IirSTOIllG
>) nous y croirons lorsqu'il aura consenti à » rendre au Sullan Astrakhan et Kazan. Nous » ne redouions, ni l'Europe, ni TAsie. Notre » armée est tellement nonil)reuse , que le » monde peut à peine la contenir ; par terre , » elle est prête à se précipit'Tsur le Schah , 5> la l^ilhuanie et l'Empereur; et par mer, » sur les rois d'Espagne et de France. Nous ne j) pouvons que louer votre prudence si , effec- » tivement , vous n'avez pas voulu vous >) joindre à eux; et le Sultan ordonnera au 5) Khan de ne point inquiéter la Pvussie, si le » Tsar relire ses Cosaques des bords du Don » et détruit les quatre nouvelles forteresses )) qu'il a fait construire sur «:e (leuve cl sur le » Terek, atin de couper nos communications « avec Derbent. Piendez-vous h cette propo- )» sition , sinon , j'en jure par Dieu, non seu- » lement nous ordonnerons au Khan el aux y> Nogais d'inquiéter conSinuellement. la Rus- » sie , mais nous marcherons nous-mêmes » contre Moscou , par terre et par mer, sans » redouter , ni les fatigues, ni les dangers , et » sans épargner, ni nos trésors, ni notre sang, w Vous aimez la paix : mais pourquoi vous
DE r.rssiF. 2.35
)) mrloz voiîs des alTaires de l'Ibérie qui op- >) pnrlient au Sultan » ? Naslchokin répondit qu'AstraUian vl Kazan étaient ins('{)ara})les de Moscou; que le Tsar ordonnerait de chasser les Cosaques des environs du Don où nous n'avions aucune forteresse; que nos r.q)porls avec la Géorgie ne provenaient que de ce qu'elle professait la même religion que nous; que nous y envoyions, non des troupes, mais des })rèlres, et que nous ne permetlious à ses hai)iians de venir en Russie, que pour y faire le commerce. Naslchokin {)roposa au Yisir de sVxplit[uer avec le Tsar par le moyen d'un ambassadeur que le Sultan lui enverrait. Le Yisir ne le voulut pas d'abord , en lui disant : « Nous ne connaissons point cet usage. Nous « recevons les ambassadeurs étrangers, mais >' nous n'en envoyons pas chez les autres ». A la lin , cependant , il se décida à faire partir pour Moscou le dignitaire Tschaouch-llesvan avec les demandes qui avaient été faites à Nastchokin. De son côté, le Tsar envoya encore à Constantinople , au mois de juillet i5fj4, h* gentilhomme Islenief, porter sa réponse et des présens qui consistaient en une
II I s T O T n E
pelisse de renard noir, pour le SuUan, et de zibelines, ponr le Visir. Il promettait de réprimer les Cosaf[ijes et de laisser passer librement les Turcs qjii se rendraient à Derbent, à Schaniakha et à Bakou , si Amurat s'engageait à tenir en respect Kazi-Ghiréï. « Nous i> avons ordonné, écrivait Fédor au Sultan , j> de construire des forteresses dans les pays » de la Kabarda et du Schafkal , non pour t'irj> riter, mais pour assurer la tranquillité des » habilans. Nous ne vous avons rien enlevé, » car les Princes des montagnes, des Tcber- » kesses et le Schafkal étaient nos anciens su- » jets de la province de Pvézan. Ils s'enfuirent « dans les montagnes et se soumirent ensuite » à mon père, leur ancien et légitime souve- ). rain ». Cette histoire nouvelle de la Cabardie et du Gaguestan , ne persuada pas le Sultan que leurs princes fussent des transfuges de Kézan. 11 vit la tendance de la politique de Moscou à s'étendre dans FOrient. Il ne pouvait la favoriser, et il ne songea point h contribuer à la tranquillité de la Russie, c'est-àdire à la réconcilier avec le Khan.
Les seuls fruits que nous retirâmes de ces
ambassades à Conslanlinople, furent des notions intéressantes sur l'état de Fempire Oitonian et des Grecs. « Tout est changé aujour- » d'hui en Tunjuie, disait Naslchokin ; le » Sultan et les Pachas ne songent qu'à l'intérêt; « le premier augmente le trésor, et l'on ne » sait à quelle iîn ; il cache l'or dans des cof- » fres et ne paye point l'armée qui dernière- » ment se révolta et assaillit le palais, en de- » mandant la tèle du Defterdar ou Trésorier. » Il n'y a plus ni ordre ni justice dans l'Em- » pire. Le Sultan pille les fonctionnaires , et » ceux-ci pillent le peuple. 1/on ne voit parj) tout que vols et assassinats ; plus de sécurité » pour les voyageurs sur les routes, ni pour » les marchands dans le commerce ; ces vio- » lences et la guerre de Perse , ont épuisé » l'Empire , surtout la Moldavie et la Vala- » chie, où sans cesse on change lesHospodars » par vénalité. Les Grecs sont opprimés et )' gémissent sans avoir même d'espoir dans » l'avenir ». Islenief lut retenu à Constantinople par l'avènement au trône de Mahomet III, en i5()5 ; ce nouveau Sullan, infâme assassin de ses dix-neuf frères, ii'allendait qnun
238 lIlSTOlKt
moment propice pour déclarer ia guerre à la Paissie. CcpeiidanI, (luoifju'à Conslanlinople nous irailassions de hrif^ands, les {guerriers du Don , lîous leur Iburnissions des nmnilions de guerre, du plomb et du salpêtre. Leur nombre s'accrut des Cosaques du Dnieper ci de lous les déserteurs , qu'ils accueillirent parmi eux. Ils élaient continuellement en
Iudisci[)linc i r« i tvt ' i n> t
<Vs los.qucs guerre avec Azoi et les INogais, les 1 cherkesscs
du Don. 1nn-I 11' 11
et la lauride , et aliaient en mer chercher du butin , tantôt soumis au Tsar, tantôt en révolte coiîtrekii. isaslcholdn écrivit d'Azof à Moscou , qi'.e les Cosaques des camps clu midi lui avaient enlevé de vive force les présens du Tsar; qu'ils lie voulaient pas lui rendre sans rançon, leurs prisonniers, un Tschaouschdu Suîîan avec six Princes Tcîierkesses , et que, dans un accès de colère , ils avaient coupé la main à un d'enir'eux en s'écriant: « nous » sommes fidèles au Tsar blanc , mais ceux , » dont nous nous rendons maitres par nos » armes, nous ne les rendons pas pour rien ». Les Cosaques méritaient d'être punis de leur indiscipline; mais à titre d'ennciiiis irrécon-
DE RUSSIE. 23q
ciliables de ceux de la Russie, ils avaient des droils à riiiiltilgence du Tsar.
iN'ayaiil point réussi dans noire j)roj<'t de maîtriser le Khan par Fentremisc de la Tur- (piie, nous y parvimmes sans elle et par nos proj)res moyens. Nous le désarmâmes, moins par nos complaisances et nos négociations, que par des mesures sages , prises pour la défense des possessionsméridionalesde la Russie. Ayant renouvelé Tancienne ville de Koursk déserte d(îpuis long-temps (ivo), et construit les forteresses de Livna , Kroma et Yoronège , le Tiar, en uyj , ordonna d'en bâtir encore de nouvelles sur loutes les routes des Tatares , depuis le Donetz jusqu'aux bords de FOka, telles que Bielgorod , Oskol et Yalouïka , et de les peupler de soldats , de Slreletz et de Cosa([ues, ensorte qu'il devint diOicile aux brigands de Crimée de tourner ces forteresses d'où, pendant l'été, il sortait sans cesse des détacliemens de cavalerie pour les observer, et oii le bruit continuel du canon les tenait en respect. Le Tsar, ayant le glaive dans una mai n, de l'or dans l'autre, faisaitdire au Khan : « Le Pape, l'Empereur, les rois d'Espagne ,
Cf>nslTuciioii de \ iUts.
24<^ lllSTUlllE
j) de Poiiiigal et de Danemark m'ont conjuré j> de déiruire Ion royaume, pendant qu'ils » agiraient de toutes leurs forces contre le » Sultan. Mes propres Boyards, mes Princes, )) mes Voïé\odes et particulièrement les ha- >» biUmsde l'Ukraine, mcsnpplientëgalement }^ de me rappeler iou'.es vos iniquités et vos » cruautés, défaire marcher mes troupes et » de ne point laisser pierre sur pierre dans » le centre même de ta horde. IMais, désirant » tonannitié et celle du Sultan , je n'écoute , » ni les îmîbassadeurs des Souverains euro- » péens, ni les cris de mon peuple, el je te » propose mon alliance et de riches préj) sens (174) ». Obligé par Amurat d'aller sans cesse d'un pays à un autre, en Moldavie , en Yalachie ou en Hongrie, pour réprimer les révoltes des tributaires Ottomans , ou combattre les Autrichiens , le Khan fatiguait ses troupes par des marches continuelles, et en perdait un grand nombre dans les combats , sans en retirer d'autre avantage qu'un faible butin. Dans ces fâcheuses conjonctures , Kazi- Ghiréï obtint du Sultan la permission de tromper la Tiussie par une -fausse réconcilia-
tion solennelle, éclatante et telle que nous n'en avions pas eue av^c la Tauride dans l'espace de soixante-quinze ans. Au mois de novembre iSgo, les ambassadeurs du Kiian, Acbmet-Pacha , et ceux de Moscou , le prince Fédor Klivorostinin et Bogdan Belsky, se réunirent sur les bordsde la Sosna, au-dessous de Livna , pour Us conférences préliminaires. Cette rivière servait alors de frontière à la Russie liabitée. Plus loin , vers le midi , commençaient lesslèpes. L'envoyé de Kazi-Glnréï ne voulut pas passer sur le côté gauche de la rivière, craignant de se livrer entre nos mains, et de compromettre ainsi la dignité du Khan. Les Ambassadeurs , après s'èlre réunis sur un pont, convinrent de cesser les hostilités de part et d'autre, de délivrer les prisonniers, et de conclure une paix et une alliance perpétuelles. A cette fin , le prince de Crimée, Iciiimamet, devait se rendre à Moscou, et le prince jMercure Stcherbatoff , en Tauride. Ces deux nouveaux Ambassadeurs s'étant rencontrés sur le pont, se saluèrent avec politesse et con^ tinuèrent leur route. Comme gage de son amitié, Fédor permit à la veuve du tsarévitche Toi.iE X. i6
242 nisToir. E
Mouratqui ctail mort à Astrakhan , de se rendre auprès du Khan ; il envoya à Kazi-Ghiréï dix mille roubles , outre des pelisses et des étoiles préeieuses , promettant de lui en faire passer autant ehaque année; entin , il parvint, dans le courant de l'été de iSg/j , à recevoir de r.iixarccie lui UH actc d'alHanc»; avcc un cachet d'or. Cet acte , par les condilions qu'i} contenait et par ses termes , rappelait les anciens traités par lesquels le bon elsage Mengli-Ghiréï assurait Ivan lïl de son amitié Iralernelle. Kazi-Ghiréï s'engageait à être reiinemi de nos ennemis ; à punir sans miséricorde ceux de ses sujets qui attaqueraient la Russie ; à rendre le butin et les prisonniers qu'ils pourraient faire; à veiller à la sûreté des ambassadeurs du Tsar, à celle des négocians, et à ne point arrêter dans leur route les étrangers qui se rendraient à Moscou. Quoiqu'il dater de cette époque , et pendant environ trois ans , les Tatares de Crimée n'eussent pas inquiélé nos possessions, employant toules leurs forces à aider le Sullan dans sa guerre avec la Hongrie , Tarmée Moscovite n'en continua pas moins à rester sur les bords de l'Oka , prête à combattre.
Ce lemps de paix profonde pour la Russie, ne fut pas perdu pour sa politique extérieure. La Gourde Moscou, tout en assurant le Sultan qu'uniquement par amitié pour lui, nous ne voulions pas nous lier avec ses ennemis , recherchait leur alliance avec plus d'ardeur que jamais. Au mois de septembre i5g3 , TErnpereur envoya de nouveau à Moscou, le dignitaire Nicolas Varkotsche, pour prouver avec éloquence la nécessité d'un armement général de toutes les puissances chrétiennes , contre le Sultan , et exiger de nous, ou dos secours pécuniaires, ou de riches pelleteries, pour la guerre contre les Infidèles. Dans une conversation conhdeniieile, il dit à Godounoff , que Rodolphe avait le projet d'épouser la fille de Philippe, roi d'Espagne, et de s'approprier la France , du consentement d'un grand nombre de seigneurs de ce pays , qui délestaient IJenri IV ; que Sigismond , offensé de l'arrogance et de l'indépendance des seigneurs Polonais , voulait abdiquer la couronne des Jagellons et retourner en Suède ; que Maximiiien , frère de l'Empereur, avait de nouveau l'espoir d'élre roi de Pologne , et pi'iait Fédor de l'ai-
dcr de tous nos moyens pour y parvenir, promettant de cédera la lUissie une partie de Ja Livonie. Les Boyards répondirent au nom du Tsar : « ]^e grand-père , ie père de lédor et » Fédor lui-même ont témoif^iié plus d'une » fois, à la Cour de Vienne, leur disposition )) de se joindre à l'Europe, pour combattre » les Ottomans; mais c'est envain que nous j> avons attendu, jusqu'à présent et ([ue nous >) attendons encore une ambassade à Moscou , » de la part de FEmpereur, de l'Espagne et >^ de Rome, pour établir nos conventions. » Nous ne refusons pas l'argent, pourvu que i> le grand oeuvre du salut et de la gloire des » Chrétiens commence. Le Tsar souhaite en j) tout le plus grand succès à l'Empereur ; il » agira avec le plus grand zèle, afin de procurer » la couronne de Pologne à Maximiiien , et , » dans ce cas, nous lui céderons toute la Li- » vonie , à l'exception de Dorpat et de Narva , » qui sont indispensables à la lUissic ». On congédia Yarkotche en lui remettant des lettres pour Piodolphe , pour Philippe et pour le Pape, auxquels nous demandions qu'on envoyât au plutôt des ambassadeurs à Moscou ^
de même qne pour le prince de Suède , Gustave fils d'Erick , à ([ui Fédor offrait un refuge eu ces termes : « j\os pères étaient amis et » alliés, ayant appris que tu errais en fugilif, » en Italie , je t'invite à venir en Russie où tu » auras un traitement convenable, plusieurs » domaines, une vie tranquille, et la liberté » d'en sortir et d'aller où bon te semblera et » quand tu le voudras ». La suite nous expliquera pourquoi nous faisions ces avances à Gustave.
Cependant l'indolent Piodolphe combatlait le Sultan en Hongrie , et ne se hâtait pas de conclure une alliance avec la Faissie. Au mois d'août 1594, il arriva à Moscou un de ses envoyés avec une lettre singulière, en latin et ouverte , adressée en même temps à Fédor et à riîospodar de Moldavie Arron , au voïévode de Briaslavle , et aux Cosaques du Dnieper; voici ce qu'elle contenait : « Le porteur » de la présente , Stanislas Chlopitzky , chef » des guerriers Zaporogues , nous a témoigné » le désir de servir FEmpire contre l'infidèle « vSultan, avec huit ou dix mille Cosaques ; )) nous l'avons accueilli avec plaisir et lui
» avons remis iiolrc hanninrc, portant une « aigle noire, à condition quMl fermerait tous » les passages aux Tal ares de Crimée, vers le » Danube, et porterait le fer et la flamme dans » les possessions du Sultan, en épargnant la » Lithuanie et les autres pays chrétiens. C'est î> pourquoi nous vous prions de favoriser » notre serviteur dévoué (175) ». L'adresse à Fédor était visiblement controuvée : l'Empereur ne pouvait tenir le même langage au Tsar et aux Cosaques. Chlopitzky, en causant avec les Boyards, les informa, au nom de Pvodolphe, des victoires de rEmpereurelderalliance que le prince de Transylvanie et les bospodars de Moldavie et de Yalachie avaient conclue avec lui ; il les assura que les Zaporogues , regardant la Russie comme leur véritable patrie, n'osaient agir sans la volonté du Tsar , et demanda que Fédor, après leur avoir donné quelques troupes moscovites, leur ordonnât de marcher avec elles et sous les drapeaux de la Russie, contre les Turcs, On ne laissa pas parvenir Chlopitzky jusqu'au Tsar, en lui représentant l'inconvenance de la lettre de l'Empereur ; et on lui dit : « Le Tsar , par considé-
* vallon pour Rodolphe, te laisse parlirsans » colère, et il écrira à Bogdan ^likochiiisky , » helinan des Zaporogucs, qu'ils peuvent ser- » vir l'Empereur ». Cette circonstance est trèsremarquable , en ce qu'elle présente les Cosaques du Dnieper comme snjetsde laLilhuanie, qui elle-même tremblait d'offenser le Sultan , s'alliant, contre le gré de leur Souverain, à r Empereur pour faire la guerre aux Turcs, et se reconnaissant , en quelque façon, dépendans du Tsar. Quoique cette alliance illégale n'eut point pour l'Autriche le succès qu'elle en attendait ; quoique le gouvernement Lithuanien punit les Cosaques de cette manière indépendante d'agir, en leur ôlant les canons, les drapeaux, les trompettes d'argent, la massue qui leur avaient été donnés par Etienne Bathori , et l'aigle noire de l'Empereur (17(3) ; cependant les souvenirs d'une ancienne patrie commune, l'unité de religion, l'oppression sous laquelle gémissait l'Eglise grecque en Lithuauie, et la vengeance nationale, préparaient déjà dans l'àme des guerriers du Dnieper, le désir de réunir leur contrée florissante à l'empire de Moscou.
2 j8 IIISTOir. E
Fédor voulant obtenir un résultat de nos longues et inutiles négociations avec l'Auliiche, envoya un courrier à Rodolplie (177) , pour lui demander les véritables raisons des relards qu'il apportait dans une affaire d'une aussi haute importance. Il apprit que Nicolas Yarkolche, ayant quitté la Russie, avait trouvé l'Empereur à Prague, mais qu'il n'avait pu lui être présenté que long-temps après son arrivée, à cause de l'indolence ordinaire de ce Monarque ; que Rodolphe avait enfin communiqué à la Dièle des électeurs la réponse favorable dé Fédor, et que ceux-ci, attachant un grand prix à falliance de la Russie , avaient obtenu de lui qu'il envoyât une nouvelle ambassade à Moscou. Quelques mois après, en décembre 1594 1 arriva dans cette ville le même Varkotche , avec la nouvelle que les Turcs se renforçaient de plus en plus en Hongrie. Il demandait de prompts secours pécuniaires, et nous étonnâmes l'Autriche par secouis.ion- jjQtre eéuérosité , en envoyant à l'Empereur, ^'"^- pour les frais de la guerre , quarante mille
trois cent soixante zibelines, vingt mille sept cent soixante martres , cent vingt renards
noirs, trois cent trente-sept mille deux cent Irenle-cinrj petits-gris, et trois mille castors , valant quaranle-qiiatre mille roubles (Talors. Le gentilhonnne du Conseil, Yéliaminolf, fut chargé de les porter; on lui rendit des honneurs extraordinaires à Prague : les troupes étaient sous les armes dans toutes les rues par lesquelles il devait passer, pour se rendre au palais, dans la voiture de l'Empereur; il reçut des invitations de toutes parts et fut Tobjet de toutes les prévenances. Il était sans cesse prié à des diners qui étaient toujours accompagnés de musique ; cet envoyé , cependant, ne recherchait point ces occasions de plaisir, disant que le Tsar pleurait la mort de sa hlle , et que toute la Russie pleurait avec lui. Après avoir étalé , dans vingt chambres du palais, les présens de Fédor aux yeux de FEnipereur et de ses seigneurs, il satisfit leur curiosité par la description de la Sibérie si riche en belles fourrures , mais il ne leur dit pas le prix de cet envoi du Tsar, que les juifs de Bohème et les marchands estimèrent à huit tonneaux d'or. Yéliaminoff fit sentir au ministère Autrichien qu'un secours pécuniaire
2,>0 IJISTOIIVE
fleceite importance prouvait toute lasincdrilé des bonnes dispositions de Fédor , malgré les retards inexplicables de l'Empereur et de ses alliés , à conclure un traité solennel avec nous. On comprend, en effet diflicilement pourquoi la Cour de Vienne avait l'air d'éviter celte alliance , beaucoup plus dangereuse ri sujette à des chances plus fâcheuses pour nous que pour l'Autriche, puisqu'elle devait conduire la Russie, qui était en paix, à une guerre avec le Sultan, qui combattait déjà rAutriche. L'Empereur répondit au Tsar , que l'éloigncKienl des lieux, la haine qui existait en Espagne contre l'Angleterre et la France , les troubles des Pays-Bas, la vieillesse de Philippe et le nouvel avènement du pape Clément VIII, retardaient une. alliance générale des puissances chrétiennes contre les nii.sireAm- Ottomaus. Ileuvova Dourtanl aupTcs dc Fédor
l;:>f.sinJeur de j l x
lEmpcreui. j^jq grand de sa Cour, Abraham , burgrave de Donau(i78), avec un membre du Conseil, Georges Kal, vingt gentilshommes et quatrevingt-douze valets.
Cette ambassade ne satisfaisait que Tamourpropre de la cour de Moscou par sa magniti-
ccncc , et en exigeait une pareille de sa part. Le Ijingrave , en traversant la Russie, vit, dans toutes les villes et à tous les relais, une quantité de gens proprement vêtus et rassemblés des endroits les plus éloignés par ordre du Tsar, afin de lui prouver combien le pays était peuplé et riche. Depuis la frontière jusqu'à Moscou, il fut reçu et accompagné par des détachemens de troupes , montés sur de magnifiques chevaux. Partout sur son passage, il trouvait le luxe et toute espèce d'agrémens , à la liberté près; car, sans cesse on veillait autour de lui, afin qu'il ne vint à sa connaissance rien de ce qui pouvait offenser l'amourpropre des Russes. A Moscou , cet illustre étranger fut conduit par les plus belles rues et devant les plus beaux édifices. On lui assigna pour demeure Télégante maison du prince Nosdrovatoï. On lui donna le service de la Cour. On lui apportait , sur des plats d'or et d'argent, toutes les friandises de la table du Tsar, et on lui servait les vins les plus précieux du midi de l'Europe. Le jour de son audience , le 22 mai iSgy, la cour de Moscou resplendissait de magnificence. Le Burgravc,
ayant la goutte, ne put montera cheval , mais il se rendit au Kremlin dans une voiture allemande , ouverte. Il était précédé par cent \ingt cavaliers nobles, couverts d'habits magniliques. Fédor le reçut dans le grand Palais Joré-, assis sur son trône, le diadème sur la tète et le sceptre en main. Godounoff était debout derrière lui et tenait la pomme d'or ; à sa droite étaient assis le tsarévitche Araslan- Aley, fils de Kaïboula, Mamet-Koul, de Sibérie , et le prince Mstislafsky ; à sa gauche , Ouraze Malimet , tsarévitche des Kirguisses ; plus loin étaient les Boyards, les tils des Hospodars de Moldavie et de Valachie , les grands Ofiiciers, les Gentilshommes du Conseil, deux cents Princes et Nobles; les Secrétaires du Conseil , étaient dans un appartement voisin. L'Empereur envoyait en présent , au Tsar, les reliques de Saint-Nicolas renfermées dans une chasse d'or , deux voitures , douze chevaux, une pendule avec de la musique et quelques vases en cristal ; à Godounoff, un bocal précieux , orné d'émeraudes , une pendule et deux étalons avec des housses de velours ; et à son jeune fils , Fédor, des singes et
(les perroquets. li adressait ses remereîmens au ïsar et au Kégenl ; celui-ei permit, quelques jours après , à rAnibassadeur , de venir dans sa propre maison ; et prenant un air de Souverain, il lui adressa des paroles graeieuses et donna sa main à baiser aux Gentilshommes d'Ambassade.
Mais , la magnificence et le bon accueil ne produisirent rien d'important. L'Ambassadeur d'Autriche, en entamant l'afiaire priilcipale, déclara que liodolphe attendait de nous de nouveaux services ; que nous devions nous opposer aux incursions du Khan en Hongrie et à la paix du Schah avec le Sultan ; que nous devions donner encore à TEmpereur des secours pécuniaires à des époques iixcs , et dont les quotités seraient réglées en or ou en argent et non en pelleterie , car l'Autriche ne pouvait s'en défaire avantageusement en Europe. Mais les Boyards répondirent catégoriquement que , sans un engagement mutuel et par écrit de la part de l'Autricîie , Fédor n'était point disposé à prodiguer pour elle les trésors de la Piussie ; qu'Islenief, envoyé par le Tsar avait été retenu à Constan-
2j4 histoire
linople ;i cause des secours pécuniaires que nous avions accordés à liodolplie ; que toujours nous lenions le Klian en res})ect , et que depuis long-temps nous aurions obtenu Talliance de l'Europe chrétienne avec la Perse, si ri^mpereur ne nous avait point trompés par de vaines promesses. En même temps il arriva à Moscou, un couriier de Maximilieii qui désirait queFédor lui accordât dessecours en argent, pour Faider à obtenir la couronne de Pologne ; on désirait qu'il l'obtînt, mais on lui reiusa l'argent. Le Burgrave qui lia Moscou au mois de juillet , ii'eroporlant que beaucoup d'honueurs et de riches présens. LcLrVnt.iu Ce qu'il y a de plus étonnant c'est que Rocou. dolphe , pour excuser ses (ielais, preiextait Je
nouvel avènement du pape Clément VIII , et que ce pape envoyait, à cette époque même, auprès de Fédor, par la Litlmanie, le légat Alexandre Comuleus pour la même affaire, conjurant le Tsar de délivrer les puissances chrétiennes du joug des Otlomans (179). Il est douteux que Comuleus et l'ambassadeur Autrichien se soient vusii Moscou ; du moins ils parlaient et agissaient sans la moindre com-
municnllon enlrc eux. Le Pape, avec la finesse ordinaire de la cour de Pvome , flatlail le Tsar el la Russie ; il lui représenlait que les Ottomans, une fois uiailres de la Hoii.^rie, pouvaient s'emparer également de la Pologne et de la Litliuanie ; que déjà ils touchaient à nos possessions, ayant soumis d'un autre côté une partie de la Géorgie et de la Perse ; et que Teiripire deByzance et beaucoup d'autres n'avaient trouvé leur ruine que dans leur trop grand amour pour la paix, dans leur inaction et dans leur imprévoyance des dangers. Il était facile àFédor , disait-il, d'envoyer des troupes en Moldavie, et de s'emparer des villes appartenantau Sultan, surles bords delà mer Noire, où nous attendaient la gloire et un riche butin ; cl oh nous pourrions nous perfectionner dans Varl de la guerre^ en voyant comment les Allemands, les Hongrois et les Italiens combattent les Turcs , et combien ils ont d'avant^ige sur eux. Il ne dépendait que de nous, ajoutait-il, de réunir à la liussie des contrées que la beauté du climat , la fertilité du sol et les richesses de la nature, rendaient heureuses et llorissan tes; et de nous ouvrir, parla Tiirace, un chemin
^56 HISTOUIE
jusqu'à Byzance , domaine hérc'ditaire dis souverains de Ja Russie. Le zèle de la religion, disail-il encore , rapproche les distances; Rome et IMadrid élaient loin du Bosphore, cependant Constanlinople verrait les étendards du Saint Apôtre et de Philippe; les peuples opprimés par les Turcs étaient nos frères, parleur langage et leur religion ; le moment était favorable, les troupes Ottomanes ayant été défaites en Perse et en Hongrie. Enfin , ajoutait-il, au centre de FEmpire Turc où il n'était point resté la moitié des habitans, régnait le plus complet désordre. Les passages suivans des instructions données par le Pape au Légat, sont également dignes d'être remarqués : « Nous avons appris que les Souverains de « Moscou , aiment à se glorifier de descendre » des anciens Empereurs Romains et se don- » nent des titres pompeux ; expliquez aux » Boyards, que les degrés de la dignité et de » la grandeur des Monarques doivent être )) coniirmés par nous, et citez pour exemple, » les rois de Pologne et de Bohème qui doi- » vent leur couronne au chef de l'Eglise œcu-« « ménique. Cherchez à imprimer dans leurs*
DE rii'ssiE. 207
» àmcsle respecl pour le chef des ehréliens, » traii(|uilles et heureux sous notre pouvoir » spirituel. Cherchez à persuader que la véri- » tahle Eglise de Jésus-Chrisl est à Rome et >> iK)ii à Conslanlinople, où les infidèles Sul- » tans vendent les titres de Patriarches cscla- » ves, étrangers à l'influence du Saint-Esprit ; » que dépendre des prétendus pasteurs de » Byzance , c'est dépendre des ennemis du » Sauveur, et queFillustre Russie est digne » d'un plus heau sort. Vous , homme éclairé , » vous connaissez la différence des dogmes » des religions Romaine et Grecque ; persua- » dez les Russes des vérités de notre ortho- » doxie , avec force , mais avec ménagement , >» et d'autant plus qu'ils aiment la précision , » et que, parlant leur propre langue, vous ne » pouvez vousexcuser sur l'ignorance delà vé- » ritable valeur desmots. Maisque d'avantages » n'avez-vous pas sur tous les docteurs qui » ont été envoyés chez eux de Rome, dans » l'espace de sept siècles , et qui ne connais- )■> saient, ni la langue, ni les usages des Russes? » Si le Tout-Puissant couronne votre entre- 7) prise, s'il ouvre un chemin à la réunion