‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 44 sur 331 · CHAPITRE TROISIÈME. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. U

lai avait si providentielleinenl conservé la couronne ^ disputée par une révd«tion militaire , Nicolas se rendit dans l'appartement da grand-duc héritier, qui dormait encore; il le réveilla, le prit entre ses bras, et se fai* sant ouvrir la porte du balcon qui donnait sur la place , il le montra à la foule groupée sous les fenêtres du pa«* lais; puis, descendant sur la place, il pénétra dans les rangs des troupes harassées de fatigue et noircies par la poudre , il remit l'enfant impérial dans les bras d'un vieux caporal de sapeurs, en lui disant : a Tiens, prends mon fils, et recommande-le à tous tes camarades; je t^ adjure, au nom de tes frères d'armes, de l'aimer comme je vous aime et de le défendre coomie vous m'aves défendu. » L'enfant passa de mains en mains, recueillant sur les lèvres de ces héroïques soldats des baisers pleins de larmes et qui sentaient la poudre.

Depuis le moment fatal où le gouverneur général comte Miloradowilsch était tombé mortellement blessé, l'Empereur avait plusieurs fois envoyé chez lui dcts officiers poor s'informer de ses nouvelles. Ce brave capitaine, qui s'était rendu fameux dans la compagne de 1812, touchait à sa dernière heure. Nicqlas, eouvert encore de la poussière du combat, se rendit auprès de lui poor loi adresser quelques-unes de ces paroles qui, si elles ne sauvent pas, adoucissent du moins ks angoisses de l'agonie. Celui que la mort avait épargné sur quarante-deux champs de bataille pour le livrer un jour d'émeute à la balle d'un assassin, était étendu sur sou lit de douleur. A la vue de son souverain il parut se ranirmer; un éclair de joie passa dans ses yeux en même temps qu'un sourire sur ses lèvres, a Général, lui dit l'Empereur, la couronne que vous m'aves conservée semblera lourde à mon front, si je dois perdre en vous

le meilleur de mes aniis^ le plus fidèle de mes sujets !. . . 9 Le comte Miloradowitsch , recueillant le peu de forces qui lui restaient, répondit : « Sire, j'ai assez vécu, puisque Dieu m'a fait la grâce de voir Votre Majesté victorieuse de ses ennemis.... Soyez heureux, Sire, pour le bonheur de la Russie; quant à moi. Je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pouvoir plus servir Votre Majesté.... Cependant je considère le jour de ma mort comme le plus beau de ma vie, puisque je meurs pour vous et pour l'auguste héritier de votre trône.... Vive l'Empereur I » Un instant après il n'était plus.

Pendant que cette scène se passait an pied du lit du glorieux martyr de la foi militaire, l'Impératrice mère écrivait la lettre suivante au prince Kotchoubey, le même personnage auquel l'empereur Alexandre, n'étant encore que grand-duc, avait adressé deux lettres que nous avons données au commencement de cette histoire :

ce Si j'ai tardé, mon cher prince, à répondre à vos deux lettres, c'est que, d'une part, je voulais vous écrire de ma main, et que, d'un autre côté, j'étais si tristement accablée qu'à peine je pouvais suffire aux correspondances de ma famille. Je suis bien malheu* reuse, monsieur le prince; les trois mois qui se sont écoulés depuis la perte douloureuse que j'ai faite ont été dans ma vie trois mois de tourments et de larmes. La mort de mon fils , de cet ange bien-aimé, est venue nous surprendre, nous frapper comme un coup de foudre. Nous nous livrions à l'espérance, quoique, je l'avoue, mon cœur maternel éprouvât de mortelles angoisses, lorsque le 13 novembre a malheureusement justifié mes sinistres inquiétudes.

T> C'est le 27 que j'ai appris la perte du fils qui faisait le bonheur, la gloire de ma vie, tout le charme, toute

Page 1