‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 52 sur 331 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

— Ce n'est pas assez, répliqua Davldoff) il en faut six....

— Eh bien, j'en aurai douze I... »

Poggio comptait sur le concours de Mitkoff , du prince Valérien Galitzin, du prince Obolinsky et de Matthieu Mouravieff.

Informé de l'arrestation du colonel Pestel, le généralmajor prince Serge Voikonsky se procura le moyen d'avoir une entrevue avec lui. a Ne craignez rien , lui dit le colonel ; sauvez seulement mon code russe. . . . Pour ma part, je serai muet comme la tombe qui m'attend. ». Malgré ces pompeuses promesses , il fit des aveux complets et des révélations dont le preiaier résultat fut l'arrestation de ses complices, transférés immédiatemeut à Saint-Pétersbourg à la demande de la commission d'enquête.

Cette commission, appelée à instruire l'afiaire du 14-26 décembre et à statuer sur le sort des coupables , était ainsi composée :

Tatitscheff, président, ministre de la guerre;

Le grand-duc Michel , grand maître de l'artillerie ;

Prince Galitzin , conseiller privé actuel ;

Golénistcheff-Kotonsoff, aide de camp général, gouverneur de Saint-Pétersbourg;

Tcbemycheff , aide de camp général ;

Benkendor£f, aide de camp général;

Potapoff, aide de camp général.

Un senl mouvement d'une certaine importance éclata da côté de Kieff, et il fut plutôt inspiré par le désir d'échapper au châtiment que par l'espérance de reformer les anneaux brisés de la conspiration.

Serge et Matthieu Mouravieff avaient été arrêtés par le lieutenant-colonel Gebel au moment où, prévenus par

M6 HISTOIRE DE L*£lfP£REiE NICOLAS.

«D message de Beftfoujeff^RamiDe du sort qoi les menaçait^ ils cherchaient à se cacher. Mais dans la naît même de leur arrestatioo, plusieurs officiers appartevaut à la société des Sim9e$ réunis, Botaaniiiciit les lieutenants Kottzmine, SonUiinaff et Chipilla, et le capilaîoe en second baron Solovieff, les avaient délivrés après avoir blessé le lieutenant-colonel Gebel et s'être emparés des kommes qui raccompagnaient Ser^ Moaravieff conçut aussitét le projet d'insurger le régiment de Tcbemigoff. A eet effet, du bom-g de Trilessié on il se trouvait, il se porta rapidement sur Kovalevka afin d'y réunir la seconde compagnie de grenadiers. En même tempe, le lieutenant Kouzmine devait y conduire la cinquième compagnie } et les lieutenants Solovieff et Gbipilla devaient, après avoir soolevé les leurs, se porter à marches forcées sur Vassilkoff.

De Kovalevka, Serge Mooravieff, àlaléte des deuxième et cinquième compagnies, marcha sur Vassilkoff. Bestoujeff-Rumine, qu'il avait envoyé en reconnaissance à firoussiloff, le rejoignit sur la route.

A huit verstes de Vassilkoff, Mouravieff apprit par ses éclaireurs que cette ville était défendue par une compagnie sous les ordres du major Troukbine. Les insurgés l'occupèrent sans résistance* Maître de cette position, Serge Mouravieff y fut rqoiot par plusieurs officiers avec lesquels il concerta son plan d'opérations. Après avoir reconnu la nécessité d'opérer sa jonction avec les officiers de la société des Slaves rétmis, il prit la résolution de faire uo mouvement sur Droussiloff, d'où il aurait pu en un jour de marche gagner Kieff ou Jétomir, suivant les circonstances ; mais avant toules choses il cofiiprit qu'il fallait exciter Tenthoiisiasme des troupes rebelles en donnant à l'insurrectian une espèce de consécration

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leU^euiL En coaséqaence, raamdaier du régiment de Tclwniigoff coDsentii, moyenoant une somme de huit cents firafics , à célébrer l'office dlvia devant le front des troupes, et à lire un catéchisme composé par Serge IIm.» ravielT et Bestoujeff-Rumine , dans lequel y en donnant à quelques passages de l'Ancien Testament une interpréta^ tioA arbîtraire, les auteurs avaient voulu démontrer que la démocratie était la seule forme de gouvernement agréable à Dieu. Mais , suivant la déclaration de Mouravieff lui-même , cette lecture ayant produit sur l'esprit des insurgés un eflet contraire à celui qu'il espérait , il dut invoquer Caussement le nom du grand-duc Constantin pour justifier par des apparences de légitimité une prise d'armes qui ne se réduisait plus qu'à une question de personne.

Sur la route de Broossiloff, Serge Uouravieff trouva dans le village de Motovilovka la première compagnie de grenadiers et la deuxième de mousquetaires. Il les harangua avec véhémence pour les engager à se réunir à InL Une partie de la compagnie des mousquetaires seule y consentit ^ celle des grenadiers ^ inébranlable dans son devoir^ se replia sur Belaîa-Tserkoff. Ayant appris le lendemain que le gros des troupes qu'il voulait soulever ne se trouvait point dans cette position , Serge Hbnravieff ^ changeant de plan y retourna vers Trilcssié pour se rapprocher du centre de la société des Slaves. Il venait à peine de quitter le village d'Oustimovka, lorsque tout à coup il aperçut devant lui la colonne volantelancée à sa poursuite sous les ordres du général Geismar. 11 fit aussitôt ranger ses troupes en bataille , et se mettant bravement à leur téfe, il les entraîna l'arme au bras sur les pièces , mais il fut reçu par un feu de mitraille qui mit le désordre dans ses rangs : une charge de cava-

lêrie acheva la déroute. Alors les factieux rendirent leurs armes. Serge Mouravieff, blessé au commencement de l'action, tous les officiers, à l'exception d'Hippolyte Mouravieff resté mort sur le champ de bataille, et sept cents soldats furent faits prisonniers les armes à la main. Le lieutenant Konzmine se brûla la cervelle le même jour en présence des deux frères Mouravieff, avec lesquels on l'avait enfermé.

Les événements de la journée du 14-26 décembre , les bruits dont l'esprit de parti et la malveillance les accompagnaient, jetèrent sur les premiers jours du règne de l'empereur Nicolas une couleur sombre : on aurait dit, à lire les sinistres prophéties répandues en Europe par les journaux du temps, que la Russie, précipitée sur les champs de bataille, allait arborer pour drapeau le sanglant linceul légué par Alexandre à l'heure de ses funérailles ; mais le caractère loyal et chevaleresque du nouveau monarque, les preuves de magnanimité qu'il avait données avant le combat , pendant la lutte et après le triomphe, rassuraient les inquiétudes les plus systématiques. Le nouveau règne s'annonçait par des actes de sagesse, de clémence, de modération qui devaient plus tard se traduire par la grandeur et la prospérité de la Russie, acclamant avec enthousiasme Nicolas empereur, et par droit de conquête et par droit de naissance.

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