulté , malgré les efforts et Topposition de quelques clefs qui furent immédiatement arrêtés. Mais il n'en fut pas de même dans les régiments de Moscou , des grenadiers du corps de la marine et des marins de la garde.
eMAFltRE TBOISlilIB. lit
BaM it premier, le prmee Slebépiiie Rostovsfci , le e^fiàântV&chel Beslouj^ff et na frère, aim ipie deux Mftm efteievs, amient luuraiigaékftSs 3", 5'et€*cot»pagnies, s'efforçant d'égarer les soldats et de les empéchcrde prêter sermeiil à Nicolas, sans le freinte qu'il u*9nà wmcma droit à k couronne.
m Qm TOtts tronpe, dîsateni-ils , le grand*d»c Cob« stanlia »^a peiitl obdicpé, et oa l'a jeté dans les fers, parce qu'il imdaîl revendNpner ses droilSw. Le chef de wlre rè^meDl, le ^jfmnd-duc Michel luiHMème, est éga* lemenÉ enprôomié. L'empereur Constantin aime voire régiment Gnoostns : Vive Cooslantinl et mort à ceus q« nefan seroetpat fidèles !
— Vive Tcsp^esM: Censtanim I »• répondent les compiyis insurgées.
On leur distribue aussitôt des cartouches; elles chargent leur» armes, et, prêtes à maorcher, elles attendent le signal qui doit les engager dans une guerre impie et fratricide. Dans ce moment, un aide de camp du gé- Bétalnnafor Frîedricfas, chef du régiment, arrive de> vaHt le front des insurgés, et somnae les officiers de se rendre chez leur commandani pour la jNrestaiioo du serment à l'empereur Nicolas.
« Jb ne recoMMis pas plus rautorilé du génénd que ceHe de Nicolas, » répond Stchépine. Au même instant le général Friedricbs, accompagné do général-major SchenscUoe et svivi de plusieurs compagnies restées fidèles , se fnrésente devant les mutins et leur adresse des paroles de coociliatfon. Pour toute réponse^ Stchépine ordonne aux révollés d'enlever le drapeau des mains des grenadiers, et hû-méme donnant le premier Fexemple, il se précipite snr le général Frîedrichs et loi fend la tète d'au coup de sabre; puis il s'élance sur le générât Schen^
I«2 HISTOIRE DE L'fiMPERËUR NICOLAS.
schine, qu'il blesse ainsi que. plusieurs officiers, el ptar* vient par son audace, à entraîner les compagnies insurgées vers la place du Sénat, aux cris de Vive Tempereur Constantin !
Pendant que. ces scènes déplorables avaient lieu sur plusieurs points de la capitale, le général Soukasonet, commandant Tartillerie de la garde , accourait au palais d'hiver pour annoncer à l'Empereur que ses troupes re» fusaient de prêter le serment et déclaraient ne voul(»r reconnaître que Constantin pour autocrate de toutes les Russies. 11 avait à peine achevé de parler que le général Neidgardty introduit devant TEmpereur, lui dit :
a Sire , les régiments de la garde et de Moscou sont en pleine insurrection. Le sang a déjà coulé, plusieurs officiers sont tombés grièvement blessés sons les coups des rebelles.
— Est-ce tout, général? demanda l'Empereur.
— Non, Sire. Les marins des équipages de la garde iraternisent avec les rebelles ; dans ce moment ils sont en marche sur le sénat : à peine ai-je eu le temps de les de* vancer pour venir prendre les ordres de Votre Majesté. Sire , il n'y a pas un instant à perdre , ordonnez aux troupes fidèles de faire leur devoir. »
Il était temps, en effet; les insurgés marchant en colonnes serrées commençaient à déboucher par les rues adjacentes sur la place du Sénat, aux cris de A bas Nicolas! vive Constantin I lui seul doit être notre empereur ; nous n'en voulons pas d'autre. A bas Nicolas I mort à Nicolas ! «c Vous les entendez, Sirel dit le général NeidgardC. — Et je les vois, d répondit Nicolas. Alors, donnant des ordres aux officiers qui l'entouraient, il entra précipitamment dans l'appartement de la jeune Impératrice :