CHAPITRE PREMIER. 4i
toaraant vers Toificier, il lyouta : «J'exige votre parole d'hoimear, monsieur, que vous ne ferez rien pour revoir la malheureuse enfant que votre titre d'tiomme marié aurait dû respecter... Allez*.. »
Une heure après, la jeune fille fondant en larmes, se jetait aux genoux de sa mère et obtenait sur ses lèvres pleines de baisers, l'assurance d'un pardon qui se trou* vait dans son cœur. Le grand-doc Nicolas contemplait avec émotion cette scène touchante. « Oh t soyez mille fois béni, monsieur, lui dit la vieille femme, je vous dois plus que la vie , je vous dois mon enfant. Oh ! comment pourrais-je vous exprimer tonte ma reconnaissance ?
— En me permettant de joindre à ces cinquante mille francs qui constituent la dot de mademoiselle Marie, une somme de dix mille francs , que je dois à la mère pour les honoraires de la commission qu'elle a bien voulu me confier.
— Si vous n'êtes pas un ange du bon Dieu sur la terre, qui étes-vous donc, mon brave officier ? s'écria la bonne femme en joignant les mains.
— Je suis Nicolas, le frère de l'empereur Alexandre.
— Nicolas! ajouta la mère au comble du bonheur, voilà un nom qui se trouvera matin et soir dans mes prières. »
Un mois après, le grand-duc Nicolas assista à un mariage qui se célébrait dans l'église de Saint-Roeh ; la belle Marie épousait selon son cœur un jeune employé au ministère des finances. Sa première et unique &ute de jeunesse avait disparu sous le bouquet nuptial béni par la religion.
Un jour, de la capitale de la France, l'empereur Alexandre ramena ses armées victorieuses à Saint-*
4t HISTOIRE DE L'EMPEREUR MGOLAS.
Pétersboorg , et les palais de la capitale de la Russie s'anianèrent d'une vie nouvelle. L'Europe était sauvée I Après un cataclysme, hélas I qui pour elle avait duré plus de quarante jours y une blanche colombe lui avait apporté, an nom d'Alexandre , le symbolique rameau vert.
Le grand-duc Nicolas associa sa voix et son cceur aux cantiques de la délivrance chantés solennellement dans l'église de Cazan; mais il demeura en quelque sorte étranger aux fêtes somptueuses par lesquelles la société russe semblait vouloir se dédommager des tristesses et des privations que lui avaient imposées les rigueurs d'une longue guerre. Les joies du monde, si séduisantes ordinairement pour la jeunesse des princes, dont chaque désir prévu instantanément est exaucé pour ainsi dire avant d'avoir été formulé, n'avaient aucun attrait pour Nicolas, dont le caractère sérieux, indépendant, suivait sa propre ligne.
L'année suivante, en 1816, les deux grands-ducs Nicolas et Michel quittèrent de nouveau la Russie pour entreprendre un grand voyage en Occident. Us parcoururent non plus les armes à la main , mais en véritables touristes, une partie de l'Allemagne, de la France et de l'Angleterre. De même que Chateaubriand, en France^ avait produit sur l'esprit de Nicolas une vive impression, sir Waller Scott sut trouver en Angleterre le chemin de soo cœur. Sous l'enveloppe silencieuse et réservée du jeune homme, le célèbre romancier avait deviné la peu* sée suprême qui devait un jour présider aux destinées du plus vaste empire du monde... Il lui adressa même des vers où le fameux Tu Marcellus eris semblait devancer l'avenir.
Gimme s'il y eût été retenu par un secret pressentiment de cœur , le grand*duc resta plus longtemps à la
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cour de Prusse, intimement liée à celle de Russie. Il résidait alternativement à Berlin et à Potsdam. Dans ce dernier lieu, il compléta son éducation de soldat en faisant une école militaire dans la compagnie d'élite du preouer régiment de la garde à pied. Le général Mëllendorf commandait alors cette compagnie en qualité de capitaine. Nicolas voulut étudier le service de Tinfante* rie prussienne non-seulement dans son ensemble , mais encore dans ses détails les plus infimes ; il voulut tout apprendre, tout connaître, jusqu'aux signaux , jusqu'à battre de la caisse, jusqu'à faire la cuisine...
« Que voulez-vous, répondait-il aux observations qu'on lui faisait faire, je ne sais pas dans quelle position je puis me trouver un jour. »
En dehors de ses occupations militaires, le moulin du meunier Sans-Souci était sa promenade favorite. C'est à l'ombre de ce monument historique qu'il a conçu sans doute pour la justice cet amour profond que ni la clémence ni la sévérité n'ont jamais pu altérer en lui... A ses yeux, un bon juge avait plus de prix qu'un bon général*
Le 13 juillet 1817, Nicolas, qui à tous les plaisirs heureux apanages de la grandeur, préférait les joies modestes de la famille, épousa la princesse Frédériqne» Louise*Cbarlotte-Wilhelmine de Prusse, née en 1798. Les grâces, la beauté, les qualités morales de cette auguste princesse, fille ainée de Frédéric-Guillaume et de la reine Louise , avaient produit sur le cœur du grand* duc une impression qui devait, sans les altérer en rien, dominer tous les autres sentiments de son noble cœur...
Entre toutes les princesses à marier , celle de Prusse était certainement celle que Nicolas eut dû choisir, si Dieu n'avait pris soin de la lui choisir lui-même. Son
âme, aussi belle que sa personne, était un diamant incomparable enfermé dans un céleste écrin.
Son mariage développa chez le grand-duc Nicolas les douces et les aimables qualités qui se cacfaaient dans le sérieux de son cœur, comme des violettes sous la mousse des bois. Au parfum qu'elles exhalaient autour d'elles, on les pressentait, mais on ne les voyait point. La tendresse active et sympathique de la grande-duchesse les fit paraître sinon au grand jour , du moins à Tombre du foyer domestique. Dans le monde, en public, toujours sérieux et froid, pliant son front pour ainsi dire sous le poids de sa pensée, il marchait les yeux inclinés sur la terre, et lorsqu'il les relevait pour fixer sur un homme son regard iauve et pénétrant comme celui du lion , cet homme, si fort qu'il fût, sentait qu'il était devant son maitre... Ce regard possédait sur les masses un pouvoir magnétique et fascinateur que nul ne pouvait supporter en face. Plus d'une fois, le peuple a eu l'occasion de le comparer aux éclairs du mont Sinaî.
Dans son intérieur, au contraire, le grand-duc transformant sa fière nature, devenait un tout autre homme : le lion se faisait agneau ; sa voix ne rugissait plus , elle chantait ; son regard ne brûlait plus , il séduisait ; il se faisait petit dans sa haute taille, pour se rapprocher davantage des siens; ses lèvres alors se mettaient au niveau des coeurs qui battaient pour le sien.
Le ciel, après l'avoir bénie, féconda l'union du grandduc Nicolas avec la princesse de Prusse... Celle-ci devenant mère, lui donna pendant les trois années qui suivirent son mariage trois enfants, dont la beauté typique portait d'une manière indélébile le caractère des grandes races. L'un était Alexandre, l'empereur actuel, les deux autres, les grandes-duchesses Marie et Olga. L'art d'une