‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 65 sur 331 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

réjouissance. Un nouveau malheur venait de frapper la famille impériale et la Russie dans la personne de Tia^ pératrice Elisabeth. L'Empereur voulut lui-même faire part à son peuple de la profonde aiSiction ou Favait plongé ce nouveau deuil de famille^ A cet effet il publia le roanifesle suivant :

« Par la grâce de Dieu, Nous, Nicolas l*'/empereur et autocrate de toutes les Russies, etc. , etc. , etc. ,

i> Savoir faisons à tous Nos fidèles sujets que l'impératrice Elisabeth, Notre belle-sœur bien-aimée, a, par les décrets du Très-Haut , quitté cette terre pour passer à la vie éternelle, le 4 de ce mois, dans la quarantehuitième année de son âge. Ce douloureux événement a eu lien à la suite d'une longue maladie d'âme et de corps j laquelle a amené finalement une ample extinction des forces vitales, au point que Sa Majesté dut, en venant de Taganrog, s'arrêter dans la ville de Bélëff, gouvernement de Toula, où elle est décédée. '

i> La Russie tout entière partagera, Nous en sommes persuadé, la nouvelle aifiiction qui vient d'atteindre Notre maison impériale , et unira ses ferventes prières aux Nôtres pour le repos de l'âme de la défunte impératrice.

» Signé N1G0U& »

L'impératrice Elisabeth possédait les qualités morales et physiques attributs distinctifs de la femme appelée à de hautes destinées : princesse parla naissance, elle l'était encore par le cœur et par la beauté. Belle comme une fiancée d'archange, chaste comme une sainte, bonne comme un sourire de la Providence , douce comme une pensée de consolation, elle prouvait chaque jour, en honorant son trône par la pratique constante de toutes les

vertus y qu'elle était digne de sa haute mission. L'effort prodigieux que cette auguste princesse devenue veuve dut faire sur elle-même pour élever sa résignation au niveau de son malheur, parut communiquer à sa nature sensitive quelque chose de l'énergie de sa grande âme. Elle avait supporté avec le courage d'une héroïne et la piété d'une sainte le coup qui, la frappant dans ses plus chères prédilections, vouait désormais son existence à une douleur dont la tombe seule devait être le terme. Mais elle ne pouvait résister longtemps à cette dure épreuve, sa sanlé déclinait rapidement depuis deux mois. Parfaitement au courant de sa position, elle n'avait plus qu'un vœu à former en ce monde, celui de se réunir à la famille impériale pour lui faire ses derniers adieux et recevoir ses derniers embrasseifuents. A cet effet, elle s'était mise en route de Taganrog pour Kalouga, où de son côté l'Impératrice mère se rendait afin de lui prodiguer ses soins les plus tendres; lorsque la maladie, faisant des progrès de relais en relais, la força de s'arrêter à Bélëff.

Un courrier fut aussitôt expédié à l'Impératrice mère pour l'informer du danger où se trouvait sa belle-fille, et la supplier en son nom, puisqu'elle ne pouvait plus écrire, de se rendre le plus tôt possible auprès d'elle. L'Impératrice mère, livrée à de cruels pressentiments, redoubla de vitesse; mais la mort qui lui disputait le prix de ce cruel voyage fut la première au rendez-vous. Lorsqu'elle arriva à Bélëff, l'impératrice Elisabeth avait rejoint son ange au ciel.

Le corps de l'auguste princesse, morte le 16 mai, a cinq heures du matin, fut transporté de Bélëff à Saint- Pétersbourg avec un cortège digne de son rang et au milieu des regrets universels, pieux hommages rendus à l'éclat de ses vertus.

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