CHAPITRE GINQllKME
Michel leur exprima de nouveau le contenteiBejit de Sa Majesté, et, leur rappelant pour la première fois les tristes événements qu'elle avait généreasement oubliés, il dit que le pardon du czar ne devait pas suffire à des soldats, à des gens de cœur; qu'à toute iaute il devait Y avoir une expiation, que toute sdùiliure se purifiait au feu. tt Oui, braves soldats, s'écria-t-il , votre repentir, votre noble tenue, les acclamations avec lesquelles vous avez reçu votre souverain , me donnent la certitude que vous désirez une occasion de prouver votre zèle et la sincérité de vos regrets.... Oui, j^en suis certain, le jour où cette occasion se présentera, pas un de vous ne fera défaut à l'appel de l'honneur et du devoir I »
Les régiments accueillirent cette allocution par d'immenses hourras en signe d'assentiment.
tt Je m'attendais à cette réponse ^ ajouta le grand-duc Michel , car, soldat moi-même , je connais tous les généreux sentiments qui se résument dans le cœur du soldat par courage, franchise et loyauté.... Le courage est la vertu lapins facile au soldat, la franchise est la sœur4u courage, vous allez le prouver à ^'instant même.... Soldats, attention I » A l'immobilité silencieuse et recueillie de ces troupes en ligne et au port d'armes, on nurait dit qu'elles avaient été convoquées pour assister à une exécution militaire.... Jamais la physio^iomie nati»rellement sévère du grand-duc Michel n'avait paru plue sombre et plus impoisante. Son geste était impérieux, sa voix éclatante.... a Soldats, ajouta-t-il, que ceux d'entre vous qui reconnaissent avoir pris part à l'insurrection du 26 décembre sortent des rangs. En avant, marche!... «> Douze cents honnnes obéissent sans hésiter à ce commandement, et trms pas en avant sur le front des lignes ih présentent les armes. Le grand-duc Michel,. impas-.
182 HISTOIRE DE L'EMPElEUft 9ÎIC0LAS.
sible tMrjMirs, mais cMilenant à peine l'élan de son admiration devant ce mouvement quW ne trouvera dans l'histoire militaire d'aucun peuple^ abaisse son épée comme pour rendre hommage à celle sublime abnégation ; puis la relevant tout à coup pour la mettre au cap de la gloire, il s'écrie : « Ah! je savais bien que j'avais affaire à des braves ; en ce moment , soldats y vous venez de rendre à vos aigles égarées en des chemins mauvais leur antique honneur. Je vous en remercie au nom du €zar et au nom de la patrie reconnaissante ^ qui vous réhabilitent aujourd'hui par ma voix et par le salut de mon épée. L'occasion que je vous faisais espérer il y a cinq minutes à peine, je vous l'offre à rinstanl même; les hasards de la guerre , mais le prestige de la gloire vous attendent en Géorgie. Je ne vous les offre plus oomme une expiation , mais comme une récompense de votre généreuse conduite ; vous avez des frères qui vous Attendent dans le Caucase , voulez-vous les rejoindre?
— Vive l'Empereur I s'écrièrent à la fois les douze cents hommes.
— Vous avez là-bas des peuplades insoumises qui osent mettre en doute la puissance de la Russie; voulez-vous en appeler contre elles à la puissance des armes?
— Vive la Rusaiel n répondirent les douze cents hommes, et ce cri, répercuté comme tuie pression électrique , retentit sur toute la ligne.
En ce moment, les troupes fidèles et les coupables <H>nrondaient dans une immense acclamation l'amour de FEmpereur et de la pairie. Cette scène fut solennelle, elle devint sublime, lorsqu'un prétne apparaissant toutâ coup appela les bénédictions du ciel sur cette résolution spontanée. Un grand nombre d'^^oiers non eooipromis supplièrent le grand-duc lilichel de leur accorder comme