‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 84 sur 331 · CHAPITRE SEPTIÈME. Mf · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. Mf

de 868 lois qui existeol déjà et à celles qui pourraient être rendues par la suite. Sans aucun égard à quelque circonstance que ce soit^ je n'épargnerai ie sang d'aucun trailre ni même de tout autre individu qui agirait contre le bien de ma patrie. Si je venais à être trahi ou découvert, j'aimerais mieux perdre la vie que de faire connaître les secrets et les membres de la société. Je promets également de n'avoir sur moi aucuns papiers qui la concernent, moins encore des listes contenant le» noms de ses membres , à moins que mes supérieurs ne m'en aient chargé.

» Si je venais à violer ces saints engagements couiraciés en présence de l'Etre suprême, puisse la mort la plus affreuse être la peine de mon crime! puisse mon nom être transmis de bouche en bouche à la postérité et mon corps abandonné aux bêtes féroces I Que telle soit la récompense de mon infamie, afin que mon exemple effraye ceux qui voudraient marcher sur mes traces. Je prends Dieu à témoin! Et vous, mânes de Kolkiewski , de Ksamiski, de Poniatowskl et de Kosciuzko, fortifiezmoi de votre esprit, afin que je persévère dans ma résolution, v

Ce serment ayant été admis , Uminski d'abord , et tous les membres ensuite le prêtèrent avec enthousiasme. Le même soir une réunion eut lieu chez Kosachowski, l'un des associés, et l'on arrêta la formation d'un comité central à Varsovie. La société mère dut être composée de communes, qui chacune nommerait dix députés au comité. Plusieurs communes devaient former un arrondissement, et plusieurs arrondissements une province. La société devait embrasser tous les pays de iangue polonaise, et l'on divisa la Pologne en six provinces. Telle était, d'après le rapport de la commission d'enquête,

Mt HISTOIRE DB CEMPIIEUR NICOLAS.

l^assooialion destinée à rétablir raoeien rofaïune de Po* logne. Umînski proposa de nommer ses membres jNiriemn de foMx, pour faire allusion sans doute «uk faucheurs qui y en 1794, avaient combattu avec un grand courage ; mais la dénomination de Saeiéié pairioiique nationale prévalut. On discuta ensuite les lots foeidaiiieiiialcs nécessaires au gouvernement de la société. Quel* qoes membres se prononcèrent pour la forme représentative y d'antres pour la forme monarchique. Le Ad qae ceux-ci avaient en vue était le général Kneiasicvics; mais on ajourna toute détermination à cet égard.

D^abord les divers membres chargés de commissions dans les provinces s'acquittèrent avec zèle de leurs fonctions ; mais les agents supérieurs du comité se cachant dans Tombre, il en résulta des méfiances, et rardenr des sociétés fut sensiblement refroidie. Néanmoîiis elle se ranimait de temps en temps ^ et Ton paraissait songer à risquer un coup décisif.

A la même époque, une quatrième association, également secrète, fut fondée sous le titre de Templiers ffa un capitaine de ubians nommé François Uasewski. Cet officier, autrefois prisonnier en Ecosse, avait été reçt dans la loge des templiers de ce pays , et il s'occupa, dès son retour dans sa patrie, à y établir une société à Tinstar de celle ou il avait été admis.

Le but avoué de Tassociation était la bienfaisance, la morale, la vertu; mais chaque récipiendaire jurait d'observer fidèlement les statuts de la société , de garder ses secrets , de se tenir prêt à sacrifier pour la patrie sa fiMiune, son sang et sa vie.

La forme des réceptions fut empreinte d*nne couleur antique afin d'agir avec passion sur les imaginations; bîentÂI le nombre des affiliés devint incalculable, et les

CHâPITRB aSPTIKUl. MS

assemblées se muUipIièreDt H fii4 question de fisndre la société des templiers dans la seciété |Mitriotfque. Mais d'on côté, Masewski, fondateur de la première, s'y opposait 'par la crainte de perdre de son importance; de l'autre, le prince Jablonowski, Tua des membres les plus considérables de la société patriotique, faisait observer que la société des templiers avait des bols plus généreux que la société patriotique. On ne put s'entendre sur ce point. Des arrestations faites à Varsovie avaient frappé de stupeur les deux sociétés, qui pouvaient êire compromises dans la personne de quelques cbeb. Les réunions furent suspendues; eUes éfaieni même sur le point de se dissoudre , lorsque la fermeté des détenus, refusant tous de faire la moindre révélation , vint leur rendre courage. La société patriotique reprit ses réunions, auxquelles assistaient assidAment le lieutenant général Krzynanovski, le prince Antoine Jablonovski, le référendaire Gr^ymala, le sectaire André Plichta et le comte Stanislas Soltyk, viefllard de quatre-vingts ans, sénateur illustre par son nom et par sa position sociale. On regarda ce dernier comme le cbef moral de la société patriotique.

On remarquait du mécontentenoient parmi les oiEciers qui se trouvaient de service en Volbynie et à Kiow. L'opinion hautement avouée de ces officiers était qiae Vordre de choses actuel ne pouvait pas durer; on parlait même d'une conspiration secrète en Russie, dont le but avoué était un changement dans la forme du gonveroement russe. Le grand conseil de la société patriotique polonaise résolut de communiquer avec elle; la négociation fut facile. Le mécontentement russe avait trop d'intérêt à accepter le concours de l'élément polonais pour refuser les ouvertures qui lui étaient faites.

Ce fut alors que Bestoujeff, Pestel et Mouravieff 6re leur première entrée sur la scène polonaise. Mouravie faisant bon marché de sa cocarde , déclara que la hai nationale qui depuis les temps de la barbarie existe enl les Polonais et les Russes devrait enfin cesser, la eau de tous les peuples étant la même. « Sous ce rappoi ajouta-1-il, la société russe offre à l'État polonais si ancienne indépendance, et elle est prête à employa tons les moyens en son pouvoir pour extirper à jama les racines de cette haine nationale. » Il fut ensuî question de la forme du gouvernement qui devrait èi adoptée : les conjurés russes opinaient pour le systèo républicain, mais les Polonais n'avaient pas d'idé arrêtées sur ce point. Aussi les premières conférenc qui eurent lieu à ce sujet ne produisirent-elles auci résultat. Une entrevue avait eu lien au commencemei de Tannée 1825 entre le colonel Pestel, au nom d< sociétés russes, et le prince Jablonowski, comme Vi des chefs du grand conseil de la société polonaise. Su vaut le rapport du conseil d'enquête, le colonel Pesl débuta par un tableau brillant de l'immense pouvoir la société russe; il déclara que non-seulement tout pays, mais même l'armée, voulait secouer le joug ( despotisme, et qu'on était assuré de la coopération toutes les provinces habitées par des Russes nationao que la société désirait connaître également l'esprit d contrées récemment annexées à la Russie; que les pi vinces allemandes paraissaient désirer de rester unies l'empire, mais qu'il était nécessaire encore qu'elle 1 instruite des vues des Polonais , qui jadis formaient u nation distincte : a II n'y a point de milieu , poursoi Pestel, il faut que vous soyez4ivec nous ou contre noo réfléchissez-y bien, nous pouvons conquérir notre

CffAPlTftE SSPTlkHE. Mft

berié sans voire secours, mais vous ne pouvez sans le Bàlre recouvrer voire iadépendaDce. Si voos laiasec échapper l'occasion qui vous esi offerte, voos devrcE reaoïieer pour ioujonrs à Tespérance de redevenir une nation cuaiant par ses propres forces et de sa propre vie. Noos vous^sommons donc de nous dire avec franchise ia forme de gouvernement que vous vous proposez d'adopter. 9

Le prince Jablonovski répondit : k L'unique but de la société patriotique est de recouvrer l'indépendance de la VoVogine et les limites qu'elle possédait avant le second partage; en conséquence, nous vous sommons à notre tour, et avant toutes choses, de nous faire connaître les intentions de la société russe à cet égard. 9 Peste] répliqua que cet objet n'éprouverait aucune difficulté, et qu'on laisserait aux P<donais le choix de la nation avec laquelle ils désireraient rester unis.

Le prince Jablonowski fit observer qoe la société patriotique n'avait encore rien arrêté touchant la forme de gouvernement qu'elle pourrait ultérieurement adopter; qaant à son opinion personnelle, il pensait qu'un gouvernement constitutionnel monarchique était celui qui convenait le mieux au tempérament et aux intérêts do pays. Pestel se mit alors à faire l'énumération des aranlages d'un gouvernement républicain organisé sur le modèle de celui des États-Unis d'Amérique. Le prince Jablonowski l'interrompit aussitôt, disant que cette discussion était étrangère au but de la conférence, et il ajoola : « La société polonaise, bien persuadée de l'efficscité dont peut être pour elle l'accession de la société rosse, promet vcdonliers sa coopération , mais à la conditioo expresse que la société russe ne cherchera point à s'immiscer dans les affaires du gouvernement de la

iM HISTOIRK »B L*BMPKAB» VIGOLAS.

Pokgae, alleadfi que si on avait l'kileBtiMi de la jt»vemcTy la Pologne aimemit mieux deaieiirer Boamîse ai maître eommmi des deax aalioae. »

Petlel demaada que la société polooaîte n'enireprK rien jusqu'à ce que la sœjélé rossa eût oommeacé li révolotioB qu'elJe préparaM, H Vest ^i prévenue. A cela» JaUooevski répondit qne ia «ociété patrioliçae ne voyant pas la possibilité d'arriver en si peu de temps à son but , s'était conientée d'en préparer provisoirement les moyens en entretenant l'esprit national dans toutes ies parties de Taneienne Pologne, afin d'élre en mesure de profiler de toutes les occasions favorables qui poorraieiii se présenter; que ToDcasion fournie par la révolution en Russie pouvant biler le recouvrement de rindépendance polonaise , Tintérèt de la société patriotique était la meillenre garantie de la sincérité de sa coopération. Eaûn , on arrêta d'un commun accord que tes Polooais ne reoevraieot point de Russes dans leur société, et que les Russes en agiraient de même à l'égard des Poioaais.

Quant à ce qui avait été décidé snr la conduite à tenir envers le grand-duc Constantin, il résultait d'après les dépositions du colonel Pestel , que les Potonais avaient promis d'agir de la même manière que les Rosses atraient agi envers les autres membres de la famille impériale ; mais le prince Jablonovpski a cômplétemeot démeotî ce fait : la seule dhose qu'on avait exigée des Polonùs, c'est qu'ils ne profitassent point des promesses qoe pourrait leur iaire le grand-duc Constantin au momeol de la révolution.

La partie principale du rapport de la commissioo d'eoquêle est celle qui a trait aux liaisons que la sociélé palriolîque et celle des templiers avaient eues avec les membres de la société russe, et à la participation qn'dles

CflAPinE SSPTiteg. MT

MTaieot pa pKndrerax profets^e révolotioB médités et Russie; mais il n'était réauilé de% recherchas faiief , #« des interrogatoires subis, ancuDe pveove qae la proposition de faire périr oa de livrer le graud-doc Conslantiii e&t été acceptée, délih^ée ce même faite dans ces eooh ciliabales, qui n'ont eu aucun résultat, aucune influence ^ sur les mouvements séditieux qui ont éclaté en Rossie.

Le comité d'enquête , en terminant le tableau de Tori^ giae et des tendances des sociétés secrètes en Pologne, ainsi que des moyens dont elles avaient fait usage peur aUeîndre le but qu'elles s'étaient primitivement proposé, oa cdui que la perversité de quelquesmns de leurs membres était parvenue i, lui substituer dans lu suite, avait classé les individus compromis dans des calégories séparées qui contiennent des griefe articulés à leur charge, et comprenant :

La première, les membres de la soeiélé patriotique oa de celle des templiers qui ont été employés aux oommunications avec la société rasse, avec connaissanœ ou non du but de la société;

La deuxième, les membres de la société patriotique ou de celle des templiers qui ont eu connaissance ée ces communications, soit qu'ils aient su on non le but de cette soeiélé ;

La trobième, les membres des sociétés mentionnées qui, recns à quelque époqae que ce soit on même sans avoir été formellement reçus, ont agi depuis b publication de la dissolution des sociétés secrètes, comme s'ils étaient membres de ces sociétés ;

La quatrième, ceux qui, reçus depuis cette publicaiion, n'ont pas agi comme membres des sociétés mentionnées ;

La cinquième , les membres de la société des tem-

m$ HISTOIRE J)E L SMPEREUE JLlGOLAS.

pliers reçus avant la publication qui, à la date de ce époque y n'y ont pria aucune part;

La sixième y ceux qui ont été reçus dans la socî des vrais Polonais ou patriotique avant la publication la défense des sociétés secrètes, et qui depuis ce époque n'y ont pris aucune part ;

La septième, ceux qui se trouvent mentionnés d'u manière indéterminée, comme ayant appartenu ai mêmes sociétés secrètes sans désignation de Tépoque leur réception , et à l'égard desquels personne n'a foui de preuves.

Ce rapport, signé par tous les membres de la co mission ', fut porté à Saint-Pétersbourg par le Césa wilsch, qui y demeura une quiniaine de jours S£ prendre aucune part aux plaisirs du carnaval. Le relc de ce prince à Varsovie, à la fin du mois de mars y jV les esprits dans une grande perplexité. Cette inquiétu dura jusqu'au premier mai, époque à laquelle toutes 1 incertitudes furent levées par le manifeste impérial p< tant convocation du tribunal de la diète, et l'ordre cette haute cour de procéder au jugement des individ prévenus de complot contre la sûreté de l'État. C'étaic Séverin Krayxanowski, le comte Stanislas Soltyk, Franc Masewski, l'abbé Dembek, Stanislas Zablocky, Alb Grzymala, André Plichta, Roman et comte Zaluski.

Cette mise en accusation perdait singulièrement son importance, si l'on considère le fait saillant c jaillit des documents recueillis avec un soin minutie

' Stanislas, ceinte Zamoyitkî, président du sénat; XowossiliolT, a seillcr privé; Stanislas, comto Grabowski, sénatear palatin; Fmi< Grabowaki, sénateur palatin; Hauki!, conseiller d*État; comte Kouroi lieutenant général; Rautcnstraucb , général de division; baron de Mohi heim, conseiller d*Etat; Kriwoski, général-major; Koliakof, capitai conmodove.

CHAriTIE SEfTIÉHE. SW

par la coramissioD d'enquête. En effet, 11 était ëtident qae le bot unique des sociétés secrètes répandues eà Pofogne, était d'entretenir dans les diffi^ntes parties qoi la composaient autrefois /Pamôur de là comoiime,' le respect du clocher et la conservation du aentiinéttt national dans leur pureté primitive. Pour ne pas avoir à revenir sor ce procès , nous dirons que , d'après le jugement rendu au mois de mai l€|28, l'aceasation de haute trahiaoo ayant été écartée y la plupart des accusés furent absous, et les autres condamnés simplement à quelques mois de détention.

Le prince Jablonowski, qui semblait devoir figurer an premier pkn, n'avait pas même été mis en eanse.

L'empereur Niccdas , suivant l'exemple de sèn prédé* cessear, passa k cette époque la revue de plusie«rs corps de son armée. L'établissement des colonies Éiiii«> taires attira particulièrement son attention. On savait depuis quelque temps que leCsar avait l'intentloa de modifier cette institution, de manière à diminuer les dépenses qu'elle occasionnait à l'empire et les craintes qu'dle inspirait à l'Europe. Par un premier oukase , l'Empereur décida qu'il serait donné des chefs partions liers à chacun des corps séparés ef colonisés dans les gouvernements de Novgorod, de Cherson, d'Ekatheri» Boslàw, de Charkow et de Mohiloff. L'état^-mafor de ces cdonîes devait en outre être incorporé à l'état^major de Sa Majesté , et mis sous le commandement du général baron Diebitsch, chef de l'état- major général. Par un second oukase , Nicolas confirma les statuts de ces co* loDies, dont voici les dispositions :

1* Tous les régiments des troupes colonisées seront dispensés une fois pour toutes du service de la ligne, et réservés uniquement aux occupations d'économie rurale)

«R» HISTOIRE IlfB L*E»PnBft SIGOLAS.

Sh Ib inir»n( qh cosliiBie «lifomc et convesaUe pour knirs fônetira» ;

' 3* On allégera pamt eux' la charge des logements mîlilMrea; ao lien de deux homnes^ ils n'es aaronl pins ^^onà ftoger;

4r Lears enfa»(i , fbnhés jtiaqa'à lenr adi^cence an adrffce dans fee faaloilloBS d'enseigiifraenl et Jea dnriiftm ^fmk •• treutaieiit jusqu'à fNrésenI à rëlat-nia)or de ebaqse fégi aient, retournent dons leors laoïilles, et peaveat dans leors asoments de loisir iraquer aux occupations domestiques ;

5* On fim pêi» les simples soMats, 4ana les bataillons et escadrons aetifa et de réserve des troupes colenisées, le éemps du service à Tingi atts au Uea de vingleiM| ; de manière qaé les soldats ne seront lenaa de servir les einq ans de plus quic dans le cas d'une guerre naliosafe ;

6^ Taua les officiers supérlears et d'étaC-major Aes bataiHoos actifs et de réserve recevlx>nt à une époque fixei, à Tinstar des officiers de cavalerie, outre leurs appaîniementsactuebi, un suppjéaaeut égal à la moitié de !• aoMe anniseHe.

Dans l'état dks clwses, révéciement qui eaosa le plas de sessafion, quoique insigniâant h première vne, foi mt voyage que TEmpereiir fit à Cronstadt Ce vofsge avait pour but Tinspectiott de la flotte desifaée h appayer une interventiaa projetée en Taveur des Greca. Les intentions duCmr soree point nepcavaieutéfare douteuses. ike granda préparatifs se fanaient h Sébastopôl ; Tarmée se concentrait dans la Aessarabte ; tout semblait anaonocroae prochaine rupture avec la Porte Ottomaiie. GeHe guerre > encore en perspective, occupait plus vivement lesespriés que celle commencée sur les bonis de Pibraxe.

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