‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 3)Chapitre 10 sur 38 · Tome IX. i · texte numérisé non relu

Tome IX. i

2a6 HISTOIRE

1571. s'approchèrent par un autre chemin de Serpoukof^ où se trouvait Jean lui-même avec sa légion. Dans une telle circonstance il fallait de la re'solution, de la grandeur d'âme. Que fit le tzar? Il prit la fuite!.... Arrive' en toute hâte à Kolomna^ il se rendit aussitôt à la Slobode Alexandrovsky, évitant de traverser sa capitale , et partit ensuite pour Yaroslavle, afin d'échapper à l'ennemi et aux traîtres ^ car il s'imaginait que ses ge'néraux voulaient le livrer aux Tatars. La ville de Moscou^ abandonnée^ se trouvait sans troupes^ sans chef^ sans aucune ressource^ et le khan n'en était plus qu'à trente verstesj . . . Dans ce pressant danger, les voïévodes arrivèrent à marches forcées des bords de l'Oka , et assez à temps pour la défendre. Mais au lieu d'aller à la rencontre des Tatars , pour les combattre en rase campagne, ils prirent le parti d'occuper les faubourgs, encombrés par une innombrable foule de fugitifs des villages environnans. Ils résolurent de s'y défendre au milieu d'édifices pressés et&ciles à détruire. Chacun des voïévodes, à la tête d'un détachement, occupait une yue particulièi^. Le lendemain, jour de l'Ascension (24 mai), le khan fit sa première attaque contre Moscou, et, comme on aurait dû le prévoir, il fit mettre le feu aux faubourgs. Le temps était calme et

serein (91). Dès le matin ^ les Russes s'étaient t&ji. courageusement prépares au combat ; tout à deMMcou coup ils se virent entourés de flammes : les maisons de bois et les chaumières étaient en feu sui* dix points diflTérens. Une épaisse iumée^ agitée par un vent impétueux^ obscurcissait le jour^ et^ dans peu d'instans^ la ville fut entourée d'une mer de flammes qu'aucune force humaine n'au-* rait pu arrêter. Le bruit, l'épouvantable mugissement de Tincendie , répandaient la terreur dans la capitale y et les habitans , les soldats éperdus , cherchant à se sauver , périssaient sous les ruines des maisons embrasées, ou dans la foule qui se précipitait dans l'intérieur de là ville, à Kitaï-Gorod; partout repoussés par les flammes, ils se je1;aient dans la rivière, où ils trouvaient la mort. Personne ne songeait ni à commander, ni à obéir. On parvint seulement à murer la porte du Kremlin, refusant à tout lé monde l'entrée de ce dernier asyle de salut, protégé par de hautes murailles. Les malheu-^ reux habitans étaient consumés ou étouffés par la chaleur et la fumée, dans les églises de pierre. Les Tatars essayèrent en vain de piller les fau-^ bourgs; le feu les en chassa : le khan lui*-méme, effrayé à l'aspect de cet enfer, se retira à Eolomensky. Dans l'espace de trois heures, la ville,

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i57i« les &abourg$^ tout fut détrtiit y et Moscou n'exis-' tait plus ! . * . • Le Kremlin seul ayait échappé au désastre; c'était là, dans l'église de rAssomption , que s'était enfermé le métropolitain avec les objets du culte et le trésor. Le palais favori de Jean^ situé à l'Arbath, n'offrait plus que des ruines. Le nombre d'hommes qui périrent dans cette fatale journée est incroyable^ car il fut de plus de cent vingt mille soldats bu citoyens^ sans compter les femmes, les enfans, et les ha- Htans des campagnes réfugiés à Moscou ; ce qui , tn totale s'éleva jusqu'à huit cent mille âmes (gs). Le prince Belzky fut trouvé mort dans une cave de son hôtel; le boyard Michel Voronoï, Amolphe Unsey, premier médecin de Jean, ainsi que vingt'-cinq négocians anglais^ subirent le même sort ; des cadavres d'homme et de chevaux à demi'-brùlés étaient amoncelés sur les cendres. Celui s rapporte un tén»>in oculaire^ qui a pù cette catastrophe , s^en soutient toujours avec un nouvel effroi^ et prie Dieu de lui épargner â jamais un aussi affreux spectacle^'S).

Devlet-Ghireï était satisfait ! il ne jugea pas à propos d'assiéger le Kremlin ^ et , après avoir contemplé y du sommet des montagnes de Vorobief , un espace de trente Terstes (94) couvert de cendres fumantes , triste monument de son

triomphe, il reprit le chemin de la Tauride, li^i* effrayé par la fausse nouyelle que le duc ou roi MagDus s^avapçait à la tête d'une armée formidable. Jean apprit à Rostof la retraite de l'ennemi ; il ordonna aussitôt au prince Yorotynsky d'aller à la poursuite du khan ; mais , malgré la célérité de ce voïévode, les Tatars eurent le , temps de ravager là plus grande partie des provinces situées au sud*est de Moscou et d'entrainer en Tauride plus de cent mille prisonniers. S'il était resté dans l'âme de Jean la moindre étincelle de générosité , il serait devenu y après cette affreuse calamité, le consolateur de son peuple : au lieu de cela , fuyant un théâtre de terreur et dé larmes , il s'éloigna des ruines de sa capitale et retourna à la Slobode, donnant^ l'ordre de déblayer Moscou des cadavres qui infectaient l'atmosphère. Comme on manquait de bras pour les enterrer, on n'inhuma avec les cérémonies religieuses que les gens distingués par leur rang ou leurs richesses. Le reste fut jeté dans la Moskva , en telle quantité que son cours se trouva interrompu : ces monceaux de corps empoisonnaient l'air et les eaux; les puits étaient ou desséchés ou comblés, de sorte que les débris de la population succombaient à l'ardeur de la goif. Enfin, on fit venir les habitans des villes

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1571, voisines j on retira de la rivière les cadavres qui l'encombraient et on leur donna la sépulture. C'est ainsi que le courroux céleste vint frapper la Russie. Que manquait-il encore à ses infortunes après la famine^ la peste, le fer, le feu, la captivité', enfin un tyran pour maître ?

Nous verrons maintenant l'extrême lâcheté de ce tyran dans un revers, le premier et le plus funeste de son règne. Le 1 5 juin, il se rapprocha de Moscou et s'arrêta à Bratovtchina , où il trouva deux envoyés de Devlet-Ghireï qui, sortant.de la Russie en triomphateur , désirait s'expliquer avec lui. Le tzar, les boyards et les officiers de la cour étaient vêtus simplement , en signe de deuil ou par mépris pour le khan. Jean demanda à l'envoyé des nouvelles de son maître : <( f^oici^ » répondit celui-ci, ce que notre tzar te fait » dire. Nous nous donnions réciproquement le » titre d'amis; aujourd'hui nous sommes en- » ne mis j mais les frères se querellent et se ré- » concilient. Rends - nous Kazan et Astrakhan » et j'irai de bon cœur faire la guerre à ceux « qui te veulent du mal. d A ces mots l'envoyé présenta le présent de De vlet-Ghireï ; c'était un poignard monté en or : Mon maitre y ajouta-t-il , L^a porté d sa ceinture^ fais comme lui. Il vou^ lait aussi t^ envoyer un cheval^ mais tous les

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siens sont fatigués de la course qu^ ils ont faite iSyi. dans ton pays. Jean. refusa ce présent peu conyenable et se fit lire la lettre de Devlet-Ghireï , dont voici la teneur : Je brûle j je ravage la Russie y sans autre motif que celui de venger Kazan et Astrakhan; sans songer à V argent y aux richesses y que je^ègarde comme de lapons^ sière. Je Kai cherché partout , à Serpouhhof, à Moscou même : je voulais ta couronne et ta tète; mais tu as fui de ces deux villes et tu oses te vanter de ta grandeur y prince sans courage et sans honte f Je connais maintenant le chemin de tes États : j^y retournerai bientôt si tu" ne rends pas la liberté à mon ambassadeur y que tu retiens inutilejnent en captivité; si tu ne fais pas ce que j^ exige de toi y si tu te refuses enfin à jne jurer fidélité pour toi y tes enfans et tes descendans. Quelle fiit en cette circonstance la conduite de Jean? lui qui montrait tant de hauteur dans ses relations avec les monarques chrétiens de l'Europe! Il adressa au khan une humble supplique renfermant la promesse de lui céder Astrakhan , après la conclusion solennelle de la , paix. Il le conjurait de ne pas troubler, jusqueslà, le repos de la Russie, et ne répondait rien aux injures, aux ironies amères de Devlet-Ghireï, consentant à mettre en liberté Fainbassadeur de

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'571. Crimée^ si le khan, voulait laisser Athanase Nagoï retourner en Russie > et envoyer à Moscou un de ses grands dignitaires pour entameç des négociations définitives. Prêt, en effet, à se désistev j au besoin, de sa brillante conquête , Jean écrivit à Nagoï, détenu alors en Tauride , que, de concert avec le khan , la Russie devait au moins confirmer les tzars d^Astrak)iau aur leur trône , c'çst-à-dire qu'il voulait conserver une ombre de domination sur ce royaume. Trahis- Sîant ainsi Fhonneur et les intérêts de ses États , il n'hésita point à abandonner également les principes de notre Église; pour complaire à Devlet-Ghrireï , il lui livra , à la même époque, un illustre captif de Crimée qui , de son propre gré, avait embrassé le christianisme à Moscou et que cette extradition exposait à être martyrisé ou forcé à changer de religion; affreux scandale pour Forthodoxie !

Courbant ainsi son orgueil devant les Tatars, Jean semblait se réjouir d'une nouvelle occasion d'arroser de sang son malheureux pays. Les ruines de Moscou étaient encore fumantes ; les Tat^rs dévastaient nos provinces , et déjà le t^ar donnait à ses sujets la torture et la u^ort ! Nous avQHs vu plus haut que des traîtres avaient^ con- , duit Devlet-Ghireï vers la capitale.. Jean pou-

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vait attribuer à cette trahison les succès de «571. l'ennemi : elle lui paraissait suffisante pour justifier le délire de sa rage ; cependant il Fappuya bientôt sur un prétendu crime dont F importance était aussi grave à ses yeux. Ennuyé de son veuvage , bien que peu scrupuleux sur les lois de la chasteté y il cherchait , depuis long-temps , une troisième épouse, affaire que Pinvasion desTatars avait interrompue et qui fut reprise dès que le danger fut passé. On amena au tzar, dans la Slobode Alexandrovsky, des jeunes filles de toutes les villes de FEmpire , sans distinction de naissance , et au nombre de plus de deux mille. Chacune lui ayant été présentée séparément, il en choisit d'abord vingt-quatre , et parmi cellesci , douze que le médecin et les sages femmes eurent l'ordre de visiter. Il compara long - temps leur beauté , leurs grâces, leur esprit, et donna enfin la préférence à Marfa Sabakin, fille d'un Nouveau marchand de Novgorod. 11 choisit en même temps jjtn?^* ^ pour épouse à |on fils aîné Eudoxie Sabourof. Les pères de ces beautés heureuses furent élevés, de simples roturiers, au rang de boyards : les oncles de la future tzarine reçurent la dignité d'okolniks , et son frère celui de grand échanson. Avec ces titres on leur donna pour richesses , le * butin des exécutions , biens considérables dont

1571. on avait déjpouiUë d'anciennes familles deprinrces et boyards. Tout à coup la fiancée du tzar tomba malade et commença à maigrir d'une manière surprenante. On répandit le bruit qu'elle avait été ensorcelée par de secrets ennemis , jaloux du bonheur domestique de Jean. Les soupçons se portèrent aussitôt sur les proches parens des défuntes tzarines, Anastasîe et Marie. On ordonna une enquête , c'est-à-dire que les menaces et les promesses forent prodiguées pour obtenir des aveux ou des calomnies. Sans avoir sur cet événement des détails circonstanciés, nous connaissons au moins les noms des victimes de cette cinquième époque des meurtres et le

Cinquiè- genre de leur mort. Le prince Michel Temgroudes meur- kovîtsch , beau-frèfc de Jean , farouche asiatique, qui s'était quelquefois conduit en général illustre , et souvent comme le plus odieux des bourreaux « comblé tour à tour de faveurs ou d'humiliations à plusieurs reprises, enrichi et dépouillé par le bon plaisir du tzar, était chargé de poursuivre Devlet-Ghireï avec lé corps des opritchniks. Il se mit en marche ; mais tombé tout à coup en disgrâce, il fut empalé ! Le boyard Jean Yakovlef , qui , en 1 566 , avait échappé à la mort; Basile son frère , par qui avait été élève l'aîné des tzarévitchsj Sabourof , neveu de l'ii>-

fortunée Salomonie, première épouse du père tS?»* de Jean , périrent par le knout. Le boyard Le'on Soltikof , enfermé d'abord dans le monastère de la Trinité, fut bientôt mis à mort. On imagina alors un nouveau genre de supplice. Elisée BôméliuS;» cet exécrable calomniateur , cet indigne médecin dont nous avons déjà fait mention, proposa au tzar d'employer le poison pour exteriâiner ses ennemis, et composa., dit-on, un breuvage mortel avec un af tjsi infernal, que l'homme empoisonné expirait précisément à l'instant indiqué par le tyran. C'est ainsi que Jean fit périr Griasnoï , l'un de ses favoris^ le prince Gvosdof- Rostovsky et plusieurs autres seigneurs accusés de complicité dans l'empoisonnement de sa fiancée , ou d'avoir trahi leur souverain en ouvrant auxTatars le chemin de Moscou (qS). Cependant, le 28 octobre, le tzar épousa la malade, espérant, comme il le disait lui-même, l'arracher à la mort . par cet acte d'amour et de confiance dans la miséricorde du Tout-Puissant. Six jours après son mariage , il ordonna celui de son fils avec Eudoxie ; mais le banquet nuptial fiit terminé par des fiiné- Mort de railles! Marfa expira le i3 novembre, peut-être victime de la méchanceté des hommes , peut-être aussi cause infortunée de la perte de tant d'innocens. Dans l'une et l'autre hypothèse, son cercueil.

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i97 1 • plftce au couvçnt des religieuses de l^ Ascensicm , à c6té de ceux des deux premières épouses de Jean^ est^ pour la poste'ritë^ un objet d'attendrissemeot et de pe'uibles réflexions.

Consolé par la vengeance , Jean chercha de nouvelles distractions dans les alSfaires de l'État. Il craignait une seconde invasion du khan et voulut prendre des mesures propres à garantir la sécurité de Moscou. En conséquence^ il décida que cette capitale n'aurait plus de faubourgs^ et^ transférant dans l'intérieur de la ville les marchands et les bourgeois^ il défendit de consr truire des maisons de bois élevées , toujours dangereuses en cas d'incendie. U passa la revue et fit la répartition de ses troupes ; ensuite il donna ^ Sahim-Boulat^ tzar de Kassimof^ l'ordre .de marcher contre les Suédois ^ se dirigeant sur Orécheck avec l'avant-garde de l'armée russe. Liii-méme se disposa à partir pour Novgorod^ laissant paraître de la répugnance à visiter ce théâtre de supplices barbares^ affreux monument de sa fureur; ces lieux où^ au milieu d'un lugubre silence^ les pierres semblaient élever la voix contre le destructeur des hommes; cette cité de douleur^ livrée au désespoir^ à la misère^ et dévastée encore par des maladies contagieuses^ * Ëes lieutenans du tzar à Novgorod donnèrent

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ordre à tous les kabitans de se réunir devant le 1571. palais épiscopal^ alors inhabité et désert. Là^ 00 leur fit lecture d^une lettre de Jeaâ^ dans la*quelle il les engageait à être sans crainte et à préparer > conforméi|ient aux anciens usages^ ' des vivres pour son arrivée. Aussitôt on lui arrangea une maison ; on plaça dans Téglise de Sainte^ophie un nouveau dais^ au-dessus duquel on suspendit une colombe d'or ^ en signe de paix et de réconciliation y et Foh restaura le siège du métropolitain dans ce temple orphelin de son pasteur. Les mesures les plus sévères furent prises pour là conservation de la santé du tz^ar. n y eut défense d'enterrer en ville les hommes morts de maladies contagieuses et Ton destina à leur sépulture un cimetière situé au bord du Volkhof^ aux environs du monastère de Khoutjn» Du matin au soir des patrouilles parcouraient les roes^ visitant les maiscms^ fermant celles où la maladie s'était déclarée. Il était interdit aux prêtres eux-mêmes d'approcher des malades^ sous peine ^ en cas de désobéissance^ de se voir les uns et les autres condamnés à être brûlés vifs. Cette excessive sévérité produisit néanmoins un résultat avantageux, car \ elle arrêta les progrès 'du mal, et, à l'entrée de rhiver, le clergé annonça solennellement à l'en-

1571. voyé du tzar que la mortalité avait cesse à Novgorod* Le a 3 décembre^ les habitains eurent la satisfaction de voir arriver Lëonidas, leur nouvel archevêque , qui avait e'té sacré à Moscou. Le lendemain^ le tzar fit son entrée à Novgorod avec ses eiifans et les grands officiers de sa couronne. Malgré la perte d'un si grand nombre de digni* taires^ la cour moscovite paraissait encore brillante et magnifique. On voyait encore autour du trône des hommes respectables par leurs cheveux blancs et par les services qu'ils avaient rendus à leur patrie. Le conseil militaire était composé de douze boyards ou princes, de plusieurs grands officiers et des deux secrétaires André et Basile Chtelkalof, principaux hommes d'État depuis la mort de l'infortuné Viscovaty. L'armée se rassemblait à Oréchek et à Dorpat, afin d'attaquer «n même temps la Finlande et l'Esthônie, pour se venger du roi de Suède qui n'avait pas exécuté le traité conclu par Erik, autant que pour réparer la honte de l'infructueuse tentative de Magnus sur Revel.

Affaires Toutcfois Ics ccudrcs "de Moscou , l'appauvrissement de la Russie et les nouvelles craintes qu'inspirait le khan, faisaient pencher le tzar pour une paix que, seulement, il voulait honorable. Les ambassadeurs suédois, exilés à Mouroin,

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furent amenés à Novgorod où on leur fit con-» 1571. naître les conditions auxquelles leur grâce était accordée. Jean exigeait du roi une somme de 1 0^000 écus pour l'offense que Voronzof et Naoumof avaient reçue à Stockholm: il demandait en outre la cession de toute l'Esthonie et des mines d'argent de la Finlande : il voulait que la Suède conclût avec la Russie un traité d^alliance offensive contre la Pologne et le Danemarck^ et s'obligeât à lui fournir mille hommes de cavalerie et cinq cents d'infanterie : enfin que^ dans ses dépêches , le roi lui accordât le titre de maitre de la Suède et qu'il envoyât à Moscou les armes de son royaume pour être gravées sur le sceau du tzar! Epuisés par une cruelle captivité^ les ambassadeurs craignirent -d'irriter Jean^ autant pour leur propre compte que pour les intérêts de la Suède , affaiblie et menacée d'une invasion formidable; en conséquence, ils implorèrent' l'intercession des tzarévitchs et des boyards y les suppliant d'engager le tzar à user de modération; à leur laisser la liberté de retourner auprès de leur maître et à attendre-, en paix, sa réponse. Ils ajoutaient que la Finlande ne contenait point de mines d'argent et que la Suède était un pays pauvre , absolument hors d'état de nous fournir des troupes. Au moment où ils fu-

1571. rent présentés à Jean^ ils se prosternèrent de* yant lui ; mais ce prince leur ordonna de se relever. « Je suis, dît-il, un monarque chrétien » et je ne souffrirai pas<|^ue Ton se prosterne en » ma présence. » Ayant fait alors la récapitulation des torts du roi , il renouvela ses prétentions-et continua ainsi : a 5^// n^ exécute^ pas » notre polonté, nous verrons qui de nous deux » a Vépée mieux aiguisée (g6i). » Ensuite il leur déclara que lorsqu'il avait demandé à Erik de lui livrer Catherine, îlFavait crue veuve et sans enfans; que, pajr conséquent, il n'avait point transgressé les lois divines, n'ayant d'autre but que d'obtenir un otage capable d'imposer à Sigismoudl Les ambassadeurs iui donnèrent l'assurance que le roi réparerait ses torts et en demanderait pardon au tzar. Admis à la table de Jean, ils signèrent après dîner un acte où il était stipulé que le monarque russe, faisant succéder la miséricorde à la colère dans ses rapports avec la Suède , consentait à ne pas attaquer ses provinces jusqu'à la Pentecôte , sous la condition que le roi lui enverrait à Novgorod de nouveaux ambassadeurs, avec 10,000 éçus pour dédommagement de l'insulte faite à Voronzof et Naoumof, deux cents hommes de cavalerie armés à la manière des Allejp,ands et quelques métal-

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lurgistes habiles; qu'il permettrait Fexporta- 1571. tion , en Rnssie ^ de diverses marchandises^ comme cuivre^ étain^ plomb ^ naphte^ soufre^ et qu'il laisserait librement passer pour s'y rendre des médecins^ des artistes et des hommes de guerréi Dans une conversation am*icale avec Févêqué d'Abo, les boyards lui demandèrent des renseignemens sur l'âge, l'esprit et l'extérieur de la jeune sœur du roi, témoignan/: le désir d'avoir son portrait et donnant à entendre que le tzar pourrait se décider à l'épouser (97) : enfin, on laissa partir les ambassadeurs pour Stockholm, munis d'une lettre adressée au roi « Je serai implacable ^ lui écrivait Jean, si vous ne renoncez pas à la Livonie. V'ous espérez en vain des secours de V empereur , et vous pourrez dire ce qu^il vous plaira j vous ne défendrez pas votre pays avec dé belles paroles é Alors le tzar fit savoir à son armée que, par égard pour les supplications des Suédois , les hostilités étaient suspendues. Après un mois de séjour à Novgorod , pendant lequel il ne fut commis aucune violence, il quitta cette ville le i8 janvier ; il avait aupa- 157^. ravant rétabli , selon le vœu des habitans , l'ancienne coutume des duels, judiciaires et nommé les princes Mstislavsky et Pronsky lieutenans de Novgorod. ,

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