CHAPITRE CINQUIEMK
laflaeBce de la jonroëe du 14-26 décembre lor l'etprit de l'empereur NîcoIm. — Hommaget du corps diplomatiqae. — Proression de foi de l'Empercor. — Note da comte de NeMeirode. — Aapect de Saint-Pëterabonrg. — Ueinrea contre le» aboi de l'administration. — Ifonameot législatif. — Améliorations. — CompositioB da ministère. — Belle scène militaire. — L'épéo de rempereer Aleiandre. — Récompense impériale. — Vœn politique de Nicolas. — Funérailles d'Alexandre l*T. — Le cocher Ilia.
Aucune époque de Thistoire russe n'offre au poëte et au penseur un spectacle plus intéressant et plus digne d'être étudié que celui de ravénement de Tempereur Nicolas au trdne. Le défi jeté à l'ambition humaine par deux frères jaloux de céder l'un à l'autre ses droits à ^héritage de- Pierre le Grand ; la révolution armée de pied en cap se jetant tout à coup au milieu de cette lutte de désintéressement y pour imposer avec du sang ses prétentions impies; la guerre civile bivouaquant sous les fenêtres du palais impérial et confiant son dernier mot à la boache des canons; l'insurrection militaire étouffée à sa première explosion dans les provinces; l'enthousiasme du peuple , le repentir des vaincus , la magnanimité du vainqueur, voilà des tableaux dont on ne saurait trouver les pendants dans les annales d'aucun peuple.
Ainsi que nous venons de le voir, une grande leçon attendait le grand -duc Nicolas entre le cercueil et le trdne de son frère Alexandre. Ce grand enseignement ne lui permettait point d'apporter sur le trône que lui avait dressé le cercueil d'Alexandre, les généreuses illusions de la jeunesse. Un prince de vingt-huit ans, qui depuis le
jour où sa raison précoce avait étudié la valeur des mots, n'avait jamais compris et cru possibles ceux de mensonge et lâcheté, devait naturellement croire au dévouement, à la franchise , à la loyauté. Quelles ne durent pas être les déceptions de Nicolas, lorsque devant son premier réveil d'empereur, il aperçut la révolution debout au milieu de son cortège de perfidies, de calomnies et lie trahisons !
Ainsi que nous l'avons dit, le grand-duc Nicolas, quoiqu'il connût dans tous ses détails l'abdication de son frère Constantin, n'avait pas voulu profiter du bénéfice de cet acte avant qu'il n'eût été de nouveau sanctionné par la déclaration du Césarowitsch , tant il y avait en lui de sentiments de délicatesse et de religion. Sons comprendre toute la sublimité de sa conduite » combien cependant il dut souffrir dans le sentiment de sa fierté en voyant une partie de ses sujets , tout infime qu'elle fût, mettre en question sa loyauté et l'accuser de vouloir arracher du front de son frère Constantin on diâh dème qu'il repoussait du sien avec tant d'énergie l
Animé des meilleures intentions et plein de foi dans l'avenir, il arrivait au pouvoir avec des plans de réforsie, avec le désir sincère de se consacrer entièrement à l'amélioration de son gouvernement et de la condition sociale de son peuple , et voici que là oii il croyait rencontrer confiance réciproque et dévouement, il trouvait résistance et répulsion.... Là ou il se présentait comme l'élu de Dieu, il était reçu à coups de canon cooraie l'ennemi du peuple.... Ohl dans cette mêlée terrible, où pendant plusieurs heures il resta exposé aux balles des rebelles, en vue des fenêtres du palais qui renfernaait tontes les affections de son cœur de fils, d'époux et de père, dans ce moment suprême où la fidélité et la
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tralÛMm portaienl le même uniforme et combaitaîenl avec les mêmes armes , une pensée fatale dut passer daDs son esprit et graver dans sa mémoire un impérissable sonvenir, une résolution immuable peut-être. «*. Il y a des situations dans la vie dont le souvenir laisse des traces ineffaçables dans Tàme qui en a été témom. La journée du 26 décembre a dû péniblement réagir et peser sur les intentions loyales et généreuses du jeune empereur. Cette journée , en effets constitue une de ces situations qui ne détruisent pas le sentiment de la clémenee y mais qui opposent le calcul à sa raison d'être. La perte de la cenâance inspire aux nalures d'élite le mépris pour rbumanité.... Alors la miséricorde devient UB moyen de politique , et le pardon n'est plus que le dédain d'un cœur noble et haut placé.
On a vu que jusqu'au jour de celte insurrection y le grand-duc Nicolas n'avait pas encore eu l'occasion de développer son caractère en dehors des vertus modestes et tranquilles qui fleurissent à l'omlMre du foyer domesii(^ 'y mais le 26 décembre , jeté tout à coup dans une tempête de fer et de feu, il déploya au milieu des plus grands dangers le calme, la présence d^esprit, Indignité d'ms roi, l'énergie, le courage^ l'intrépidité d*ua héros I Jl prouva, ce jour- là, que s'il avait le droit de la force, il aurail aussi la force du droit; que s'il avait la voix de l'astorité, il aurait l'autorité du commandement; et que s'il savait bien commander, il saurait encore mieux au besoin se faire obéir. Ce qui en ce jour fatal aurait assuré la nsine d'un homme faible, constitua la force du grand* due Nicolas, et lui a fait prendre comme empereur, sur tout ce qui l'entourait, un ascendant qu'il devait con- Mner jusqu'à lu dernière heure de sa vie.
Dans les premiers jours de son avéaement au trône ,
Tempereur Nicolas donna audience aux ambassadeurs et aux ministres des puissances étrangères accrédités auprès de sa cour. Us vinrent en corps lui offrir leurs félicitations. Ces hommages officiels, diplomatiques furent cette fois d'autant plus sincères , que le salut de ceux qui les offraient avait dépendu de celui du czar; car les projets liberticides des conspirateurs, mis en lumière par les travaux de la commission d'enquête , ont prouvé que la révolution préparée de longue main dans leurs conciliabules ne devait ressembler en rien à celles dont plus tard les principales capitales de l'Europe devaient faire l'expérience. La révolution du 26 décembre était dans ses fins ultérieures une révolution à la turque. Victorieuse, elle devait faire main basse sur tout et table rase partout.... Le trône brisé aurait entraîné dans sa chute tout ce qui d'une manière plus ou moins directe se rattachait à la couronne. Après les membres de la famille impériale, les agents diplomatiques et les étrangers eussent été les premières victimes offertes au to'iomphe des idées révolutionnaires.... Ils savaient parfaitement bien qu'ils n'auraient pas été mis à couvert sous l'inviolabilité de leur drapeau , et c'est parce qu'ils en avaient la conviction profonde , que pour la première fois peutêtre les hommages de leurs lèvres furent d'accord avec les sentiments de leurs cœurs.
L'Empereur prononça dans cette occasion un discours improvisé avec autant de force que de chaleur. Il parla de la répugnance qu'il avait eue de recourir à des mesures coercitives pour étouffer l'insurrection, de sou affliction à la pensée du sang versé de ses sujets fidèles et même de ses sujets égarés, de la peine profonde oà il se trouvait d'être obligé de sévir pour l'exemple contre les coupables , dont le succès eût non-seulement com-