CHAPITRE HUITIÈME
Quelques joars avant son départ de Saint-Pétersboarg, le saint synode avait offert au Czar un tableau qu'il venait de publier sur le nombre et Fàge des individus du sexe masculin décédés dans les trente-huit diocèses de Tempire la première année de son règne. Celte liste , remarquable au point de vue de la vie bumaine en Russie, comprenait 848 centenaires, dont 32 avaient dépassé l'âge de 120 ans, 4 celui de 125, et 4 étaient parvenus à 135 ans. L'un d'eux, né en 1689, et contemporain du fameux Mazeppa, venait de rendre le dernier soupir entre les bras de son fils aine, plein de vigueur encore à Tàge de IIJ ans. Nicolas avait donné des ordres pour que cette image vivante des temps passés lui fût présentée. On raconte qu'à sa vue l'autocrate de toutes les Russies s'était incliné comme devant une majesté.... celle de la vieillesse couronnée par la force et sacrée par la vertu.
Revenons au théâtre de la guerre.
Le prince Eristoff, que le général Paskevitch avait détaché de son armée pour suivre les mouvements d'Abbas-Mina, était sorti le 7 octobre de Nakhitchevan ; il avait occupé Ourdabad le même jour, passé l'Araxe le 10, et franchi le 13 les défilés de la Daradis, recueillant sur sa route les soumissions des villages et des villes jusqu'à Maranda, où il fut reçu non point en ennemi, mais en libérateur. Il s'attendait à trouver plus de résistance dans l'Adzerbaïdjan , mais l'impression de terreur produite par la chute d'Érivan avait démoralisé les Per* sans à ce point que les troupes d'élite refusaient de se battre , et qu'il restait à peine sept à huit mille hommes au prince royal, se repliant en toute hâte sur Khoï. Ce prince , à qui ses ennemis eux-^mémes accordaient une grande valeur et beaucoup d'énergie, avait l'intention
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de détraire tous les étublissements militaires qoMl avait formés dans Taoris, ainsi que les approvisionoemeoU de boacbc et les munilioos de guerre qu'il y avait réunis, histrail de ces résolutions, le général Érisloff s« porU à marches forcées sur cette ville.
Tauris, capitale de rAdzerbaidjan et résidence ordinaire de riiéritier présomptif du trône, est la seconde ville importante de la Perse. Ses fortifications, formant Bne ceinture de murailles en briques, reliées entre elles par des tours armées de quelques pièces de canon, ne pouvaient pas opposer une sérieuse résistance , malgré la sauvage opiniâtreté du principal instigateur de U guerre, Alaïr-Khan, qui commandait encore une garnison de 6,000 hommes décidés à saisir la première occasion de déposer les armes. En eifet, le 24 octobre, à la première nouvelle de Tapproche des Russes, quatre a cinq mille d'entre eux, rebelles à la voix de leurs chefs, sortirent de la ville et se débandèrent
Alaîr-Khan, furieux, recourut, pour décider les habitants à combattre , aux moyens les plus extrêmes ; mais ses menaces, ses prières, ses exhortations, ses violences même, portées jusqu'à la cruauté, fout fut inutile. Le peuple, n'espérant de salut que dans le triomphe des Russes, répondit par le silence de Timmobilité aox efforts du khan.
Dans la matinée du 5 octobre le général Éristoff, s'avaneant à cinq kilomètres de la place, forma ses troupes en lignes sur la droite de l'Angee , et détacha quelques compagnies d'élite pour forcer à coups de canon le passage du pont et commencer l'attaque.
Alair-Kban, résolu d'échapper à la honte de la dé- Alite par une mort glorieuse , parcourait à cheval tous les postes, encourageant par de màles paroles la poi-
CHAPITEE HUITIKMK. $n
gnée d'hommes qoi lui restaient à suivre son exemfile. Il commanda qu'on ouvrit le feu sur les Russes , qui s'avançaient en bon ordre. Mais après quelques déchargea d'artillerie, les assiégés abandonnèrent leur chef ei se dispersèrent dans la ville. Abïr-Khan, ainsi lâchement abaMooné, parvint à rallier une centaine de viettx soldats, et, debout sur les ma railles, la poitrine décoQverte dans la direction des boulets russes, il lenr adressa cette conHô mais énergique harangue :
« Je vous estime trop, mes amis, pour vous bercer d'une fausse espérance et vous promettre vne vîi^oire ittfidèle à nos drapeaux.... Mais je vous aime assez pour vons associer à ma fortune et vous offrir auprès de moi dans ces murailles une tombe sur laquelle un jour Dien fera Aeurir des lauriers pour ombrager cette inscription funèbre : Ici reposent des braves, v Cet homme énergique se préparait a vendre chèrement sa vie, quand les moUahs, leur chef en léte, vinrent le supplier de ne point compromettre par un désespoir inutile le sort de la ville livrée à la discrétion d'un vainqueur prêt à se venger sur les habitants de la résistance plus ou moins opinuUre qui lui serait faite.
Alaîr-Kban accordant à l'influence religieuse ce qu'il avait refusé au sentiment de la peur, remît son épée au Iborreau , et accompagné de deux officiers fidèles à sa maovaise fortune , il prit avec eux la route de Téhéran.
Pendant ce temps, les mollahs, suivb du peuple en masse, allèrent ouvrir les portes de la ville aux Rosses, qui y firent aussitôt leur entrée tambour battant, enseignes déployées et au milieu des plus vives acclamations. Treale et une bouches à feu , une quantité considérable de nnnitions de guerre, des vivres pour nourrir l'armée russe pendant cinq mois , la reconnaissance d'une ville
tM HISTOIRE DK L'EIIPEREIR NICOLAS.
amie délivrée du joDg militaire , tels forent les gages de cette nouvelle conquête.
Alaîr-Khan, que nous avons laissé sur la route ie Téhéran, craignant d'être poursuivi et reconnu en plein jour, avait cherché un asile dans la maison d'un nommé Mirza. Bientôt après, trahi par cet hooAne et voyaoth maison cernée par un parti de Cosaques, il essajfs de se défendre , mais il fut pris sans avoir pu se servir de ses armes. Le général russe le reçut avec les égards dos au courage malheureux et au rang qu'il occupait dans Tarmée persane. Pendant ce temps, le peuple, exaspéré contre le gouverneur persan, s'était précipité sur son palais, et l'avait dévasté de fond en comble. Les malheureux auxquels il avait fait crever les yeux ne pouvant réjouir leur regard à la vue de ce specfacie, voulurent s'assurer par leurs mains posées sur les débris que l'œuvre de la destruction avait été complète.
Le lendemain 26 était le jour correspondant à celoi de la naissance de l'Impératrice mère ; le général prince Eristoff profita de cet anniversaire pour rassembler sur la grande place de Tauris toutes les troupes de sa division. Là un prêtre russe célébra l'office divin sur on autel dressé avec des tambours et ombragé de drapeaux au milieu d'un carré formé par les troupes victorieuses. Les habitants de Tauris, les membres du consulat anglais dans cette résidence, les moUahs eux-mêmes, malgré leur caractère de prêtres musulmans, assistèreol à cette cérémonie, après laquelle le général félicita l'armée sur son courage dans le combat, sa résignation dans les fatigues et sa modération dans les succès.
Le 31 octobre, le général en chef Paskevitch fit luim^e son entrée à Tauris au bruit des salves de l'artillerie. Le haut clergé en habits sacerdotaux, les principaux