‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 69 sur 331 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

ayant la faculté d'avaDcement par ses services ; enfin, huil individus composant la onzième et dernière catégorie , à servir comme simples soldats , mais sans privation de noblesse et même avec facilité d'avancement*

A l'exception de cinq ou six, tous les condamnés appartenaient à l'ordre de la noblesse ou faisaient partie de l'armée ou des administrations civiles. Dans la catégorie militaire il y avait deux cornettes, douze enseignes, dix-neuf sous-lieutenants, vingt et un lieutenants, vingt capitaines, trois majors, dix lieutenants-colonels, treize colonels et deux généraux-majors ; en dehors de l'armée et dans Tordre civil, il y avait, outre un individu Son classé, deux assesseurs et un secrétaire de collège, un chirurgien, un scribe et deux conseillers d'Etat; enfin, les castes nobles avaient fourni à la conspiration trois barons, deux comtes et sept princes.

Un incident intéressant signala la dernière séance de la haute cour au moment où les membres du conseil de l'empire et du sénat dirigeant sanctionnèrent par leurs signatures les arrêts qu'ils venaient de prononcer; les membres du saint synode, refusant de signer, se bornèrent à émettre leurs votes dans les termes suivants :

« Après avoir ouï dans la haute cour la lecture des actes du procès relatifs aux criminels d'Etat Pestel, Ryleieif et à leurs complices , qui ont tramé le régicide et l'introduction en Russie du régime républicain ; après avoir vu leurs forfaits constatés avec la dernière évidence et confirmés par leurs propres aveux, nous reconnaissons que ces criminels d'Etat méritent les derniers supplices; en conséquence, nous ne nous opposons pas à la sentence qui sera portée contre eux ; mais en raison de notre condition sacerdotale, nous ne pouvons revêtir de notre signature ladite sentence. »

ti8 HISTOIRE DE L'EMPEREUR NICOLAS.

L'Empereur, tmit en rieconnaissaot que la sentence portée par la haute cour de justice était conforme a la nature de la cause et au texte des lois exisUnites, commua les peines prononcées contre les coupables, dans la proportion de leur criminalité et suivant la ealégporie dans laquelle ils étaient classés : quant a«x cinq individus mis en dehors des catégories, le colonel Pestel, le soos4ien tenant Ryleieff, le lieutenant-colonel Serge Mouravieff Apostol , le sous-lieutenant Bestoojeff- Romioe et le lieutenant Kaovsky, le Czar abandonnait leur sort à la haute cour. Celle-ci , s'inspirant de la démence dont Nicolas venait de donner l'exemple par la commutation des châtiments prononcés contre les eon* damnés des onze catégories, décida par un arrêt d'accord avec les rigueurs de la justice humaine et les Jois de rhumanité, que les cinq condamnés mis hors des catégories seraient pendus au lieu d'être écartelés \

Ainsi fut terminé un procès dont nous avons cm devoir reproduire les pièces les plos importantes, antaut par la nature de la cause que par la position des parties intéressées. On peut regretter dans ce procès, le plus grave peut-être que l'on puisse trouver dans l'histoire d'un peuple , puisque ce n'était pas sealement la vie de l'Empereur et de la famille impériale, mais l'existence politique de la Russie, que les insurgés avaient mises en question le 26 décemk^, on peut regretter, disons-nous, l'absence des formes judiciaires observées dans les pays constitutionnels, la privation àes défenseurs, le secret des débats et des procédures; mais on doit rendre justice entière à la sage lenteur des précautions judiciaires , à la scrupuleuse impartia» lilé des recherches, à la lumineuse indépendance des

* Voyei les Documents historiques , iio 3.

jBgmmte basés sur Vévldeaee an prenws acqmg^ê ftr les pwpreê Mimx des accusés»

VEmperear loi-néme, redtovtawt les excès de sèis des eourlisaiis que 1er saccès avaft ralliés h sa caose^ tools légHiaic qa*elle fikt, aiail voola inesarer à sa clé* jmce Je degré de calpabilité oii le repentir des coDJu«lés; il les atait, ainsi que nans l'avens dit, pnsqae foas intemigéa en défensear platAt qu'en jn^e d'instrtictisn^ fimant la part de riniliatise et de l'entraînement, de la velonté intelligente qni égare et de rebéissaace passise qni subit fisitatement l'empire de la séducUoa... Pins d'ane fais, de ses yeux assombris par l'ind^nation , il était seHi an ray^n qui trahissait coaine malgré lai la bieaffcîlisnce de son ceew généreux; j^s d'oœ tok^ iwanitaîssanl des serrices rendus à ses ancêtres, il arait rifé de sa pnpn main sur la lisle des comprcmsis des nooK danl la fidélité tradUionnelle semblait exdare foate idée de trahison. Dans une de ces listes, il avait reoMnn im nom cher à la Russie, un nom synonyaie dnciMiTage et de Thonnenr, celui de Souvarow; Nicolas atait mandé près de loi le jeune homme qui le portait par adoption. Ce jour^Ii, les courtisans de la fortune triaoïphsirte encombraient les antichambres qni précédaient le cabinet du csan Passant devant en y le jeune Soutarov vit s'écarter devant la main qu'il leur olirk ceax qui naguère lui mendiaient le titre de l'amitié. Admis en la présence de l'Empereur, Nicolas lui dit : « S'il est nui que noblesse oblige ^ il est impossible que le nom au petit^Is du f ainqueur de la Trebbia 6gure an nombre de celui des traîtres qui ont conspiré contre la Russie... Dios tooa les cas, i^outa-t'il, je ne veux pas, pour rkonneor de la Russie, que ce nom soit taché par du siBg ou par une dégradatimi... Ailes, jeune homme.

no HISTOIRE DE ^EMPEREUR XIGOLAS.

retournez à votre régiment, et rappelez-vous toujours que ce nom ne vous appartient pas uniquement, mais que la gloire en a disposé en faveur de la Russie. » Un instant après , la porte du cabinet de ^Empereur s'était ouverte, et tous les courtisans avaient pu voir la main de l'Empereur dans la main qu'ils venaient de repousser. Le jeune Souvarow, dont le cœur en cinq minutes venait de vieillir dans la connaissance du cœur humain , passa fièrement devant ceux qui volontiers auraient imprimé leurs lèvres sur l'empreinte de la main impériale.

Un autre jeune homme, l'héritier d'un nom qui comptait dans le cours du dix-huitième siècle plusieurs ministres et plusieurs feld - maréchaux , se trouvait au nombre des compromis. Cependant il n'avait point pris part à la lutte, mais séduit par les mots sonores d'indépendance et de liberté , il s'était laissé entraîner dans les sociétés secrètes par l'un des Mouravieff, sou beaufrère. Il avait un cœur d'or, mais une tête de feu ; dans le feu de sa tête, l'or de son cœur passant par le creuset des sociétés secrètes, était devenu du plomb qui , sans doute , en cas de succès , n'aurait point fait défaut à la cause de l'insurrection.

L'Empereur voulut l'interroger lui-même : « Esl-il possible, lui dit-il, que vous soyez sous le coup d'une peine infamante, vous qui appartenez à la famille des Tchernychef. Oh! non, cela ne peut pas être; dites-moi que votre nom a été mis par erreur sur ces listes, et je le bifferai pour qu'il ne soit pas plus longtemps déshch noré par un odieux contact.. Mais vous baissez la tête, vous ne me répondez pas.... Si vous êtes coupable, vous avez raison , car le mensonge est une chose aussi odieuse que la lâcheté... Voyons, mon enfant, reprit l'Empereur après un instant de silence, je veux vous sauver;

Page 1