‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 4)Chapitre 12 sur 23 · Tome X · texte numérisé non relu

Tome X

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Le vendredi 17 lévrier, s'ouvrit au Kremlin la grande assemblée nationale, où siégeaient, outre les principaux membres du clergé, h s autorilés séculières et c(.'lles de la cour, plus de cinq cents fonctionnaires , dépulés de tous les gouvernemens, pour une affaire dt; la plus haute importance et qui ne s'était point présentée depuis les temps de Rurik. Il s'agissait d'élire un souverain à la Russie , où jusqu'alors avait régné sans interruption et par droit de succession, la dynastie des princes Varègues; où l'Etat n'existait que par le Souverain , où toutes les lois ne provenaient que de son droit absolu de juger et de gouverner son pays d'après sa seule conscience. Ce moment était critique : celui qui choisit donne le pouvoir et par conséquent le possède. Ni les réglemens, ni l'exemple du passé ne garantissaient la tranquillité de la Nation dans l'acte imposant qu'elle allaitremplir; et la Diète du Kremlin, pouvait ressembler à celle de Varsovie. Mais une longue habitude de l'obéissance etl'adresse de Loris, offrirent un spectacle surprenant , l'ordre, l'accord le plus parfait et une condescendance mutuelle dans une foule si diverse ,

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et dans ce mélange de ran<^s deioiile espèce. Ils sendilaient Ions n'avoir qu'un désir; on eut dit des orplieiins empressés de trouver un père et qui savaient où le chercher. Les citovens re.f^ardaient les nobles , les nobles les grands et ceux-ci tournaient leurs regards vers le Patriarche. Enfin Job, après avoir annoncé à Tassemlée qu'Irène n'avait point voulu régner, ni donner le Trône à son frère , et que Godounoff refusait lui-même la couronne de Monomaque, s'exprima ainsi : « La Russie )» privée d'un Souverain, l'attend avec impa- » lience de la sagesse de l'assemblée ; vous >♦ Evèques , Archimandrites et Abbés ; vous w Boyards , ISobles , Employés , Enfans- ») Boyards et gens de toutes les classes de la >» ville souveraine de Moscou et de toute la >♦ Russie, faites-nous part de vos idées et don- >» ncz-nous vos conseils pour ch(!rcher un * Maître ? Quant à nous , témoins de la mort » du Tsar et Grand-Duc Fédor, nous croyons » que nous ne devons point chercher d'autre » monarque que Boris Godounoff ». A' rs tout le clergé, les Boyards, les Militaires et le peuple répondirent unanimement (21 G). « No-

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» tre conseil et notre vœu est de nous pros- » terner devant Boris, et de ne point chercher » à la Piussie d'autre maître que lui ». Le zèle devint un transport , et pendant long- temps l'on ne put entendre autre chose que le nom de Boris , répété à haute voix par cette nombreuse assemblée. Il s'y trouvait des princes du sang de Pairik, tels que les Schouisky , les Silsuy , les Yorotinsky , les Rostolsky, 1rs Teliatefsky et d'autres; mais ils étaient privés , depuis long-temps, des droiis de Princes souverains, et se trouvaient serviteurs de ceux de Moscou. A l'égard des simples Enfons-Boyards, ils n'osèrent même pas songer à leur droit de naissance , ni disputer !a couronne à celui qui, sans porter le titre de Tsar, avait gouverné laPiussie pendant treize ans avec un pouvoir obsolu et qui , quoique descendant d'un Mourza Tatare , était frère delà Tsarine. Le calmeétant rétabli , les grands racontèrent, en l'honneur de Godounoff, les circonstances suivantes , au clergé, aux fonctionnaires et aux citoyens : « La Tsarine Irène » et son illustre frère, dès leur plus tendre » enfance , ont été élevés dans le palais du

» grand Tsar tvan et nourris de sa lablc ; le M Tsar ayant Iroiivé ïrcnedignc d'('trosa bcllo- » tille, di.'puis ce temps liorls ne le quitta plus » et se Forma sous lui dans la science du gou- » vernement. Un jour le Tsar ayant appris » que son jeune favori était malade , il alla le » Yoir avec nous et lui dit avec bienveillance : M Boris , je souffre pour toi comme pour mon » fils, pour mon fils , comme pour ma belle-file, w et pour ma belle-fille, comme, pour moi-même. » Il leva trois de ses doigts et dit : Voilà Fcdor^ « Irène et Boris ^ ht n'es point mon sujet , mais >' mon fis. A ses derniers moinens , lorsque » tout le monde s'éloigna pour lui laisser faire i> sa confession , Ivan garda Godounoff au- » près de son lit et lui dit : Mon cœur na rien » de cache pour toi ; je remets à tes soins mon >•> flsj ma file et tout l Empire ; veille sur eu.T ; » tu en repondras dccanl Dieu. Boris , se rap- » pelant ces paroles mémorables, a veillé avec « un soin religieux sur le jeune Monarque et » sur l'Etat ». Ils dépeignirent ensuite comment le Piègent, par sa prudence et son infatigable activité, avait élevé notre Patrie, vaincu le Khan et les Suédois, réprimé la Lithuanie,

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élendii les possessions de la llussie, augmenté le nombre des Pririees, ses tributaires et ses serviteurs (217). Ils tirent valoir la considéralion que lui témoignaient les plus illustres souverains de l'Europe et de l'Asie , la tranquillité dont on jouissait à l'intérieur, les bienfaits répandus sur l'armée et sur le peu- })ie, la justice qui régnait dans les tribunaux, la protection que trouvaient les pauvres , les veuvesetles orphelins. LesBoyards conclurent en disant : « Nous vous rappellerons une par- » ticularilé mémorable. Lorsque le Tsar Fé- » dor eut , par le courage et les talens du Pxéi> gent, remporté une éclatante victoire sur î> le Khan , il s'en réjouit dans un festin avec 3> les Evéques et les Grands de l'Etat. Alors, )' dans une effusion de reconnaissance, il ôta » de son cou la chaîne d'or des Tsars et la » passa à celui de Godounoff ». Le Patriarche expliqua à l'Assemblée que le Tsar, par une inspiration du Saint-Esprit, avait ainsi mystérieusement signalé le rang suprême réservé à Boris. De nouveaux cris de « vive notre Sou- « verain Godounoff « se iirent entendre ; et le Patriarche dit à l'Assemblée ; « La voix du

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» peuple est la voix de Dieu ; que sa volonté »» soit faite ->.

Le lendemain, i8 lévrier, l'église de TAssomption se remplit de monde , dès le plus grand malin. Le C^lerj^é, les autorités civiles et le peuple , à genoux , adressèrent avec ferveur leurs prières au Tout-Puissanl , pour obtenir du Régent , (pi'il s'attendrit et acceptât la couronne. On pria pendant deux jours, et le 20 février, Job , les Evéques, les Grands déclarèrent à Godounoir qu'il était élu Tsar, nonseulement par jMoscou , mais par toute la Russie. Cependant, Godounofï' répondit encore que l'élévation et l'éclat du Trône de Fédor effrayaient son àme ; il jura de nouveau qu'une pensée aussi hardie ne s'était jamais présentée à lui dans les mouvemens les plus secrets de son cœur, iî vit les pleurs , entendit les supplications et resta inébranlable. Il renvoya du couvent les Tcnlalcurs , le Clergé et les Boyards , et leur défendit de revenir auprès de lui.

Il iallut chercher un moyen plus efficace ; on s'en occupa et on le trouva. Les Evéques , dans un conseil générai qu'ils tinrent avec les

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Boyards, convinrent de faire chanter, le 21 lévrier, un 2^e Deinn dans loiiles les Eglises ; et d'aller ensuite avec les insignes de la Religion et de la Patrie , tenter, pour la dernière lois , le pouvoir des larmes et des instances sur le cœur de Boris. En même temps , le Patriarclie et les Evèques décidèrent secrètement entr'eux ce qui suit :

« Si Boris prend pitié de nous , nous le reî) lèverons du serment qu'il a fait de ne point » accepter la couronne de Russie ; s'il ne le fait ji pas,nousrexcommunieronsetdans le même )) couvent où il se trouve, nous déposerons 3) nos croix et nos ornemens pontificaux; nous y> y laisserons les images miraculeuses, nous » défendrons le service divin et leschantsdans M toutes les Eglises ; nous livrerons le peuple 3) à son désespoir et f'^mpire à sa ruine, aux « troubles et aux massacres ; Fauteur de tous j) ces maux en répondra devant Dieu au jour i) du jugement dernier ».

Cette nuit, toutes les maisons de Moscou restèrent éclairées : tout se préparait à racle solennel; dès l'aube du jour, au son de toutes les cloches , la Capitale se mit en mouvement.

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Les Temples et les maisons s'ouvrirent , le Clergé, en ebantant des prières , sortit du Krenilin ; le peuple se pressait sur les places ,

, dans un protond silence. Le Patriarche et les Evéques portaient les images illustrées par de

I glorieux souvenirs, celle de la Vierge de Vladimir, celle du Don , et les Etendards sacrés de la Patrie. Le Clergé était accompagné des Boyards, de la Cour, des hommes de guerre , des Tribunaux, des Députés des villes. Tous les iiabitans de Moscou , à leur suite , les citoyens et la po})ulace, femmes etenfans, se précipitèrent vers \q. Monastère des T^ierges , d'où l'on lit sortir, également au son des cloches, à la rencontre du Patriarche, l'image de Notre-Dame de Smolensk. Godounoff la suivait, comme étonné d'une procession aussi solennelle. Il se prosterna devant l'image de la Vierge de Vladimir et les yeux remplis de larmes , il s'écria : << G mère de Dieu ! quelle » est la cause de ton apparition dans ce lieu ? )' Prends , ô prends-moi sous ta sainte pro- » tection » ! Il se tourna vers Job , et lui dit avec un air de reproche : « Grand Patriarche , » tu en répondras devant Dieu ». Job lui ré-

pliqua : « Mon fils, cesse de raffligcr et crois » à la Providence. C'est la Sainte- Yierj^^e, (jiii, » paramoiir pourtoi, vient ici te faire rougir » de ton obstination ». lise rendit alors dans Tcglise du Monastère avec le Clergé et les Grands; les Dignitaires et les Dépuiés se tenaient dans l'enceinte, et le peuple, en dehors, couvrait toute l'immense étendue de la plaine. Après avoir célébiui la Messe , le Patriarche conjui'a de nouveau, mais vainement, Boris de ne point refuser la Couronne, et ordonna de porter les Images dans les cellules de la Tsarine , et là , avec les Evèques et les Grands, ils s'inclinèrent jusqu'à terre. Au même instant , à un signal convenu, la foule innombrable qui remplissait les cellules , l'enceinte et les environs du couvent , tomba àjgenoux en poussant des gémissemens inouis. Tous demandaient un Tsar, un père , enfin Boris. Les mères jetèrent à teiTe les en/ans qu elles açaient à leurs rnanielles, sans écouter leurs cT'is (218). L'enthousiasme Femporiait sur la ruse ; il agissait sur les indifférens el sur les hypocrites euxmêmes. Le Patriarche, ensanglottant, conjura long-temps la Tsarine, au nom des saintes

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Images qui se Ironvalent devant elle, au nom (lu Sauveur, de l'Eglise et de la Piussie, de donner à des millions de Cliréliens un Souverain adoré dans son illustre frère.

Enfin, on entendit la parole de grâce ; les yeux de la Tsarine, qui avait été insensibles jusqu'alors, se remplirent de larmes, et elle dit : « Puisque lelle est la volonté du Tout- » Puissanfet de la Sainte-Vierge, prenez pour » vous gouverner, mon frère , afin de sécher « les larmes du peuple. Que le désir de vos » cœurs s'accomplisse pour le bonheur de la » Russie. Je donne ma bénédiction à voire >) élu, et je le confie au Tout-PuissanI , à la ), Vierge, aux saints de Moscou , à toi Patriar- » che et à vous Evèques et Boyards; qu'il « monte à ma place sur le Trône >' ! Tous lombèrent aux pieds de la Tsarine , (jui , ayant jeté un regard de tristesse s\iv l'hunihle Boris, lui ordonna de régner sur la Piussie. Mais il témoigna encore de la répugnance , effrayé du poids que l'on confiait à ses faibles mains, et il demanda à en être exempté en disant à sa sœur : « Que , ne fut-ce que par pitié , elle ne » devait pas faire de lui une victime du

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j) Trône ». Il jura de nouveau que jamais son espril timide n'avait conçu l'idée d'une pareille élévation, effrayante pour un mortel. Il prenait à témoin le Tout-Puissant, Irèue eUe-mèioe , qu'il n'avait point d'autres désirs que de vivre auprès d'elle et de contempler sa figure angélique. La Tsarine insista, et Boris, comme au désespoir, dit: « Que ta volonté » s'accomplisse, ô mon Dieu! montre-moi » la véritable route et ne sois point un juge » rigoureux de ton serviteur. Je me soumets » à tes décrets, en remplissant le désir de la » nation ». Les Evèqucs et les grands fléchirent le genou devant lui. Le Pafriarchc , après avoir béni de la Croix Boris et la Tsarine , se hâta d'informer les nobles , les magistrats et tous les citoyens , que le Tout Puissant leur avait donné un Tsar. La joie fut universelle et inexprimable. On levait les mains au ciel , on lui adressait des actions de grâce ; on pleurait ; on s'embrassait , et, depuis la cellule de la Tsarine jusqu'à l'extrémité de la grande plaine, on n'entendait que le cri d'allégresse : Gloire! Gloire à Dieu ! Entouré des nobles, pressé par le peuple, Boris , précédé du Cler-

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r.i' , se rendit à l'église du monastère, où le Pritriarche , devant les images de la Vierge de ^ ladimir et du Don, lui donna sa bénédiction pour régnersurMoscou et sur toute la Russie, le proclama Tsar et lui adressa le premier Jn j)hirimos annos.

Quel choix , en effet , aurait pu être , en apparence, plus solennel, plus unanime, ])lus légitime que celui-ci et en même temps plus sage ? Il n'y avait de changé que le litre de Tsar : le pouvoir restait entre les mains de celui qui le possédait depuis long-lemps , et Texerçait heureusement pour le salut de l'Empire , sa tran([uillité intérieure, son hoinieur au dehors et sa sécurité au dedans ! Telles étaient les apparences ; mais ce nouveau Monarque , doué de tant de sagesse humaine , était parvenu au Trône par un forfait : la colère céleste menaçait le Souverain criminel et l'Empire maliieureux.

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CIÎAPITllE IV.

Éliil de 1(1 îlussie à la fin du seizième siècle

Sécurllc de la Russie par rapport aux puissances voisines. — Année. — AppoinleiiieiiS. — Revenus. — Richesses (les Slrogonoff. — Juridiction. — Tdriures el supplice.^.

Couinierce. — "^ aisseaux Russes. — Civilisalion. —

Géoniéirie et Ariîliniélinue. — (>liif{Ves ou écriture secrèie. — Géographie. — Littérature. — Arts cl Mé- IJ4.,-s. — iMoscou. — Mœurs. — Exemples de disputes sur l'anciennelé des familles et des rangs. — La Cour.

Yins étrangers cl mets Russes. — ïlospilaliîé. —

Longévité. — Médecins. — PJédicamcns. — Apolln- ^.^iics.— Difrérer.s usages. — Asyle des morts. — (costume des femmes. — Divertissemens. — lîaius. —

\;<>cs. Piété. — IMorldu premier fils de Boris. —

Insoirés. — Tolérance. — Union en Lithuanie.

ApiTS avoir rciracc le sort de noire pairie sous le sceplrc lu'rcclitaire des Souverains de la dynastie Yarègue , terminons l'ÏIisloire de s(M)î Li'iilirenio-six ans parle tableau de TéUit politique et civil de la Russie.

Jamais , à aiuuiic aulro époCjUC, Tompire sjptirité ,1-

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(le ^ioscoii , (lonl jvan 111 loiida la puissance rii.pmt a.i>t

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et prépara ia «gloire , n avait pu se promettre , siucs.

dans ses relations extérieures, une plus parfaite sécurité. En Lilhuanie, le successeur de Bathori sommeillait sur le Tronc, environné de Nobles ailiers, turbulens et frivoles, l^a Suède était livrée à fanarchie ; le Khan ne savait que piller par surprise ; Mahomet III , occupé d'une guerre sanglanteavecrAutriche, en redoutait une plus dangereuse encore avec le Scliah ; et la Pvussie , presque sans verser de sang , s'élant emparé de pays d'une immense étendue au nord de l'Asie, ayant construit des forteresses à l'ombre du Caucase , rétabli ses anciennes limites sur les rochers de la Carélie et n'attendant que le moment favorable pour reconquérir ce (jui avait été arraché à la faiblesse d'Ivan , les forleresses Livoniennes et un port sur la Balti([ue , la llussie , paisible au dehors et au dedans, possédait l'armée la Anne*?. plus nombreuse de l'Europe et travaillait sans cesse à l'augmenter encore. Voici ce que disent les contemporains étrangers, des forces militaires de Fédor.

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« La seule garde du Tsar se compose de » quinze mille cavaliers nobles. Soixante-cinq » mille enians Boyards, cavalerie excellente, » se rassemblent tous les ans sur les bords de » rOka pour en imposer au Khan. La nieil- » leure inianlerie est composée de Slrelelz et » de Cosaques. Les premiers s'élèvenl à dix » mille, outre deux mille hommes d'élite; » les seconds à six mille environ. Avec eux et yy sur la même ligne , servent quatre mille » trois cents Allemands et Polonais, quatre » mille cosaques Lithuaniens, cent cinquante » Ecossais et Hollandais, cent Danois, Sué- » dois et Grecs. Lorsquil est question d'une » expédition militaire importante, tous les j» enfans Boyards apanages se présentent aus- >> sitôt pour le service, avec hîurs domestiques » etserls qui ont phitôt Tair de paysans que » de guerriers , quoiqu'ils soient vèius avec >> élégance; ils portent des habits étroits avec » un grand collet ra])attu. On ne peut en dé- » terminer le nombre, parce ([u'il est aug- » mente en cas de besoin par les bourgeois, les » INogais et les Tclierkesses, anciens sujets du » rovaurae de Kazan et serviteurs salariés du

» souverain de Moscou. Les regimens rasseni- » blés dans les gonvernemens portent le nom » de leurs villes, tel est celui deSmolensk, » de Novgorod etc. ; ils sont composés de » troiscents à douze cents hommes; beaucoup » sont mal armés; il n'y a que Tinfanterie » qui ail des arquebuses ; mais l'artillerie ne » le cède pas à la meilleure d'Europe. Les ar- » mes et l'attirail des chevaux des Voïévodes , » des officiers et des Nobles, resplendissent » du poli de l'acier et de l'éclat des pierres » précieuses. Surlesdrapeaux , qui sont bénis )) par le Patriarche, est représentée l'image » de Saint Georges (219). Les attaques de ca- » Valérie se font toujours au bruit d'énormes » tambours, de trompettes et de timballes. » l^es cavaliers lancent une nuée de flèches, » tirent leurs cimetères , les font brandir au- » tour de leur tète , et se précipitent en avant )i en masses compactes. L'infanterie, agissant )) dans les stèpes contre les tatares de la Cri- » mée , se relranche ordinairement derrière » un fort en boisct mobile, qu'on transporte » sur des chariots ; c'est-à-dire qu'on place )) deux rangs de planches sur la distance de Tome X. 21

» deux OU trois versles de longueur, et on M tire (le ee fort par des ouverlures prati- » q nées dans ees deux murs. En attendant le » Kkan, les Yoïévodes envoyent des Cosa- » ques dans les slèpes, où il eroit de loin à j> loin des ehênes élevés ; là , sous ehaque » arbre , on voit deux ehevaux sellés , Tun )) des cavaliers les tient par la bride, son com- « pagnou est sur la cime de Tarbrc et regarde )^ de tous côtés; quand il aperçoit de la pous- » sière , il descend, monte à cheval et court » à toute bride à un autre chêne. Il crie de rt loin et désigne de la main l'endroit où il a » vu s'élever la poussière. Le gardien de eet » arbre ordonne à son camarade de courir » également vers le troisième chêne pour >■> porter cette nouvelle qui , dans quekjues >) heures, parvient de celte manière à- la ville » la plus proche ou au Yoïévode d'à van l-

» garde ».

Les mêmes auteurs auxquels nous enq>runtoik détails, observent que , de même qu'au temps divan , les Russes se battent mieux dans les retranchemens qu'en rase campagne (220); ilsajoulent: « Que nepeut-ou

« pas attendre , avec le temps, d'une arnx'c « innombrable , qui , ne craignant ni le froid » ni la faim, et ne redoutant que la colère du » Tsar , erre dans les déserts du Nord , sans » autre nourriture que de l'avoine pilée et du » biscuit , sans équipages, sans abri, et dans » laquelle on n'accorde , pour l'action la plus » éclatante, qu'une petite monnaie en or, à » l'eitigie de Saint Georges, et que le guerrier » favorisé porte sur sa manche ou sur son » bonnet » ?

Mais les Tsars n'étaient plus avares et n'é- ^ pargnaient pas leurs trésors pour améliorer l'organisation de leurs armées. Déjà Ivan donnait en campagne des appointemens en argent aux guerriers (221). Fédor, ou plutôt Godounoff , outre des domaines, donnait depuis douze jusqu'à cent roubles, à chaque Noble et enfant Boyard, qui composaient la garde' des quinze mille du Tsar ; il donnait à chaque Streletz ou Cosaque, sept roubles outre la nourriture, et à la cavalerie des bords de rOka, à peu près quarante mille roubles par an. Cette somme, jointe à la solde des guerriers étrangers, à celle des Boyards, des grands

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