‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 70 sur 331 · CHAPITRE SIXIÈME. tSl · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. tSl

dites-moi que vous vous repentez, et je vous pardonne. » A ces mots, Tchernychef s'inclina et dit d'une voix ferme : « Sire , pardonnez-moi si vous croyez que j'ai mal fait; quant à moi, je ne puis me repentir d'avoir agi selon ma conscience. . . » Dans ce moment, un vieux militaire, commandant du premier corps de cavalerie de réserve et aide de camp de l'Empereur, fut introduit auprès de Nicolas, qui lui dit : a Je vous ai fait appeler pour que vous plaidiez au besoin la cause de votre fils. .. » Ce vieux militaire était le père de l'accusé, il était paie et profondément ému ; on voyait au tremblement de ses lèvres que le sentiment de la nature livrait dans son cœur une lutte implacable à celui de l'honneur et de la fidélité...

a Voas vous trompez. Sire, répondit le vieux soldat avec ce ton respectueux mais ferme que n'a jamais connu un courtisan.... je n'ai plus de fils.... » D'un regard, Niccdas lui montra le jeune Tcheraychef, qui, debout, les bras croisés sur sa poitrine, avec une dignité froide mais sans ostentation , attendait l'explosion de la colère paternelle.

tf Vous vous trompez, Sire, répliqua le général, cet homme n'est pas mon fils ! .

— Eh bien , dit l'Empereur profondément ému de cette scène saisissante, puisque vous ne voulez pas plaider la cause de ce jeune homme, moins coupable que vous De le pensez, j'en suis sûr, prononcez-vous même sa sentence... » Le vieux soldat, immobile, debout au port d'armes devant TEmpereur, jeta un long regard sur le fils qu'il reniait. Celui-ci était moins pâle que l'Empereur et que son père.

c Eh bien, général, que décidez-vous? demanda une seconde fois Nicolas.

m HISTOIRE BE L'EMPEREUR HICOLAS.

— Sure y répondit le père wec une sooibre énergie, «i TFftimenft votre démeiice prend ce mieéraUe sons la. proiecfinn de Voire llnjeaté , meUeErle mus bonne snrde, anirement je le tueraic. i Ce fut en vâm qoe rfioperenr tendant sa main an jenoe homme ^ pria le pèrs de Mûvre MMi exemple. Celtiin^i te retira en diaant ; k Je ne le reverrai jamaîa { »

Le jour où la justice des hommes devait livrer ks coupables à la miBéricorde de Dieu, TEmperenr se reli* rait à Tsarskoé-Sélo pour mettre entre mm eonir et l'exécution de la senCenoe la distance de vîngt««iaq kilomètres, et préparer un manifeste qui produisit une immense sensation en Russie , autant par la noblesse des sentiments et rélévation des pensées, que par les sages conseils empreints à chaque ligne de ee. document historique ^

Une journée après le prononcé de leur sentence avait été accordée ans condamnés à mort ponr se recueiHir devant l'éternité qui allait commencer pour eux , et pour se préparer à paraître devant Dieu. Tons acceptèrent avec empressement le secours de la religion , offirant à leur repentir l'assurance des joies célestes, alors qu'ils allaient en finir avec les tristesses de la terre. A l'audaoe du crime, l'espérance en Dieu donna le coorage de l'expiation. Pieusement résignés au sacrifice, les malheureux qui avaient joué leur tête dans la journée da 26 décembre étaient prêts à payer au bourreau le prix de la partie perdue contre les droits du trône et les lois existantes de la patrie. Ryleîeff, le vigoureux chef de l'association du Nord, reconnut comme acte de justice, d'après ces mêmes lois, l'arrêt qui le condanmait à mourir, tt La fougue de mon patriotisme, l'amour de mon

1 Voyez les Documents historiques , n^ 4.

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