‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 4)Chapitre 11 sur 23 · T'J3IE X · texte numérisé non relu

T'J3IE X

» des religions, notre cœur sera consolé, et » par la gloire de TEglise, el par le salut d'une » cpianlilé innombrable d'âmes ». Nous savons que Tambassadeur de Clément vint deux fois à Moscou avec ces mêmes instructions, en 1095 et en i5()7 ; mais nous ne connaissons rien de ses négociations qui, au reste, n'eurent pas des résultats importans, et diminuèrent ])robablement, au moins pour quelque temps, les espérances qu'avait conçues Rome , de conclure nne alliance politique et spirituelle avec la Russie.

Amiù.; entre En promettant à l'Empcreur et probable-

Fédor et le

schah ^Vbbas. ment au Pape, un allié lidèle dans le Schah de Perse , nous pouvions effectivement tenir notre parole, ayant renouvelé nos rapports d'amitié avec lui. Déjà l'illustre Schah Abbas se préparait à des exploits glorieux qui lui méritèrent dans l'Histoire le nom de Grand; héritier d'un empire désorganisé par la faiblesse de Tamasse et de Godabent, troublé parles révoltes des Khans apanages, restreint par les conquêtes des Turcs , il ne voulait obtenir de ces derniers qu'une paix momentanée, pour s'allerniir sur le trône et appaiser

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les rebelles de son pays; il cherchai l à coniiailre les rapports qui existaient entre les Etats les j)liis éloignés; saluant, au-delà des mers , un fidèle allié dans le roi d'Espagne , il en voyait un bien j)Uis fort dans le puissant monarque de la Fiussie, dont les possessions conlinaient déjà avec la Perse et la Turquie. Azi Khosref , nouvel ambasSvideur du Schali , après avoir remis une lettre amicale d'Abbas , s'occupa principalemeîit à flatter le Régenl ; dans les entrevues particulières qu'il eut avec lui, il lui disait , avec la pompe des expressions orientales : « D'une seule main tu gouvernes » le pays Russe, tu dois tendre l'autre au » Schah et établir une amitié fraternelle entre » lui et le Tsar (i8o) ». Boris répondit modestement : « Je ne fais que remplir la volonté » de mon Souverain; son impulsion seule » dirige mon esprit ». Mais il se chargea d'être auprès de Fédor le plus ferme appui du Schah. L'Ambassadeur expliqua à Godounoff que la trêve , conclue par la Perse avec les Turcs , n'était qu'une ruse de guerre. « Afin de les » endormir , lui dit-il , le Schah leur a donné » son neveu âgé de six ans pour otage ou

» pour vicllnie; ils n'ont qu'à le tuer au pre- » niier moment où ils verront briller nos ci- » melères, et tout n'en ira (pie mieux , ear le « terrible Abbas n'aime , ni ses neveux , ni ses » frères, et il leur réserve le repos éternel delà » tombe ou la nuit des eaeliots ». Azi ne calomniait point le Sebah. Cependant ce destructeur impitoyable de sa race déploya les qualités et l'appareil d'un grand monarque aux yeux de l'ambassadeur de Fédor , le prince Svénigorodsky, qui devait prendre connaissance de l'état des choses en Perse et des projets d' Abbas. En 1594, cet envoyé traversa le pays de Gbilan , déjà soumis au Schab qui en avait cbassé le roi Acbmet , accusé par lui d'inlidélité. L'ordre etla tranquillité qui y régnaient prouvaient l'infatigable acliviié du nouveau Souverain. On traita partout avec distinction l'ambassadeur de Fédor. Abbas le reçut à Kachan , environné d'une Cour brillante deTsarévitcbes et des grands de son Empire. 11 portait à son côté im sabre enrichi de diamans, et il avait auprès de lui un arc et une fièclie. Il lui tendit la main sans lui proposer de baiser son pied ; il témoigna la plus grande satisfaction,

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ri fit l't'logo du Tsar et de Godounoff. Les plaisirs et ies festins précédèrent les affaires; pendant le jour, il y eut des promenades dans les jardins, de la musique , des danses et des exercices niililaires dans lesquels Abbas luimême montra une grande adresse , tant à lancer un coursier avec la rapidité de l'éclair, qu'à IVapper juste un but avec des flèches. Le soir on fit des feux de joie; on illumina les jardins, les cascades, les places publiques et les boutiques, où se précipitait une foule de peuple, et où Ton étalait les plus riches productions de TAsie. Le Schah se glorifiait de son armée, de l'état florissant des arts et du commerce , et de sa magnificence. En montrant au prince Svénigorodsky ses nouveaux palais, il lui dit: » Ni mon père, ni mon » grand-père n'en eurent de pareils ». Il lui lit voir aussi son trésor, et lui lit admirer un diamant jaune qui pesait cent zolonitks, et qu'il destinait en cadeau au Tsar , la riche selle de Tamerlan , des cuirasses et des casques travaillés en Perse. A diner, l'ayant placé à côté de lui, le Schah lui dit : « Vois-tu l'ambas- » sadeur des Indes qui est placé plus bas que

j> loi: son maître, Djcladiii-Aïber, possède « des contrées Incommensurables et prescjne }> Jesdeux tiers du monde peuplé ; mais j'es- » lime encore plus ton maître que lui ». Ensuite Abbas commença à traiter d'affaires avec le prince Svénigorodsky ; il l'assura qu'il était fermement résolu à chasser les odieux Ottomans des possessions occidentales de la Perse, mais qu'auparavant il voulait reprendre le Khorozan à Abdoula , Tsar de Bukharie , qui s'en était emparé dans les malheureux temps de Godabent, et qui avait aussi conquis le pays de Kliiva. « Je ne nourris, dit-il, qu'une » seule grande idée, celle de rétablir Tinté- » grité et la gloire de l'ancienne Perse. J'ai » quarante mille homme de cavalerie , trente j) mille d'infanterie et six mille canonniers. i) Je conmiencerai par mettre à la raison M l'ennemi le plus voisin et je parviendrai i> jusqu'au Sultan , j'en fais le serment. Il me D suffira de la promesse sincère du souverain » de Moscou, de me seconder lorsqu'arrivera » le moment de cette grande entreprise, afin » que nous en partagions et la gloire et les » avantages ». Abbas consentait à entrer en

rnpporls avec TAii triche ; son Ambassadeur vil celui de l\odolplie , à Moscou ; il nous cédait sans opposition Tlbérie, mais il ajouta : « Le Tsar Alexandre trompe la Ilussie; il me » manque de respect et paye secrètement un » tribut au Sultan ». Constantin, fils d'Alexandre, se trouvait en otage en Perse , ou , de gré ou de force, il avaitembrassé Tlslamisme et avait épousé une musulmane. Le Schali , pour complaire à Fédor, lui permit d'aller à Moscou; mais le jeune Prince s'y refusa , et dit à notre Ambassadeur , en versant des larmes : « Mon sort est de mourir ici dans un » honorable esclavage ». Abbas, pour prouver toute Tamilié qu'il portait à la Piussie, vint inopinément visiter le prince Zvénigorodsky, amenant avec lui Azim , Tsar chassé de Khiva, et son premier ministre, Tergat-Khan. Il y but du vin et de l'hydromel (car il aimait les boissons fortes, en dépit de Mahomet). Il examina, avec la plus grande attention , les images de la Yierge et de Saint Nicolas. Il accepta de l'Ambassadeur un bonnet de renard noir, en lui faisant cadeau à son tour d'un superbe coursier et d'une image de la Yierge ,

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pi'inle sur or en Perse, d'après une image ilalienne qui avait été envoyée d'Ormus au Scliah (i8i;. Pour conlirmer tout ce qui avait élé dit au prince Z^énigorodsky , Abbas envoya avec lui à Moscou, un de ses grands seigneurs, nommé Kouli , et Fédor envoya au Schah le Prince Tiouiiakin (182) , avec le projet d'un traité dont les bases étaient qu'ils seraient alliés fidèles , et qu'ils employeraient conjointement leurs forces pour chasser les Turcs des contrées de la mer Caspienne ; que la Piussie s'emparerait de Derbent et de Bakou, et la Perse, du pays de Scbirvan. Mais Tioufiakin et son secrétaire moururent en route , ce qu'on ignora long-temps à Moscou ; et les relations avec Abbas, occupé alors à une guerre heureuse en Bukharie, furent interrompues jusqu'à un nouveau règne en Piussie. Le Schah nous céda du moins l'Ibérie. Fédor, sans la disputer encore ouvertement au Sultan , voulut établir un droit de souverai- Campagnc jj(.|^; g^^j. ^1}^ ^ ^u soumcttaiit Ic Schavkal , im-

rnntre le

Schavkal. placablc ennemi d'Alexandre. Deux fois il envoya contre lui ses Yoïévodes , les princes Zassckin , et Khvorostinin. Le premier mit en

fuite \c Schavkal et le força de se réfugier dans des montagnes inabordables; le second devait achever de rtkluire celle parlie dn Dagucslan , s'y joindre aux troupes d'ibérie , conduiles par Youri , fils d'Alexandre, s'emparer de Tarky, sa capitale , afin de la donner au beaupère d'Youri, autre princedu Dagueslan (i8j). Khvoroslinin prit en effet Tarky, mais n'y trouva ni Youri , ni son beau-père : il les attendit envain ; ses forces s'épuisaient dans des combats journaliers contre les habitans des montagnes. Entin , après avoir rasé Tarky , il fut obligé de se retirer dans la forteresse de Térek. Près de trois mille Ilusses périrent dans ces pays sauvages. Ce malheur pouvait être attribué à Alexandre. Le Tsar lui témoigna son étonnement de ce ([ue son fils ne s'était point réuni à notre Yoïévode. Alexandre s'excusa sur la difficulté de traverser les montagnes; mais Fédor lui fit observer judicieusement que, puisque le Schavkal trouvait des routes pour aller piller l'îbérie, les troupes dTbéric auraient pu également les trouver pour entrer dans le pays du Schavkal. Cependant, ni cette cause de mécontentement , ni

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l'avarice d'Alexandre» ni ses hésitations à nous payer tribut , ne changèrent rien à noire politique patiente et sage. « Mon trésor est » épuisé , disait ce Prince , par le mariagtî de » ma lille avec le prince de Uadian , et par les » présens qu'exigent de moi les puissans Sou- » verains nialiomélans (i84) ». Ayanl appris qu'Alexandre avait l'ail la paix avec son gendre Siméon, sous prétexte de complaire à la Russie, le Tsar écrivit au premier : « Je crois à » ton zèle et j'y croirai encore davantage si tu » engages Siméon à nous prêter serment de y> fidélité ». Alexandre trompait-il la Russie , comme l'avait assuré le Schah au prince Zvénigorodsky? INon, il n'était que faible au milieu dés forts ; nul doute qu'il ne préférât sincèrement la domination de la Russie à celle de la Turquie ou de la Perse. Il conservait l'espoir, il reprenait courage ; mais en voyant que nous ne pouvions ou ne voulions point envoyer en Ibérie des forces assez considérables pour sa délense, son zèle pour nous se refroidissait. Il ne quittait point le titre de tributaire de la Piussie, mais, en réalité, il payait tribut au Sultan , en soie et en chevaux ; en même

temps il conjurait Fcdor de dL'fendrc au moins 1 Iberie du colé du Dagucsian , où les Voïévodes de jNIoscou avaient construit alors de nouvelles forteresses sur les hordsde la Koïssa, afin de réprimer le Schavkal et d'effacer Téciiec du prince Khvorostinin.

Déjà maîtreprétendude Tlbérie, des princes Tcherkesses et Nogais également nos vassaux , quoique souvent rebelles (i 85), Fédor, dans l'année i ogj, se fit encore proclamer Soiiverain de la horde populeuse des Kirguises. Son Khan, Tefkel, qui prenait le titre de Tsar des Cosaques et des Calmaks , se soumit volontairement à lui , ne demandant que la liberté de son neveu, Ouraze-Mahmel, ([ue nous avions fait prisonnier avec le prince de Sibérie Seïdiak. Fédor promit à Tefkel de le pro léger et de lui donner de l'artillerie . Il consentiiit à lui rendre son neveu à condition qu'il lui enverrait son fils en ôlagc. Outre Thonneur d'être Pioi des Rois, Fédor attendait du profit de ce nouveau serviteur de la Russie. Koutschouin notre ennemi , chassé de Sibérie , errait dans les stèpes des Kirguises; nous exigions de Tefkel qu'il nous en défit, ou qu il l'en*

voyât à Moscou , el portât ensuite la guerre en Bukharie, parce que son souverain, Abdoula, protégeait Koulschoum et manquait de respect à Fédor tlansses lettres. C'est ainsi qu'en agissait notre polilique en Asie pour établir la puissance de la Russie dans T Orient.

Relations £jj Europc, uous étions encore en relations

avec le Uiine- ■•■ '

ti.aickcii'An- avcc îc Dauemarck et l'Angleterre ; avec le

gletene. " '

premier, pour les limites en Laponie , et avec la seconde, pour le commerce. Frédéric , le dernier roi de Danemarck, désirant établir des frontières certaines entre ses possessions et les nôtres, au fond du Nord, entre Kola et Yargaw^, y avait envoyé un fonctionnaire nommé Kcrsten-Frise (i8ô) ; mais il était reparti sans attendre l'envoyé de Moscou, le prince Bariatinsky. Le nouveau roi , Christian IV , iils de Frédéric, ayant témoigné à Fédor le désir de vivre avec lui dans la plus intime amitié , convint d'une réunion d'Ambassadeurs en Laponie , qui n'eut également point de résultat. En 1592, le voïévode prince Zvénigorodsky et le gentilhomme Yassiltchikofr demeurèrent long-temps à Kola , et ne virent point arriver les plénipotentiaires de Christian.

Des deiixcôlcs on allégua, pour excuse, réloi- '• gneuient et les dangers de la route , les tempcles el les neiges ; mais de part et d'aulre on parvint à connaître par les anciens habilans de Kola et de Yargaw , la vcriiable ligne de démarcation entre la Norwège et la Laponie Novgorodienne ; on ordonna aux habitansde cesser leurs querelles et de faire librenient et tranquillement le commerce , jusqu'à un nouveau traité par écrit entre le Tsar et le Roi. Fédor, par égard pour Christian, donna sa parole de délivrer quelques prisonniers faits par les Russes, lors de l'invasion des Danois , dans le district de Kolmogor, et en donna effectivement Tordre aux conunandans d'Astrakhan , de la forteresse de Térek et de Sibérie, où l'on exilait les prisonniers de guerre. En un mot le Danemarck rechercha de nouveau notre alliance, ne songeant pics à mettre d'entraves au commerce maritime de Ja Russie avec l'Angleterre.

Ce commerce important manqua d'être interrompu par des méconlentemens mutuels de notre gouvernement et de celui d'Angleterre, ÎS0U3 nous plaignions de la mauvaise

foi des marchands de Londres , et nous réclamions d'eux près d'un demi milJion de roubles actuels (187) qu'ils avaient empruntés au trésor du Tsar , à Godounoff , aux Boyards et auxiSobles. Les marchands niaient cetledefte, en chargeaient tantôt l'un, tantôt l'autre, et se plaignaient d'être opprimés. Le Tsar, en ij88, envoya un seconde lois Bekman à Londres , pour s'expliquer avec Elisabeth ; mais il fut long-temps sans pouvoir être admis auprès d'elle. La Reine pleurait alors un homme qui avait été cher à son cœur, le comte de Leicesler ; enfin elle reçut l'envoyé Russe avec une grande bienveillance , elle le prit à part , et s'entretint avec lui à voix basse ; elle lui reprocha , mais sans colère, ([ue ({uatre ans auparavant , l'ayant enlretenu dans un jardin , il s'était servi dans un rapporl au Tsar , du mot trivial de potager , en parlant de ce lieu de plaisance ; elle demanda des nouvelles de Godounoff; elle assura qu'il n'y avait rien qu'elle ne fit par amitié pour Fédor; mais elle annonça de nouvelles prétentions ; et le docteur rielcher arriva à Moscou , cliaigé de les faire connaître. Cet envoyé , plusdislingué par son

instruction que par son rang, proposa à notre Constll , au nom d'Elisabeth , les articles suivans : « La Reine désire conclure une >) étroite alliance avec le Tsar ; mais TOcéan » les sépare : l'éloignenient , cjui s'oppose à » ces rapports intimes entre leurs étals, ne » peut être un obstacle pour les senlimens du » cœur. C'est ainsi que le père de Fétlor, » Souverain illustre et sage , se montra tou- » jours ami sincère d'Elisabeth, qui veut égale- » ment conserver pour son illustre llls les sen- » timens d'une tendre sœur. Cette airecl ion , » quoique désintéressée , s'entretient par les » rapports fVéquens des Souverains pour les » affaires de commerce : s'il n'y avait plus de » négocians Anglais en Russie, la Reine n'cn- » tendrait plus parler du Tsar ; et toute rela- » tion venant à manquer entr'eux , leurami- » lié mutuelle ne courrait-elle pas risque de » se refroidir ?

j> Pour affermir cette union agréable à son î> cœur, la Reine conjure le Tsar d'ordonner, » 1°. qu'on examine avec plus d'atleniion l'af- » faire de la dette douteuse des marchands de » Londres; 2" qu'ils ne soient jugés que par

« le seul Godoiinoff, bien(aileur des Anglais ; » 3°. qu'il leur soit accordé , comme au lemps )> d'Ivan , un libre passage de Moscou en » Fiukharie , à Schamaka et en Perse , sans les « arrêter et les visiier à Asirakhan cl à Kazan : » 4"- <!"<-' ^*'s dignitaires du Tsar ne leur pren- » nenl rien de force et sans les payer; 5°. qu'on « supprime tou le espèce d'exception dans les » marchandises que les Anglais achèteront en « Russie; G", qu'on les aide à découvrir une ji route pour parvenir en Chine , en leur » fournissant des conducteurs, des vaisseaux » etdeschevauxsurtoutes les routes; 7°. qu'on « n'admette pas sans un passeport signé par » Elisabeth , aucun négociant anglais dans les « poris entre Vargaw et l'embouchure de la » Dvina, ni à Novgorod ; 8^ que les ouvriers » employés à la monnaie puissent fondre sans » rétribution les écus pour les marchands de » Londres; 9". qwc , dans aucune circons- » tance , on ne mette les Anglais à la question, î> mai s qu ' o n les e n voie pou r é 1 re p u n i s à leu r » Ancien ou en Angleterre; 10". qu'aucun » d'eux ne soit inquiété sous le rapport de la » P\eligion. C'est en remplissant ces condi-

« lions que le Tsar peut prouver son amitié 5^ pour Elisabt ili ».

Les Boyards écrivirent en réponse : « Notre « maitre, en remerciant la Heine de ses bonnes j> dispositions à son égard , désire lui-même » raî'fection d'Elisabelli , avec la plus grande » ardeur et à l'égal de son illustre père; mais j) il ne peut convenir que Tamitié desSouve- » rains ne soit entretenue que parles rapports » commerciaux et que sans eux il n'y ait plus » de moyen de communication. Desexpres- » sions de ce genre sont inconvenantes. Le j' Tsar désire vivre en bonne intelligence avec » tous les illustres souverains, le Sultan, » l'Empereur, les rois d'Espagne et de France,. ♦> Elisabeth et tous les autres; non pour les « avantages des marchands , mais pour l'hon- » }ieurde son empire. Pour complaire à Ell- *> sabeih, il prolégeaitles négociansde Londres » qui, oubliant ses bienfaits , ont commencé f> à vivre de fraudes , à ne pas payer leurs j> dettes, à exercer un vil espionnage, à médire » de la Piussie dans leurs lettres et à intercep- » ter la route aux vaisseaux des autres puis- » sauces , aux bouches de la Dvina; en un mot

ToJME X, 18

^t-Jlf. inSTOIRE

)• ils ont nit'rilé le dernier supplice, d'après » les réglemens de lous les Elats; mais le » Tsar, par considération pour la Reine , a >> épargné les coupables, el lui a écrit sur ces « affaires ; il les épargne encore , et voici l'ex- » pression de sa volonté :

y> i". Quoique les délies des marchands de » Londres soient parfailement connues; quoiï> que cette affaire ait été examinée à fond dans » le conseil du Tsar , le Monarque , par géné- » rosité , leur fait grâce de la moitié , exigeant » qu'ils payent sans retard deiix mille quatre 3> cents livres d'argent. 2°. Il ne convient point :» au plus grand des Boyards , allié et beau- » frère du Souverain, de juger les marchands; :» c'est à lui qu'est conliée l'administration de >) l'Etat, et rien ne wse fait sans ses ordres. Les >♦ Anglais seront jugés par des employés qui , « seulement lui feront leur rapport. 3". Ce » n'est que par l'amitié personnelle que le » Tsar porte à sa sœur Elisabeth qu'il permet » aux Anglais de traverser la Russie pour se » rendre en Bukharie et en Perse , sans payer » de droils sur leurs marchandises , quoi({u"il » soit défendu à tous les autres étrangers d'al-

t> \vr à une vcrsie nu delà de Moscou. 4"- ï^ » Tsar ne permet pas que , dans son pays , on » s'empare de force de la propriété de qui » que ce soit. 5°. Il n'exisle en Russie aucune » défense pour les marchandises que 1(îs né- » gocians de J.ondres peuvent acheter chez » nous, à Texception de la cire que lesétran- » *;ers échangent contre de la poudre à canon » et du soufre. (>°, Il n'est point possihîe au >) Tsar de permettre aux étrangers de traver- » ser la Russie pour aller à la recherche d'au- » 1res EUals. 7". Il est éionnant que la Reine » fasse de nouveau une demande si peu rai- » sonnahie et si j)eu amicale. ÎSous avons dé- >• claré et nous le répétons , pour complaire T> à l'Anglelcrre , nous ne fermerons pas nos » })orts et ne changerons pas les lois de notre T> commerce qui est libre. 8°. Les Anglais sont >^ niailres de faire frapper monnaie en payant » Fi m pot d'usage à l'égal des Russes. 9". En » Russie on ne livre aucun étranger à la ques- « iion , et Ton remet entre les mains de leurs )) Anciens les Anglais accusés des plus grands » crimes. 10°. Quant à la religion, le Souve- » rain ne s'en occupe même pas ; cîîacun vil.

2t6 histoire

)) iranquilleiiient et en paix dans la sienne, » comme cela s'est toujours pratiqué et se « pratique encore ».

L'Ambassadeur, peu content des réponses a chacun des articles de son mémoire , demanda une entrevue à Godounoff , et lui écrivit : « Illustre Seigneur , la l\eine m'a or- » donné de te saluer affectueusement; elle « connait tes bonnes dispositions pour sa na- « tion , et t'aiiTie plus qvie tous les Souverains » de la chrétienté. Je n'ose importuner celui ji sur lequel repose tout l'Empire, mais je me » réjouirai dans le fond de mon âme si tu me » permets de contempler l'éclat de tes yeux , » car tu es l'honneur et la gloire de la Russie ». Malgré toutes ses flatteries, Flelcher n'obtint point un succès complet ; et dans les nouveaux privilèges donnés aux marchands de Londres, il est question de paiement de droits , quoique légers. G odounoff n'accepta même pas les présens de la Reine ; « parce que , écrivait-il » à Elisabeth , comme si tu voulais manquer « de considération au grand Tsar , tu lui as » envoyé en don, des petites monnaies d'or »>, Notre Cour eut encore un plus grand sujet de

mécontentement , lorsqu'elle vit arriver à Moscou, un nouvel Ambassadeur crAngleterre, Jérôme Horsey , autrefois chéri crivan et de Boris , mais chassé de Piussic , en i588 , pour avoir conçu le projet d'empêcher les Allemands de iaire le commerce à Arkliangel (188). Ni le Tsar , ni le Régent ne le virent, et la Reine écrivit à Boris, qu'elle ne reconnaissait plus en lui son ancien ami; que les Anglais persécutés par André Slchelkalofr, ne trouvaient plus de protecteur en Russie et devaient se résoudre à la quitter pourtoujours. Cette menace produisit peut être son effet ; car Godouiioff connaissait tout l'avantage que nous retirions de notre commerce arec l'Angleterre , pour notre prospérité et notre civilisation. Il savait qu'Ivan III n'avait jamais pu réparer la faute qu'il avait commise en éloignant, par trop de sévérité, de IXovgorod , les marchands anséatiques. Godounoff, à ce que Ton assure (189) , préférait les Anglais à tous les autres Européens, et portait un respect particulier à l'adroite Elisabeth qui , au milieu de ses plaintes et de ses menaces, ne cessait de témoigner de l'amitié à Fédor, et

qui , pour lui en donner une preuve, avait défendu un livre publié par Fletcher,en i5gi, sur la Russie ; livre offensant pour le Tsar, et i'ciit en général , dans un esprit d'inimitié contre notre patrie (190). Peut être aussi la mort d'un illustre dignitaire du Tsar, que les Anglais baissaient , contribua-t-elle à leur succès. En iSgS (191), mourut le premier Diak, André Slchelkaloff , le plus habile homme d'Etat de la Russie et qui , pendant l'espace de vingt-cinc] ans , avait su plaire à Ivan et à Boris par ses talens , par son esprit subtil et rusé, par une conscience facile, et un mélange de bonnes et de mauvaises qualités nécessaire au serviteur de pareils maîtres. En 1096 , Elisabeth remerciait déjà le Tsar de ses bonnes dispositions et des nouveaux privilèges donnés au commerce de Londres ; ces privilèges lui accordaient le droit de faire le commerce dans toute la Russie , avec toute liberté, sans aucune restriction et sans payer de droits. Elisabeth, en louant la sagesse de notre Conseil Suprême , dans lequel Vassili Stchelkaloff, frère d'André, avait pris sa place et le titre de Diak et Garde des Sceaux , écrivit

une socondc Iclirr à Gotloiinoil , et repoussai en i:cs lernics, 11 110 calomnie qui lui élail sensible : « Tu (S le véritable bieniaii<îur des j) Anglais en Puissie, et c'est à toi seul que » sont (lus les privilèges que le Tsar leur a w accordés. Tu m'as informée secrètement » que les Ambassadeurs de TEmpereur et du j> Pape, se trouvant à Moscou, ont inventé 5> un indigne niensonge sur ma préiendue » alliance avec les Turcs, contre les puis- » sauces chrétiennes ; tu n'y as point cru et tu » ne dois pas y croire. îSon , je suis pure de- » vant Dieu et devant ma conscience , ayant » toujours voulu du bien aux Chrétiens, De- » mandez au Roi de Pologne qui lui a pro- » curé la paix avec le Sulian?.... C'est l'An- )) gleterre. Demandez à l'Empereur lui-même » si je n'ai point employé tous mes moyens » pour éloigner la guerre de ses Etats? 11 }> m'en a remercié, mais il a voulu cette » guerre; maintenant il s'en repcnt , et mai- « heureusement il est trop tard. Si un de mes » Dignitaires réside à Constantinople, c'est » uniquement pour veiller aux avantages de » notre commerce , et pour la délivrance des

28o HISTOIRE

» esclaves Chrétiens. Le Pape me déteste à 3> cause du Roi d'Espagne , ennemi irrt'con- 5> ciliable de l'Angleterre , puissant par ses » tlotîes et par les richesses des deux Indes , )> mais que j'ai mis à la raison aux yeux de » toute l'Europe occidentale. Je compte aussi » dans l'avenir sur la protection du Très-Haut, » dont puisse également jouir la Russie ».

Tels furent les derniers actes de la politique extérieure de Fédor, marquée par le génie de Godounoff. Passons aux affaires de l'intérieur.

LoisniTas- Nous SQvous quc daus les temps les plus

scrvisseniciit

des rnj«;ir!s Tcculés , Ics pajsaus jouissaicut en Russie de liçiues. la liberté civile, mais sans posséder de biens

f(3nds; qu'àuneépoquedésignéeparlaloi(i92) ils avaient le droit de changer de domicile et de Seigneur, à la condition de faire valoir une partie de la terre pour leur propre compte , et l'autre , pour celui du propriétaire ; ou bien de lui payer une redevance ( Ohrok). Le Pvégentvitle désavantage de ces émigrations qui souvent trompaient l'espoir qu'avaient eu les cultivateurs , de trouver un meilleur maître , et ne leur donnaient le temps ni de s'éta-

blir, ni de s'habituer au pays et aux hommes. Il vit , qu'en aiif»menlant le nombre des fainéans et des pauvres , elles s'opposaient aux progrès de l'éeonomie domestique , et à eeux de la sociabilité. Des bourgs et des villages abandonnés par ces habitans nomades , devenaient déserts (igS) ; les maisons et les chaumières tombaient en ruine par la négligence de propriétaires momentanés. Le Régent se vantait d'avoir accordé des avantages particuliers aux cultivateurs , dans les domaines du Tsar, et peut être dans les siens propres: animé sans doute d'une égale bienveillance envers les propriétaires et leâ fermiers; désirant établir entre eux une union constante, comme entre membres d'une même famille, et voulant fonder cette union sur leur intérêt commun , il supprima en i5c)2 0u i5g3(i94), la loi qui donnait aux paysans le droit de passer d'un village à l'autre , et il les rendit à jam.ais serfs des Seigneurs. Quelle fut la conséquence de cette innovation? Le mécontentement de la plus grande partie de la nation et de beaucoup de riches propriétaires. Les paysans regrettèrent leur ancienne liberté, quoi-

(jne souvent avec elle ils rrrasspnt on vaga* bonds y depuis leur enfance jusqu'au tombeau , et qu'elle ne les sauvât pas des violences des Seigneurs temporaires , impitoyables envers des fermiers rju'ijs n'élaient jamais surs de garder ; d'un autre côté, les ricbes propriétaires qui possédaient beaucoup de terres désertes , se trouvaient privés par là , de Fayantage de les peupler de cultivateurs libres. Les Seigneurs moins riches en devaient d'autant plus de reconnaissance à Godounoff , n'ayant j)lus à craindre de voir leurs villages et leurs champs abandonnés, par l'émigration des habilans et des cultivateurs. îSous verrons plus loin que, si le législateur bien intentionné avait prévu la satisfaction des uns et le mécontentement des autres, il n'avait pas deviné toutes les graves conséquences de ce nouveau règlement, auquel l'Edit de i Sgy servit de complément. Cetédit prescrivait les mesures les plus rigoureuses pour rendre aux Seigneurs ceux de leurs paysans qui avaient fui dans l'espace des cinq dernières années , pour échapper au servage, avec leurs femmes, leurs enfans et leurs biens. A cette même époque »

DE IHSSTF.. 283

parut rOukase ([ui ordonnait que tous les Doyards, les Princes, les Nobles, les Employés mililaires el civils , et les Marchands , tissent valoir leurs droits sur leurs domestiques-serfs, a tin qu'ils fussent inscrits sur le livre du Tribunal des Serfs , avec ordre à ce Tribunal de reconnaître pour tels, même les domestiques-libres qui servaient, ne fut-ce que depuis six mois. C'est-à-dire, que le législateur voulait contenter les Seigneurs , sans craindre d'opprimer les pauvres serviteurs, ni riuimaniîé ; mais il contirma la liberté des aOranchis et celle de leurs femmes et de leurs enfans des deux sexes.

Boris , après avoir mis à couvert le midi de la Pxussie par de nouveaux forts, voulut pourvoir de même à la sûreté de notre frontière du coté de la Lilhuanie. Il fonda, en iSgô, une nouvelle forteresse en pierre à Smolensk, où il se rendit lui-même , pour indiquer la place des fossés, celle des murs et des tours. Ce voyage avait encore un autre but ; Boris voulait, par ses bienfaits, gagner l'amour des habitans de la Russie occidentale ; il s'arrêtait dans tous les villages et dans les villes, satis-

NoiJvrUfi forleresse ;i SiuoIeiikU.

faisait à toutes les demandes , donnait de Tarj^enl aux pauvres, et recevait ies riches à sa table. De retour à Moscou , le Régent dil au Tsar que Snnolensk serait comme un beau collier \)Ouv la Piussie. « Mais dans ce collier ^ lui j> répliqua ïroubelskoï, il peut s'introduire « une vermine que nous n'en chasserons pas » de silO)t (iv^^) ». Paroles mémorables, dit l'Annaliste, et qui se réalisèrent, car Smolensk, lortitié par nous, devint pour la Pologne un bouclier contre la Russie. Fédor y envoya des maçons de toutes les vilies voisines et éloignées. Cette construction fut terminée en 1600.

Moscou s'embellit d'édifices durables. En 1595 , pendant que Fédor était allé au monastère de Borofsk , tout le Kitàïgorod fut consumé par les flammes. Quelques mois après , il se releva de ses cendres avec des maisons et des boutiques en pierres (196) ; mais il manqua de nouveau de devenir la proie d'un incendie et d'être anéanti par un crime dont, l'audace impie remplit leshabitans de Moscou incciidiaiics dc terrcuT. Des scélérats , parmi lesquels il se trouva même des gens de distinction, tels que

DE BUSSIE. 285

le prince Sichopiii , les gentilshommes Lebedef, les deuxBaykofïpère et lils, et d'autres , convinrent en secret de mettre le feu à la Capiiale, pendantla nuit, et sur differens points, aiin de profiter du trouble général pour s'emparer du Trésor , en dépôt dans l'église de Saint-Basile. Heureusement le gouvernement fut instruit de ce complot. On s'empara des coupables, et ils furent punis. Le prince Stchepin et les Baykolf eurent la tète tranchée sur la place publi([ue ; d'autres furent pendus ou enfermés pour le reste de leurs jours. Celle exécution produisit une forte impression sur le peuple de Moscou qui commençait à se déshabituer de ces spectacles sangians. Plein d'une juste horreur pour cet infernal projet , il sentait vivement comhien la rigueur des lois élail nécessaire pour prévenir de semblables atlenlats.

L'activité bienfaisante du pouvoir suprême se montra dans pluiùeurs calamités; des villes entières, détruites par des incendies, furent reconstruites aux frais du Tsar (197). Le blé des provinces fertiles était transporté dans les endroits où se déclarait la disette , des quaran-

28G IIISTOIKE

taincs élaieiit clablios dans ceux où ('clalaierit Ln reste, des maladies contagieuses. En i5t)5, les Annales font mention de la peste épouvantable qui désola Pskoli où il resta si peu d'habilans que le Tsar ordonna d'y transporter de plusieurs autres villes, des ianiilics entières. La tranquillité intérieure de la Russie fut troublée par l'invasion des brigands de la Crimée dans les contrées de Mestcbersk , de Koselsk , de Yorotinsk et Pérémiclile. Le voïévode de Kalouga , Michel Besnin , les rencontra sur les bords de la Vissa et les défit com])lèlement. T.aCcni du La CouT de Moscou était plus brillante que jamais; tandis (ju'au temps orageux d'Ivan , les seuls favoris du Souverain étalent admis auprès de lui , sous Fédor , tous les Boyards ■ et tous les hommes d'Etat se rassemblaient % journellement le malin et le soir (198) dans le palais du Kremlin, pour saluer le Tsar, faire leurs prières avec lui , assislerau Conseil, qui se réuTiissait, à moins de cas extraordinaires , trois fois par semaine , le lundi , le mercredi et le vendredi, depuis sept heures du matin jusqu'à dix et plus tard, ou bien pour recevoir les Ambassadeurs , ou seulement

pour sVnIretenIr ensemble. Ils retournaient chez eux pour dîner et pour souper, à l'exception de deux ou trois Grands de TEtat, qui, de temps en temps, élaient invités à la table du Tsar; car Fédor, d'une santé faible et délicate, avait supprimé les nombreux el faligans repas usités du temps de son père, de son grand-père et de son bisaïeul. Il dinait aussi très-rarement avec les Ambassadeurs. La magnificence de sa Cour était augmentée par la présence de quelques illustres bannis de l'Asie elde TEurupe. Le tsarévitcîie de Kliiva , les hospodarsde ïMoldavie, Etienne et Dmilri; les fds de celui de Yalacliie ; un parent des empereurs de Ryzance ,, Emmanuel Muskopolo ; Dmilri , seigneur de Tliessalonique, et uï\ grand nombre de nobles Grecs, environnaient le troue de Fédor avec d'autres étrangers titrés qui venai(;nt demander du service en Fiussie. Devant le Palais se tenaient ordinairement deux cent cinquante Stndetz avec leurs arquebuses chargées et les mèches allumées. La garde intérieure du palais du Kremlin était composée de deux cents cnfans Boyards les plus disîi ngués, ils passaient la nu it

288 msToïKfi

à tour de rôle , dans la lioisième piîîcc , avant la chambre à coucher du Tsar: dans la première et, la seconde étaient les grands ofticiers de la Cour. Chaque porte était gardée par un laquais qui connaissail ceux qui avaient le droit d"y passer. Partout Tordre était uni à une dignité imposante (199).

Godounofi" en approchant de son but , cherchait de plus en plus à fasciner les yeux par l'apparence de toutes les vertus privées et politiques. Mais , si Ton doit en croire le tradition , il ajouta encore à ses crimes secrets un Cécité (le nouveau forfait. Siméon , qui portait le nom

Siinéon.

de Tsar , Grand-Duc de Tver, marié à la sœur du i>oyard Fédor Msiisiafsky, et qui avait mérité la faveur dTvan , tant par ses fidèles services que par sa conversion au Christianisme, Siméon , qui avait à Tver une cour brillante et le pouvoir d'un gouverneur avec quelques privilèges de prince apanage (200), fut obligé, sous le règne de Fédor, de quitter celte ville et de vivre isolé dans sa terre de Kouchaline. Peu distingvié par son esprit et par son caractère , il montrait pourtant de la modestie dans la prospérité , et de la noblesse dans l'exil. U

DE n US S lE. 28y

parut dangereux au PiégenI par son iilre pompeux de Tsar et comme gendre du plus illustre des Boyards. Boris , en gage d'amilié , lui envoya , pour le jour de sa fêle , du vin d'Espagne. Siméon en but un bocal en porlant la sanlé du Tsar, el perdit la vue quelques jours après. On attribua cet accident à du poison qui r avait été mêlé à ce vin. C'est du reste ce que I dit l'Annaliste et ce qu'avait dit le malheureux Siméon lui-même au français Margeret. Cette cécité, du moins , pouvait être utile à Boris; car des actes officiels , du siècle suivant, prouvent que ridée de mettre la couronne de Monomaque sur la tête d'un Tatare , ne paraissait point a])surdeaux Russes de ce tems (201). Pour la dernière fois, atiachons nos regards sur Fédor lui-même. N'ayant eu à la lleur dç l'âge d'autre idée que le salut de son anie , il s'occupait encore njoins que jamais , à cette époque , du monde et de l'Etat. Il allait à pied ou en voiture d'un couvent à l'autre , répandait ses bienfaits sur les pauvres et sur les ecclésiastiques, principalement sur les moines grecs de Jérusalem ;, du Péloponèse et d'autres qui nous apportiiient des objets auxquels la Tome X. tq

2f)0 llISTOlIlt

Religion seule doniinil c!u prix, et qui, poi celte raison , n'avaient pas été pillés par les Turcs ; des croix , des images et des reli(jues. Plusieurs de ces pauvres exilés restaient en Evèques grecs Pi^issîc ; Isfnace , archevclfiue de Chypre, de-

a Moscou. ' n ' 1 * 1 '

meurait à Moscou ; x\rsène, archevêque d'Ellasson , (pii était venu chez nous avec le patriarche Jérémie , était revenu et se trouvait à la tète de l'Eparchie de Sousdal. Fédor apprit avec joie l'apparition à Onglitche, des reliques (202) du prince Roman Yladimirovitche, pelit-lils de Constantin , et fut sensihlement affecté du malheur arrivé au monastère de Petchersk, ])rès de rsijuigorod , dans lequel avaient cherché leur salut Dionisi de Sousdal , sondisciple,EuphemetMaLaired'Ounja(2o3).

rrsiruciion La montague au pied de laquelle se trouvait

du Monastère r> l ±

dereiciursk. cc niouastère s'éboula tout à coup avec un Iracas effroyable vers le Volga , et détruisit, en les couvrant déterre, l'Eglise, les cellules et l'enceinte. Celte destruction d'un lieu saint, porta le trouble dans iàme des gens supersli- > tieux et fut appelée, dans les annales , un terrible présage du sort qui attendait la Russie , ainsi que Fédor, dont la santé s'affaiblissait

visiblement. Onécrit qu'en ijqG, pendant qu'il était occupé à la translation solennelle des reliques du métropolitain Alexis, dans un nouveau sarcophage d'argent, i! ordonna à Godounoff de les prendre dans ses mains, et qu'en portant sur lui ses regards avec tristesse, il lui dit : « Touche aux choses saintes. Régent Paiohs de

Fi-dor à Go-

» du peuple orlhodoxe ; gouverne-le aussi à douuoU. » l'avenir avec zèle, tu parviendras à ce que » lu désires; mais tout , sur celte terre , n'est ») que vain et tran^ûtoire » (20^). Fédor prévoyait sa fhi prochaine et son heure était venue.

Nous ne voulons point ajouter foi à l'horrible tradition qui accusa Boris d'avoir hâté ce moment par le poison (203) ; les Annalistes les plus dignes de foi n'en parlent pas, quoi([u'ils mettent au grand jour, et avec une juste horreur, tous les autres forFaits de Godounoff. Il n'est pas jusqu'au lion farouche que la reconnaissance ne captive (20G). Alors même que le sacré caractère de Monarque et de bienfaiteur n'eut pas été un frein pour Godounoff, il aurait pu s'arrêter encore en voyant , dans le débile Fédor, une victime prochaine de la

mort naturelle , tandis que lui même jouissait de tous les charmes du pouvoir (pie cliaque jour consolidait entre ses mains. Quand par des forfaits on a mérité d'être calomnié , THistoire ne peut passer ces alomnies sous silence.

Moridere'dor. A la fiu dc iSgy, Fédor tomba dangereusement malade (207). Le 6 janvier, il se déclara en lui des symptômes mortels. Cette nouvelle répandit la terreur dans la Capitale. Le peuple chérissait Fédor comme un Ange descendu sur la terre ; et il attribuait à ses ferventes prières le bonheur de la Patrie. Il l'aimait avec vénération, comme le dernier Tsar du sang de Monomaque ; et lorsque dans les temples , sans cesse ouverts, il demandait au Tout-Puissant la guérison de ce bon Monarque , le Patriarche , les grands de l'Etat, les dignitaires, ayant perdu tout espoir et dans une affliction profonde , entouraient le lit du malade, attendant le dernier acle de l'autorité souveraine de Fédor, ses dernières volontés sur le sort de la Fiussie orpheline ; mais Fédor, à cette heure suprême , comme pendant la durée de sa vie, n'eut d'autre volonté que celle de Boris ; il

TiT. RUSSIE. 293

tournait encore ses regards nioiirans sur Go- «.lounolf, écoulant aveceOort les inslruclioiis <[u*il lui donnait à voix basse.

Les Boyards gardaient le silence , le métropolitain Job dit eniin, d'une voix tremblante: w La lumière s'obscurcit à nos yeux; le juste » va passer dans les bras de FElernel.... Sei- » gneur, à qui lègues-tu la couronne, nous » autres orphelins et ton épouse »? Fédor répondit d'une voix éteinte : « Le Tout-Puissant » doit disposer de ma couronne , de vous au- » très et de mon épouse... Je laisse un teslaj) ment ». Ce testament était déjà écrit. Fédor remettait le sceptre à Irène (208) et nommait exécuteurs testamentaires le Métropolitain, son cousin Fédor llomanoff-Jourieff, neveu de la Tsarine Anastasie , et son beau-frère Boris-Godounoff, comme principaux conseillers du Trône. Il voulut être seul en prenant congé de sa tendre épouse, et lui parla sans autre témoin que le Ciel (209). Cet entretien resta inconnu. A onze heures du soir, Job donna l'Extréme-Onction au Tsar, le confessa et le lit communier. A une heure du matin, le 7 janvier, Fédor expira sans convulsions ,

sans agonie , ci conimc s'il sVlait etidorrai. d'un sommeil doux et tranquille (210).

rermrnt pi^ij Dansce premier moment de saisissement et de douleur, parut la Tsarine , qui se précipita sur le corps du défunt ; on l'emporta évanouie. Alors Godounoif, témoignant une profonde affliction et une grande fermeté de caractère , rappela aux Boyards , que n'ayant plus de Tsar, ils devaient prêter serment à la Tsarine. Tous remplirent avec zèle ce devoir sacré, en baisant la Croix que tenait le Patriarche. On n'avait encore rien vu de semMabie dans les fastes de la Russie ; car Hélène , mère d'Ivan , n'avait régné qu'au nom de son lils enfant ; mais , quant à Irène, on lui remettait le sceptre de Monoraaque, avec tous les droits d'un pouvoir absolu. A la pointe du jour on sonna la grande cloche de l'église de l'Assomption , pour annoncer au peuple la mort de Fédor; et , tout relentit de gémissemens, depuis les palais jusqu'aux chaumières. Chaque maison , d'après l'expression d'un conlemporain , devint une maison de deuil. Le palais ne pouvait contenir la quantité de monde qui accourait auprès du lit de mort du Tsar. Pau-

DE RI' S su:. 29a

j vres c\ grands , Ions s'y précipilaioiil. Los lar- ' mes coulaient; mais les fonclionnaires elles eifoyens , à l'exemple des lloyanls , ])rL'lèrent avec zèle le sermeiil de (idélilé à la Tsarine, princesse chérie , par qui la Ptnssie se voyait encore préservée du malheur de rester enlièrement orpheline. La capitale était désolée, mais paisible. Le conseil envoya des courriers dans les provinces, enjoij^nit de cesser, jusqu'à nouvel ordre , toutes les communications avec l'étranger, et de veiller parlout avec les plus grands soins à maintenir la tranquillité. Le corps de Fédor fut mis dans un cercueil , en présence d'Irène , (]ui effrayait tous les spectateurs par l'excès de son inexprimable douleur. Elle se lamentait, se tordait les membres , n'écoutait ni son frère , ni le Patriarche ; de sa bouche , d'où jaillissait le sang , s'échappaient quelques mots entrecoupés. « Je suis « une veuve stérile... C'est par moi que périt » la souche souveraine » !... Le soir on transporta le cercueil dans l'église de Michel-Archange. Le Patriarche, lesEvèques, les Boyards el le peuple étaient pèle-méie ; il n'exislait plus de dislinction de rangs, la douleur les avait

296 niSTOIRE

rendus égaux. Le 8 janvier, eut lieu Tenterremenl; cérémonie mémorable, non par sa magnificence , mais par un désordre touchant. Le Clergé, que suffoquaient les larmes, i nterrom- ])ait l'office , les chants cessaient, ou l'on ne pouvait les entendre à cause des gémissemens du peuple. Irène seule ne pleurait plus; on l'avait apportée presque morte à l'Eglise. Godounoff avait les yeux noyés de larmes en la regardant , mais en même temps il donnait tous les ordres nécessaires. On ouvrit une fosse pour le cercueil de Fédor, auprès de celui d'Ivan ; le peuple exprima à haute voix sa reconnaissance au défunt, pour le bonheur dont il avait joui pendant son règne, louant avec altendrisseuient les vertus personnelles de cet ange de douceur, qu'il avait reçues en héritage d'Anastasie , d'éternelle mémoire. Il l'appelait , non pas son Tsar, mais son tendre Père, et, dans sa sincère affliction , il oubliait ila faiblesse de caractère de Fédor. Lorsque Ton eut livré le corps à la terre , le Patriarche et tout le peuple levant leurs mains au Ciel , demandèrent au Tout-Puissant qu'il sauvât la Russie et qu'il la prît sous sa protection.

DE RT'SSir.. 297

Ouand ccfte lugul)rc crrémonio fut lorminéo, onrt'[)an(lit de riches aumônes sur les pnuvrrs, sur les Egli'-es et les Mouaslères ; ou ouvrit les prisons ei on délivra tous les détenus même les meurtriers, aiin de couronner par cet acte de clémence , la gloire terrestre des vertus bienfaisantes de Fédor.

Ainsi s'éleignit sur le trône de Moscou l'illustre dynastie Yarèj^ue, à laquelle la Pujssie doit son existence, son nom et sa grandeur ; (jui , faible comme on l'a vue à sa naissance, parvint, à travers des siècles de troubles, au milieu des combats et du snug , à maîtriser le nord de l'Europe et de l'Asie, par l'esprit martial de ses souverains et de son peuple, par le bonheur qui accompagna ses entreprises , et la volonté de la divine Providence.

Bientôt la Capitale apprit que la mort de Fvîdor avait frappé du même veuvage Irène et le trône de -Monomaque; que la couronne et le sceptre y restaient déj)osés, et qu'enfin la Pxussie , privée de son Tsar, était également privée de sa Souveraine.

On dit que le pieux Fédor, dans ses adieux à Irène, et malgré son testament, lui avait

2t)8 HISTOIRE

ordonné secrètement de mépriser les gran- (leiiis mondaines et de se consacrer à Dieu. Peul-èlre aussi qu'Irène, veuve , sans enfans, et ne trouvant pas de consolation dans le pouvoir suprême , prit, dans son profond désespoir, le monde en haine. Mais il est beaucoup plus probable que telle était la volonté de Godounolf qui disposait du cœur et du sort d'une tendre sœur. Après avoir joui sous Fédor d'une puissance illimitée, il ne voyait plus d'élév;>tion possible sous le règne d'Irène. Il approchait d'ailleurs de sa cinquantième année, et ne pouvait plus attendre ni temporiser. Il avait donc remis le sceptre à Irène pour le reprendre des mains d'une sœur, comm€ par droit d'héritage ; remplacer sur le Trône une Godounoff, et non la dynastie souveraine de Monomaque, et paraître ainsi moins usurpateur aux yeux du peuple. Jamais cet adroit ambiticîux n'avait été aussi aclifen secret et publiquement que dans les derniers jours de la vie de Tédor , et dans les premiers du prélendu régne d'Irène. Au dehors , cette activité avait pour but de persuader le peuple qu'il n'était pas possible que Tordre existât

dans l'Elat , sans les soins de Boris; et secrètement, il travaillait à donner une apparence de liberté et d'amour à ce qu'il obtenait par la force, par la séduclion et Tarlitice. 11 tenait Moscou, comme dans une main invisible, et par ses innombrables alVides, dirigeait les mouvemens de la Capitale (211). L'Eglise , les autorités laïques, Tarmée el le peuple écoutaient et suivaient l'impulsion qu'il donnait. Tous le servaient, moitié par crainte, moitié par un sentiment de reconnaissance sincère pour ses services et ses bieniliits. On promettait et on menaçait; on disait en secret et à haute voix que le salut de la Russie était inséparable du pouvoir de Boris. Enfin , après avoir préparé les passions et les esprits à une grande scène dramatique , le neuvième jour après la mort de Fédor, on déclara solennellement qu'Irène refusait la couronne et se retirait pour toujours dans un couvent , pour y prendre l'habit monastique. Cette nouvelle prisc rie voiic affligea Moscou; les Evèques, le Conseil, les INobles et les ciloyens en masse, tombèrent aux pieds de la veuve couronnée ; ils versaient des larmes , l'appelaient leur mère, et la cou-

ûOO HISTOIRE

juraient de ne pas les délaisser dans une telle crise; mais la Tsarine, (jui jusqu'alors avait toujours montré un cœur compatissant, ne lut point touchée de leurs supplications, et dit que sa résolution était inébranlable et que TEtat serait gouverné par les Boyards conjointement avec le Patriarche, jusqu'au moment où tous les Ordres de l'empire de Russie pourraient se réunir à Moscou (212) , aiin de décider du sort de la patrie selon l'inspiralion divine. Le même jour (2i3), Irène sorlit du palais du Kremlin pour se rendre au monasli're des V icrgcs ^ et prit le voile sous le nom d'Alexandra. La Russie resta sans chef et Moscou dans le trouble et l'agiiation.

Où se trouvait alors et que faisait G odounoff ? Il s'était enfermé dans le monastère avec sa sœur , pleurait et priait avec elle. Il semblait qu'à son exemple, il avait renoncé au monde, à ses grandeurs, au pouvoir, et qu'il avait abandonné le gouvernail de l'Empire et livré ; la Russie aux orages; mais le pilote ne s'endormait pas , et Godounoff , du fond de l'humble cellule d'un monastère, tenait l'Empire d'une inain ferme.

DE RUSSIE. 30l

Dès que le Cleroé , les Dignitaires et les citoyens, eonnnrent la prise de voile d'Irène, ils se rassemblèrent au Kremlin où Vassili Slclielkalort", Diak d'Elatet Garde des Sceaux, après leur avoir représenté les funestes conséquences de Fanarchie , exigea d'eux le serment d'obéir au Conseil. Personne ne voulut en entendre parler; tous s'écrièrent : « Nous )> ne connaissons , ni les Princes , ni les » Boyards, nous ne connaissons que la Tsa- » rine ; c'est à elle que nous avons prêté se r- » ment et nous ne le prêterons pas à d'autres; » même sous ses habits religieux , elle est » toujours la mère de la Flussie (214) »• Le Garde des Sceaux , après avoir pris conseil des Grands, se présenta de nouveau aux citoyens, et leur dit : Que la Tsarine ayant abandonné le monde, ne s'occupait plus des affaires de l'Etat , et que le peuple devait prêter serment aux Boyards, s'il ne voulait voir la destruclion de rEn)pire. La réponse unanime fut : » S'ilen est ainsi , que son frère règne ». Nui n'osa contredire ce vœu ni garder le silence : tous s'écrièrent : « Vive notre père Boris Go- nov.sprotiadounofi! 11 succédera à notre mère la Tsa- "'^'^''"•

302 îtlSTOiRE

rine ». Sur le clianip on se rendit en corps au mounsière des IHerges ^ où le patriarche Job , au nom de la pairie, conjura la religieuse Alexandra d'autoriser, par sa bénédiction , son Irère à monter sur le Trône qu'elle avait mc^prisé , par amour pour Jésus-Christ son immortel époux ; ajoutant qu'elle remplirait j)ar-îà la volonté divine et celle de la nation ; qu'elle calmerait le trouble qui agitait tous les cœurs ; qu'elle essuyerait les larmes des Piu sses, malheureux orphelins sans protecteur, et rétablirait l'tLmpire ébranlé , avant que les ennemis du Christianisme n'eussent appris que le trône de Monomaque était vacant. Tous, sans en excepter Irène, répandaient des larmes en écoutant les paroles éloquentes du Patriarche. Job se tourna vers Godounolf, lui offrit humblement la Couronne et le nomma élu de Dieu pour renouveler la j «lynasiie régnante en Paissie , et successeur légitime du Trône, après son beau-frère et son ami qui availdû tous les succès de son règne à la sagesse de Boris.

C'est ainsi que s'accomplit le désir de l'ambitieux Boris; mais il savait se contraindre.

i)L uussii:. 3o3

et la joie qu'il éprouvait au fond de son âme, ne renipèclia pasde rester maître dehii-nième. Il avait eu , sept ans auparavant , Thorrible courage de pIong( r le poignard dans le sein du jeune Dniitri , pour s'emparer de la couronne; il feignit de la repousser avec effroi lorsqu'elle lui fut offerte solennellement et d'un accord unanime , par le Clergé , les Autorités et la nation. Il jura qu'étant né sujet fidèle , il n'avait jamais songé à régner , et qu'il n'oserait jamais prendre le sceptre sanctifié parles mains du défunt Tsar, qu'il regardait comme un ange, un père et un bienfaiteur. Il dit que la Kussie comptait beaucoup de Princes et de Boyards plus illustres elplus recommandables (jiie lui; mais que, sensible à l'amour que la naiion lui portait , il promettait de s'occuper conjointement avec eux du bien de l'Etat avec plus de zèle encore qij'au{)aravant. A ce discours préparé d'avanc*', le Patriarche répondit par un disconrssembîabje, rempli de mouvemens oratoires et de citations historiques. Il accusa Boris de trop de modestie et même de dés<^béissance envers la volonté de Dieu qui se manifestait si visi-

3()4 IIISTOIHE

blenioiil tlatis celle de louie la nalion. 11 prouva que le Tout-Puissant a\ait destiné depuis long-teiiîps à lui et à ses descendans le Trône occupé par la dynastie de Yladiaiir, cjui venait de s'éteindre dans la personne de Fédor. Il paria de David , roi des Juils , de Théodosele-Grand, de Marcian , de Miehel-le-Bègue , de Bazile de Macédoine , de Tibère et d'autres Empereurs de Byzance (jui , des rangs les plus obcurs, avaient été élevés au Trône , par des décrets inconipréliensibles de la Providence ; il compara leurs vertus à celles de Boris; il l'exliorta , le conjura de céder, et ne put ébraider sa fermeté , ni dans ce jour, ni dans les snivans , ni devant le peuple , ni sans lémoins, ni par les prières , ni par les menaces. Godounoff" refusa positivement la couronne. Mais les Patriarches et les Boyards ne perdaient point encore Fespoir; ils attendaient l'assemblée générale qui devait avoir lieu à Moscou , six semaines après la mort de Fédor; c'est-à-dire, qu'ils y convoquèrent tous les hommes uotabies des vilies, des gouvernemens; le clergé, les employés civils et militaires, les marchands et les bourgeois. Godou-

DE RUSSIE. 3o5

Doff voulait ([ue ce ne lut point la Capitale seule , mais la Russie entière qui Tappelàl au Trône ; et il prit ses mesures pour la réu.^sile de ce projet, en envoyant partout des serviteurs dévoués. Cette apparence d'un choix libre et unanime lui paraissait nécessaire, peutêtre pour calmer sa conscience, peut-être pour la sécurité de son pouvoir. En attendant , Boris se tint renfermé dans le couvent; etTEtat fut {j;ouverné par le Conseil , qui en référait au Patriarche dans les atfaires importantes , mais (jui ne donnait ses Edits qu'au nom de la 'J\sarine Alexandra. Les rapports des Voïévodes parvenaient également au Conseil , adressés à la Tsarine. Cependant il se manifesta quelques désordres ; à Smolensk , à Pskof et dans d'autres villes, les Voïévodes refusaient d'obéir les uns aux autres , et même aux ordres du Conseil (21 5). Le bruit se répandit en même temps, que le Khan de Crimée faisait une invasion en Russie ; et le peuple effrayé disait : le Klian sera aux portes de Moscou , et nous sommes sans Tsar et sans défenseurs. En un mot , tout favorisait Godounoff, car lout avait été arrangé par lui.

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