‹ Histoire de l'empire d'Autriche depuis les temps les plus reculés jusqu'au règne de Ferdinand I, Empereur d'Autriche; en six époquesChapitre 5 sur 12 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Maximilien IL De 1564 à 1576.

Le roi des Romains Maximilien qui prit, immédiatement après la mort de son père, le gouvernement de l'Empire germanique , était né à Vienne le 1 août 1527; il fut élevé en Espagne avec l'infant Philippe, sous les yeux de Charles - Quint , dont il se concilia tellement l'estime que ce prince le maria (13 septembre 1548) à si fille aînée Marie et lui confia, à l'âge de vingt a», le gouvernement- général de l'Espagne. Maximilien géra cette administration avec gloire jusqu'en 1551 , où il 1» remit dans les mains de Philippe, prince héréditaire d'Espagne. Les années suivantes, Maximilien fut employé par son père dans les affaires d'État de l'Empire et des pays autrichiens, hongrois et bohèmes; ce qui lui fournit une nouvelle occasion de déployer les grands talents dont il était doué, ainsi que les excellentes dispositions de son coeur et de son esprit. 8a générosité, sa prudence, son amour pour la justice et sa tolérance lui avaient déjà acquis la confiance et l'affection de tous les partis. C'est pourquoi aussi l'on vit rarement un monarque qui, en montant sur le trône , eût été salué avec des espérances si joyeuses que celles qui se manifestèrent à l'avènement de Maximilien.

Un des premiers actes du gouvernement de ce prince fut le partage, ordonné par son père, des pays autrichiens, excepté la Hongrie et la Bohème j savoir : de l'archiduchc

de haute et basse Autriche , des provinces de l'Autriche intérieure, de la Styrie, la Carinthie, la Carniole etc., puis du Tyrol et de l'Autriche antérieure. Le traité conclu à cet égard fut signé par les frères, Maximilien, Ferdinand et Charles, à Vienne le 1 mars 1565. Par ce partage la ligne allemande de la Maison de Habsbourg fut divisée en trois branches j savoir: celle tf Autriche, celle de Tyrol et celle de Styrie ')• Afin d'égaliser la différence des revenus de ces trois parties des pays autrichiens , on fit encore une convention particulière à Linz , le S janvier de Tannée 1568.

Avant de passer à l'histoire de Maximilien 11 et de la ligne principale de la Maison d'Autriche , il me paraît nécessaire de tracer auparavant une courte esquisse des événements particuliers qui ont eu lieu dans les deux autres lignes, surtout dans celle du Tyrol, jusqu'à l'époque où ne fleurissait plus que la ligne de Styrie toute seule. Ces événements, qui prirent une influence générale sur tous les pays autrichiens, seront ensuite racontés plus en détail dans l'histoire des trois chefs de famille et empereurs qui se suivirent: Maximilien II, Rodolphe II et Mathias.

L'empereur. Ferdinand I avait déjà en 1563 fait inaugurer éventuellement en Tyrol son deuxième fils Ferdinand, né le 14 juin 1529. Ce prince avait depuis 1556 administré la Bohème, en qualité de gouverneur-général. Il était depuis Tannée 1550 secrètement marié à Philippine Welser, fille d'un patricien de la ville d'Augsbourg, jeune personne qui joignait à une beauté remarquable les qualités les plus rares. L'empereur Ferdinand I , quoique sincèrement attaché à ses enfants et jaloux de leur bonheur , ne voulut cependant pas consentir à ce mariage qui fut regardé comme une mésalliance. Néanmoins, Philippine

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nyaol trouvé l'occasion de pénétrer dans l'appartement de l'Empereur, et de se jeter à ses genoux, ce monarque, frappé de sa beauté et touché de ses prières , lui accorda le pardon désiré depuis si longtemps par son époux , et xmfirma, le 6 septembre 1561 à Prague, le mariage de ion fils, sous la condition que les enfants nés de cette inion ne formeraient jamais aucune prétention quelconque lur l'égalité de naissance avec les autres membres de la Saison archiducale , et tout aussi peu sur la succession lans les pays autrichiens. Par les traités du 11 février .563 et du 30 mars 1570, les empereurs Ferdinand I et Aaximilien II réglèrent , que les enfants de Philippine Welser auraient pour apanage de seigneuries dans F Au* riche antérieure. De cette union sont issus deux fils: indréj né le 12 décembre 1558, fut depuis 1576 cardinal, depuis 1589 évêque de Constance et depuis 1591 ivéque de Brixen. Il était en outre depuis 1587 administrateur des deux abbayes princières, M urbach en Alsace «r la rivière de Bothbacb et Lure (Luders) en Franche- 3omté sur l'Oignon* André remplit depuis 1577 la place le gouverneur -général du Tyrol et de l'Autriche aaiéri* Mire , et mourut le 12 novembre 1600 à Borne ; Ckmrlêê îtait né Tan 1560. Il eut, après la mort de son père, le uargraviat de Burgau et le landgraviat de NeUenbaurf mmbt héritage j il posséda ces domaines sous la suzeraineté lePempereurBodolphell, comme arrière-fiefs autrichiens le rBmpire, et se nomma aussi dans ses titres seigneur le Feldkirch, de Brégenz et de Hokeneok* Charles avait ïpousé Sibylle, fille du duc Guillaume de Juliers. Le 25 loût 1606, le margrave Charles obtint encore en fief le wmté de Hohenkerg. Il établit en 1609 sa résidence à Bunsbourg, et mourut le 30 octobre 1618, sans laisser l'enfants» Ses fiefe furent alors réunis de nouveau al'Au~ antérieure.

Philippine Welser mourut au château d' Ambras, dao8 le voisinage dlnspruck, le 24 avril 1580* L'archiduc Ferdinand épousa en secondes noces sa cousine , Anne- Catherine, fille du due Guillaume de Montons, qui ne lui donna point de fils. Cette princesse vécut après la mort de son époux , arrivée le 24 janvier 1595, avec sa fille cadette Catherine au couvent des Servîtes qu'elle avait fondé dans la ville dlnspruck, et y termina ses jours, le 3 août 1621. Sa fille aînée Anne, née le 4 octobre 1585, fut mariée, le 4- décembre 1611, à son cousin Matkiat, alors roi de Hongrie et de Bohème , et ensuite empereur d'Allemagne, et cessa de vivre a Vienne, le 18 décembre 1618, sans laisser d'enfants.

L'archiduc Ferdinand, qui n'avait pris le gouvernement du Tyrol et de V Autriche antérieure qu'en 1567 , eut peu de temps après des démêlés avec Févêqoe Louis Madruszi de Trente; la querelle devint bientôt si sérieuse que r Archiduc fit occuper la ville de Trente par ses troupes, et administrer le pays par ses commissaires. L'empereur M aximilien mit , l'année suivante (1568), Tévéché de Trente en séquestre, au nom de l'Empire. En 1571 l'Empereur ménagea entre l'archiduc Ferdinand et le cardinal-évêque Louis un accommodement, par lequel tons les anciens traités politiques des comtes de Ty roi avec les évéques de Trente furent renouvelés et confirmés; mais les différends survenus depuis 1567 furent renvoyés à une future composition amiable ou à une décision judiciaire. L'état incertain de la ville de Trente dura dix ans, jusqu'à ce que l'évéque Louis se soumit enfin aux conditions prescrites par l'Empereur.

Ferdinand chercha à ramener les Protestants du Tyrol, dont la tranquillité publique avait plusieurs fois été troublée par les querelles de religion, au sein de l'Eglise catholique , ou à les éloigner du pays. Pour obvier à U

propagation ultérieure de ta nouvelle doctrine , il fit saisir dans tous les lieux les livres et écrits luthériens, et força les prédicateurs fanatiques et leurs adhérents à l'émigration.

L'Archiduc s'appliqua avec le plus grand ssèle à faire accroître Fétat florissant du pays. Pour faciliter le com^ merce avec l'Allemagne , il fit améliorer les routes qui conduisent par les montagnes de Brenner, d'Efrrenberg et cTArlberg. Dans la Diète en 1573 on délibéra mûrement sur les finances du Tyrol ; et des moyens efficaces furent! employés pour bien affermir le crédit de l'État, et mettre en équilibre les recettes et les dépenses. Les États du pays se chargèrent de l'amortissement des dettes nationales, et un nouveau système de contributions fut établi sur des principes solides. En 1578 l'Archiduc publia un nouveau règlement général. Par son ordre, émané le 23 septembre 1583, le nouveau calendrier, ou calendrier grégorien , fut adopté dans le Tyrol et l'Autriche antérieure. Ferdinand avait aussi fondé la collection d Ambras si riche en eu** riOsités précieuses. Par une stricte économie publique^ l'archiduc Ferdinand fut à même d'agrandir son territoire de plusieurs acquisitions. U retira, le 7 août 1564, la seigneurie de Kurnèerg, engagée aux barons de Hohenschwand et d'Erbach, pour la somme de 9200 florins; Ensuite il acheta en 1567 la seigneurie de Schwarzen* berg pour la somme de 28,000 florins, et puis le village de Buchholz en Brisgau l'an 1577, pour 6600 florins, du chevalier Chrétien d'Au.

Comme les fils du premier lit de l'archiduc Ferdinand étaient inhabiles à succéder , le Tyrol et l'Autriche an* térieure auraient, après sa mort (1595), dû échoir selon les anciens pactes de famille au chef de la branche aînée autrichienne , c'est-à-dire à l'empereur Rodolphe, suivant le droit de primogéniture. Mais la branche de Styrie9 qui faisait également des prétentions sur le Tyrol

et l'Autriche antérieure, demanda le partage de ces pays, et fut soutenu dans ses réclamations par la Cour d'Espagne. L'empereur Rodolphe nomma en attendant sou frère Maximilien régent duTyrol et de l'Autriche antérieure; mais il se réserva la souveraineté de ces pays, k suprême juridiction, l'administration et le droit d'hypothèque. Après de longues négociations, l'Empereur prit enfin à Prague, le 5 février 1602, un arrêté, portant que le droit de souveraineté sur le Tyrol resterait, à la vérité, réservé à tous les archiducs d'Autriche , mais que l'exécution du pouvoir suprême ou le gouvernement effectif appartiendrait uniquement et exclusivement an chef de la famille. Il fut réglé, que Maximilien gouvernerait le Tyrol et l'Autriche antérieure au nom des deux branches d'Autriche et de Styrie , mais que dans la suite les deux ligues alterneraient dans l'administration des susdits pays. Maximilien introduisit pendant sa régence la levée en masse, pour défendre en cas de besoin le pays. Lorsqu'après la mort de Rodolphe, Mathias parvint à la souveraineté illimitée de l'Autriche, cet empereur céda le Tyrol à l'archiduc Maximilien, comme un domaine séparé et indépeudant, de la même manière et sous le même rapport envers l'Autriche , que des lignes collatérales de la Maison de Habsbourg avaient déjà antérieurement possédé le pays précité. Après la mort de Maximilien (2 novembre 1618), le Tyrol et l'Autriche antérieure retournèrent sous la domination immédiate de l'Empereur et y restèrent jusqu'à la mort de Mathias, arrivée peu de semaines après. L'empereur Ferdinand II confia en 1619 la régence du Tyrol à son frère Léopold, dont les descendants se trouvent dans la ligne de Styrie.

Charles, Souverain de Y Autriche intérieure et fondateur de la ligne ttyrienne, fut marié avec Marie , fille du duc Albert V de Bavière. Son règne fat troublé par des

dissertions intestines et par les guerres contre les Turcs* Son frère l'empereur M aximilien II , et sou neveu l'empereur Rodolphe II lui confièrent la défense des parties de la Croatie limitrophes de laStyrie et delà Carriole, contre les irruptions des Ottomans le long de la Save et de la Drave* Les événements qui se passèrent dans les pays de l'Autriche intérieure pendant le règne de Charles, seront rapportés dans l'histoire des empereurs Maximilien II et Rodolphe JDL L'archiduc Charles mourut à Grate, le 10 juillet 1590» Son épouse Marie le suivit, le 20 avril 1608, dans la tombe.

Par le droit de primogéniture , que Charles avait établi pour sa ligne dans son testament , daté le 1 juillet 1584 , Ferdinand , son fils aîné, était appelé à succéder à son père dans la souveraineté de Y Autriche intérieure. Ce prince n'étant âgé, à la mort de son père, que de donse ans, son cousin, l'archiduc Erneste , frère de l'empereur Rodolphe , géra la tutelle et la régence qui , à son départ pour les Pays-Bas en 1593, furent confiées à son frère Maanmilien. Au mois de décembre 1596, l'archiduc Ferdinand, alors âgé de dix-huit ans, prit lui-même les rênes du gouvernement. Ce prince avait été remis par sa mère, après la mort de son époux, au duc Guillaume de Bavière, son frère, pour être élevé sous ses auspices. Le duc confia l'instruction de son neveu, comme aussi de son propre fils et prince héréditaire Maximilien , aux Jésuites, et oes deux princes achevèrent , sous la direction de ces savants religieux, leurs études à l'université d'Ingolstadt» On comprendra fort bien qu'un tel genre d'éducation devait beaucoup contribuer à assurer à l'Église catholique le dévouement inébranlable de ces princes, et à leur inspirer là plus grande répugnance pour la religion protestante. Ko effet, Ferdinand commença à persécuter les adhérents de cette dernière doctrine; ce qui occasionna bien des

troubles dans ses pays. Indépendamment de cela, r Autriche intérieure fut jusqu'à Tannée 1619 , où Ferdinand monta sur le trône impérial , fréquemment inquiétée par les courses des Turcs et des Heiduques rebelles. Le 23 avril 1600, Ferdinand épousa la princesse Marie de Bavière (f le 8 mars 1616).

Le deuxième fils de l'archiduc Charles était MaximiUen-Erneste, commandeur de l'ordre Teutonique, qui mourut le 18 février 1616. Le troisième fils , Léopold, devint évéque de Passau (1597), de Strasbourg (1608) et abbé de Murbach et de Lure (1614). Ce prince , qui avait été nommé par l'empereur Ferdinand II administrateur du Tyrol (1619), ayant quitté l'état ecclésiastique , épousa Claudine de Médicis. Il cessa de vivre le 13 septembre 1632. U eut de son épouse (f le 25 décembre 1648) deux fils, dont l'aîné , Ferdinand-Charles fat marié à A/me de Médicis, et mourut le 31 décembre 1662. Le deuxième prince, Sigismond-François, devint évêqoe de Brixen (1644), de Gurk dans la même année, d'Augsbourg (1646) et de Trente (1658). Comme son frère Ferdinand - Charles ne laissa pas de fils , mais seulement deux filles , Sigismond-François prit le gouvernement du Tyrol (1662), et continua à régir ce pays jusqu'à sa mort, arrivée le 15 juin 1665. L'aînée de ses deux nièces précitées , Claudine-Félicité , était mariée à l'empereur Léopold I) auquel échut aussi le pays vacant de Tyrol. Le quatrième et le plus jeune frère de Ferdinand II était Charles, évéque de Breslau (1608), et de Brixen (1613), puis grand -maître de Tordre Teutonique en 1619. Il mourut le 26 décembre 1624.

Des filles de l'archiduc Charles , Anne fut mariée i Sigismond 111 , roi de Pologne ; Marie-Christine à Sigismond Bathori, vay vode de Transylvanie j Marguerite à Philippe III , roi d'Espagne; Constance à son beau-

frère te roi Sigismond, enfin Marié - Madeleine au grand-doc Côme II de Florence.

Les princes de la ligne autrichienne , c'est-à-dire les descendants directs de l'empereur Maximilien II se trouvent dans la généalogie à la fin de cette Époque.

Pour achever l'aperça de la ramification généalogique de la Maison de Habsbourg, suivent encore ici les rejetons de la ligne espagnole jusqu'à leur extinction.

Charles, 1er du nom comme roi d'Espagne , procréa avec son èfou&elsabelle, fille du roi Emmanuel de Portugal, en outre de deux fils morts dans l'enfance, Ferdinand et Jean, seulemant l'infant Don Philippe (né le 21 mm 1527} , qui lui succéda sur le trône d'Espagne , et deux filles : Marie , épouse de l'empereur Maximilien II , et Jeanne , mariée à l'infant Jean de Portugal. Parmi les enfants naturels qu'a laissés Charles - Quint , Don Juan d'Autriche, le héros de Lepante (jf le 1 octobre 15783, et Marguerite , mariée en premières noces à Alexandre de Médicis, en secondes noces à Octave Farnèse, due de Parme, puis régente des Pays-Bas (/}- en février 1586), se rendirent célèbres, ainsi qu'il a déjà été remarqué. Philippe II, après l'abdication de son père Charles-Quint en 1556 roi d'Espagne, et après la vacance du trône portugais 1580, aussi roi de Portugal, mourut le 13 septembre 1598. Il avait eu quatre épouses: Marie, infante de Portugal j Marie , reine d) Angleterre ; Elisabeth, fille du roi Henri II de France et Anne, archiduchesse et Autriche. Du premier mariage était issu Don Carlos, connu par sa fin tragique, arrivée le 4 juillet 1568. De la seconde union il ne naquit point d'enfants. Lé troisième hymen donna au roi deux filles : Isabelle - Claire - Eugénie , mariée à Y archiduc Albert d'Autriche , et Catherine, épouse du duc Charles-Emmanuel de Savoye. Ce ne fut qu'au quatrième mariage que l'héritier du trône Philippe dut son existence.

Philippe HI, né le 14 avril 1578, et mort le 30 mars 1621, fut uni, Tan 1599 , à Y archiduchesse Marguerite d'Autriche, et laissa trois enfants : Anne-Marie, épouse du roi Louis XIII de France , Marie -Anne, mariée k Y empereur Ferdinand III , et le successeur au trône

Philippe IF, né le 8 avril 1605 , qui mourut le 17 septembre 1665. Il avait épousé en premières noces Isabelle, fille du roi Henri IV de France, et en secondes noces Marie- Anne , archiduchesse d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand III. De ses deux filles, Maris- Thérèse était mariée à Louis XIV, roi de France, et Marguerite -Thérèse à Y empereur Lèopold L II eut pour successeur son fils unique

Charles II, né le 6 novembre 1661. Ce prince, qii avait épousé en premières noces la princesse Marie- Louise d'Orléans et en secondes noces Marie- Anne princesse du Palatinat-Neubourg, mourut le 1 novembre 1700 sans lignée. Comme alors la race masculine de la ligne espagnole de la Maison de Habsbourg était éteinte, les descendants des deux soeurs de Charles II prétendirent au trône d'Espagne. La ligne autrichienne de la Maison de Habsbourg , par sa proche parenté avec la famille royale d'Espagne, avait d'abord pour elle le droit de succession naturel sur ce royaume , et en outre il était né de l'union de l'infante Marguerite avec l'empereur Léopold I deux princes : Joseph et Charles, dont le plus jeune monta effectivement sur le trône d'Espagne. Mais un petit-fils de l'infante Marie - Thérèse et de Louis XIV, roi de France, Philippe, duc d'Anjou, disputa à Charles III la couronne d'Espagne, et il s'ensuivit une longue guerre, dont le résultat fut que Philippe V d'Anjou conserva la souveraineté de l'Espagne , et que Charles d'Autriche monta sur le trône impérial.

Encore dans la première année du régne de Maximilien II, le feu de la guerre se ralluma en Hongrie. Comme on n'avait pu conclure un accord entre l'Empereur et Zapolya , et que le sultan n'avait pas encore reçu jusqu'alors le cens que Ferdinand lui avait promis en 1562, les Turcs ne se crurent aucunement liés par le dernier traité. Etienne Bathori, commandant de Jean-Sigismond Zapolya au Grand- Waradin, s'empara en septembre de Szathmar par surprise, et conquit Nagybanya. Ensuite Jean-Sigismond loi-même, renforcé par une partie de la garnison torque de Témeswar, s'avança dans la haute Hongrie, et réduisit Hadad , Kis-varda, Etsed et plusieurs autres châteaux. Mais le général Lazare Schwendi, baron d'Hohenlandsberg, nommé Général en chef de l'armée impériale dans la haute Hongrie , fit la guerre avec tant d'intelligence et de vigueur , que Tokai et Szerencs tombèrent en son pouvoir, au mois de février 1565, et qu'enfin Erdod, Szathmar et Nagybanya furent anssi évacués par les ennemis. Jean-Sigismond ayant, par le conseil pressant du roi de Pologne, entamé des négociations avec Schwendi, ses délégués signèrent, au camp impérial près d'Erdôd, un traité préliminaire qui stipulait, que Jean - Sigismond renoncerait au titre royal ; qu'outre la Transylvanie il ne conserverait dans la haute Hongrie que Bihar et le Grand - Waràdin 5 qu'il céderait Munkatcs, Marmaros et les salines 5 et confirmerait le droit d'hérédité de la Maison d'Autriche sur la Transylvanie, si lui-même venait à mourir sans hoirs mâles.

L'Empereur avait , l'hiver dernier , envoyé au sultan le cens pour les trois années arriérées, dans l'espoir d'amener par ce moyen une trêve avec la Porte. Ses envoyés revinrent , accompagnés d'un ambassadeur ottoman, à Vienne où arriva aussi un agent diplomatique polonais. Le sultan Soliman H exigea , que Maximilien

rendît à Jean-Sigismond tons les endroits et districts qu'il avait conquis sur lui, et qu'il laissât intact le territoire da prince transylvain jusqu'à la rive gauche de la Teisse. Mais l'Empereur ayant rejeté ces conditions, on continua la guerre , qui toutefois n'amena point pour le moment de grands résultats. Jean-Sigismond avec les Transylvains, et le pacha Hassan de Témeswar attaquèrent, au mois de juin 1565, le camp du général Schwendi près de Szathmar et furent repoussés. Mais firdôd et Nagybanya tombèrent de nouveau entre les mains des Ottomans. En revanche le pacha Mustapha de Bosnie, qui avait enlevé Crupa et Novi en Croatie , fut défait par Pierre Erdôdy dans le voisinage d'Obresko. Lé 13 septembre, le général Schwendi convint avec le pacha de Témeswar d'une trêve, occupa de nouveau Jenô et Nagybanya, et reconduisit ses autres troupes dans la contrée de Cassovie. Une partie des cohortes rassemblées près de Presbourg furent congédiées. Le sultan aussi retira une partie des siennes de la Hongrie , et dirigea ses forces contre les chevaliers de Saint-Jean de Malthe.

L'Empereur appréhendant , que le sultan ne s'avançât au printemps prochain avec une armée plus nombreuse en Hongrie , convoqua , le 23 mars 1566 , une Diète à Augsbourg, pour y demander du secours contre les Ottomans. Maximilien sut si bien ménager les États d'Allemagne dans cette occasion , qu'il obtint de plus grands secours d'argent qu'on n'en avait accordés jusqu'alors* Les Etats protestants prièrent l'Empereur de convoquer un synode national , afin de mieux accommoder, s'il était possible, les différends en matière de religion. Us portèrent aussi différentes plaintes sur des violations de la paix de religion, et demandèrent qu'elle fût rigoureusement maintenue. Quoique par cette paix de religion, toutes les sectes qui s'éloignaient de la confession d'Augsbourg

eussent été sévèrement défendues dans l'Empire germanique, \e Calvinisme ') s'était cependant introduit dans le Palatinat. On insista de la part des légats romains, et de quelques Etats catholiques et luthériens, pour qu'on abolît la doctrine calvinienne. Mais on convint, après quelques débats, d'arranger plus tard cette affaire à l'amiable, et de tolérer jusqu'alors tacitement les Réformés.

On renouvela aussi dans cette Diète , le 13 mai , la proscription portée, Fan 1563) contre le chevalier Grumbach, ainsi que contre les autres perturbateurs alliés avec lui , et menaça de la même peine tous les princes .et Etats qui donneraient asile à ces rebelles. En même temps la paix publique , promulguée en 1548 avec l'ordonnance d'exécution de 1555 et tous les règlements supplémentaires émanés depuis cette époque, furent confirmés. On reorganisa la Chambre impériale d'une manière plus convenable , et améliora le règlement de ce tribunal. L'ordonnance de 1559 concernant les monnaies fut confirmée, et adoptée alors aussi par le cercle de Bourgogne ou les Pays-Bas espagnols d'alors. Le 31 mai, le reces de l'Empire fut publié ; après quoi l'Empereur partit le 3 juillet d'Augsbourg pour Vienne.

Le 2 février 1566 , la Diète hongroise avait été ouverte par l'archiduc Charles à Presbourg. Les armements formidables que faisaient les Turcs engagèrent les États à accorder des subsides et des troupes. La Noblesse déclara qu'elle était prête à marcher avec toutes ses forces en cas d'extrémité et si le Roi se mettait lui-même à la tête de l'armée. Ensuite l'Archiduc tient à Vienne une

i) Cahfin avait commencé à répandre , sous le règne de François I , sa doctrine en France, sa patrie. Il était protégé par Marguerite, reine de Navarre , soeur de ce monarque, et mourut en 1564 à Genève où il avait établi son domicile et son autorité. Les sectateurs de Calvin se nommaient les Bêformês; mais leurs adversaires les appelaient les prétendus - réformés*

assemblée des États d'Autriche, qui accordèrent également les contributions de guerre qu'on demandait, et s'obligèrent à fournir des ouvriers pour améliorer et augmenter les fortifications de Vienne. Pour la levée en masse, ils promirent de faire marcher le trentième homme, et si le danger croissait, le dixième et même , s'il le fallait, le cinquième homme de la population. Le pape donna à l'Empereur 50,000 ducats pour le soutenir dans les armements contre les Turcs. Vers le milieu du mois de mars, Maximilien appela les Nobles et les sujets de ses pays sous les armes. De toutes les provinces autrichiennes, comme aussi des pays allemands du Rhin, des troupes nombreuses à pied et à cheval se mirent en marche vers la Hongrie.

Le sultan avait déjà , au mois d'avril , ordonné aa pacha Arslan de Bude de s'avancer avec un corps nombreux , qui devait se réunir avec le prince de Transylvanie. Dans la seconde quinzaine d'avril , ceux-ci commencèrent les hostilités par la prise de Hainatskô. Ensuite les Turcs attaquèrent Szigeth ; mais ils furent repoussés par le comte Nicolas de Zrini jusqu'à Cinq - Églises. Le pacha de Bude assiégea, sur la fin de mai, Palota, Le comte Frédéric de Salm dégagea cette place (le 15 juin). 11 emporta vers la fin de juin Vesprim d'assaut , réduisit le 9 du mois suivant Dotis et ensuite encore plusieurs autres endroits. Le général Schwendi assiégea le ch&teaa de Husst. Les Transylvains , qui s'étaient avancés ai secours de la place, furent repoussés malgré la supériorité de leurs forces. Néanmoins, le Général autrichien ne jugea pas à propos d'attendre une seconde attaque, et leva le siège. Dans le cours du mois de juin, Soliman U avec la principale force ottomane arriva d'Adrianople près de Belgrade. Il fit exécuter le pacha Arslan, pour avoir été cause, par son attaque précipitée sur Palota, que les

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