CHAPITRE SIXIÈME. tt
œil désespéré le bûcher dont les flammes dévoraieut en ce moment leurs uniformes, les insignes de leurs grades et de leur honneur militaire. Lorsque le bûcher expirant eut jeté ses dernières lueurs y ils furent immédiatement reconduits dans la forteresse.
Cette première partie de Texécution achevée, les cinq condamnés à mort, Pestel, Ryleieif, Serge Mouravieff .4postol, BestoujefF-Rumine et Kaovski, couverts de capotes grises dont le capuchon enveloppait leurs téte$, furent amenés sur le rempart. Les traits de leurs visages étaient cachés, mais à la fermeté de. leur démarche on devinait le courage de leur cœur. Us moulèrent d'un pas décidé, mais sans ostentation, militairement, un à un, sur la plate- forme et sur les escabeaox rangés de front sous les potences. Suivant Tordre prescrit par le jugement, Pestel occupait la droite et Kaovski la gauche. Les potences étaient dressées sur un échafaud de bois dont le plancher, fabriqué à la manière anglaise, s'ouvrait, au moyen d'une trappe, sous les pieds des patients.
11 était quatre heures. Le silence anticipé de la tombe régnait autour de ceux qui allaient mourir. On leur permit de s'embrasser, puis on leur passa au cou le nœud fatal; l'exécuteur des hautes œuvres, se retirant aussitôt, fit un signe, et la trappe disparut sous les pieds des condamnés. Dans ce moment un cri de terreur s'é* leva sur toute la ligne : tandis que l'expiation s'accomplissait pour Pestel et Kaovski, les cordes, usées ou mal affermies, se brisant ou glissant sur le capuchon des trois autres, ces malheureux, rebelles cette fois à la mort, tombèrent dans le gouffre béant sous leurs pieds. Cet incident imprévu produisit une vive émotion sur des esprits habitués à voir partout des signes providentiels et mystérieux. La justice des hommes, plus implacable