CHAPITRE VI
Mathias.
De 1612 à 1619.
Mathias , qui était déjà assis sur les trônes deHoBH e , de Bohème et d'Autriche lorsque l'empereur Rophe II mourut , ne tarda pas à faire les démarches nemaires pour monter aussi sur celui d'Allemagne, Mais encontra dans le commencement des difficultés auxîlles il était loin de s'attendre. Les électeurs catholiques, e ses liaisons avec les Protestants avaient indisposés, rirent la couronne impériale à l'archiduc Albert , Soudain des Pays-Bas; l'électeur Jean -Georges de xe, qui avait succédé à Chrétien II son frère, et avait blâmé ouvertement la conduite de Mathias ?ers Rodolphe, se joignit à ces princes; les élecrs palatin et de Brandebourg mêmes, malgré leurs ations intimes avec Mathias , ne parlèrent pas en sa eur, parce qu'ils trouvaient probablement impolitique tendre trop le pouvoir du chef de la Maison d'Autriche.
prirent en secret la résolution de porter au trône Maxilien son frère. Mais les archiducs Maximilien et Alt, princes modestes et peu ambitieux, refusèrent nonilement, mais sollicitèrent encore eux-mêmes la coune en faveur de Mathias, qui fut alors unanimement
roi de Romains et futur empereur par les électeurs emblés à Francfort, le 13 juin 1612, et couronné le
du même mois dans la dite ville. La capitulation
qu'il jura avant son élection , fat à peu près la même que celle de ses prédécesseurs ; toutefois on y ajouta quelques nouveaux articles; Mathias fut obligé de promettre, qu'il ne souffrirait pas que les fiefs impériaux en Italie fussent détachés de l'Empire germanique; que, si les princes d'Empire amenaient des troupes étrangères en Allemagne, il les éloignerait sur-le-champ ; qu'il employ erait les contributions de l'Empire uniquement d'après la destination pour laquelle on les avait accordées ; qu'il rétablirait la liberté de navigation sur le Rhin , à laquelle depuis les guerres des Pays-Bas on avait fréquemment porté préjudice ; qu'il tiendrait la main à l'exacte exécution des lois féodales; qu'il ferait rendre bonne et prompte justice; quU consulterait les électeurs dans les affaires importantes de l'État, et ainsi du reste.
L'Empereur ouvrit la Diète de l'Empire à Ratisbonne, le 13 août 1613. Il désirait et espérait amener le rapprochement des États divisés par la querelle de religion , ou maintenir du moins la paix intérieure en Aile* magne. Mais ses voeux ne furent point accomplis. Près* que aucun des princes évangéliques ne fut personnellement présent dans cette Diète , bien qu'ils eussent été priés avec instance d'y assister en personne. Â peine l'Empereur eut-il fait connaître ses propositions, qui avaient pour objets l'amélioration de la justice et de la Chambre impériale, le maintien de la paix publique et de religion, la dissolution de toutes les ligues particulières des États entre eux, le secours à fournir contre les Turcs, le complément de la matricule de l'Empire etc., que les envoyés des princes protestants présentèrent un cahier de tous les griefs de leur parti. Us déclarèrent en même temps, an nom de leurs commettants, qu'ils n'assisteraient aux séances de la Diète , ni prendraient part aux délibérations, qu'après avoir obtenu le redressement de leurs griefe.
Les pointe principaux de leur plainte étaient: la juridiction trop étendue du Conseil aulique d'Empire, les défectuosités de la Chambre impériale, les violations de la paix de religion de la part des Catholiques, et la décision des affaires de l'Empire par la pluralité des voix, qui privait les États évangéliques , fort inférieurs en nombre, de toute influence sur les arrêtés de la Diète. Mathias refusa de rien changer à Tordre prescrit par le règlement pour les délibérations. Toutefois il se déclara prêt à examiner, encore pendant cette session, les griefs des Etats protestants , et à terminer au plus tôt possible cette affaire. Nonobstant cette promesse, les Etats évangéliques persistèrent dans leur refus d'assister à la Diète. Mais FEmpereur resta ferme dans sa résolution , et les Etats catholiques votèrent , le 5 septembre, le rejet des ' plaintes et demandes des Protestants, comme mal fondées ■ et préjudiciables au bien commun. Ensuite ils accordèrent i l'Empereur un secours de trente mois romains, payables en quatre termes dans l'espace de deux ans.
Mathias avait signe , le 1 mai 1613 , dans la Diète de Presbourg une alliance défensive avec le prince Bathori , qui toutefois excepta la Porte de ce traité. U fut conclu une pareille alliance entre l'Empereur et le roi de Pologne contre tous les ennemis , hormis les Turcs et les ^Transylvains. Dans cette convention, les traités qui existaient antérieurement entre les royaumes de Hongrie fet de Pologne, furent également confirmés.
Gabriel Bethlen^ communément connu sous le nom. de jBethlenGabor, avait été élevé, au mois de mai 1613 fe Adrianople , à la dignité de prince de Transylvanie g>ar le sultan Achmet. Vers la fin de septembre, Bethlen «C .Scander pacha pénétrèrent , par la porte de fer, — -AJy pacha, lesTatars, les Moldaves et les Valaques, f>ar la forêt de Terzbourg , en Transylvanie. Le 10 oc-
tobre, ils vinrent à se choquer près de Clausenbourg avec Bathori. Les troupes de ce prince se dispersèrent Bathori lui-même s'enfuit au Grand - Waradin* Le 23 do même mois , les Transylvains élurent , dans la Diète a Clausenbourg, Bethlen Gabor pour leur prince. Peu de jours après (27 octobre} , Gabriel Bathori fut assassiné au Grand- Waradin par les Heiduques. Les troupes auxiliaires turco-tatares de Bethlen quittèrent, à la vérité, ei novembre la principauté, mais ils traînèrent près de80/NQ prisonniers transylvains en esclavage* Bethlen força 1m districts qui opposaient encore de la résistance, comme aussi les Grands du pays, à se soumettre à sa domin&ttoa. Au mois de mai 1614*, il entama des négociations avec l'Empereur. Le 6 mai de Tannée suivante, les poiito d'accommodement préliminaire furent signés à Tyroai* Les principaux en étaient: la confirmation dn droit des Transylvains de choisir librement leurs princes , la ratification de la paix de Vienne, l'indépendance de la Transylvanie du royaume de Hongrie, la conclusion d'une alliance défensive entre l'Empereur et le prince contre leurs ennemis respectifs , dont toutefois les Turcs forent exceptés de la part de Bethlen. Le 12 mai 1615, on vit arriver une ambassade ottomane à Vienne, chose inouïe jusqu'alors, et le 26 du mois suivant, la paix de Sittvatorok fut prolongée pour vingt ans. A Tyrnau on conclut, le 31 juillet 1617 , une nouvelle convention entre l'Empereur et le prince Bethlen , par laquelle les traités précédents furent confirmés.
En été 1615, l'empereur Mathias avait tenu à Prague la Diète bohème que ce prince , avant son couronnement, avait promis de convoquer, pour encore mieux examiner quelques points de la capitulation d'élection qu'on lui avait présentée. Parmi les objets des délibérations , la prolongation projetée de la ligue des États avec la Hongrie «
■ttfltariche échoaa par la raison qu'aucun député hongrois ■PPrpurat dans Prague , et que les délégués autrichiens " " lient point munis de pouvoirs et instructions suffisants, assemblées de cercle furent permis suivant les orlances antérieures existantes. Pour ce qui concernait renouvellement des anciens pactes d'hérédité de la Bole avec quelques princes de l'empire d'Allemagne, ipereur fit faire les dispositions nécessaires à cet On régla ensuite tout ce qui avait rapport à la 'MPéfense réciproque du royaume , et des pays de Moravie, Silésie et des deux Lusaces, dépendants de lacouie de Bohème. Les Protestants portèrent différentes "*" ^Jfcintes sur les violations des lettres impériaux , dont il » ^ra parié ci-après. Les États de l'Autriche avaient , au % ^Hris d'avril 1615 , pareillement soumis à l'Empereur une Mûnte, relativement à diverses limitations qu'avait souffertes leur culte religieux. Comme ils réitérèrent, sur la tn du mois de décembre, leurs représentations, Mathias chercha, par une ordonnance expédiée le 5 février 1616, 4 redresser du moins en partie, les griefs des Étals.
Les princes investis de la succession de Cléves et de Juliers, l'électeur de Brandebourg et le comte palatin de Neubourg, avaient ensemble de grands démêlés, en partie sur les affaires religieuses et des objets d'administration des susdits pays, en partie au sujet d'événements qui les regardaient personnellement. Le troisième participant était, comme on sait, l'électeur de Saxe, dont l'ambassadeur avait , le 26 février 1613 , reçu de l'Empereur à Vienne l'investiture des pays contestés. Le comte palatin Wolfgang - Guillaume de Neubourg abandonna son parti, en se mariant, le 10 novembre 1613 à Munich, avec la princesse catholique Madeleine de Bavière , une soeur du chef suprême de la ligue , le duc Maximilien de Bavière, comme aussi de l'épouse de l'archiduc Ferdinand.
L'électeur de Brandebourg rechercha alors l'amitié des Hollandais , ainsi que de la Maison d'Orange ; et dans l'espoir d'obtenir des secours de ce prince, il se fit calviniste en février 161 4-. D'un autre côté, le comte palatii embrassa, le 23 mai 1614, la religion catholique pov s'assurer l'appui de la Cour d'Espagne. Le 12 août , ce prince succéda à son père Philippe - Louis dans la souveraineté du jeune Palatin at.
L'électeur de Brandebourg commença les hostilités, et fut soutenu par des troupes hollandaises, tandis qu'A*broise Spinola amena une armée espagnole au secours da comte palatin» Les troupes auxiliaires des deux princes ennemis s'emparèrent des forteresses et principales villes des pays de Juliers. Cependant, comme une trêve avait été conclue , Tan 1609, entre l'Espagne et la Hollande, les chefs des deux armées se gardèrent bien de se rencontrer l'un l'autre , et évitèrent tout contact hostile de leurs troupes. La France, l'Angleterre et l'Union protestante parvinrent, il est vrai, à conclure, le 12 novembre 1614, entre le comte palatin de Neubourg et l'électeur de Brandebourg, sans faire mention de la Saxe, un arrangement préalable, d'après lequel les pays de Juliers devaient être évacués incontinent par les troupes étrangères, et partagés en deux portions égales entre les deux princes, qui en étaient les possesseurs actuels , pour les admiuistrer provisoirement; mais comme l'Espagne n'accéda point à ce traité, et que ses troupes continuèrent d'occuper Wesel , les Hollandais n'évacuèrent pas non plus la forteresse de Juliers. Ces derniers se répandirent plus tard dans les pays du cercle du Bas -Rhin et de Westphalie. Les Espagnols mirent leur cavalerie en cantonnement dans les pays de Munster et de Paderborn; et les deux partis se fortifièrent dans les places qu'ils avaient enle- Té*fc Cet état fâcheux de choses dura encore pendant
mn années pour le malheur de ces pays, qui eurent ffrir des vexations de tout genre de la part de ces es étrangères. On a fait à l'empereur Mathias des ches relativement à sa conduite dans cette cirâmes mais ceux qui les lui ont adressés, n'auront pas ie l'épuisement de ses propres finances, et la conn qu'il n'avait point de secours efficace à attendre de rt du Corps germanique, l'empêchèrent de mettre sur une armée d'une force suffisante pour faire respecter écuter ses décisions.
L'âge déjà avancé de Mathias et ses infirmités lui lient peu d'espoir d'avoir des enfants. Maximilien, aère et son héritier présomptif, ne s'était jamais endans les liens du mariage, Albert approchait de sa ntième année, et n'avait pas encore de postérité, conséquent l'empereur Mathias résolut de transporter ccession de tous les États autrichiens à V archiduc Hnand) chef de la branche deStyrie, qui avait des après que les archiducs Maximilien et Albert lui it cédé leurs droits, et que le roi Philippe III d'fis* b eut renoncé à ses prétentions sur l'hérédité. L'Emir s'adressa d'abord aux Etats de la Bohème qui, i une courte délibération , proclamèrent au mois de 1617 l'archiduc Ferdinand futur roi de Bohème. rince fut couronné le 29 juin. Dans le cours des mois nts , il reçut l'hommage en Silésie , en Moravie et les deux Lusaces. Les efforts de l'Empereur pour élire Ferdinand roi des Romains, furent rendus vains es manoeuvres de l'Union protestante et principalede leur chef, l'électeur palatin Frédéric» En Hongrie, ète fut ouverte, au mois de mars 1618 à Presbourg, e roi Ferdinand de Bohème , l'archiduc Maximilien cardinal Clésel , en qualité de commissaires impérit'Empereur étant empêché par ses infirmités, d'assister
en personne à cette assemblée. Lé 16 mai, Ferdinand fol élu roi de Hongrie^ et couronné le 1 juillet 1618.
L'Empereur s'efforça de dissoudre les ligues particulières, qui depuis plusieurs années causaient tant 4e troubles en Allemagne, et d'assurer par ce moyen le repoi de l'Empire à l'avenir. L'Union protestante avait été considérablement renforcée par des membres nouvellement engagés , et par des alliances avec des Etats étrangers. Ce fut ainsi que le nouvel électeur de Brandebourg, Ulric, entra en 1613 dans l'Union. Le chef de cette dernière, l'électeur palatin Frédéric, s'était marié, le 14 février 1613 à Londres, avec Elisabeth , fille du roi d'Angleterre. Le 16 mars de la même année , on signa une alliance dé* fensive pour cinq ans avec la Hollande , et les Etats- Généraux promirent à l'Union 4000 honpnes de troupei auxiliaires. Lorsque les États unis tinrent, an mois d'avril 1617, une assemblée àHeilbronn, l'Empereur les somma de dissoudre cette fédération inconstitutionnelle, et leur promit en revanche de supprimer aussi sans délai la Ligue catholique. Mais les États protestants unis refusèrent d'agréer la demande de l'Empereur, le requirent de redreser leurs griefs, et de rétablir l'équilibre entre les deux partis de religion. Le 23 avril 1617 , ils renouvelèrent leur union, qui finissait le 3 mai 1618, pour trois autres années. Vers ce temps -là, s'élevèrent en Bohème \& troubles de religion qui conduisirent bientôt après à cette longue et sanglante guerre, qui dévasta toute l'Allemagne. Les lettres impériaux de Rodolphe II accordaient au Etats utraquistes, c'est-à-dire aux seigneurs et chevaliers , ainsi qu'aux villes royales , la permission d'élever des églises et des écoles évangéliques dans leurs domaines. Cependant les bourgeois utraquistes de Braunao, qui étaient sujets de l'abbaye de cette ville , se crurent également autorisés à ériger un temple pour l'exercice d$
leur culte. La construction en fat commencé ; mats sur le rapport qu'en fit l'abbé , le gouvernement royal à Prague ordonna en 1611 de discontinuer la bâtisse. Les bourgeois protestants de la petite ville de Clostergrabe, appartenante à l'archevêché de Prague , avaient pareillement commencé la construction d'un temple ; mais l'archevêque défendit de la continuer. Les États utraquistes, qui regardaient ces ordres rigoureux comme un mauvais présage, se plaignirent dans la Diète de 1615 de ces restrictions, et de plusieurs autres oppressions qu'ils prétendaient avoir à souffrir de la part des Catholiques. Mais l'Empereur déclara, que l'édifieation de ces temples était absolument contraire au contenu dey lettres impériaux. Ce nonobstant , les Utraquistes coït» tinuèrent les bâtisses dans les deux endroits ci -dessus nommés. L'archevêque alors fit fermer l'église de Clostergrabe et la démolir, peu de temps après. Celle de Braunau devait être également close par ordre du gouverne* ment. Les députés de la ville qu'on avait envoyés pour cette affaire aux autorités à Prague , furent jetés dans un cachot. Des troubles pareils s'élevèrent aussi par-ci par-là en Silésie. Le mécontentement du peuple et la disposition des r el igi on n aires à s'aider eux-mêmes par la force, se manifestèrent avec des symptômes fort inquiétants, et furent entretenus par les suggestions secrètes de factieux étrangers. En 1617 les Protestants bohèmes crurent reconnaître dans différentes ordonnances de l'Empereur, qui concernaient la justice et l'administration intérieure, des persécutions préméditées envers ceux qui étaient de leur communion. Le comte Mathias de Thurn cessa d'être burgrave de Carlstein (le 4 octobre}. Quoique ce chef des Protestants fût en même temps nommé grand-juge féodal, il ne s'en sentit pas moins mortifié, parce que la garde des insignes royaux lui était ôtée par ce changement. Dans les premiers jours de décembre de la même année, l'Empe-
reur confia l'administration du royaume à dix gouverneurs , dont sept étaient catholiques. En février 1618, Mathias nomma une commission de cinq Nobles bohèmes, qui devaient fermer par son ordre l'église protestante à Braunau , ce qui fut effectivement mis à exécution. Les Utraquistes regardèrent ce procédé comme une violation des lettres impériaux. Les défenseurs de la secte appelèrent tous les hauts fonctionnaires du pays et les dépotés de tous les cercles à une réunion dans Prague. Cette assemblée y qui fut ouverte le 5 mars , adressa une pétition aux gouverneurs et une autre à l'Empereur lui-même, pour demander la suppression de toute restriction en matière religieuse, et l'élargissement des Braunaviens détenus. En même temps les Protestants bohèmes sollicitèrent l'intercession des Etats de la Moravie, de la Silésie et de la Lusace auprès de l'Empereur. Dans sa réponse du 18 mars , l'empereur Mathias interdit aux États toute assemblée illicite ultérieure, et menaça les auteurs et chefs des troubles , de faire instruire leur procès et de les punir exemplairement. Le 22 mars, cet ordre impérial fut lu aux Etats utraquistes , qui cherchèrent à justifier leur conduite dans une lettre, adressée à l'Empereur en date du 31 mars. Dans rassemblée , tenue le 21 mai suivant , les gouverneurs firent lecture d'un nouveau rescrit impérial , qui défendait encore une fois très - sévèrement toute réunion arbitraire.
Cependant les chefs utraquistes, poussés par la crainte d'être punis comme coupables de haute - trahison , résolurent de tout hasarder; et en effet ils se portèrent bientôt, comme nous allons voir, aux extrémités les plus odieuses. Les gouverneurs Guillaume Slawata et Jaroslas de Sternberg furent accusés par les Bohèmes d'avoir falsifié le rescrit impérial ci-dessus mentionné, à cause de l'aversion que ces deux seigneurs avaient constamment montrée
pour les Utraquistes. On s'imaginait du moins que ces grands officiers avaient conseillé à l'Empereur d'user de rigueur envers les Utraquistes. Par conséquent l'indignation générale éclata sur eux. Le 23 mai, les États utraquistes, ayant à leur tête le comte Henri- Mathias de Thum, que les Français nomment la Tour, se rendirent tous armés au château de Prague. Après une courte discussion avec les quatre gouverneurs , présents dans la chancellerie du gouvernement, savoir: le grandburgrave Adam de Sternberg, le chancelier Diepold de Lobkowitz , le burgrave de Carlstein , Jaroslas de Martinitz et le président de la Chambre et grand -juge du pays, Guillaume Slawata de Neuhaus^ ces deux derniers, avec le secrétaire Philippe Fabricius, furent saisis et jetés par la fenêtre dans le fossé du château. Martinitz et Fabricius restèrent par hasard sains et saufs ; Slawata avait reçu une forte blessure à la tête. Aucun des trois ne fut atteint des coups de pistolets que les Utraquistes tirèrent sur eux des fenêtres , en voyant leurs victimes se relever à l'aide de leurs valets , et s'enfuir dans les maisons les plus voisines.
Les Utraquistes s'arrogèrent alors tout le pouvoir du gouvernement, et transportèrent l'administration du pays A trente directeurs , choisis dans leur parti. Ensuite ils occupèrent le château de Prague Qe Hradschin), et contraignirent les gouverneurs et autres employés royaux et les troupes royales à leur prêter serment de fidélité. Enfin Us s'emparèrent des caisses de l'Etat, des revenus du royaume. Le 25 mai, les insurgents envoyèrent à l'Empereur un mémoire justificatif, dans lequel ils ne témoignaient aucun repentir de leur attentat, mais voulaient encore , pour ainsi dire , s'en faire un mérite. Cependant, comme il était facile à prévoir que l'Empereur ferait des dispositions pour punir leur révolte , les Utraquistes en-
rôlèrent également des troupes et en donnèrent le mandement an comte de Thura. Us firent partir aussi des envoyés pour la Moravie , la Silésie , la Lusace , F Aitriche et la Hongrie , afin d'exhorter les Protestants de ces pays à se mettre également en posture militaire, et de leur demander des troupes auxiliaires. Des ambassadeur* forent envoyés au Corps germanique, aux électeurs et à plusieurs autres princes, pour leur représenter les événements qui venaient d'avoir lieu, dans un jour moins défavorable aux Utraquistes, et pour solliciter leur appui.
La crainte de s'engager dans une guerre générale avec les habitants évangéliques de tous ses Etats, sll employait des mesures rigoureuses contre les Bohèmes, portèrent l'Empereur à essayer de les ramener au devoir par la douceur et la condescendance. Par conséquent il publia, le 18 juin 1618, un édit par lequel il assurait aux religionnaires bohèmes le maintien des lettres impériaux, ainsi que de la liberté de leur culte, et offrait d'accommoder toutes les mésintelligences. La seul chose qu'il exigeait d'eux , c'était qu'ils congédiassent leurs troupes et s'abstinssent de toute voie de fait ultérieure. Le conseiller intime Eusèbe Khuen se rendit à Prague, et négocia avee Thurn et Fels. Plusieurs monitoires, émanés successivement de l'Empereur, cherchèrent à engager le peuple à la soumission et à la tranquillité. Cependant, lorsque l'Empereur vit que les édits , les promesses et les menaces, loin de produire l'effet désiré, ne faisaient qu'accroître l'audace et l'obstination des Bohèmes, il se prépara à les réduire, l'épée à la main. Le cardinal Clésel, ministre de l'Empereur , et en même temps son ami , son seul confident , lui conseillait encore toujours d'employer la voie de la négociation, pour faire rentrer les Bohèmes dans l'obéissance : le roi Ferdinand , au contraire ? pressa vivement l'Empereur de comprimer de vive force Tinsur-
rection, avant qu'elle eût le temps de se propager , de M consolider et fortifier davantage. Le roi Ferdinand, comme aussi l'archiduc Maximilien, et l'ambassadeur d'Espagne, forent d'avis qu'il fallait sur-le-champ éloigner Clésel de la Cour. Le 20 juillet, ce prélat fut arrêté et conduit , à ÏÏnsu de l'Empereur, au château <T Ambras en Tyrol.
Charles Longueval, comte de Bucquoi, fut nommé général en chef de l'armée, destinée à agir contre les révoltés bohèmes. Le comte Henri Duval de Dam* pierre eut le commandement d'un corps particulier de 10,000 hommes. Une patente impériale défendit d'enrôlei; <les troupes dans l'Empire germanique , et de prêter un appui ou secours quelconque aux Bohèmes. Des envoyés impériaux demandèrent de l'assistance aux électeurs , et à différents princes , États et villes d'Allemagne. Le roi Philippe III d'Espagne envoya une somme de 300,000 florins pour les frais de la guerre , et ordonna à ses gouverneurs en Italie de tenir leurs troupes prêtes pour soutenir l'Empereur.
Les Insurgents craignaient si peu la guerre , qu'ils commencèrent eux - mêmes les hostilités. La plupart des villes du pays s'étaient déclarées pour eux. Budwei*, Krumau et Pilsen seuls étaient demeurés fidèles à leur Souverain. Les habitants catholiques de la Bohème euxmêmes, naguère encore si acharnés contre les Protestants, avaient abandonné l'Empereur qu'ils accusaient d'avoir porté atteinte aux droits et privilèges de la nation. Voici ce qui donna lieu à cette imputation : en proposant Ferdinand de Styrie pour son successeur , Mathias s'y était pris de manière que la question du droit d'élection avait pu rester indécise. Mais un nouveau traité , fait à l'insu ou sans l'approbation des États, avait depuis réglé pour l'avenir la succession à la couronne de Bohème. Il portait que, si la postérité masculine de Ferdinand venait à s'éteindre , la
Hongrie et la Bohème retourneraient k Philippe III , roi d'Espagne , qoi lai avait cédé ses droits. Les Bohèmes, tant catholiques que protestants , aigris de ce qu'on avait disposé d'eux sans seulement les consulter, prirent les armes , les uns pour défendre le pays, les autres le pays et leur religion. Au mois de juin 1618, parut le comte de Thurn devant Krumau, qui se rendit; ensuite il attaqua Budweis, qui se défendit valeureusement. Ce ne fut qu'alors que Afathias donna Tordre à ses Généraux de se mettre en marche pour la Bohème. Au mois d'août, Dampierre franchit la frontière et prit Bistritz. Le 14 du mène mois , il attaqua Neuhaus sans succès. A rapproche <k comte de Thurn, qui avait levé le siège de Budweis, Dampierre se replia sur Bistritz. Près de Czaslau, le lt septembre , Dampierre, étant venu à se choquer avec un corps bohème qui lui était fort supérieur, fut défait et repoussé jusqu'à Lomnitz. Bucquoi entreprit, au commencement de novembre, une attaque sur Neuhaus; mais il fut contraint par Thurn à se retirer à Budweis.
Le duc de Brieg vint , en qualité de plénipotentiaire des Etats de la Silésie , à Vienne. Son entremise fut aussi infructueuse, que la médiation offerte par quelques électeurs , surtout par celui de Saxe , parce que l'Empereur exigeait, comme condition préalable, que les révoltés missent bas les armes. Les Silésiens firent partir en octobre le duc Jean - Georges de Brandebourg - Jœgerndorf avec 2000 fantassins et 1000 chevaux pour la Bohème; toutefois ils publièrent en même temps une déclaration en forme, portant que ces troupes auxiliaires ne pouvaient coopérer qu'à la défense de la religion luthérienne , mais que les États de la Silésie n'approuvaient aucunement les autres vues et entreprises des Bohèmes. Les États de la Moravie érigèrent un corps de plusieurs mille hommes, pour couvrir les frontières de leur pays. Ils envoyèrent,
à la fin du mois de septembre , une ambassade , ayant à sa tête le cardinal Dietrichstein , ce pacificateur zélé des troubles^ aux Bohèmes, pour les engager à la soumission.
Les Protestants de la basse Autriche rejetèrent, dans la Diète tenue en novembre 1618 à Vienne , toutes les propositions de l'Empereur concernant le secours à fournir contre les Bohèmes , jusqu'à ce qu'il eût redressé leurs griefs. Les Etats évangéliques de la haute Autriche refusèrent également d'accorder la subvention de guerre, demandée par le Souverain.
Les Utraquistes avaient été renforcés par un corps de troupes , que le comte Georges - Frédéric de Hohenlohe avait enrôlé à Brunswick. Le prince d'Orange et les Hollandais leur avaient aussi promis leur appui. Alors l'Union protestante se prépara également à soutenir les Bohèmes. Ces derniers demandèrent , dans l'assemblée, tenue au mois de juin à Carlsbourg, à être admis dans la confédération. Les Protestants unis différèrent encore, il est vrai, leur acquiescement à cette demande, toutefois ils exhortèrent les Bohèmes à persévérer dans leur entreprise, et leur firent espérer la prochaine assistance de l'Union. L'électeur palatin Frédéric V, le margrave Joachim - Erneste d' Anspach et le prince Chrétien <T Anhalt formèrent aussi, le 23 août 1618, une ligue secrète pour procurer, après la mort de l'Empereur , à l'électeur Frédéric le royaume de Bohème, et au duc Charles- Emmanuel de Savoye la couronne impériale. Ils étaient déjà en négociation avec ce dernier prince, qui mit un corps de 4000 hommes, que le comte Erneste de Mansfeld '3 avait enrôlé pour lui en Allemagne, à la disposition de l'électeur Frédéric. Celui-ci fit marcher le comte de Mansfeld en Bohème j mais il cacha soigneusement sa coopération à une entreprise hostile contre l'Empereur, et
') U était fils naturel du brave et habile Général de ce nom»
Mansfeld devait dire, que les États de la Bohème Pavaient fris à leur service et à leur solde.
Les Protestants unis poussèrent leur hypocrisie encore plus loin. Dans l'assemblée tenue en automne i Rothenbourg , ils prièrent, par une lettre du 3 octobre, l'Empereur qu'il voulût bien chercher à mettre fin an troubles par la voie de la douceur et de la conciliation, et retirer ses troupes de la Bohème , parce que sans cela, disaient-ils, les États évangéliques devaient craindre qoH n'eût l'intention d'abroger non -seulement les lettres impériaux , mais encore la paix de religion et d'extirper le Protestantisme. En même temps ils invitèrent l'électeur de Saxe à se charger de la médiation, conjointement avec les électeurs du Palatinat et de Brandebourg. Ces princes donnèrent aux Bohèmes le conseil équivoque de prêter à leur Roi l'obéissance qu'ils lui devaient , ma» de s'armer en même temps pour défendre leur constitution contre lui, en quoi ils promirent de les soutenir. Les Protestants unis avaient déjà empêché dans leurs pays toutes les recrues impériales et le passage de troupes, destinées à agir contre les Bohèmes. Ils requirent ensuite aussi le cercle de Bourgogne (les Pays-Bas) de prendre les mêmes mesures , de concourir à la défense commune, et ainsi du reste.
Le comte de Mansfeld était entré en Bohème et avait , dans les premiers jours d'octobre , commencé le siège de Pilsen. Le 21 du mois suivant, il emporta b place d'assaut , et il ne resta plus à l'Empereur en Bohème que la seule ville de Budweis. Le comte Thorn franchit la frontière de l'Autriche. La ville de Zwettel fet surprise et enlevée par le comte de Schlick ; ensuite plusieurs endroits dans l'Autriche septentrionale furent occupés par les Bohèmes, dont les coureurs pénétrèrent jusque dans la basse Autriche.
Les revers qne l'empereur Mathias avait déjà épro»i, et la crainte de plus grands malheurs encore , Sortirent le désir qu'il avait de faire la paix. Par conséquent mvoya, au mois de décembre 1618, Adam de Waldin à Prague, pour faire des propositions d'accommodent aux Bohèmes. L'Empereur demandait qu'ils missent Valablement bas les armes et acceptassent une trêve de ix mois. Mais les directeurs du pays rejetèrent ces positions. La menace que le roi de Pologne avait faite k Bohèmes de leur déclarer la guerre s'ils ne se gouttaient point à l'Empereur, n'avait pas produit le moin- » effet. Le 31 décembre 1618, l'Empereur invita, dans b lettre fort gracieuse , les États de la Bohème à acérer par une déférence équitable la conclusion de l'acnmodement, dont il venait de charger l'électeur Frédéde Saxe. Ce prince avait reçu de l'Empereur un plein ivoir illimité, pour conclure un armistice. Les Etats de Bohème , dans la réponse qu'ils firent le 16 février
19 sur la proposition de l'électeur, se montrèrent, à la rite, en apparence prêts à l'accepter; mais ils firent des iditions préliminaires , auxquelles il était impossible à impereur de souscrire. L'électeur Frédéric indiqua une semblée à Egre, le 4 avril, pour convenir des articles de trêve , et se concerter ensuite sur les négociations de paix. Les prétentions outrées des Bohèmes , et le zèle (jours croissant avec lequel ils poussaient leur prépa* ifs de guerre , laissaient à peine encore quelque espoir Allemagne de voir la paix rétablie par cette conférence, sque la mort subite de l'Empereur, qui expira à Vienne
20 mars 1619, le fit entièrement évanouir. Une maladie langueur consumait Mathias depuis qu'il avait perdu
t objets les plus chers à son coeur, son frère Maximilien, cent de Tyrol et grand -maître de l'ordre Teutonique, ri le 2 novembre 1618, et l'impératrice Anne qui avait
précédé , le 18 décembre de la même aimée , «on épœ dans la tombe. Charles v margrave de Burgau, cou» de l'Empereur, avait terminé sa carrière à Gunaboorg, W 30 octobre 1618.
L'éducation de Mathias fat de bonne heure confiée à des hommes sages et éclairés , qui loi inspirèrent dflt principes et sentiments bien différents de ceux que m frère Rodolphe avait puisés en Espagne» Doué de rare» dispositions et de grandes capacités, Mathias fit en pet de temps des progrès rapides dans les sciences. Ma» ardent, hardi , courageux, l'étude n'était pas son élément ; braver des périls , se signaler par des exploits, cueillir des lauriers , c'était à quoi il aspirait Ses premières entreprises n'eurent que peu de succès; en se plaçant de son autorité privée à la tête du gouvernement des Pays-Bas , il se mit dans une position dangereuse qui eut une influence décisive sur le reste de sa vie. Par là qu'il encourut la disgrâce de son frère Rodolphe , et du roi d'Espagne, son cousin, il fut pendant bien des années empêché de prendre part aux affaires militaires et politiques de son pays, qui lui offraient un vaste champ pour déployer son activité et ses talents. Les qualités brillantes que le prince avait fait paraître dans son adolescence, furent étouffées pendant son fâcheux éloignement par la mauvaise humeur, par la défiance et le chagrin j même plus tard , lorsque Mathias fut appelé au commandement des armées et au gouvernement de pays fort étendus , la répugnance de l'Empereur lui imposa de grandes restrictions. Ce ne fut probablement qu'à cette longue et dure contrainte seule , qu'on doit attribuer les écarts dans lesquels Mathias, abusé et séduit par les ennemis de sa Maison et de sa Foi , se laissa entraîner, pour se décorer , quelques années plus tôt , de couronnes qui ne lui apportèrent ni repos, ni bonheur, ni gloire. Au
, l'empereur M athias avait les vertus et les qualités bon Souverain. Quoique passionné pour la guerre, rifia ce penchant au désir de procurer à ses peuples ix et la tranquillité. S'il n'y réussit point, il faut du \ rendre justice à ses intentions, qui ne tendaient bien - être et à la prospérité des nations , soumises lois; témoin les paroles qu'il adressa, au lit de la , au roi Ferdinand, son successeur. ^Songez, lui I, que le meilleur des gouvernements est le plus , et comportez- vous de manière à ce que les peuples, isquels vous êtes appelé à régner , ne sentent pas domination" , conseil qui aurait été très - sage dans es circonstances.