‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 63 sur 331 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

forces à la grande lu lie qu'il soutenait avec la France , les troupes turques envahissant la Servie , se frayaient avec le fer des chemins qu'elles éclairaient avec l'incendie. Contrairement au traité y elles surchargeaient d'impôts la Moldavie et la Valachie, et soumettaient les navires sous pavillon russe à des visites dont l'humiliation dépassait l'illégalité. 11 y a plus, pour comble de mauvaise foi, la Porte prolongeait d'une part à l'infini le différend au sujet des places fortes des frontières de l'Asie, et entretenait d'autre part au Caucase les peuplades ennemies de la Russie, en fournissant du fer à leur courage et de l'or à leur cupidité.

La conduite hostile de l'empire ottoman pendant les trois années qui suivirent le traité de paix de Bucharest avait porté de telles atteintes à la dignité de la Russie, que la crainte de rouvrir les blessures à peine cicatrisées de l'Europe avait seule empêché l'empereur Alexandre de confier ses droits et son honneur à la force des armes. C'est alors qne préférant en appeler aux voies pacifiques de la diplomatie, il entama de nouvelles négociations, dont le principal but était de garantir l'exécution des engagements réciproques.

Néanmoins, l'affaire traînait toujours en longueur; cinq années s'écoulèrent sans qu'aucune des questions en Jilîge fût résolue, lorsque le soulèvement de la Grèce vint tout à coup compliquer la situation déjà si tendue. La Porte , exaspérée contre cette prise d'armes , et confondant dans ses colères sans distinction aucune tout ce qui portait le nom de chrétien , arma contre la Russie. Vainenaent Alexandre, inspiré toujours par un sentiment d'hamanité, proposa an Sultan les moyens les plus capables de rétablir la bonne harmonie. Mahmoud ne voolot rien entendre ; aveuglé par les lueurs d'un fana-

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tisme prêt à s'éteindre, il repoussa les conseils de la prudence et se jeta tête baissée dans les aventures d'une guerre religieuse. Ce fut après avoir épuisé tous les moyens de conciliation , que le représentant de la Russie en Orient demanda ses passe -ports et quitta Constantinople.

Cependant, à la prière des cabinets européens effrayés des dangers qui menaçaient la Turquie, Alexandre consentit à renouer avec cette puissance, par l'entremise de l'ambassadeur anglais auprès de la Porte, les négociations rompues. De la part de la Turquie ce n'était qu'un moyen de gagner du temps, car non-seulemeot le Sultan continuait à fermer le Dosphore aux navires russes, à occuper la Moldavie et la Valacbie; mais il imprimait un tel caractère aux persécutions de la Grèce, que la longanimité de l'empereur Alexandre dut avoir un terme. En effet, ce prince déclara quelques jours avant sa mort qu'il était résolu à imposer à la Porte le respect de ses droits et de la dignité de sa couronne.

La mort seule pouvait empêcher Alexandre de donner suite à ses belliqueux projets. Sur ces entrefaites, les cabinets européens ignorant encore l'ordre d'idées dans lesquelles relativement à la Turquie le nouveau czar venait de monter sur le trône de Russie, observaient avec une sérieuse attention les affaires d'Orient. Ils pouvaient craindre avec raison qu'un prince bercé par la gloire et habitué depuis son enfance aux bruits de la bataille, ne laissât pas échapper une si belle occasion d'inaugurer son règne par une victoire. D'un moment à l'autre l'équilibre européen pouvait être remis en question. Ce fut sous le coup de ces appréhensions que le cabinet britannique, conduit alors par le célèbre Canning, se décida à envoyer le duc de Wellington à Saint-Péters-

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boarg, avec U mission de sonder les intentions do romr pereur Nicolas et de ne rien négliger pour rentratner dans Valliance qui se formait en faveur des Grecs.

Aux avances da due de Wellington ^ Nicolas répondit qu'il ne dérangerait pas d'un iota le manifeste adressé d'après ses ordres par le comte de Nesselrode aux sour verains de l'Europe , pour leur annoncer son avènement et la politique qu'il voulait suivre. Tout ce que je pourrais faire, dit*il, ce serait d'envoyer une escadre pour arrêter, conjointement avec la France et l'Angleterre , l'effusion du sang en Grèce.

Comme on le voit, le jeune cziur, fidèle aux principes de la politique conciliante et modérée dont il avait accepté l'héritage, mais en même temps irrévocablement décidé a conserver dans toute leur intégrité les droits et la dignité de son empire, ne se refusait point à suivre la Grande-Bretagne sur un terrain commun d'humanité , et dans un but d'intérêt pour un pays dont la destinée future occupait déjà l'Europe; mais il déclinait péremptoirement toute espèce d'immixtion du cabinet de Saint- James dans ses rapports avec la Porte Ottomane, au sujet des infractions faites par celle-ci au traité de Bucbarest

L'Empereur représenta au duc que ni le gouvernement russe, ni l'armée, ni la nation ne pouvaient souffrir plus longtemps que la Turquie les trompât, ni que les puissances étrangères les empêchassent de se faire rendre justice par le seul moyen en leur pouvoir, a Qud* qaes jours avant sa mort, dit-il, mon frère Alexaudi^ avait pris la résolution de soumettre à la force des armes une question inutilement proposée à la bonne foi, à la loyauté du Sultan. L'empereur Alexandre n'est plusl nsais un jour, sur sa tombe , n'ayant pour témoins que

ma coDscienee et Dieu, j'ai fait un serment, celui de

marcher sur les traces de mon prédécesseur Avec

Taide de Dieu , j'espère conduire à bonne fin les œuvres dont en mourant il m'a confié l'exécution. »

Tout ce que le duc de Wellington put obtenir fut la parole que lui donna l'Empereur de ne recourir à la force qu'après avoir épuisé avec le Sultan tous les moyens pacifiques conciliables avec l'honneur de ses peuples et la dignité de sa couronne.

La question se trouvant ainsi parfaitement éclairée quant à la Grèce, le duc de Wellington signa le protocole du 4 avril, s'en rapportant pour le reste à la générosité de l'empereur Nicolas. Sa mission étant ainsi terminée, le célèbre général partit de Saint-Pétersbourg le 6 avril , après avoir été comblé des témoignages de la considération particulière de Nicolas. La veille de son départ, le Czar le pria de passer en revue le régiment de Smolensk, l'un des plus beaux de l'armée russe. Les premiers rangs étaient composés en partie de vieux soldats. « Voici de belles troupes, s'écria le duc, et je suis sàr, ajouta-t-il en les saluant de son épée, qu'elles sont aussi bonnes que belles. Quel est le nom de ce régiment, Sire?

— Le régiment de Wellington, répondit l'Empereur.

— Depuis quand. Sire?

— Depuis qu'il a eu l'honneur d'être passé en revue par vous , général.

— Eh bien I Sire , je vous remercie , répliqua le duc profondément touché de cette gracieuse attention; je vous remercie, car jamais mon nom n'aura été mieux porté. i>

Les exigences du cabinet de Saint-Pétersbourg n^avaient rien d'exagéré : il réclamait l'exécution pare et simple du traité de Bucharest, mais il la voulait im«

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