‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 55 sur 331 · CHAPITRE CI^QUlAllE · texte numérisé non relu

CHAPITRE CI^QUlAllE

morale. Tau« les coupables ne s'étaient point trouvés au rendez-vous des barricades. Comme toujours, ainsi que DOQS l'avons vu depuis, la pensée dirigeante et con* lemplative s'était prudemment tenue loin des boulets ; les hommes d'action seuls avaient donné. Néanmoins un graad nombre d'individus, principalement des officiers, arrivaient chaque jour des provinces les plus reculées , soit comme prévenus, soit cooime témoins, pour être jugés ou pour fournir des éclaircissements i la commission d'eaquéte. La crise dont on venait de sortir, et dont seulement alcHrs on commençait à comprendre la gravilé, laissait les personnes qui s'y trouvaient intéressées d'une manière plus ou moins directe sous le coup de la stupé^ faetioD et comme absorbées dans l'attente d'un avemr plein d'ombres et de mystères. Cet avenir, il est vrai , offrait en perspective de grandes améliorations, basées sur le caractère loyal et chevaleresque du nouveau csar; mais ces espérances, vagues, indéfinies, étaient dominées par de sérieuses inquiétudes.

La oour dle-méme, naguère si brillante, si animée anx heures oh la couronne, abdiquant sa puissance, reconnaissait le plaisir pour son unique souverain , la «our était triste et méditative.

Le travail de la commission d'enquête , que le jeune empereur suivait avec attention , étalait chaque jour devant ses yeux les profondes blessures que les sociétés secrètes avaient faites à la société russe. D'autre part, et en ddiors des sociétés secrètes , les papiers de plusieurs famîHes, examinés avec soin, fournissaient les preuves déplorables des abus sans nombre qui existaient dans radndnintraÉion des gouvernements, dans les justices seigneuriales , jusqoe dans le sanctuaire des tribunaux, des lois, encombcé depuis on temps immémorial

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d'ookases sans force ni valeur, de décrets tombés en désuétude y était un véritable labyrinthe, sans le moindre Jil d'Ariane pour indiquer la bonne roule. Partout une négligence funeste de la part des autorités, un mépris absolu des ordres de la couronne et des droits du peuple, partout des actes irréguliers, des punitions injustes et des vexations arbitraires, des dénis de justice s'affichaient effrontément jusque sur les marches du trône.

Cet état de choses était une autre conspiration, une conspiration morale qui , sans procéder ouvertement par le poignard, n'en poursuivait pas moins sa marche souterraine pour arriver, au moyen de la corruption, au cœur de la société russe.... L'Empereur comprit de suite qu'il fallait l'attaquer carrément de front, comme celle de la place publique, non pas avec de la mitraille, mais avec des lois justes et positives, avec des réformes immédiates appropriées aux besoins des temps et à l'état des choses. En conséquence, il fit expédier dans toutes les provinces de son vaste empire les recommandations les plus sévères pour remédier à tous les abus signalés, .pour les réparer autant que faire se pourrait, et pour les rendre impossibles à4'avenir. En même temps, rappelant aux autorités et aux nobles la nature de leurs devoirs, il leiir recommanda énergiquement la sagesse et la modération dans l'exercice de leurs droits. Puis , par un de ces actes qui suffirait à lui seul à l'illustration de tout un règne, il jeta le premier fondement de sa propre gloire en arrêtant dans sa volonté la créati<Hi immédiate d'un monument législatif à l'usage de ses peuples.

La pensée de coordonner les lois de l'empire russe et d'en former un seul corps n'était point nouvelle. Pierre le Grand le premier en avait eu l'heureuse initiative. En effet, par un oukase du 18 février 1700, il avait ordonné

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