‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 59 sur 331 · CHAPITRE GIXQUIÈIIK · texte numérisé non relu

CHAPITRE GIXQUIÈIIK

nisatioD et de leur bien-être ^ même pendant les derniers moments de sa précieuse existence; et^ d'un antre côté , la garde de sa perscmne sacrée a été faite jusqu'à son heure suprême par les zélés et fidèles Cosaques do Don.

j» En mémoire de cette circonstance, et voulant récompenser la fidélité inébranlable de ces troupes et leur donner mi témoignage de Notre bienveillance impériale, Nous avons résolu de leur faire présent do sabre qu'avait porté Tempereur Alexandre V\ Que ce sabre soit ajouté aux autres insignes de ces troupes; qu'il soit dans les temps à venir le trophée de leurs exploits et de leurs services, et le gage des sentiments de sollicitude invariable qui m'animent pour elles.

» Signé Nicolas. »

Afin de conserver le souvenir de cette journée mémorable pour les Cosaques du Don, l'hetman leur proposa : l* d'en célébrer annuellement l'anniversaire par une cérémonie semblable à celle qui venait d'avoir lieu; 2*" d'en consacrer à jamais la mémoire par l'établissement d'une maison d'éducation pour les orphelins. Cette maison, fondée au moyen d'une souscription volontaire, devrait porter le nom d'Alexandre ^^ Les troupes acceplèrenl ces propositions avec enthousiasme»

Après un discours de circonstance prononcé par le révérend père Merkhalefi*, les troupes rentrèrent dans leurs quartiers, le peuple s'assit à des tables dressées sur la place; les officiers se réunirent chez l'hetman, où, pendant le banquet, les toasts à la santé de l'Empereur et de son auguste famille furent portés au bruit des salves de l'artillerie. Dans la soirée, la ville entière fut illuminée, et les réjouissances publiques se prolongèrent fort avant dans la nuit.

i8« HISTOIRE D£ L'EUPEftELlI NICOLAS.

Dans son compte de justice et de reconnaissance, remperenr Nicolas ne pouvait oubUer la part que le clergé avait prise aux événements du 36 décembre. De même que l'épée du soldat, la croix du prêtre s^élaît montrée haute et droite à Theure du danger, non c<MDme une arme de guerre, mais comme un symbole de paix, comme un signe de réconciliation et de salut Mais, ainsi que nous l'avons vu , la voix de Celui qui met un frein à la fureur des flots s'était brisée devant les barri* cades de la place du Sénat; des balles sacrilèges même s'étaient frayé un chemin à travers les vêtements sacerdotaux. Nicolas ne l'avait point oublié; aussi voulut-il confondre dans un même élan de reconnaissance Tépée du soldat et la croix du prêtre. A cet effet, après avoir payé sa dette à Tarmée, il s'acquitta envers la religion en adressant les rescrits suivants aux deux prélats qui l'avaient assisté sur le champ de bataille.

(C lu MÉTROPOLITAIN DE X'OVGOROD £T DE SAINT-PÉTEBSBOURG.

3» Très-éminent Séraphim I La belle conduite que vous avez tenue le 26 décembre, lorsque avec un véritable zèle pastoral et au péril de votre vie vous vous êtes présenté devant une tourbe de factieux armés contre l'autorité légitime, et que par vos douces exhortations vous vous êtes efforcé de ramener à l'obéissance ces brebis égarées, vous a concilié Ma bienveillance la ptns particulière.

» Voulant vous en donner un gage et vous prouver toute ma gratitude, je vous transmets ci-joint, comme dd gage de ces sentiments. Mon image ornée de brillants pour être portée par vous : Me recommandant à vos prières.

» Je suis toujours votre affectionné

y> Nicolas. «

CflAPirRE CIKI^UIÉMfi. 1117

a AD IIÉTHOPOLITADI DE KIEFF.

st Très-éminent Eugène , métropoUlaiii de Kkff, je m'empresse de vous iéamgaer Hâ recoonaissaoce po«r le service que vous avec rendu à l'Ëglîae , au trftne et à la patrie , le jour ou voire zèle vous a porté à eipeeer votre vie en partageant le danger avec le très-éininent Séraphim, métropolitain de Saint-Pétersbourg. En oon^ séquence, je vous accorde avec Mon image ornée de pierres précieuses le droit de la porter sur vous«

v Je suis votre affectionné

9 Nicolas. »

C'est par ces actes de haute justice, et par le dévoue* ment le plus absolu aux intérêts de la chose publique, que le nouvel empereur confirmait chaque jour ces belles paroles prononcées lors de son avènement an pouvoir :

« Vivre exclusivement pour la patrie qui m'est si chère; continuer le règne de Tempereur Alexandre le Béni, afin d'accomplir tout ce qu'il avait entrepris pour le bonheur de la Russie; mériter comme lui la bénédiction de Dieu et Tamour de mes peuples, telles sont les pensées qui ne cesseront de m'animer jusqu'au jour où la loi commune me réunira à mes ancêtres. »

Vivre exclusivement pour la patrie, tel était le voeu politique que formait le successeur d'Alexandre en montant au trâne : les trente années du règne dont nous suivons rUstoire prouvent qu'il lui a été fidèle.

Tandis que Nicolas ralliant tous les suffrages se montrait digne dn glorieux héritage que lui avait légué la main mourante d'Alexandre, le convoi funèbre de oe jMrince traversaittoote l'étendue de l'empire : de Taganrog

à Sainl-Pétersbourg , et partout ^ malgré les rigueurs de rhiver, accourait sur son passage une foule immense, dont la douleur vraie et le recueillement religieux consacraient à chaque stalion les hommages funèbres rendus à la mémoire d'Alexandre le Béni.

Si les seniiments que les peuples font éclater à la mort de leurs souverains devancent toujours les juge* ments de la postérité sur un règne qui vient de finir, serait-il besoin d'un témoignage plus imposant ^ plus solennel^ plus irrécusable en faveur d'Alexandre I"^, que la relation fidèle de cette marche triomphale d'un iUuslre mort s'avançant des bords de la mer Noire aux rives de la Baltique? En efiet, sur une étendue de deux mille verstes, ^n vit éclater à chaque pas l'explosion de la douleur |)ublique avec une énergie qui parfois prenait le carac<tère de l'enthousiasme et souvent même celui d'une véritable adoration.

Les habitants des villes et des campagnes^ bravant une température de vingt degrés de finoid, accouraient de toutes parts, et se disputaient l'honneur de traîner le corps de leor bien-aimé. Les femmes, les enfants, les vieillards, vêtus de deuil, trop faibles pour prendre part à cette pieuse lutte , s'agenouillaient à l'approche du char funèbre, et invoquaient déjà parmi leurs protecteurs dans le ciel celui qui pendant vingt-^^inq ans avait été leur bienfaiteur sur la terre. Dans ce concert unanime d'éloges et de regrets, les riches, s'associant à la douleur des pauvres, formaient la résolution de ccmserver par des fondations de charité le souvenir du jour où le cortège avait traversé leurs terres. Après sa mort, Alexandre répandait ainsi sur la route de son cercueil les bien&its qu'il dispensait à chaque pas durant sa vie.

Enfin, après cette longue marche triomphale de la mnrl

CH.4PITEE CIXQUlÀMfi. ItW

à travers les steppes de la Russie et an milieu des hom* mages des populations , le convoi arriva le 10 mars à Tsarskoé-Sélo, oà l'Empereur et l'Impératrice mère^ rimpératrice Alexandra et tous les membres de la famille impériale alors tennis s'étaient nendus pour assister au serviee funèbre et rendre leurs derniers devoirs au corps de l'illustre défunt. De là^ il fut transporté au palais impérial de Tscbesmé, et le 18 mars à Saint-Pétersbourg. Ce jour-là l'Empereur, qui n'était allé à Tsarskoé-Sélo que pour rendre un hommage privé à son glorieux prédé* cesseur, se rendit à cheval dans toute la pompe du cor« tége impérial à la barrière de Tscbesmé, pour recevoir le corps et le conduire à la cathédrale de Qssan , oà il devait demeurer exposé pendant huit jours. Huit chevaux de race caparaçonnés de deuil traînaient le char fu* nèbre sur lequel reposait le corps d'Alexandre. Quatre <][énérattx-majors se tenaient sur les gradins du char; les cordons et les houppes du dais étalent portés par huit généraux ; les aides de camp généraux et les aides de camp dn czar défunt , désignés pour enlever le cercueil, marchaient à qudque distance et de front avec le diar. Des deux cMés du char funèbre, soixante pages s'avançaimt en tenant une torché à la main ; les chevaux étaient menés par huit fonctionnaires en manteau de deuil et en chapeaux rabattus garnis d'un long crêpe.

Deux chevaux de selle qui avaient accompagné l'Enir pereor en France précédaient le char mortuaire. Conduits diaenn par deux colonels, des chevaliers<-gardes en grande tenue, ils étaient équipés comme aux jours où l'Empereur lés montait.

Près de disparaître sous le voile de l'éteniité, les dépouilles mortelles du Caar furent exposées sur un catar Mque d'une dimension colossale, recouvert d'éto£fes

IfO HISTOIRB DE L'ElfPEKEUR KIOOLAS.

précîemes ei resplendiseanl de lumîèresw. Le Mrte du temple y fermé à la lumièredii jour, était teodu de noûr ; les colMines de granit qui en sootieiineiit la voûte avaîeaf disparu depuis la base jusqu'au chapiieaa dans des flots de velours noir semé de lames d'argent.

VeSei de celle décoratioii lugubre, le reoMillement de la ibule, le silence de la prière interrompu parfois par les sanglots de ht douleur, tout donnait à cette scène on caractère mystérieux et imposant Deux fois par jour, le matin et le soir, la faoïiUe impériale se rendait dans cette nécropole ardente pour assister à l'office des morts; les fidèles de toutes les classes, admis à rendre leurs derniers hommages à celui que le peuple appelait son bienfatlenr, accouraient en foule aux heures fixées pour le public. Ces pieux courtisans de la splendeur éteinte montaient un à un les degrés du catafalque, baisaient le cercueil et redescendaient de la même manière du e6té opposé*

Le 25 mars avait été fixé pour l'inhumation ; ce jourlà, l'empereur Nicolas et tous les membres de son auguste famille se rendirent avec leur suite à la cathé* drale de Casan, ou dès dix heures du matin se trou- Taienl réunies toutes les personnes désignées pour fermer les diverses sections du cortège. Après les der^ nières prières prononcées avec émotion par le métropo- Ktain de Saint-Pétersbourg, le cercueil fut enlevé de dessus le catafalque par les aides de camp généraux et les aides de camp de l'Empereur défunt, et le cortège s'avança processionnellement vers le lieu des sépultures impériales , dans le même ordre et avec le même cérémonial qui avait été observé lors de l'entrée du convoi •it Saint-Pétersbourg. Les troupes de la garnison formaient la haie sur son passage ; une population iomiense

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