‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 98 sur 331 · CHAPITRE NEUVIÈME. 8S · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. 8S

semblèrent une trentaine de mille hommes, et se mirent en devoir de secourir la place menacée. Quoique infé-» rieur en nombre, le général russe n'hésita pas à les attaquer dans quatre camps où ils s'étaient retranchés. L'action, engagée à l'aube du jour, dura quatorze heures, et ne se termina que fort avant dans la soirée par la déroute complète de l'ennemi. Une partie des troupes battues se retira en désordre sur Erzeroum , par la route d'Ardaghan; 5,000 hommes seulement purent se jeter dans la place avec le pacha Mehmed-Kios, grièvement blessé dans le combat

La victoire du général russe était complète : il avait enlevé à l'ennemi onze drapeaux , dix pièces de canon , et tous ses magasins ; mais il avait à déplorer la mort du général Kossoikoff, tué à la tête du 4* régiment de chasseurs en montant à l'assaut des retranchements.

Akbaitzikh, bâtie par les Circassiens, comme un nid d'aigle, sur des rochers escarpés, était défendue par une double haie de palissades, par des fortiâcations suspendues à un rocher taillé à pic, par une nombreuse artUlerie disposée sur trois gradins , par les maisons , construites et crénelées comme des châteaux forts, et surtout par le courage personnel jdes habitants, tous guerriers par instinct et par profession.

Cette place, qui depuis les trois siècles qu'elle apparlenait aux Turcs se vantait de n'avoir jamais vu flotter sur ses murs d'autre bannière que la sienne, servait de repaire à une bande de hardis aventuriers sans foi ni loi, apostats de toutes religions, renégats de toutes nationalités, mais soldais solides, sans peur, sinon sans reproches. La défense d'Akhaltzikh confiée à de tels éléments semblait la rendre imprenable; aussi le pacha qui la commandait, se croyant invincible, répondait par des

3tt HISTOIRE DE L* EMPEREUR NICOLAS.

CuiGuronnades aux offres de capitulation qui l»i éCaM

biles ce Akbaitzikb, disait-il aui parlementaires m»

est une belle femme qui se donne aux pluaforis et anx pi vaillants; à* ce dooMe titre, elle m'appartient Si Pasl vilch la désire, qu'il vienne l'arracher de mes bras. >

Depuis trois semaines le ku des batteries rusfl< habilement dirigé, vomissait une lave de fer dans place sans ébranler le courage des assiégés, lorsqi Paskevitch reconnut que le manque de munitions ail trahir le sien.... Les pièces n'avaient plus que quelqo coups à tirer. Il réunit ses officiers supérieurs en ec seil de guerre , et leur dit :

a Messieurs, il ne nous reste d'autre alternative q de battre en retraite ou de prendre la place d'assaut, vois déjà dans vos- regards celle que vous choisisses, je vous en remercie tant en mon nom qu'au nom < l'Empereur. Dans le premier cas, nous laisserions de rière nous la preuve d'un échec moral; mais, dans second , nous jouerons avec un ennemi cinq fois pi nombreux que nous une partie oii entre la victoire une destruction totale il n'y a pas de terme moyen.... vous offre donc aujourd'hui un triomphe digne de i aigles ou une tombe digne de vous, choisissez, n

A cette courte mais énergique harangue, les officie répondirent en masse par le cri de Vive TEmperei «Vive l'Empereur! reprit Paskevitch; par ce cri, m vaincrons. ?> L'attaque fut aussitôt résolue. Le 15 aoi un office religieux, qui pour un grand nombre devait él un service funèbre , fut célébré au milieu du camp; pi Le» braves, bénis par la religion , s'approchèrent l'an au bras de la place ou ils devaient vaincre ou mourir, était quatre heures de l'après-midi. La eolomie d'attaqi commandée par le colonel Borodine , s'élança à l'i

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et , après des effcNrts ioouîs , pénétra dans la ville ; mais ici le combat changeant de face se montra dans toutes les borrenrs d'une lutte implacable, désespérée. A chaque pas il fallait briser une barricade de baïonnettes et enlever d'assaut une maison crénelée. Les défenseurs d'itkbaltzikh, s'inspirant des souvenirs de Saragosse^ combattaient et disputaient le terrain pied à pied avec le courage d'un désespoir héroïque ; les rues étaient jonchées de cadavres. Les Turcs, passés au fil de l'épée^ tombaient fièrement sans demander grâce et merci. La lutte , éclairée par l'incendie de la ville brûlant sur plusieurs points, dura toute la nuit. Ce ne fut que dans la matinée du 16 que le drapeau de Saint-Georges flotta sur les murs de la ville, passant des bras de son commandant en chef dans ceux du général russe.

Le vainqueur, campant sur des ruines, accorda grâce et protection aux vaincus ; il rétablit l'ordre et Tadministration conforme à leurs mœurs, et relevant les murs écroulés d'AkhaItzikh, il en fit on poste avancé de la Géorgie , do côté de la Turquie asiatique.

La prise de Bayazid, située au pied de l'Ararat, garantit aux Russes la sécurité de la province d*Erivan. Ainsi en moins. de deux mois, avec peo de ressources et une poignée de soldats, la volonté de l'empereur Nicolas se trouvait pleinement exécutée. Le pays transcaueasien, menacé d'une invasion dévastatrice par une nombreuse armée ^ était délivré, et les pachaliks de Kars et d'AkhaItzikh se trouvaient au pouvoir de Poskevitch. L'heureux général constata les succès de ses troupes en leur adressant, le 9 septembre, cet ordre du jour :

a Braves guerriers,

9 Vous avez acquis devant Kars et Akhaitzikh des

lauriers qui ne se flétriront jamais ; vous vous êtes verts d'une nouvelle gloire.

D En avant de Ayhalkalakd, vous avez vu ouvert de vous un sentier plein d'écueils et hérissé de difficu des rochers suspendus sur vos têtes, point de ro frayées sous vos pieds. Néanmoins là où les cbevau leurs conducteurs ne posaient qu'un pied irembh vous avez porté sur vos bras vigoureux les fardeaux plus pesants , vous avez traîné de Fartillerie de siège vous avez paru devant Akhaitzikh signalant chacun de pas par une fermeté et un zèle héroïques.

» Je n'ai pas hésité à tenir tête avec vous a l'eniK Mon attente n'a pas été trompée : le 17 , vous i anéanti ses phalanges, vous lui avez enlevé une pî avantageuse de campement, et vous vous êtes prépj à le vaincre.

» Le 21, vous avez porté vos armes dans son cav au secours duquel sont accourus trente mille guerr déterminés. Pour vous, qui étiez trois fois moins ni breux, vous avez paru intrépidement devant eux; i les avez combattus quatorze heures sans relâche t des adversaires acharnés : au milieu de tant d'obstac vous avez , avec une bravoure héroïque qui a déconc l'ennemi , emporté son camp retranché et planté le < peau de la victoire au milieu de ses retranchemej C'est à vous, généreux frères d'armes, que sont dus trophées de cetle journée

V II ne vous a fallu que quatre jours, sous le feu le f vif de l'ennemi, pour achever les travaux du siège; v avez repoussé les sorties , et enfin , le 8, vous avez doi l'assaut avec autant de joie que de courage. Akhallzil réputé si longtemps imprenable, fameux par la violei sanguinaire de ses habitants, et défendu par quinze m

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