Tome IX. 2g
45o HISTOIRE
i5S3. Dans le trouble de son àme^ il fit conToquer ^iiûV^îe l^s boyards et leur dit avec gravité : « La main monde. ^^ j^ Dieu s'est appesantie sur moi et il ne me » reste plus qu'à finir mes jours dans la soli- » tude d'un monastère^ Incapable de gouverner » la Russie^ Fédor ^ mon second fils, ne pourrait >} régner long-temps. Choisissez donc un digne » monarque ; je lui remettrai à l'instant mon » sceptre et mes Etats. » Ces mots excitèrent une vive surprise dans l'assemblée. Quelquesuns des assistans ^ persuadés de la sincérité de Jeau^ étaient émus jusques au fond du cœur ^ d'autres^ soupçonnant une ruse^ regardaient cette proposition comme un moyen de sonder leurs secrètes pensées> et craignaient de s'exposer^ eux et l'objet de leur choix , à un cruel supplice. Us répondirent unanimement : « Ne nous aban- » donnez pas,^ nous ne voulons point d'autre » souverain que celui que Dieu nous a donné ^ » vous et votre fils. >> Le tzai* résista d'abord à leurs pressantes sollicitati(m$ , cependant il i[!(msentit à supporter encore le fardeau du gouv^ï*nement ; mais le sceptre , la couronne, tous les objets de grandeur, de richesse et de luxe^ furent éloignés de sa vue. Couvert, ainsi que sa Mur, d'habits de deuil, il fissistait à des services funèbres , et s'imposait des pénitences. Il envoya
xo^oop roubles aux patriarches de G)nstanti- '58ai nople^ d'Antioche ^ d'Alexandrie^ de Jérusalem > les engageant à prier Dieu pour le repos de l'âme du tzarévitch. Enfin ^ peu à peu^ son agitation finit par se calmer^ bien que , d'après divers rapports ^ il de'plorât sans cesse la perte de son fils chéri , et qu'au milieu de joyeuses c<MiT«rsations ^ son souvenir lui arrachât souvent des larmes; mais il pouvait donc encore se livrer à la gaité! S'il faut en croire les historiens étrangers, il ne tarda pas à recommencer ses cruautés et fit supplicier plusieurs hommes de guerre y sous le prétexte qu'ils avaient lâchement livré des forteresses à Batory , tandis qu'^u témoignage des ennemis eux-mêmes ^ les Russes étaient regardés comme de braves et invincibles défenset^rs de leurs villes. A cette époque^et sous la mêine apparence de justice y Jean imagina p(»or le père de son épouse une piMiition d'uB genre extraordinaire. Depuis lomg-temps Godounof^ couvert de blessures reçues en défendant le tzarévitch , n'avait pas paru à la cour. Théodore Nagoï insinua au tzar que la maladie ti^étàit qile le prétexte d'un éloignement dont le dépt et la colère étaient le véritable motif. Pour s'assurer de la vérité , lé prince ayant été visiter Godounef vit les plai^ de son corps^ ainsi que le
iSS'j r séton appliqué sur lui par le négociant Stroganof> habile dans l'art de la médecine. 11 embrassa le malade^ et^ en témoignage défaveur particulière^ il accofda à celui qui le traitait le privilège des hommes de marque> c'est-à-dire, d'ajouter à son nom de baptême celui de son père > avec la terminaison vitsch y ainsi que cela se pratiquait pour les plus illustres dignitaires de l'Empire^ Ensuite il ordonna à Stroganof de poser le même jour les plus douloureux sétons sur la poitrine et les côtés du calomniateur Théodore Nago'û Sans doute la calomnie est un délit grave; mais ce raffinement , cette recherche dans les moyens de tourmenter les hommes, montrent^ls l'humilité d'un cœur abattu par l'affliction? Dans les fifFaires de l'Etat, Jean se montre à nous avec son ^sang-froid , sa prudence , sa tranquillité ordinaire , qualités qui dans des circonstances aussi affreuses pour le^ cœur d'un père ne pouvaient naître que d'une étonnante grandeur d'âme ou die son insensibilité. Le 28 novembre, c'est-àdire six jours après les funérailles de son fîls^ il donna audience à un courrier qui lui fit la relation du siège de Pskof. Pendant le cours des né* gociations , il en connaissait tous les détails et dirigeait ses plénipotentiaires» Au mois de février ceux-ci vinrent lui apporter le traité.
Bientôt 011 TÎt paraître aussi dans la capitale i5^. le ruse jésuite Antoine rossevin. 11 venait pour de Jean
, 1 ^ K Jxxll Rvcc Taoï-
recevoir les remercimens du tzar et chercher , bassadcur
jiT. .-Il "1 • ^,dc Rooitt.
au moyen delà bienveillance de ce prince, a at-^ teindre le but de sa mission, en accomplissant le projet formé depuis long-temps par la cour de Rome, de réunir les diverses croyances et toutes les forces des royaumes chrétiens contre les Turcs. Cest ici que Jean déploya la souplesse naturelle de son esprit, son adresse, sa prudence^ qualités auxquelles le jésuite luininême fut obligé de rendre justice. Nous allons rapporter ces intéressans détails, tirés des mémoires de Possevin. « J'ai trouvé, ditril, le tzar plongé dans une » profonde affliction : cette cour pompeuse, vêtue » de lugubres habits, offrait Tàspect d'une hum- » ble retraite de religieux , et donnait Tidée du y), chagrin auquel l'âme du tzar était en prok ; )) mais les volontés du Très-Haut sont incompré- V hensibles ! la douleur même de ce prince, na- >} guère si indomptable, l'avait disposé à la » modération , lui avait inspiré la patience de }} m'écouter ayec attention. » Antoine expliqua alors l'importance du service qu'il venait de rendre à la Russie, en lui procurant la paix, et, pour persuader Jean de la sincère amitié de Batory, il lui rapporta les parolçs suivantes de ce
i5Sj. prince : (( Dites au tzar de Moscovie que toute » inimitié est éteinte dans mon cœur; que je » n'ai aucun désir de conquête pourParenir. Je » veux qu'il ràe regarde comme un frère qui dé- » sire le bonlteur de la Russie ; que dans l'é- » tendue de nos États , les routes et les ports » de mer soient ouverts aux nëgocians^ aux » voyageurs des deux nations^ pour leur utilité » réciproque. Je laisserai passer librement en » Pologne et en Livonie , les Allemands et les » sujets du pape qui se rendraient à Moscou . Paix « aux chrétiens, mais guerre aux brigands de » la Crimée ! Que le tzar s'unisse à moi pour » marcher contre eux ! Nous nous concerterons » sur le temps et les moyens propres à réprimer n ces parjures, avides d'or et de sang. Fidèle à » ma parole, je ne ralentii'ai paà mes efïbrts. Je » Hie suis ni Polonais , ni Lithuanien , mais un » étranger sur le trône, et je veux acquérir dans » l'univers une honorable réputation. » Jean témoigna sa gratitude pour les dispositions amicales deBatory, et répondit qu'il n'était plus en guerre avec le khan. En effet, le prince Basile Mossalsky, ambassadeur russe , avait, pendant un séjour de quelques années enTauride, conclu enfin une trêve avec ce pays. Mahmet Ghireï ne désirait que le repos, épuisé par les secours
qu'il avait dû fournir aux Turcs dans une Iqn- iSSt. gue guerre contre la Perse ; cet ëvënement délivra la Russie de ses dangereuses incursions durant le cours de cinq années.
Ensuite 9 voulant aborder la question principale , Antoine sollicita une audience particulière du tzar 9 à TefTet de l'entretenir de la réunion des cultes, u Je suis prêt à vous entendre ^ lui » dit Jean ; mais en présence de mon eonseil- >r privée et^ si cela est possible^ sans disputer^ » car chacun^ préconisant la religion qu'il pro- » fesse , craint d'être contredit sur ce point. La >i controverse est une source de querelles , et » moi je ne désire que paix et amitié.^ » Au jour indiqué (le ai février), Antoine ^ accompagné de trois jésuites , fut introduit dans la salle du trône, ou le tzar était assis ^ entouré de ses principaux officiers* Après les ooimplimens d'usage > il exhorta de nouveau l'ambassadeur à ne pas entamer la question de la religion, u An- » toine,ajouta-t-il, j'ai déjà cinquante-un ans, » et il ne me reste pas long-temps à vivre : » élevé dans les principes de notre Église chré- » tienne y séparée depuis des siècles de l'Eglise » latine, pourrais-je lui devenir infidèle près w du terme de mon existence? Le jour du juge- » ment de Dieu s'approche ; il fera voir laquelle
/^ HISTOIAE
1683. témoignages d'amour et de coÉupassioii ^ i'ea^«geaut à nié pas s'abandonner au désesjxiir. a Je meurs , lui disait-^il^^^ iotimis et sujet fidèle. » Il expira quatre jours après ( le 19 novembre ) , dans rhèrrible repaire d^Âléxandroysky. Au milieu de ces mur^ -où 'y pendant tant d'années j atmit cdulé - le saBg innocent ^ le tzar y baigiié de cdui de Sdn fils^ Mten^é^ Foeil hagard^ resta plusieurs jotirs assië aoiprès 4Jlu cadavre ^ sa victinle^ sans prendre de ncvirritu]^; sans goàter un instant de sommeil 1 Le â!> nùyeiâbre ^ les digftitairéà dé \^<^6\itI lès î)Oyàrds> le^ princes vêlds d^haibîts- dé • deuil, pOfrlèï»ént à Moscou les restés d^ ttarciitch. ^Jean suivit le cortège , à pied , jùsl^u'à F^gWsé de Sàînt-^Miébid-Àï^sffîge où ïl indi^Juâ la'piàcé dû ïéAibèaù parmi les Septthuf'efe de ses ancêtre^. "Éé^ fituétài^e* ftrretot TÈfagiîBS(iftfeis' et 'téuéharitëèî'dn déplot*ait gëiiëraleméht lé-^ort d'un jéiitié 1ï(hnme né pour le tWhe , qTirt anrâîf pu >îv<t ^our le feonhéiitt' et la vertûy si son père, viûfer»t lé^ lois Aelà nàïàrc, rie l'avait plongé dattfe Ik' (ïéf/èatfirtiott :è< dans la tombe ! L-huittànitë ti^loin^hWît, éH ^làî^nfàïit léfâàr lui-même. . . . Dfe'pottiWé des màtijues de sâdïgM*é, côùvei*ïdè fegùï*^ vêtcmêns, dans Pà^pp^éiléîiflAdf'ù^ipéêhett^^éàéâ^i^, iflfpot^s^it i^s dt^^Iféd^iràÉrs et sefi'àppàitiàr tétë lîdiitrè
D£ aCJS^IE. 449
la terre^ contre le cercueil de son malheureux fils . i^^^*
Voilà comment les justes arrêts du vengeur céleste tombent quelquefois , dans ce monde znéme^ sur des monstres d'inhumanité 3 plutôt pour l'exemple que pour changer leur cœur pervers; carjl existe dans le crime des limites au-delà desquelles il semble qu'il n'y ait plus de repentir sincère > plus de libre et décisif retour au bien. En proie à des tour mens qui anticipent sur. celix des enfers , ils achèvent sans espérance leur coupable carrière. Depuis longtemps le tzar avait franchi ce.tte limite fatale ^ et le retour d'un pareil monstre à la vertu aurait pu scandaliser les esprits faibles^ .^Pendant quelques jours abandonné aux plus violantes angcHSses^ il ne connaissait plus les douceurs du sommeil. Au milieu des nuits^ comme épouvanté par des spectres , il se réveillait en sursaut , tombait de son lit > se roulait par terre , en poussant de lamentables cris j état affreux que l'épuisement de ses forces parvenait seul à calmer! Alors étendu sur un matelas qu'on lui préparait d'avance, un assoupissement momentané suspendait ses remords i il appelait et redoutait l'aube matinale, craignant de voir les hommes et de leur montrer sa physionomie empreinte des tourmens de l'infanticide.
ToMB IX. :ïg
4^8 BJfTOIRS
i58a. » Grecs p6ur les punir de leur sckisme et de » leur désobéissance à Jésus-Christ. »
Le tzar répondit tranquillement : <c Je n'ai >j jamais écrit au pape au sujet de la religion : » plusieurs motifs me portaient même à ne pas }} vouloir en parler avec vous , d'abord dans la » crainte de blesser votre cœur par quelque » parole dure^ ensuite parce que je m'occupe » uniquement de choses temporelles et d'af- » faires d'État^ laissant de côté la controverse^ » qui est du ressort de notre métropolitain. La » hardiesse de vos discours est appuyée sur » votre qualité de prêtre, ainsi que sur la mis- » sion dont vous êtes chargé; mais vous vous » trompez, si vous croyez que les Grecs sont » pour nous \m évangile : nous croyons en Jésus- » Christ et non pas aux Grecs. Quant à l'Empire » d'Orient, apprenez qu'il n'est pas l'objet de » mon ambition : satisfait du mien dans ce » monde, je ne désire que la miséricorde di- » vine dans celui à venir. » Jean ne fit aucune noention ni du concile de Florence, ni de l'ai- Mance générale des chrétiens contre le Sultan ; mais en témoignage d'amitié 'pour le pape, il promit de nouveau liberté et protection à tous les marchands étrangers ainsi qu'aux prêtres de l'église latine, en Russie, sous la condition
expresse qu'ils ne disputeraient point avec les i5ô«, indigènes sur la religion. Toutefois le zélé jésuite voulait continuer la discussion entamée^ prétendant prouver que les Russes étaient encore novices dans le christianisme , dont Rome était la métropole. Ces propos commençaient à exciter l'impatience du tzar, (f Vous vous vantez de votre » orthodoxie, dit-il, et vous vous rasez l'antique >} barbe! Votre pape se fait porter sur un trône >y et donne à baiser sa mule, sur laquelle est » représenté un crucifix ! Quel orgueil pour un » pasteur du christianisme ! Quelle profanation » des choses saintes ! — Il n'y a point là de pro- » fanation, reprit Antoine; c'est justice rendue » à qui en est digne. Le pape est le chef de la » chrétienté, le maître des monarques ortho- » doxes, le compagnon de l'apotre Pierre, qui M est le compagnon de Jésus-Christ. Nous vous » honorons aussi , seigneur , comme le descenw dant de Monomaque, et le Saint-Père..... » Le tzar l'interrompant alors lui dit : u Les chré- » tiens n'ont qu'un père qui est aux cieux. w Nous autries souverains de. la terre devons » être honorés selon les institutions séculières, » et l'humilité doit être la première vertu d'un » disciple des apôtres ; si les honneurs des sou- » verains sont notre apanage, les papes et les
460 X^ISTOIRB
t5»3 >> patriarches doivent se contenter de ceux 4es » prélats. Nous re'vérons notre métropolitain; » nous lui demandons sa bénédiction^ mais il » marche sur la terre et ne s'élève pas, dans » son orgueil, au-dessus des rois. Quelques » papes, en effet, ont été de vrais disciples des » apôtres : tels Turent Clément, Sylvestre , Aga- » thon, Léon, Grégoire; mais celui qui prend » le titre de compagnon de Jésus-Christ, celui » qui se fait porter sur un siège comme sur un » nuage soutenu par des anges, et ne vit point » selon la doctrine de son divin maître, celui- « là , dis-je , est un loup et non pas un pasteur. » A ces mots, Antoine, vivement choqué, s'écria : w Si le pape est un loup, je n'ai plus rien à dire! » Alors, adoucissant sa voix, le tzar poursuivit ; <( Voilà pourquoi je ne voulais pas vous entre- » tenir sur la religion. Sans le vouloir, nous » pourrions nous emporter. D'ailleurs ce n'est » pas Grégoire XIII que j'appelle un loup, c'est » le pape qui s'éloignerait de la doctrine du » Christ. Restons en là !... » Le tzar posa amicalement sa main sur l'épaule d'Antoine ; ensuite il le' congédia avec bonté , et ordonna à ses officiers de lui porter les ihets les plus exquis de sa propre tahle.
Deux jours après, le jésuite fut rappelé au
DE KUSSIE. 4^1
palais : après lai avoir indique une place en face ^^^^ de lui, le tzar lui dit, en élevant la voix de manière à se faire entendre par tous les boyards : « Antoine , je vous prie d'oublier ce qui a » pu vous déplaire dans ce que j'ai dit sur le V compte des papes. A la vérité, nous ne som- » mes pas d'accord sur quelques-uns des pré- » ceples de la religion : cependant, je veux vivre » en bonne intelligence avec tous les monar- »> ques 'chrétiens* Je vous ferai accompagner à n Rome par mi de mes dignitaires , et je vous M donnerai une preuve de ma reconnaissance 5) pour Je service que vous m'avez rendu. » Ayant permis ensuite à Antoine de parlet aux boyards > celui-ci fit de nouveaux efforts pour leur prouver la vérité de là confession romaine, et, si on doit l'en croire, il composa en trois jours, conformément à leur désir ^ tout unlivre sur les prétendues erreurs des Grecs, se fondant sur les œuvres théologiques de Gennadius, patriarche de Constantiiiople, confirmé dans le pontificat par Mahomet II. Au nom du pape> il fiupplia le tzar d'envoyer à Rome quelques jeunes Russes versés dans les lettres , afin de les mettre à même de connaître les vraie dogmes de V ancienne Église grecque, et d'apprendre les langues italienne ou latine , en même temps que.
46a HISTOIRE
i58a. pour faciliter la correspondance aTec Moseoii^ ils enseigoeraient le russe eux Italiens. U exhortait aussi Jean à chasser les dangereux docteurs luthériens qui reniaient la sainteté de la Vierge comme celle des élus du Chrisl^ et à n'accueillir dans ses États que les prêtres latins. <( Le tzar , » lui répondit-on^ cherchera des gens propres » à l'étude, et s^il en troi^ve, il les enverra à )h Grégoire. Quant aux luthériens, ils peuvent, j|^ ainsi que tous les hétérodoxes, vivre libre- » ment en Russie ; mais Us n'osteraient pas y n propager leurs erreurs. »
Antoine voulait en<)ore. i^éeoncîlier la Suède avec la Russie , insistant principalement sur La nécessité de conclure une' alliance avec l'Europe entière, afin de réprimer les Turcs. u.Si le roi » df Suède , répondit lean , me donne des preu- » vas de son amour de la paix, je croirai alors » à sa sincérité. Je consens à déclarer la guerre » aux infidèles ; mais le pape , l'Empereur , le » roi d'Espagne , celui de France et tous les au- » très souverains doivent auparavant jconvenir » avec moi, par une ambassade solennelle , des » nmmives qu'exige cet armement de la chré- » tienté* Je ne puis , à présent , prendre aucun » arrangement à oe sujet. » €'es1>à-dire , que dâMirnissé des inquiétudes que lui avait données
DE KUSSIE. 105
Batory^ il s'était visiblement refroidi sur k? »Wî. projet de chasser les Turcs de i'Europô, changement dont le jésuite s'aperçut fecilement et qu'il traita de perfidie, (c Le tzary rapporte Pos- » sevin , qui n'avait plus besoin du Saint-Père » pour les intérêts de sa politique ^ imagina une » rose pour tranquilliser les superstitieux moâ^ M covites^ scandalisés de la hardiesse avec law quelle j'avais jugé leur religion. Le premiier H dimancbe du grand carême il me fit appeler » au palais^ et me parla ainsi : Antoine, ins^ » trait que vous désiriez i>oir les cérémonies dé » notre Eglise y j'ai donné l'ordre de vous con^ » daire aujourd'hui dans le temple de VAssom* n ptiùn où je serai moi-même. Vous pourrez y M contempler la beauté , la grandeur du vrai M culte de Dieu^ Là, nous adorons ce qui est w au ciel et non pas l'es choses d'ici-^bas* Nous w honorons notre métropolitain , mais nous ne i» le portons pas sur nos bras.**^ Jamnis saint » Pierre n'a été porté par les fidèles; il mar^ M chait nu'pieds : et votre pape ose se dire son M vicaire f.... Étonné de cette nouvelle grossie*- » reté^ je lui répondis froidement : Tous les lieux » où l'on adore le Christ sont saints j mais jus^ » qu'à ce que nous soyons convenus de quel'i> ques dogmes et que le métropolitain de Russie
464 HISTGIRB
lîôa. >> ^Qii fgfi relation avec le SainUPère ,jene puië » assister à vos cérémonies* Je vous répéterai >) que rendre des honneurs au souverain pontife >i de l^ église est un devoir et non pas un péché* » f^ous ne portez pas votre métropolitain > mais » vous vous lavez les yeux avec l^eau dont il » se lave les mains» Jean m'expliqua alors crue » cette cérémonie était instituée en commémo- » ration de la passion de notre Seigeur ; ensuite » il fit un signe > et une foule de. courtisans s'a-* » Tancèrent vers la porte ^ m'entraînant avec » eux. Le tzar me cria de loin : Antoine, prenez » garde que quelques luthériens ne pénètrent » avec vous dans l^ Église*. •.Décidé à ne pas » y entrer moi-même^ je m'échappai à la dé- » robée au moment où le cortège s'arrêtait de- » vaut la cathédrale. On crut généralement que >y je courais à ma perte ; mais le ttavy étonné » d'abord de ma désobéissance^ réfléchit quel- » ques instans j,, se frotta le front et finit par dire : i) il est libre d^ agir selon sa volonté. Quel était » en cette circonstance le dessein de Jean ? c'é- » tait de montrer aux Russes le. triomphe de » leur religion dans la personne d'un envoyé de » Rome^ priant dans leur temple » baisant la >) main du métropolitain à la gloire de l'église M d'Orient ^ autant que pour rhumiliation de
DE ÎIUSSIE. 4^5
» celle d'Occident; spectacle propre à effacer i582. » aux ^eux du peuple le scandale produit par » d'extraordinaires marques d'estime pour le » pape, de la part du tzar. » Tout porte à croire que les conjectures de Possevin étaient fondées; toutefois , il fut troinpé dans l'espoir de réunir les Russes à l'Eglise romaine.
Au reste , jusqu'à son départ, il fut traité par Jean avec une extrême bienveillance; il eût toujours accès au palais, où il était amené à travers les rangs d'une garde nombreuse et brillante ; il en sortait accompagné par des dignitaires de haut rang' : honneur que , sans doute , avant lui , un jésuite n'avait jamais reçu dans aucun pays. Il obtint la liberté de dix-huit captifs espagnols réfugiés d'Azof en Russie, et qu'on avait conduits à Vologda. A sa demande, le sort des prisonniers polonais ou allemands éprouva quelques adoucissëmens, en attendant leur échange; les portes de leurs prisons s'ouvrirent, et ils furent logés chez les habitans , qui reçurent l'ordre de pour- Toir à tous les besoins de ces malheureux; mais les vives instances du jésuite, relativement à la construction d'églises latines en Russie , furent de nouveau repoussées par Jean. « Les catlio- » liques, dit-il à Antoine , sont libres de vivre » parmi nous selon leur religion , sans reproche