CHAPITRE SEPTIEME. MO
soapçonSy et jaloux de rétablir la bonne harmonie entre la Russie et la Perse, avait envoyé dans les premiers jours de janvier au schah Feth-Aly le général-major prince llenschtkoff ' ponr lui faire part de son avènement au trône et de son intention de terminer définitivement la question des limites. Nous ne nous arrêterons point sur les détails de cette mission. Nous constaterons seulement, diaprés les documents mis sous nos yeux, le caractère de vérité qui ressort de tous les actes russes, auxc^oels nous devons opposer, conformément aux griefs de la Perse, les empiétements successifs de son puissant voisin, les hauteurs arrogantes du gouverneur général du Caucase à Tégard du sardar d'Ërivan , dans ses relations avec ie prince Abba&-Mirza, et même dans ses rapports avec la cour de Téhéran. Contrairement aux usages de l'étiquette, il s'était refusé, ainsi que toutes les persoones de sa suite, à revêtir une pelisse sur son uniforme et à quitter ses bottes en entrant dans la salle d'audience. Le prince Menschikoff devait prouver, en ioûtani vingt-sept ans plus tard à Constantinople les allures blâmées sévèrement à cette époque , que les leçons de l'expérience sont perdues souvent pour l'instmetion de l'humanité.
D'accord avec les instructions dont il était muni, le prince Menschikoff, reçu à Tauris avec une grande courtoisie, s'empressa de communiquer les dispositions cordiales de Nicolas, prêt à ajouter à la province qu'il céderait une partie du khanat de Talichah. Mais le mot fameux qui par la suite devait jouer un si grand rêle ^ns les perturbalions européennes , dominait la situation : il était trop tard. L'ambassadeur russe put se
' Anjourd*hui l'amiral llenschikofT devenu célèbre dans les dernières ifuestions d'Orient.
tM HISTOIRE DE LEMPEREUR XICOLAS.
MBvaiDcre^ d'après le plan caneerfé entre le [M^emier ministre du schah et le prince Abbas-Mirsa, que la guerre préchée par les mc^ha élail ne qoestioD résolue. VtMiratent le prince , insistant sur la restHation in littoral du lae Goktcha, opposa aux résistances dn premier nûaisire persan Alaïr-Kbaa une lettre do pmee royal Abbas-M irsa au général Ermoloff, lettre par laqaelie il consentait à céder ce littoral en écbange dn territoire compris entre le Kapan et le Kapahatscbag; Afailr*Kh» répondit que le schah n'ayant jamais donné son approbation à cet édiange y ii devenait inadmissible.
Tandis que dans les mosquées les mollahs précbaieiit au peuple la guerre sainte, le prince royal partait pcor réunir ses tronpes sur les frontières dn Karabagh et le schah pour ArdebiL
L'envoyé britannique , qui se troovaît à cette époque à la cour du schah, M. Willock, effrayé des conséquences de ces résolutions belliqueuses, fit une tentative pour renouer les négociations; mais voyant que la cour de Perse était décidée à la guerre, il donna l'ordre aox officiers anglais et aux instructeurs de sa nation cfaar^ d'exercer l'armée persane de ne pas la suivre an delà de Tauris; il déclara en même temps qu'il abandomierait ee souverain dans le cas où les troupes du schah se rapprocheraient des frontières russes au delà d'Ardebil.
L'attitude du représentant de l'Angleterre faisait encore espérer un rapprochement, lorsque le khan de Talychyne donna le signal de la guerre par le massacre de la garnison russe établie à Arkivan, Dès ce moment, le priuee royal et le premier ministre persan ne dissimulèrent plus leurs intentions belliqueuses. Tous deux voulaient la guerre, mais avec des vues bien opposées. Le premier, nature d'élite , âme vaillante et jalouse de la grandeur
CBAPITIC SEFTIBMK. SU
de «a patrie, toalait rendre à la Perge le prestige dont elle joaissait aona le schah Nadir, désirait venger sou drapeau des nombreMes défoites qa'il avait essayées daoa ses faites avec les aigles de k Russie ^ il n'avait d'autre aadbitioD que celle de la gloire» Mais le mobile qm /aisait agir Alalr-Khan était nioitis noble et moins généreva; il voulait la gaerre comme an moyen de satisfaire sa capidlté, en couvrant avec son épée ses aooibreuses prévarications; il voulait étancher avec du sang sa soiCde l'or* Quoi qu'il en soit, Feth-AU-Schab arma son people et fit envahir par une armée nombreuse et aguerrie les contrées transcaocasiennes.
En recevant au milieu des fôtes de son couronnement les premières nouvelles de l'invasion des troupes per^ saaes an delà de TAraxe, l'Empereur ne put d'abord se déeider à croire que le schah de Perse iïbt assez mal conseillé pour avoir, an mépris d'une paix sanctionnée par de% serments réciproques, osé (aire envahir le» poasessiona russes par ses armées, et commencer lee hostilités pnr les korrenrs de la guerre et de la révolte qu'elles dierdhaient à allumer partout.
Qaoîque le prince Abbas-Mirza pAt se laisser séduire pnr Torgneil de commander une armée de soixante mille boBunes fisrmés à la tactique européenne, et par l'espé* raace de reprendre les fertiles provinces enlevées sue» ceaaiveuMnt à sa domination, l'issue de la guerre ne pouvait inquiéter sérieusement que la Perse et ses dliés. Aussi l'empereur Nicolas, après avoir tiré Tépée et déelaré qu'il ne la remettrait ou fourreau qu'après avoir, d'une part, garanti la sécurité de ses frontières et avoir obtenn, d'nn autre côté, k dédommagement de tous le$ .ancrifices qu'il aurait faits pour Imposer une paix oonforme à la di^ité de ses peuples, se contenta- t-tl
tSt HISTOIRE DE L* EMPEREUR XI COLAS.
d'envoyer aa générai Ermoloff quelques corps de Tannée do Don ei des gouvernements voisins du Caucase. Ces ordres donnés, les fêles du couronnement continuèreot comme au sein d'une paix profonde jusqu'au 12 octobre, époque fixée pour le retour du Czar à Saint-Pélersboorg.
A l'ouverture de la campagne, la contrée transcaocasienne, presque dépourvue de tous les moyens de défense , se trouvait dans une position critique, car le gouvernement russe , plein de confiance dans les intentions pacifiques du scbah, et uniquement occupé à diri* ger ses soins sur les affaires de la Turquie, avait concentré toutes ses forces militaires vers les frontières de la Moldavie, et . n'entretenait au delà du Caucase qu'un seul corps d'armée peu nombreux et disposé par petits détachements dans les forteresses du pays. Les peuplades musulmanes tributaires de la Russie, entraînées par les fanatiques prédications des mollahs, élaient prêtes à lever l'étendard de la révolte; la Géorgie s'agitait, la terreur régnait à Tiflis même ; les riches inquiets enfouissaient leurs trésors pour les soustraire au pillage des Persans; enfin le peuple, qui avait conservé le sanglant souvenir de l'invasion de Mohammed-Aga, se livrait à toutes les angoisses du désespoir. C'est sous ce concours de circonstances que le général Ermoloff, ne se sentant pas la force de garder le commandement en chef de l'armée , supplia Nicolas de lui adjoindre un homme de confiance; l'Empereur lui envoya l'aide de camp général Paskevitch.
Pendant ce temps Abbas-Hirxa , impatient d'en venir aux mains, passa l'Araxe avec une armée de trente-cinq mille hommes, composée de bonne infanterie régulière et d'une artillerie considérable. Après avoir soulevé les khanats de Karabagh, de Chirvan, de Bakou et de Cheka,