‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 71 sur 331 · CHAPITRE SIXIÈME. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. m

pays m'ont Irompé sans doule, disait-il; mais coaune aucun but d'intérêt personnel et d'ambition privée n'a guidé mes actions, je mourrai sans crainte. ^ Ses dernières heures cependant tarent attristées par le souvenir d'une jeune femme qu'il aimait, et à laquelle depuis peu de temps il avait uni ses destinées* U obtint la permission de lai écrire. Dans une lettre touchante, il lui adresse ses adieux suprâmes, il lui demande pardon du chagrin qu'il va semer dans sa vie; il la console par l'espérance d'un rapprochement éternel dans un monde meilleur, où les âmes ne confirent plus que par amour dans les amours de Dieu; il la supplie de ne pas se livrer au désespoir, d'accepter comme il les accepte lui-même en chrétien les arrêts de la Providence et de la justice de l'Empereur. « Quand je ne serai plus, disait-il en fermfnanl, vous partirez, je le désire, pour Novgorod y voire pays; mais avant, vous recevres le prêtre qui doit m^assister à l'artide de la mort 11 vous fera pari de mes dernières volontés, et vous redira mes dernières pande&... Adieu, ma pauvre amie, pardonnez-moi si à voire amour j'ai cru devoir préfârer celui de la Kussie. Tout mon malheur vient de là... Adieu; encore la dernière pensée de mon âme, le dernier battement de mon cœur seront pour vous.«. » Ces lignes étaient à moitié efCacées par des larmes. Pestel , l'homme fort de la conspiration, le dictateur du Midi, était également prêt à mourir avec la résignation du chrétien, avec le courage du soldat. Sincèrement convaincu de la sagesse des prin^ cipes consignés dans son code russe : « Je suis certain, disait-il, qu'un jour la Russie trouvera dans ce livre un refoge contre de violentes conunotions. Ma plus grande faute est d'avoir voulu récoller la moisson avant les semailles. « Cependant^ ainsi que ses complices, il

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acceptait sans murmurer le jugement qui le condamnait à mourir.

Le 25 juillet (6 août), à trois heures du matin, les troupes désignées pour assister à Texécution des cinq condamnés à mort quittèrent leurs quartiers et traversèrent lentement les rues désertes * le bruit seul de leurs pas troublait le silence de la capitale endormie ; un léger brouillard avait jeté un voile de crêpe blanc sur le crépuscule, qui, sous cette latitude boréale et à cette époque de Tannée , remplace la nuit ; une longue ligne rouge se dessinait à l'horizon ; à l'exception de quelques barques qui semblaient glisser comme des ombres sur ses flols, la Neva était silencieuse et déserte aussi. Pour épargner au peuple les émotions d'un sanglant spectacle , les autorités avaient gardé le plus profond secret sur le jour et l'heure de l'exécution. Quelques rares curieux cependant, refoulés bientôt par des patrouilles, regardaient avec inquiétude la construction de cinq potences sur le rempart de la forteresse placée comme une sentinelle par Pierre le Grand sur les bords de la Neva , à l'entrée du vieux Saint-Pétersbourg.

A trois heures et demie , un long roulement de tambours se fit entendre; un instant après, ceux des condamnés auxquels la clémence impériale avait fait grâce de la vie partirent en grand uniforme, et prirent position devant les régiments où chacun d'eux avait servi; k un second roulement de tambours , ils se mirent à genoux pour entendre la lecture de leur jugement. Cette lecture terminée, on leur arracha leurs décorations, leurs épaulettes et leurs uniformes, puis, sur leurs têtes nues, on brisa leurs épées -en signe de dégradation. Ensuite, revêtus d'une longue capote grise, ils défilèrent au pas devant le gibet, en regardant d'un

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