CHAPITRE HUITIÈME. . SUS
Malgré les difficultés de sa position de prince forcé de subir les conditions d'une paix onéreuse, Abbas-Mirza ne se démentit pas un instant et sut allier à la dignité de son rang une rare affabilité. Le colonel Lagaroff, nommé commandant du quartier général pendant la durée des conférences, eut souvent, en raison de ses fonctions, l'occasion de le voir de près. Un jour, Abbas-Mirza lui adressant des félicitations sur la tranquillité parfaite qu'il avait su conserver parmi les habitants de Tauris, lui dit :
m Quand on aime son cheval , on est reconnaissant des soins minutieux^qu'on lui donne : or, je vous suis d'autant plus obligé de votre rare sollicitude pour les habi* tants de Tauris qu'ils sont très-près de mon cœur. »
La paix était presque conclue ; il ne lui manquait plus que la consécration des signatures, lorsque les embarras suscités par la Turquie à la Russie ravivèrent dans le cceur du Schab l'espoir sinon de reprendre victorieusement les armes, du moins d'obtenir des conditions meilleures. A peine avait-il ratifié les promesses de son (ils et envoyé une partie des contributions convenues, qu'il fit savoir à Paskevitch qu'Abbas-Mirza avait dépassé ses pouvoirs en acceptant des engagements humiliants pour la Perse, et qu'il était résolu d'envoyer à Tauris un nouveau plénipotentiaire pour arrêter définitivement et signer une paix plus conforme à la dignité et aux intérêts d'une nation comme la Perse.
Evidemment le Schah cherchait à gagner du temps, spéculait sur les éventualités de l'avenir. Ses intentions n'échappèrent point à la perspicacité du général en chef. tt Messieurs, dit Paskevitch à ses officiers, le Schah veut nous montrer qu'il a la prudence du serpent ^ mais nous lui prouverons, nous, s'il plait à Dieu, que nous avons
m . HISTOIRK DE L'EMPERBUR NICOLAS.
la force du lion.... » Et rompant les négociation lanea son armée dans la direction de Téhéran.
Effrayé par la marche rapide des troupes russe reconnaissant qae la ruse ne- lui réussissait pas n que Tépée, le Sehab comprit la nécessité de se réc lier avec son puissant adversaire : il envoya donc seconde fois son fils au camp de Paskeviich. Ce pri loyal autant que brave, ne chercha point à justifiei fautes de son père, mais il déclara qu'il était pi accepter le traité dont les clauses avaient été arn précédemment. Ce fut le 10 février 1828 que ce t fut signé en sa présence par les plénipotentiaires des puissances belligérantes, dans le hameau deTourkj tchaî, situé sur la route de Téhéran.
Feth-Aly-Schah s'engagea à céder à la Russie les vinces d'Ërivan et de Nakhilcbevan, à payer 80 mill de francs pour contribution de guerre , et à garantir sujets russes appelés en Perse pour affaires de comm des avantages considérables.
Le traité de Tourkmantchal appartient au nombn plus avantageux qui aient jamais été signés par Tépi la Russie : il lui assura des limites sûres au del Caucase, Tindemnisa largement de ses pertes, ouvr débouché considérable à son commerce, et mit ur glorieuse à une guerre d'autant plus gênante a époque que l'empire allait entrer en lutte avec la 1 Ottomane.
L'empereur Nicolas récompensa généreusemen services de l'armée qui venait de donner un nou lustre à la puissance militaire de ses aigles. It aec au général Paskevitch le titre de comte Erivansky e somme de 4 millions de francs prélevés sur les conti lions imposées à la Perse.