CHAPITRE HUITlàUE. $»T
Les difficultés élevées Tannée dernière entre la Sublime Porte et la Russie sur Texécution du traité de Bucharest semblaient être aplanies par les conventions d'Akkerman, mais il en surgissait de aouvelles de la question restée en suspens jusqu'à ce jour* Le cabinet de Londres avait accepté les demandes faites par rassemblée d'Épidaure à son ambassadeur à Constantioople. Le but des confëp rences tenues à Saint-Pétersbourg entre le duc de Wellington et le comte de Nesselrode n'était plus un mytr ière pour personne; tout le monde savait que, d'après le protocole signé le 4 avril 1826, la Grande-Bretagne était spécialement chargée d'offrir et d'interposer au besoin sa médiation entre la Porte et les Grecs sur les bases suivantes :
u Que la Grèce serait une dépendance de l'empire dtoman, et payerait un tribut annuel dont le chiffre serait fixé une fois pour toutes et d'un commun accord; s Que les Grecs seraient exclusivement gouvernés par des autorités de leur choix ^ mais sur la nomination des^ quelles le Divan exercerait une certaine influence;
» Que les Grecs jouiraient d'une pleine liberté de commerce, et auraient la direction exclusive de leurs affaires intérieures;
r> Qu'afîn ^'effectuer une séparation complète entre les. individus djes deux nations , et de prévenir les diilé^ vends qui seraient la conséquence nécessaire d'une lutte ainsi prolongée, les Grecs seraient tenus d'acheter les biens dpparte9ant aux Tvaos^ soit sur le continent, soit dans les iies ;
9 Que la Russie ferait 'dans tous les cas servir son iuf iluence au succès de la médiation ;
9 Que le mode et l'époque ou elle y prendrait pact seraient déterminés ultérieurement;
te8 HISTOIRE DE L'EMPEREUR NICOLAS.
I) Que si la médiation était refusée par la Porte quel que fût d'ailleurs Tétat des relations de la Ru avec la Turquie, la Russie et la Grande-Bretagne re; deraient toujours les termes de l'arrangement susno ttonné comme la base de la réconciliation à effeci par leur entremise, soit en commun, soit séparémi et qu'elles saisiraient toutes les occasions favorables faire valoir leur influence auprès des deux parties, < d'opérer la réconciliation sur ladite base;
V Que de plus, dans ce même arrangement, la Roi et l'Angleterre ne chercheraient ni l'une ni l'autre au accroissement de territoire, aucune influence exclus aucun avantage de commerce, que les sujets de t( autre nation ne pussent obtenir;
D Enfin , que ces deux puissances désirant faire p2 ciper les puissances alliées à un arrangement doni protocole renfermait la première esquisse, porterai ledit protocole confidentiel à la connaissance des ci nets de Paris, de Vienne et de Berlin, et leur prop< raient de garantir de concert avec la Russie la transac finale qui réconcilierait la Turquie avec la Grèce. »
Ce protocole portant la date du 26 mars 1826 revêtu des signatures de Wellington, Nesselrode et I ven, fut énergiquement appuyé par l'ambassadeui France, conformément aux instructions de son cabi
De son côté, le chargé d'affaires russe à Consla nople, M. de Minciacki, avait vivement appuyé les | mières ouvertures faites à la Porte Ottomane par V bassadeur anglais, et M. Slratford-Canning lui-rat venait de présenter à la date du 5 février une note es cite à ce sujet, lorsque le marquis de Ribeaupiei arrivé de Bucbarest à Constantinople le 11 du m mois, avec le titre d'ambassadeur de l'empereui
GHAPITRe HUITléue. i»9
toutes les Russies, viol y ajouter le poids de rautorité que lui doDuaient son rang diplomatique et le succès de sa mission à Akkerman. Afalgré leur valeur, le reïs* effeodi n'opposa à ces notes que des réponses verbales, évasives, souvent mêlées de récriminations sur les se* cours portés aux Grecs par des sujets francs, et notamment sur l'expédition de lord Cochrane.
Quelques jours après, le ministre, Seïda^Eifendi, fut remplacé dans le poste qu'il occupait depuis qnatre ans par Mobammed-Seïd-Pertew-Eifendi, ci-devant Beïlikdji- Effendi. Ce nouveau ministre, d'un caractère énergique mais peu conciliant, déclara verbalement dans ses premières conférences avec les drogmans des ambassadeurs, que le Divan n'admettrait jamais d'intervention étrangère entre la Porte et les raîas.
L'époque du ramaddan , pendant la durée duquel la Porte ne s'occupe que d'affaires d'un intérêt urgent, servit de prétexte à l'ajournement d'une réponse écrite et positive qui ne fut donnée qu'après les fêtes du beiram, époque également fixée pour la réception officielle de l'ambassadeur russe.
En désaccord complet avec les représentations prononcées et unanimes des grandes puissances , le Divan repoussait d'une manière non moins énergique toutes les propositions et l'intervention qui devait en être la conséquence. Il motivait son rejet, parce que :
1** Ces propositions violaient l'obéissance passive des sujets envers leur souverain légitime;
2* Parce que le droit du souverain de régler ses propres affaires doit être inviolable, et que le souverain, ainsi que le peuple musulman, n'ont jamais permis d'intervention étrangère ;
3"* Parce qu'elles seraient contraires à la déclaration
TOI» I. i9
de rexriniiiifitre anglais, lord Slrangford, asnrant a ai retour de Vérone qu'il n'interviendrait paa dans cek affiiire, et aux négociations d'Akkaimany Condéaa anr l'a tenle légitime on la Sublime Porte dut éére qu^on abai donnerait à sa décision unique vue qiiestîaft tonte pei sonnelle et tout intérieure. Cette nate déclarait, c terminant, la résolotkm positive^ irréffocaUe du SàMu non-seulement de n'adraeiâre anenne offre neaveDe mais encore celle de n'y plus répondre à l'avantr.
Trois jours a|^ès cette fière réponse, menafaMi dé jeté à l'Europe, le Sultan reçut en audience avec an distinction toute particulière l'ambaauidenr de Rnsaîi Pour la première fois peut-être, oa vit la Porte se reli cher, en faveur du marquis de Ribeaupierre, des ex gences de son ancien cérémonial. Cette réception,. qi dans l'état des choses acquérait la valeur d'oii évëne ment, eut lien le 14 juin. Ce jour-là, le représentent d l'empereur Nicolas se rendit à sept heures du matâa à son hôtel de Péra au rivage de Tofàhana. Le tschanacl baschi l'attendait à Unkapan pour l'escorter jusqu'à sérail. Pendant ce temps, les deux kadileskiera i Romélie et d'Anatolie , l'ancien et le nouveau aéraskiei le kapoudan-pacha, entourés de leurs troupes, s'élaiei rendus au sérail pour y attendre l'arrivée du grand visu Ce personnage ne tarda pas à paraître, précédant l'an bassade russe, qui le suivit dans la salle du Divan. Li troupes, rangées en bataille des deux cotés, depni» ] première porte jusqu'à la seconde,, reçurent le grma vizir au bruit des fanfares , ense^es déployée» el pn sentant les armes.
L'ambassadeur descendit de cheval, avec les gsnad sa suite, sur la pierre destinée à cet usage pMir h pachas, et fut reçu par les chambellans du Grand Soignes
en habits de céréuioiiie «t ooiffiês au bonnet bianc de forme cylindrique. Ces derniers ie conduisirent immédiatemenl jusqu'à la salle do Divan, à Iravers une haie de troupes. Le tschauseh-baschi précédait le cortège et frappait la terre en mesure avec un bâton garni en argent
AussîlM après l'entrée du marquis de Rlbeaupierre dans la salle du Bivan, )e grand visir parut par une porte latérale et salua rambassadeur : il était velu d'une pelisse splendide, garnie d'hermine, et portait un riche poignard à la ceinture, et sur la tète le turban surmonté de la banderole dorée dont les visirs se ceignent dans les grandes occasions. Il s'assit sur un divan au-^esâus duquel on avait élevé un dais brodé en or, vis-à<»vis de la principale entrée et immédiatement au-dessous de la loge grillée du Grand Seigneur. On avait préparé pour Tambassadeur, en face du grand visir, un riche tabouret qu'entouraient tontes les personnes de Pambassade et une foule nombreuse de Français.
Toute l'assemblée s'assit en silence ; alors des placets furent présentés au grand vizir, qui les prit et les remit aux officiers de sa suite; puis, quand les préparatifs da repas furent terminés , on présenta à Fambassadeur une coupe pour se laver les mains et nne serviette Jbrodée d'or pour les essuyer. L'eau fut de même présentée à tous ceux qui devaient prendre part au repas.
De petites tables avaient été dressées à cet effet. Le grand vizir et l'ambassadeur s'assirent à la première , le sémskier et les conseillers d'État de Berg et de Ninciafcy à la seconde , les personnages attachées à l'ambassade prirent place aux autres tables. Les mets apportés rapidement et servis en abondance par le suiffi-battadschi, avaiefit été préparés dans la cinquième cuisine réservée
f»i HISTOIRE DE L'KlIPEiELK NICOLAS.
au Divan. Lorsque le repas fut terminé et que chac eut repris sa place, on offrit une secoi^« fois de Te aux convives; on brûla des parfums, et on en fil c culer dans la salle. Alors le grand vizir écrivit au Sull uuc supplique ainsi conçue : k L'ambassadeur russe S( licite la grâce d'oser paraître devant le trône du Grai Seigneur. » La réponse étant arrivée au bout d'une beur le grand vizir se leva, fit quelques pas au-devant de cel qui l'apportait, la prit dans ses mains, la porta à S( front, baisa le cachet, le rompit et se remit sur s< sicge. C'était le signal qui annonçait que l'ambassadei devait être conduit à l'audience du Sultan.
Le personnel de l'ambassade se rendit alors dans galarie qui précède les appartements du Sultan. ] marquis de Rib^upierre s'assit sur un tabouret, et i revêtu d'une pelisse d'un grand prix. Huit pelisses c martre et dix d'hermine furent distribuées aux personni de sa suite. Le grand vizir et les pachas qui étale restés dans la salle du Divan entrèrent alors dans les a] parlements du Sultan. A son arrivée dans la salle d'ai dience, l'ambassadeur fut conduit avec le cérémooi usité devant le Grand Seigneur, auquel il adressa un di cours en langue russe, et présenta ses lettres de créanc également rédigées dans cette langue. Cette cérémœ] dura une dizaine de minutes. Lorsqu'elle fut terminé* le marquis de Ribeaupierre entra dans la salle du Divi pour y attendre le retour du grand vizir de chez le Grai Seigneur. A son entrée dans la salle, on brûla de no veau des parfums. Après avoir pris congé du grand vizi l'ambassadeur traversa de nouveau les haies de troup* rangées sur son passage , et reprit la route de son hôf avec le même cortège qui l'avait accompagné pour rendre au palais. Mais cette fois il montait un magi
CHAPITRK HVITlfilIB. 29S
fiqiie cheval qae le Grand Seigneur loi avait oiferl ea présent.
Malgré les égards qu'on venait de lui prodiguer, ie représentant dé TenipereDr Nicolas protesta de la ma* oiëre la plus énergique contre l'assertion contenue dans la note torque , savoir : Que les propositions relatives à h Grèce étaient contraires aux stipulations d'Akkennan. n fit plus , il somma le rels-effendi d'en produire les protocoles. De son cAté, l'ambassadeur du roi de France, le comte Goilleminbt, protesta non moins énergique* menl contre la ferme inconvenante de la note turque.
On raconte que le sultan Mahmoud, après avoir In et appronvé cette note écrite avec de la poudre, y avait apposé la poignée de son cimeterre, disant ; a La plumô êfaitwn devoir, le glaive fera le sien. » Le fait est que de la part du Grand Seigneur tout annonçait la résolution inébranlable de résister même par h force aux propositions qu'on pourrait lui faire sur l'afiranchissement des Grecs. 11 adressa un nouveau firman à tous les pachas pour presser l'organisation de nouvelles troupes , sans distinction de croyances religieuses, ce qui ne s'était jamais vu jusqu'à ce jour. Il ordonna en même temps au chef de l'arsenal de la marine, aux officiers chargés de la direction des marins et aux commandants des for-* teressea du Bosphore, de dresser l'état du personnel et dn matériel de leur administration. On expédia un traiii considérable d'artillerie pour mettre en meilleur état de défense les forteresses^ du Danube ; enfin des ordres pres< sants furent expédiés pour accélérer le départ de la flotte, les armements du vice^roi d'Egypte, et écraser sor tous les points l'insurrection grecque avant les se* cours qui pourraient loi être fournis.
De leur côté, les cabinets français, russe et anglais
S94 HISTOIRE DK L'KMPBRBUK NICOLAS.
se coDcertiimt sur ks oM^enb ée doaner à lear iiit« TODtion dans les affaires de la Grèce un caraclère pi p<isiltf , un hut mietix 46lerniioé et dea flaoyens d^ex cation plus aami^ z ila t^ompreuaient la nécessité i jfmtert k tcmt prit l'^dMtf aatm» mnsolaïaDe à termî» «ne g^elrre dMl le dernjer mêl pour elle devait être deatruotioû (sntière d'un peuple chrétien. Il résulta du conféretioeft ^m etu^btif lieu alors & Londres entre l plénipotentiaires des trois grandds pnissanees j le pria Jules de Poligdac pour la FVance ^ le pritlce de lÀexi pour la ftuseae et le vicomte Dudky poai^ la Grande-Bi lagoe ) ce fameux traité du 6 juillet, d'après loqael 1 puissances contradtaittes «'«ngkgeaieni à poursuivre i conoert la réconciliation etttre la Porte Ottomane les Grecd s«r les basés posées danè le pmtocele c 4 avril 1826 K Elles étaîMt résolues y dans lé cas où i Porte n'accepterait pas dans le délai d'un bmbs la m diation qui lui settait proposée, à lui déclarer que 1 hautes patf^ties coutraotaotes aviseraient aux moyens < se rapprpdMr de» Gre^^s en ouvrant îles telations ooi mercîales avec eux. filles devaieni en outre , si dans même déléî d'un mois la Porte n'acceptait pas l'arm tice proposé bu si les Griecs reftisàient ^'y obtempén dédarér à celle dies deux parties «entendantes qui fer obstacle a la psix^ Ou ji toutes doux au besoin^ q les èautes puissances -étaient ^résolues à prendre tous 1 moyeiis qu'elles jugeraient nécessaires p(mv obtenir i avantagea de l'aniMstioe, en elopéchaat de tout le pouvoir les ooUisions e«itre les parties eontendantes,s« cependant prêter à roue d'elles les moyens ooercit dont ollos pouvaient disposer.
Enfin, elles se réservaient le droit d'arrêter^ au moy
< Vftytx \e% Dottmicntf hbtôrrqiieft , ti<^ 10.