‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 60 sur 331 · CHAPITRE GIKQUIÈME. ifl · texte numérisé non relu

CHAPITRE GIKQUIÈME. ifl

96 pressaif dtnti les rues, sur les balcons, anx fenéfres, tapissées de n^ir en grande partie. La Russie tont entière semblait s'élre donné rendea^vons pour saluer une dernière fois les restes mortels du Béni dont etie portait wc œsiij*

Le char funèbre s'avançait décoré avec magnificence et environné des pompes de la religion. L'Empereur, entouré de sa famille et d'illustres personnages, parmi lesquels on remarquait le prince GuiDaume de Prusse ^ le dne Alexandre de Wurtemberg et le prince d^Orange, soivail le char ; venaient ensuite le chef de Pétat-major de l'Empereur, ainu que toute la maison militaire, puis une voiture de cour semblant porter le deuil du peuple, dont les regards pleins de larmes se concen* traient sur elle, pour apprendre tout ce qu'il y avait de donlenrs dans l'àme de deux grandes princesses abîmées devant la majesté de la mort. En effet, cette voiture portait le deuil de la Russie, représentée par l'impératrice Alexandra et l'Impératrice mère.

Les membres du corps diplomatique et les étrangers de dîstineliim se trouvaient réunis dans la cathédrale Saint-Kerre et Saint-Paul , quand le funèbre cortège y arriva. L'intérieur de l'église, tendu de noir, offrait aux regards une décoration plus sombre et un caractère plus solennel encore que celle de l'église de Cazan. A l'église de Casan , les hommages publics s'adressaient au grand monarque qni de s(m sceptre faisait un caducée de paix à vingt peuples réunis sous sa puissance dans une immense félicité. Dans cette cathédrale, la douleur de tous, qQoiqne proiMidément ressentie, était tempérée dans ses démonstrations par le respect que commande la majesté souveraine dormant sur le linceul de l'éternité; mais dans l'église Saint^Pierre et Saint-Paul

Il» HISTOIRE DE LEMPEEEUR NICOLAS.

on voyait en ce moment les membres et les serviteurs intimes d'une seule et même famille pleurant dans toute la liberté de leur cœur son chef adoré.

Il est impossible, dit le comte de Sancé, alors rédacteur du Journal de SaifU-Pétersbaurg, et l'un des témoins oculaires de cette imposante cérémonie, il est impossible de se faire une idée du spectacle, déchirant qu'offrait cette scène funèbre pendant les derniers adieux de la famille impériale aux restes sacrés dont elle allait se séparer pour toujours. Que l'on se représente un auguste souverain, une mère que le ciel a éprouvée si souvent dans ses affections d'épouse et de mère , prosternée sans mouvement au pied du cercueil d'un fils, l'orgueil, la joie , la gloire de son âme , d'un fils qui paya son amour par l'affection la plus constante et la plus respectueuse , et qui ne causa de chagrins réels à son cœur malerael que lorsque le sien eut cessé de battre. Que l'on se représente d'une autre part l'impératrice Alexandra, pâle, tremblante, anéantie sous le poids de son affliction, le prince grand-duc héritier paraissant s'identifier par une sensibilité au-dessus de son âge à la perte immense de celui qu'il devait imiter un jour. Que l'on se représente le prince Guillaume de Prusse en pleurs, le prince d'Orange courbé sous l'excès de sa douleur, le grandduc Michel retrouvant dans sa propre faiblesse la force de soutenir le courage de sa famille; l'Empereur luimême livré à un accablement que rien ne saurait dépeindre, mais se relevant bientôt dans toute la mâle énergie de son caractère pour faire violence à deux femmes, dont l'une était sa mère et l'autre la mère de ses enfants, et les forcer à sortir de l'église au moment où le cercueil allait descendre dans la tombe. De toutes les personnes présentes, russes ou étran*

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