‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 4)Chapitre 13 sur 23 · H1ST(3IP. E · texte numérisé non relu

H1ST(3IP. E

Oiricicrs cl aux Iraitcmens dos autres fonciionnaires les plus distingués, dont les pn*miers avaient sept cents roubles et les seconds de deux cents à quatre cents, montait à quelques millions d'argent d'aujourd'hui et prouvait la prospérité croissante de la lUissie ; prospérité démontrée d'une manière encore plus évidente par les détails suivans et circonstanciés des revenus de l'Empire (222). Revenus. I "• L*^ domaluc particulier du Tsar, composé

de trente-six villes avec des bourgs et des villages , fournissait à la Chambre des finances , outre la rétribution en argent, du blé, du bétail , de la volaille , du poisson , du miel , du bois et du foin , dont on vendait pour une valeur de soixante mille roubles , après avoir fourni à l'entretien de la Cour , et malgré les prodigalités d'Ivan. Mais , sous le règne de Fédor, un meilleur système d'administration, introduit par le grand maréchal Grégoire Godounoff , mit à même de vendre de ces objets pour plus de deux cent Irenle mille roubles, à peu près un million cent cinquante mille roubles d'argent actuel.

2°. La taille et l'impôt de la Couronne ,.

qu'on porcevail en blé et en argent, rappor- ! taient à la caisse des provinces (223) quatre cent mille roubles; le pays de Pskoff, dix-biiit mille ; celui de Novgorod, trente-cinq mille; ceux de Tver et de Torjek , huit mille; celui de Rézan , trente mille; celui de Mourom , douze mille ; de Kholmogory et de la Dvina , huit mille; de Yologda, douze mille; de Kazan, dix-huit mille; d'Oustioug, trente mille; de Rostoff, cinquante mille ; de Moscou, quarante mille; de la Sibérie, en fourrures, vingt mille ; de Kostroma , douze mille , etc.

3°. Il y avait encore differens impôts pour les villes, tels que ceux qui étaient prélevés sur le commerce, sur les procédures, les cabarets et les bains , et qui étaient portés au Trésor de la grande recette. Moscou y était compris pour douze mille roubles, Smolensk pour huit, Pskoff pour douze, Novgorod pour six, Roussa , où se faisait le sel , pour dix-huit, Torjek pour huit cents, Tver pour sept cents, Jaroslaf, pour douze cents, Kostroma pour dix-huit cents, Nijni pour sept mille, Kazan pour onze mille , Vologda pour deux mille, etc. Ces impôts montaient à huit

cent mille rcîiiblcs, on comptant les économies <!es Chambres militaires, celles des Si reletz, (les étrangers et de Tarlillerle, qui, ayant leurs propres revenus, envoyaient également au trésor de la grande recette , les sommes qui leur restaient;, de manière que le trésor du Kremlin , sous le cachet de Fédor ou de Godounoff (224) , après avoir satisfait à toutes les principales dépenses de FEmpire pour la Cour et larmée, ne recevait pas moins chaque année d'un million quatre cent mille roubles (six à sept millions de nos roubles d'argent d'aujourd'hui ). Malgré cette richesse, dit Fletcher dans son livre sur la Piussie , Fédor , suivant le conseil de Godounoff, lit fondre une quantité de vases d'or et d'argent dont il avait hérité de son père , et en fit battre monnaie; voulant, par cette preuve d'une prétendue pénurie, jusliher l'énormité des impôts.

l'our augmenter les richesses de l'Etat , Fédor, à l'assemblée générale du Clergé et des Boyards, au mois de juillet i584, conlirma l'ordonnance d'Ivan , de i582, qui prescrivait aux Evèques, aux Eglises et aux Couyens, de

céder à la Couronne et sans paiement, tous les anciens domaines des Princes avec les terres qui leur avaient été engagées; en même temps il supprimait, jusqu'à nouvel ordre, les lettres d'immunité , qui dispensaient de tout impôt une grande partie des biens de TEglise, des Boyards et des Princes ; ce qui faisait un grand tort au Trésor et un grand mal aux autres propriétaires ; car les paysans les quittaient pour aller habiter les terres affranchies d'impôts (2 y 5). Dans ce même Edit, on lit : « Les j> terres et villages légués aux Monastères pour » le repos des âmes, doivent être rachetés par » les héritiers et, à leur défaut , par le Souvc- » rain, pour être distribués aux militaires » , pour lesquels il ne se trouvait plus assez de domaines (226).

Mais l'enrichissement du Trésor, au dire des étrangers (227), était en quelque sorte préjudiciable à la prospérité publique : 1° les impots, quoique diminués par Fédor, étaient encore onéreux ; 2° l'établissement des cabarets dans les villes , propageait l'ivrognerie , ruinait les citoyens, les artisans, même les cultivateurs et détruisait leur fortune et leur

?)lS . HISTOIRE

inornlilé ; 3" le monopole qu'exerçait la Couronne faisait souffrir le commerce en le privant (le la liberté fie vendre ses marchandises avant que celles du Tsar ne fussent vendues. RiohfSRP^^ii.s ftetclier dit, que « parmi les marchands, il » n'y avait de connus pour leurs richesses que « les frères Strogonoff, qui avaient jusqu'à i> trois cent mille roubles, argent comptant , » environ un million et demi des nos roubles « d'argent actuel , outre leur fortune en im- 3) meubles ; qu'ils avaient à leur service l>eau- » coup de maître-ouvriers étrangers et Hol- » landais, quelques apothicaires et médecins, » dix mille hommes libres et cinq mille serfs, j3 occupés à cuire le sel , à abattre les forets et ?). à cultiver la terre depuis la Vitchegda jus- « qu'aux frontières de la Sibérie ; il ajoute » qu'ils payaient annuellementauTsar,vingt- » trois mille roubles d'impôts, mais que le » gouvernement les ruinait impitoyablement j' en leur demandant tous les jours davantage; » tantôt sous la forme d'impôt, tantôt sous » celle d'emprunt ; qu'en général , il Y avait » peu de gens riches en Piussie, car le Trésor « absorbait tout ; que les Princes apanages et

» les Boyards, ne vivaient que des faibles ap- » poinlemens qu'ils recevaient et des revenus » de leurs iiels, à peu près mille roubles pour » cbacun, dépendant entièrement de la fa- » veur du Tsar ». Cependant les Boyards et plusieurs Dignitaires avaient de riclies domaines , tant héréditaires que ceux qu'ils avaient reçus des Souverains; et les descendans des anciens Princes conservaieaat encore , même au temps d'Ivan, une partie de leurs apanages ; c'est ainsi que le célèbre prince Michel Yorotinsky, en 1572, possédait le tiers de Yorotinsk , à litre de propriété héréditaire (228).

En augmentant l'armée et les reveinis , le gouvernement, comme nous l'avons vu, s'occupait d'une meilleure organisation de l'Empire et songeait à la sécurité di-s individus et de leurs fortunes. Quoique des étrangers aient dit qu'il n'y avait, à cette époque, en Russie , aucunes lois civiles , excepté l'aveugle volonté du Tsar, ces X0/5 données par le premier Aulocratc de Moscou, vv qui est digne de remarque, complétées par son iils, corrigées et perfectionnées par son petil-lils , servaient de

Jiuidiclion.

j3o HISTOIRE

rt'gle fondamenlale dans Ions les procès ; et Ivan-le-Terrible , qui foula à ses pieds tout principe d'hunianilé , ne loucha point aux. Lois Civiles. Il ne reprit même pas les terres de la Couronne , à ceux ([ui pouvaient prouver qu'ils en jouissaient depuis plus de six ans (229). Godounoff, ayant, au nom de Fédor, publié cette Loi politique, si importante sur l'asservissement des cultivateurs, n'avait rien ajouté au Code ; mais il veillait à ce qu'il fùl exaclenient observé ; car, il ambitionnait la réputation d'homme juste , et s'en luonfrait digne dans toutes les affaires publiques ; ce qu'attestent les Annalistes, qui font l'éloge du siècle heureux de Fédor. Comme au temps d'Ivan , les tribunaux des provinces étaient présidés par les Lieutenans du Tsar , qui étaient choisis parmi les Boyards et les premiers Dignitaires ; tous les membres du Conseil de Fédor étaient Licutenans de quelque province et quittaient rarement Moscou ; mais ils avaient des adjoints, des Diaks, autorisés par eux à juger. On dit que le peuple détestait généralement les Diaks pour leur cupidité : n'étanl jamais en place que pour peu de

I^mps, cesfoncUoniiaircs ne cherchaient qu'à 's'enrichir au philùt par toutes sorles de „ moyens ; les plaintes recevaient satisfaction , (mais c'était ordinairement après que celui qui i avait pillé, élait déjà remplacé : alors on le jal'geait avec sévérité; on le privait de tout ce I qu'il avait acquis illégitimement, on l'exposait [[en public , on le fouettait et on lui attachait au jcou quelques-uns des objets pillés par lui, 'une bourse avec de Targent, des zibelines ou autres choses. La Loi ne permettait aucun présent; mais les gens rusés trouvèrent moyen de l'éluder. Le pétitionnaire, en entrant chez le juge , déposait de l'argent sous les Images , prenant pour prétexte d'acheter des cierges ; mais cette invention fut bientôt défendue par un Oukase. Ce n'est que le jour de Pâques qu'il était permis aux Juges et aux Employés de recevoir en présent, avec un œuf rouge , quelques ducats, dont le prix montait ordinairement (23o) à cette époque, de seize à vingtquatre altines et plus. Du moins, nous voyons le louable effort que faisait le gouvernement pour remédier à un mal connu même dans des siècles plus civilisés. Le même zèle qui Tortmcs

^ ^ supplices.

002 IIÎSTOIRE

cherchait à (liminner les délits, inlroduisait (111 (onservait clicz nous l'nsaj^e harbare de la lorlure : afin de parvenir à connaître la vérité de ia bouche d'un accusé , on le brûlait à différentes reprises , on lui rompait les cotes, el on lui enfonçait des dons dans le corps. Les menrtriers et autres scélérats étaient pendus , avaient la tète tranchée, étaient noyés ou empallés. Le condamné, en se rendant an lieu du supplice, tenait dans ses mains liées un cierge allumé. La peine était commuée pour les nobles militaires : le crime pour lequel on pendait im paysan ou un bourgeois, n'était puni, dans lin Enfant-îioyard, ([ue de la prison ou des verges. Le meurtrier d'un de ses propres esclaves, payait une amende en argent. Les nobles jouissaient encore d'un singulier privilège, dans les procès civils ; ils avaient le droit de se faire remplacer par leurs serviteurs pour prêter serment de même cjue pour les punitions corporelles, auxquelles ils étaient condamnés pour avoir manqué à payer ce qu'ils devaient. Commerce. Le commcrce , quoiqu'en partie comprimé par le monopole du Gouvernement , acquit pourtant de l'extension au temps de Fédor ,

DK RISSIE. 333

parles projjjrès de iindusiric. Nous devons à la curiosité et à l'esprit d'observation des Anglais , qui savaient le plus en profiter, les données Irès-détaillées que nous avons à cet égard. « Il existe peu de eontrées au monde , éeri- » venl-ils, où la nature ait été plus généreuse » envers les hommes qu'eu Jlussie, et où elle j» ait répandu ses dons avec plus d'abondance. » Les jardins et les vergers sont remplis de » fruits et de légumes savoureux ; de poires , » de pommes, de prunes, de melons, de » pastèques, de eoneombref, , de cerises , de » framboises, de fraises, de groseilles; les bois » et les prairies tiennent lieu de potagers. Des » plaines d'une immense étendue sont cou- » vertes de blé, de froment, de seigle, d'orge, >) d'avoine, de pois, de sarrazin , de millet. « L'abondance fait naître le bon marché : une » mesure de froment ne vaut ordinairement >) pas plus de deux altines , ( trente kopecks » d'argent actuel). Il n'y a que l'indolence » des cultivateurs et la cupidité des rich( s qui » produisent quelquefois la cherté. Ce fut la » cause pour laquelle on paya à Moscou^ en « i582, treize altines pour une mesure de

33 1 IIISTOIUE

» froment et de seigle. Le blé et les fruits for- » ment un des ol)jets prineipaiix du com- » merce de l'intérieur; pour c(!lui du dehors » les Russes possède; nt :

» i". Des pelleteries de zibelines, de re- » nards , de easlors , de lynx, de loups, » d'ours, d'hermines, de petils-gris dont on » vend pour l'Europe et l'Asie, aux mnr- » eliands Persans, Turcs, Bukhars , Ibt'riens » et Arméniens , pour cinq cent mille rou- » blés (23 1). Les plus belles zibelines viennent » de robdorie ; les ours blancs de Petchera ; » les castors de Kola , les marlres de Sibérie , » de Kadoni , Mourom , Pernie et Kazan ; les « petits-gris et les hermines de Galilche, Ou- » glitche , î^ovgorod et Perme.

^1 2°. La cire : on en vend chaque année de » dix à cinquante mille pouds ('202).

» 3°. Le miel : il s'emploie dans la boisson » favorite des Russes , mais il se transporte » également dans les pays étrangers et prin- » cipalement des contrées de la Mordva, des » Tcliérémisses, de Seversk, de Rézan , de » Mourom , de Kazan , de Dorogobouge tî >' de Viasma.

DE RUSSIE. ^^fi

» 4". Le suif: on en exporte près de cent mille pouds , de Smolensk , Jaioslaf, Oiiglilehe , Novgorod, Vologda, Tver et Gorodelz; mais loute la Russie , riche en pâturages, abonde également en suif dont il se dépense très-peu, dans l'intérieur, à la fabrication des chandelles, car lesgens riches se servent de bougies et le peuple d'alumettes.

» 5°. Les peaux d'élans, de daims et d'autres : on en exporte jusqu'à dix mille. Les plus grands élans se trouvent dans les forèls aux environs de Rostoff, Yilcliegda, Novgorod , Mourom et Ferme ; ceux de Kazan sont moins grands.

» 6". l^a graisse de veaux marins : ces animaux se pèchent près d'Arkhangel , dans le golplie de Saint-Nicolas.

» 7". Les piiissons: on regarde comme le meilleur celui qu'on appelle poisson blanc ; les villes les plus célèbres pour la pèche, sont, Jaroslaf, Biélooséro , Nijni , Astra-

» khan et Kazan. Elles rapportent par-là un

)) revenu considérable au Tsar.

» S". Le Kaviar, d'Esturgeon, dcSévriouga,

31)6 nisToiHE

» ileSlorled, se vend aux marchands Jlollan- » dais , Français, et en partie aux Anglais , et » s'exporte en Italie el en Espagne.

» 9". Une quantité d'oiseaux : le gerfault se » vend un prix très-élevé.

» 10". l^e lin et le chanvre : il s'en exporte « beaucoup moins en Europe depuis que ia » Russie a perdu Narva. Le lin abonde à » Pskof, et le chanvre à Smolensk , Dorogo- » bouge et Yiasma.

» 1 1". Le sel : les meilleures salines stî trou- » vent à Staraïa-Rouza ; il y en a aussi à Penne, j) à Vitchegda , à Tolma , à Kinechma et à » Solovki. Les lacs d'Astrakhan produisent » du sel naturel. Les marchands payent pour » lui, à la Couronne, ivo'istlengas ^r poud.

» 12". Le goudron : on en exporte une » grande quantité des contrées de Smolensk » et de la Dvina.

» 13". Ce qu'on appelle les dents de pois- .> sons ou défenses de chevaux marins : on en ;» fait des rosaires, des manches , etc. , une >» poudre iTiédicale , propre , à ce (jii'on pré- >' tend, à détruire l'effet du poison. On eu » exporte en Perse et en Bukharie.

>» i4". Le Talque, ([u'oii emploie en guise » de verre , se trouve en grande quanlilé en « Carélie et dans le pays de la Dvina.

» iS". Le salpêtre et le souffre : le premier w se fait à Ougliîche, Jaroslaf, Ouslioug; le » second se trouve près du Volga , dans les » lacs de Saniara; mais on ne sait point lé- « purer.

» 16". Le fer; il est très-mauvais; on le » trouve en Carélie , à Kargapol et à Ous- », tionjna.

» 17". Les soi-disant perles de Novgorod: » on en trouve dans les rivières du pays de » Novgorod et de la Dvina (233) ».

Pour ces richesses naturelles et variées de la Piussie, lEurope et l'Asie lui fournissaient en échange les produits de leur industrie et les productions de leur sol. Voici le prix de quelques-uns des objets qu'on apportait alors à Astrakhan sur des vaisseaux Anglais, Hollandais et Français (234).

La plus belle émeraude ou saphir coulait

soixante roubles (trois cents roubles d'argent

actuel); un zolotnik de perles de moyenne

grosseur, deux roubles et plus; l'or et l'argent

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