‹ Histoire de l'empire de Russie (volume 4)Chapitre 3 sur 23 · Tome X · texte numérisé non relu

Tome X

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avait pu se rogarticr comme le premier seigneur (le FElal. Telle éUiit Topinion de la cour el (lu peuple; c'éUiit aussi celle du rus(2 diak Audn* Stchelkalofï, qui cherchait à gagner la confiance du boyard Iourieft'(c))dans l'espoir de diriger avec lui le Conseil. On connaissait le pouvoir que Godounoff exerçait sur sa sœur , la tendre et vertueuse Irène, que les Annalistes comparent à Anastasie ; on n'avait pas alors d'autre objet de comparaison quand on voulait exprimer la r(^union de toutes les vertus du sexe. On connaissait également l'empire qu'avait Irène sur Ft*dor, qui n'aimait peut-e'tre réellement que sa femme au monde. Cependant Godounoff paraissait avoir livré son ami ; et l'on se réjouissait de sa faiblesse ou de sa timidité , sans penser que son amitié pour Eelsky, pouvait n'être que feinte ; et (jue redoutant en lui un compétiteur , il avait profité de cette circonslance jDOur alfermir son pouvoir. Fédor , en effet, prince débonnaire , accablé sous le poids de son sceptre , encore effrayé de l'émeute dont il venait d'(Hre témoin, sentait la nécessité d'employer des mesures sévères pour conso-

DE r.ussiE. 19

licier lu IranqiiHlilé. publlniic , mais n'uyànt ni perspicacité dans Tcsprit , ni fernielé dans le caractère , il chercluiit pins qn'un con- i'""^^i'^t

' il jiiialiii!, de

seiller et ({u'iui aide; il désirait Ironvor nn ^«^"""Jftf. homme capable de se charger de toiil le fardeau du gouvernement , dont il n'eut à répondre qu'à Dieu. Fédor se livra donc entièrement el avec une conliance aveugle , à un ambitieux entreprenant et (lui appartenait d'aussi près à son épouse chérie. Irène , sans employer aucun arlilice , ne suivant que l'impulsion de son cœur , connaissant le piérile de GodounolT, mais ignorant ses mauvaises et secrètes inlenlions , forma l'union intime d'un Souverain inhabile à régner , avec un sujet digne du pouvoir suprême. Boris Godounoff était alors à la fleur de l'âge, dans toute la plénitude de ses forces physiques et morales : il avait trente-deux ans. Il surnassait , dit l'Annaliste , tous les dignitaires de la Cour , par une beauté mâle , un air de commandement , une concej)tion rapide et profonde , et une éloquence séduisante. Il ne lui manquait que de la vertu. Il voulait et savait faire le bien , mais uniquement par amourde

20 IIlSTOir. E

la gloire el âv la puissance. 11 ne voyait dans la vertu que le moyen de parvenir au but , et lion le but même. S'il était né sur le trône, il aurait ])u être cité comme le Souverain le plus accompli ; mais né sujet , et dévoré de la passion du pouvoir , lorsque , pour y parvenir, il crut nécessaire de faire le mal , il le fit... et la malédiction de la postérité s'élève dans riiisloire , pour flétrir à jamais la renommée de Godounoif.

Le premier acte de Boris , fut la punition des Liapounoff , des Kikin et autres auteurs de rémeule de Moscou. On les envoya dans des villes éloignées , où ils furent détenus. Le peuple garda le silence ; on vantait l'équité du Tsar ; mais la Cour savait à qui attribuer cette juste sévérité , et tournait avec inquiétude ses regards sur Boris , dont le pouvoir absolu ne se déclara qu'après le couronnement de Fédor , remis au 3i mai (lo; , à cause des prières de six semaines , pour l'àme du défunt Souverain.

Ce jour arrivé , le soleil commençait à

Couronne— ^

nicnuki Jtior peine à paraître , qn'il s'éleva lout-a-coup une horrible tempête ; des torrens de pluie inon-

«Irinit plusieurs rues de Moscou ; ce fut coiuriie un présage de calamités. Mais ces craintes superstitieuses se calmèrent, lorsqu'après Forage, le soleil reparut radieux, au milieu d'un ciel serein. Un peuple immense se rassend)la sur la place du Kremlin , et la foule était telle que les soldats purent à peine frayer un chemin au confesseur du INIonarque , lorsqu'au son de toutes les cloches , il sortit du palais pour porter à la basilique de l'Assomption , les ornemens sacrés de Monomaque , la Sainte-Croix , la Couronne et la Dalmalicpie qui servaient au sacre. Godounolf suivait le confesseur et portait le sceptre.

Malgré la foule iumiensc qui couvrait la place , le plus grand silence régna au moment où Fédot* sortit de son palais, entouré de tous les Boyards, Princes , Yoïévodes et Dignitaires. Le Monarque était revêtu d'un habit bleu de ciel (ii); les Seigneurs de la Cour avaient des habits dorés. Ce silence extraordinaire accompagna le Souverain jusqu'à la porte du temple , également rempli de gens de tous états; car il était permis à tous les Russes , sans distinction , d'assister à cette

22 lUSTOIRE

solennité , diins luqiu'llc la Russie offrait le lauleau d'une même famille réunie sous le pouvoird'un père et d'un Souverain. Pendant ie Te Deum^ des fonctionnaires ecclésiastiques et séculiers parcouraient l'église en disant à voix basse au peuple : « Priez avec ferveur » ! Le Monarque et le Métropolitain Dionisi > s'assirent aux places qui leur avaient été préparées près de la porte occidentale; et Fédor, au milieu du plus profond silence , dit au Prélat :

« Seigneur! Notre père, le Souverain » Ivan Yassiliévi telle a quitté la terre , et, » traiîsforn.é en ange, il est allé habiter le » royaume des Cieux. Il m'a légué TEinpire >) et toutes les bannières de l'Etat. Il m'a orj> donné, selon l'antique usage , de me faire » oindre, de ceindre la couronne et le dia- » dénie , et de revêtir la Dalniatiquc sacrée. » Son testament est connu du clergé , des >î Boyards et du peuple. Ainsi , d'après la vo- » lonté de Dieu, et le legs de mon père , ac- » complissez ce saint office : que je sois le 3) Souverain sacré àe. mon peuple »!

Le Métropolitain , après avoir béni Fédor

avec la croix, lui (lit : « Seigneur, lijs clicri y> de l'Eglise el de notre huniililé , élu de •» Dieu et cOTiduil par lui au trône, par le » pouvoir qui nous vient du Saint-Esprit, » nous te sacrons et couronnons. Sois Sou- » verain de la Russie ».

Dionisi, après avoir posé la croix, le bandeau et la couronne de Monomaque sur la tèle de Fédor , en répétant la prière : que .Dieu bénisse son règne ; le prit paria main , le plaça sur une estrade , particulièrement destinée au Souverain , et après lui avoir remis le sceptre il lui dit: « Veille aux bannières de la grande j> Russie ». Dans ce moment Tarcbidiacre , placé devant le sanctuaire, les prêtres qui étaient dedans, et les chœurs entonnèrent riiymne in plurhnos annos , adressé au Souverain nouvellement couronné, qui fut alors salué par le clergé , les dignitaires et le peuple , au bruit des plus vives acclamations, l^e Métropolitain , dans un discours succint , rappela à Fédor les principaux devoirs d'un Monarque ; savoir: de veiller à la conservation de la Religion et de TÉtat, d'observer un pieux respect pour le clergé ci la foi due aux

couvens , de garder à son Irèrc , une amitié sincère ; d'avoir pour les Boyards une considération réglée sur leur ancienneté , enfin de témoigner aux fonctionnaires , aux inililaires et à toute la nation en général , une bienveillance qui ne devait jamais se démentir. « Les » Souverains, continua Dionisi , sont pour » nous les délégués de la Divinité. Le Seigneur » leur confie le destin des hommes. Qu'ils pré- » servent de mal non-seulement eux-mêmes, y> mais aussi leurs peuples; qu'ils empêchent » les troubles du monde et qu'ils redoulent y> la faux céleste. Et, comme, sans le soleil , « tout est obscurité sur la terre , de même î> tout est ténèbre dans nos âmes sans Tins- » truction ; chéris la sagesse , suis les précep- » tes des sages , sois vertueux , puisque c'est la » vertu seule qui pare le Souverain et qui est » immortelle. Yeux-tu mériter la clémence j) céleste ? Sois toujours clément pour tes » sujets. Ne prête pas l'oreille aux caloni- » niateurs , toi qui es né compatissant et sen- » sible. Que ton règne soit celui de la vé- » rite , et que la paix de l'Etat ne soit jamais » troublée ! Que le Tout-Puissant te fasse

» triompher de tous tes ennemis, et puisse le j> souvenir de ton règne pacillcpie se perpé- >' tuer d'à{^e en âge ».

En ee moment , tons les assistons , les yeux baignés de larmes ^ s'éerièrent: u Oui , qu'il « soit de longue durée » !

Fédor entendit la messe , paré de tous les insignes de la Souverainet(' , la eouronne de Monomaque sur la tète , un riche manteau sur les épaules et tenant en ses mains un long sceptre, fait d'une dent de baleine de grand prix (12) ; mais il avait Tair abattu et fatigué.

Devant lui étaient posées les com'onnes des Royaumes conquis. Debout et à sa droite , se tenait Godoimoff , à titre de Seigneur allié ; et ISikita lourieff , oncle de Fédor , se tenait sur le même rang avec les autres Boyards. Rien , au récit de ceux ([ui assistèrent à cette cérémonie , ne pouvait en égale.r la magniticence. L'estrade sur laquelle était placé le Monarque, avec le INIétropolitain , le pupitre où étaient déposés les habits royaux , les sièges occupés par le clergé , étaient couverts de riches velours ; dans l'église , on marchait sur des tapis de Perse et de drap rouge d'Angleterre. Les

costumes des grands , surloiil ceux deGodouuolï et du prince Ivan Glinsky , resplandissaient de diamans, de sapliirs et de perles d'une énorme grosseur (i 3) , estimés plusieurs millions y)ar les écrivains étrangers. Mais ce qui donnait le plus d'éclat à cette cérémonie , c'était la joie répandue sur toutes les ligures , et l'expression du plus ardent amour pour le Monarque. Après le cantique des chérubins , l(î Métropolitain , sur le seuil du sanctuaire , suspendit au cou de Fédor , la chaîne de Monomaque , faite de For d'Arabie le pins pur ; et à la iin de la messe , il le sacra avec le Saint- Créme et lui donna la Communion.

Dansée moment, Boris Godounoff tenait le sceptre ; lourieff , et Dmitri Godounoff, oncles d'Irène, tenaient la couronne posée sur un plat d'or. Après avoir reçu la bénédiction de Dionisi et après qu'on eut versé sur lui des vases remplis de pièces de monnaie, sous la porle méridionale du temple , Fédor alla saluer les tombeaux de ses ancêtres , en demandant au ciel d'hériter de leurs vertus.

Cependant , Irène , la couronne sur la tète, et environnée des femmes des Boyards , était

assise à une fenêtre oiiverle de son palais (i 4). Elle fui saliK-e par les aeelamations de toul \r. peuple qui s'écriail: « vive la Tsarine » ! l^'S {grands de la Cour et les autres fonctionnaires baisèrent la main du Monarque dans la salle du trône , et dinèrentavec lui , ainsi que les membres du clergé. Les feslins et les réjouissances publiques durèrent toute une semaine et se terminèrent par un fête militaire , hors de la ville. Là , en présence du Souverain et de tous les habilans de Moscou, les décharges de 170 canons de bronze se firent entendre devant hui; lignes de Streletz habillés en drap iin et en velours. Une multitude de cavaliers également vêtus de riches habits, accompagnait Fédor (i5).

Le Monarque , ijprès avoir fait des présens pirrévpnte* au Métropolitain et aux Lveques, reçut luimême ceux des fonctionnaires , des étrangers, des marchands de la Piussie , de l'Angleterre et des Pays-Bas (16), et répandit différentes grâces : il diminua les impôts; il rendit la liberté et les biens à plusieurs personnes de distinction, qui, depuis près de vingt ans^ étaient emprisonnées. Pour se conformer au

testament criyan , il accorda la liberté à tous les prisonniers de guerre , et conféra les titres de Boyards aux princes Dmitri Khvorostinin , André et Yassili Scliouisky, Nikila Troubetskoy, à Schesiounoir, aux deux Kourakin , à Fédor Schéréineiierf et à trois Godounoff\ arrières-cousins d'Irène. Il donna au prince Ivan Scliouisky , guerrier illustre , tous les revenus de la ville de Pskof, qu'il avait sauvée (17). Mais toutes ces largesses n'étaient rien en comparaison de celles dont il combla son beiu-frère , en lui donnant tout ce qu'un sujet peut posséder dans un gouvernement absolu. Il lui conféra non seidement l'ancien litre de Grand Ecuyer , qui n'avait é lé accordé à personne pendant l'espace de dix-sept ans , mais encore celui de Grand Boyard-allié , lieutenant des deux royaumes (18) de Kazan et d'Astrakhan. x\ celte accumulation de titres, jusqu'alors inouïe , Godounoff réunit bientôt des richesses immenses. On lui donna , ou , plutôt, il s'appropria les meilleures terres et les revenus des provinces de la Dvina et de la Taga , toutes les belles prairies situées aux bords de la Moskva, avec tous les bois et les

niches qui en dépendaienl. Il lit ajouter à sou Irallcmenl annuel plusieurs des revenus de la Couronne, ce qui , joint au produit de ses propres terres situées à Viazma et à Dorogobouge , faisait monter ses revenus à huit ou neuf cent mille roubles , argent d'aujourd'hui (19). 11 est le premier seigneur , depuis le commencement de la Russie jusqu'à nos jours, qui ail joui d'une pareille fortune. Elle lui permettait de mefire en campagne, à SCS propresfrais, jusqu'à cent mille soldals(2o). Ce n'était plus l'homme d'un moment, un simple favori, mais le maître de l'Empire. Sûr de Fédor, Boris craignait encore ses envieux et ses ennemis, il voulait les terrasser par sa magnificence, afin qu'iJs n'osassent pas même songer à le précipiter d'une hauteur inaccessible à l'ambition ordinaire des courtisans. Tandis que réellement étonnés, ces envieux et ces ennemis , tout en gardant le silence, ourdissaient en secret des trames contre lui, Godounolf , s'abandonnant à l'élan d'une âme avide de gloire, prit son essor vers un grand et noble but. Il voulut justifier la confiance de son souverain , mériter celle du

3o HISTOIRE

peuple cl la recoiinaissanee de la patrie, en consacraul toutes ses ad ions au bien général. GotionnotT La Peulareliie , établie 2)ar Ivan , disparut tkrÈn.pirc. comuie une ombre ; il ne resta que Tancien Conseil du Tsar, dans lequel Mstislalsky , lourielf et Schouisky dirigeaient les affaires avee d'autres Boyards , en se soumettant aux volontés du Régent : ear c'était le titre que l'on donnait à Boris (-21). Lui seul , aux yeux de la Russie , gouvernail TEtat; il eomniandait au nom du Monarque, mais n'agissait que d'après lui-même; il avait autour de lui des convSeillers, mais personne avec qui il partageât le pouvoir.

Tandis que, fatigué des grandeurs, Fédor cherchait le repos dans la piété, tandis qu'après avoir suspendu les réjouissances et les festins, il allait en pèlerinage dans les couvens, tels que celui de St. Serge et autres lieux de retraite, accompagné de son épouse (22) qui avait autour d'elle les femmes des princij)aux Boyards, et un régiment entier des gardes du ctirps (nouveau faste inventé par Godounoff, alitj d'inspirer au peuple phis de respect pour Irène ci sa famille), le régent sV)ccu-

DE RUSSIE. 3l

pait sans relàdio dos aifaiiTS importantes de TElat , cherchait à corriger les abns du ponvoir et rétahHssait la Iranquillilé tant an dedans qu'au dehors. Comme aux temps heureux des princes Ivan Celsky et Adachefr, on congédia , sur tous les points de Tempire , les Lieutenans , les Yoïévodes et les Juges dont on avail à se plaindre, et on les remplaça par de plus habiles fonctionnaires. On doubla les appointemcns des employés, afin qu'ils pussent vivre honorablement, sans exactions; et en cas de forfailure, on les menaça du dernier supplice. On réorganisa l'armée et on la dirigea sur les points où Ton avait à rétablir l'honneur des armes ou la tranquillité du pays. On commença par Kazan. Le sang Russe coulait encore sur les bords du Yolga, et la révolte couvait dans le pays des Tchéremisses. Codounoiï, par son esprit plus que par la ,^^'';?^'^'^*'* force (23), appaisa les rebelles, et leur persuada aj.pciisce. que le nouveau souverain , oubliant leurs antiens crimes, était disposé, comme un tendre père , à pardonner aux coupables, s'ils se repentaient sincèrement. Ils députèrent leurs anciens à Moscou et prêtèrent serment de li-

tecuudi'loii)

32 nisToir, E

(lélilé. Dans ce nirnio U'inps, Boris lit construire des foiieresses sur les deux rives du Volga , Tsivilsk , Ourjoum, Tsareij^orod sur laKokchaga, Sanlchoursk el d'autres. Il les ])eu{)]a de Russes et établit ainsi la tranquillité tians ce pays qiii nous avait été pendant si long-temps fatal.

LaSibcripsou- Godounoff, en soumettant le royaume de Kazan, acheva la conquête de la Sibérie. 11 n'était pas encore instruit de la moil de lermak; mais sachant que les maladies «t le manque de vivres avaient diminué son armée , il lui envoya immédiatement le voïévode Ivan Mansouroff avec un détachement de Streletz, et, après lui , Basile Soukine , Ivan Miasnoï, et Daniel Tchoulkoif, avec un corps considérable de troupes et de l'artillerie (24). Le premier rencontra sur les bords de la Toura nos héros sibériens, Thetnian MatveiMesichériak, et le reste des compagnons d'armes de lermak. « La joie , dit l'Annaliste, ranima les intré- « pides Cosaques ». Ce n'est pas qu'ils redoutassent d'affronter de nouveaux périls et de courir à de nouveaux combats; mais ils fréujissaienl à l'idée de reparaitre dans leur pa-

DE Tussin. 33

trie, comme des fugitifs, apportant eii\mrmos la nouvelle de la perte de leur con- (juète. Pleins de courage et d'espérance, ils retournèrent aux bords de la Tobol ; cependant ils ne purent s'emparer d'Isker, qui n'était plus sous la domination du vieux Koutchoum, mais où commandait le jeune et valeureux Seidiak (2j) son vainqueur. Ayant appris la fuite des Cosaques, il avait rassemblé une foule de Nogais , el de Tatars de la Sibérie qui lui étaient dévoués , et avait chassé Koutchoum. A la nouvelle du retour des Russes , il s'était placé avec une nombreuse armée sur les bords de Tlrtiche , où il se préparait à combattre. Les Cosaques proposèrent à Mansouroff de continuer à descendre Tlrtiche , sans égard à la saison avancée , et malgré le froid et les glaces. Ils débarquèrent à l'endroit où ce fleuve se jette dans l'Obi et y construisirent une forteresse en bois. On rapporte que les Ostiaks , dans l'espoir de s'en emparer , amenèrent avec eux la fameuse idole de Scliaitan , et qu'au moment où ils étaient rassemblés autour d'elle sous un arbre pour TOiME X. 3

faire leurs prières , un coup <le canon âvH Kusses , ayant brisé celle Idole , objet de leur adoration , ils prirent tous la fuite. Les voïévodes Soukine et Miasnoï, s'arrêtèrent sur les bords de la Toura (26), et fondèrent la \ille de Tumen, à la place où avait été celle de Tshingui. Dans le même temps Tclioulkoff, ne rencontrant pas d'obstacles, ou bien les^ surmontant tous, fonda, en 1587, la \ille de Tobolsk et la première église chrétienne» Après en avoir informé le voïévode Manfcouroff et Fhelman Mestcliériak , il se joijmlt à eux et délit le prince Seidiak , qui ayant osé assiéger la forteresse de Tobolsk, fut blessé et fait prisonnier. Il s'empara de tous ses bagages et de son trésor ; et par cette victoire , qui coûta la vie au dernier hetman de lerniak , îsikita Mestcliériak , il acheva la chute de la puissance des î^ogais de Tlrliche. La ville d'Isker fut abandonnée et Tobolsk devint la nouvelle capitale de la Sibérie. Une autre tradition , moins digne de foi , ne parle pas du courage qu'aurait montré le voïévode Tchoulkoff, mais d'une ruse qui lui ferait peu d'honneur. Ayant appris , dit

Di: RUSSIE. 35

celte Iradition , que Seidiak, son ami Ouraze INIahniet , Tsarévilclie des Kirçuises , et le Moursa Karalcha étaient sortis d'Isl^er , à la tèle de cinqcenl^ hommes et se livraient au plaisir de la chasse , dans la prairie des Princes près de Tobolsk , il les invita à un festin , les lit garrotter et les envoya à Moscou. Koutchoum banni de ses Etals , se maintenait encore avec des bandes de Nogais , du camp de Taïbouguine (27) , dans les stèpes de Barabinsk; il massacrait les habilans des contrées de Kourdalsk et de Salinsk, incendiait leurs demeures, et portait ses ravages jusque dans les environs de la Tobol. Le nouveau YoYé- Yode de Sibérie, le prince Kolzof'f Massalsky, pour réduire ce brigand , alla le chercher au fond des déserts d'Ichimsk et près du lac Tchili-Koula ( i'". août logi ). Il détruisit la plus grande partie de sa cavalerie , et s'empara de deux femmes du Khan et de son iils , nommé Abdoul Khaïr (28). Envain, désirant établir la tranquillité dans son nouveau et lointain royaume , le Tsar proposa-t-il à Koutchoum des revenus annuels , des villes et des domaines en Russie. Il lui offrit même de

le laisser prince de Sibérie , s'il voulait consentir à venir à Moscou , faire acte de soumission. Abdoul Khaïr, prisonnier en Russie , écrivait dans le inème sens à son père ; louant la générosité de Fcdor , qui lui avait donné, ainsi qu'au Tsarévitche Mahinet Koul de riches propriétés , ahnani à réjouir tout ce qui respire et à pardonner aux coupables.

Abandonné par ses deux lils , alliés des ÎSogais et de l'illustre Tcliin-Mourza ( qui avait passé de notre côté avec la mère du Tsarévitche Malimet Koul),Koutclioum répondit avec fierté aux propositions de Fédor : « Je )) n'ai pas cédé la Sibérie à lermak quoiqu'il j> l'ait con([uise ; mais désirant la paix , j'exige )) pour frontière, les bords de rirliche ». La rage impuissante de Koutchoum n'empêcha pas les Puisses de se raffermir de plus en plus en Sibérie , en y fondant de nouvelles villes , depuis la Pelchora , jusqu'à la Kéte et la Tara, afin de faciliter les communications avec la Permie et Ouffa , construite en même temps que Samara pour réprimer les ÎSogais. L'an 1592, sous le commandement du Yoïévode de Tobolsk , le prince Labanoff-Fiostofsky ,

DK RTSSIE. 87

fnronl fondées- les vil los de Pélini , Bc'ivzolT et Sourgoiit ; celle de Tara , en ijQ/f , et celles de Narim et de Ketskii-Oslroj> (29), en ifxjG. Ces villes étaient des forts inabordables pour les sanvages Ostiaks , Vogouli telles et toutes les peuplades nomades qui , précédemment soumises à Koutcboum , essayaient encore quel([uefois de se défendre et refusaient de payer le tribut. Il est question dans un édit du Tsar , de la révolte du prince de Pélim Âbleguirim. Il y est ordonné à notre Voïévode , de le prendre par ruse ou par force et de le punir du dernier supplice , avec son lils et cinq ou six des principaux révoltés entre les Vogoulitches.

Outre des soldats, des Streletz et des Cosaques, Godounoff envoyait en Sibérie des agriculteurs de Ferme , de Vialka , de Kargopol et même des districts de Moscou , afin de peupler ces déserts , et de défricher les terres les plus favorables à la culture. Il affermit et rangea pour toujours sous la domination de la Russie cette importante conquête , par des dispositionspleinesde sagesse et de prudence ; sans sacrifices , sans efforts , il enrichit TEtal

de nouveaux revenus , et ouvril de nouveaux dcbouchcsau commerce ainsi qu'à Finduslrie nafionale. Vers Tan i586, la Sibérie rapporioit à la Couronne, deux cent milles zibelines, dix milles reuards noirs et cinq cent milles petits gris, outre les castors et les hermines (3o).

Dans les affaires de la politique extérieure , Boris se montra tel qu'on avait vu Ivan , aux é])oques les plus glorieuses de son règne ; sage et ferme à la fois, et soigneux de conserver Lt la Piussie l'intégrité de son territoire, sagran-

i58i — loSy. deur et sa dignité. Deux ambassadeurs furent témoins , à Moscou , de Favénement de Fédor

Kebtionsavec ^^ trôuc , ccluî d'Elisabclli d'Angleterre , et ctialSiùL^ celui de Lithuanie. « La mort d'Ivan , écrit )> Bowes , a changé la face des affaires et m'a » livré aux mains des principaux ennemis de » l'Angleterre ; au boyard lourieff et au diak « André Stchelkaloff qui , dans les premiers « jours du nouveau règne , se sont emparé » du pouvoir dans le Conseil suprême. On )> ne me laissait pas sortir de chez moi; on )> me menaça pendant l'émeute de Moscou ; 3) et Stchelkaloff me fit dire par dérision que

BE RrSSIE. Tjr)

•> le Tsar Anglais était niorl (3i). Pjorls Go- i5âi— iSSj. » dounolï qui nous t\st favorable y n'avait pas «i encore de pouvoir à cette époque ».

Au comuieneenient du inois déniai, on déclara à Bowes ({u'il pouvait retourner eu Aiif^lerre. On le présenta au Monarque et on le congédia avec honneur , après lui avoir fait çles présents et remis une lettre amicale dans lacpjelle Fédor disait à Elisabeth : « Quoique » la mort de mon père ait mis lin aux pro- » positionsde mariage et aux projets d'alliance » étroite avec l'Angleterre, je n'en désire pas » moins votre bonne amitié, et les n\arehands •» de Londres ne perdront aucun des avan- « tages que leur accorde la dernière patente » qui leur a été donnée » (32). Mais Bowes , par un dépit irréfléchi , ne voulut prendre ni la lettre, ni les présens du Tsar. Il les laissa à Kolmogor, et quitta la Russie avec le médecin Robert Jacobi. EtOTuié d'une pareille audace , Fédor envoya auprès d'Elisabeth le Secrétaire Bekman. Il se plaignait à elle de Bowes et lui faisait de nouvelles oifres d'amitié ; promettant ses faveurs aux marchands Anglais, à condition que les noires pourraient égale-

4o HISTOIRE

ment faire Je commerce dans son royaume. Cet envoyé demeura long-lemps en Angleterre, sans parvenir à voir Elisabeth. Enfin il en reçut une audience dans le jardin de son palais, et lui remit la lettre de son maître. « Pourquoi votre souverain actuel ne m'aime- :» t-il pas, demanda la l\ei ne? son père était 3> mon ami ; et Fédor cliasse nos marchands » de la llussie ». Quand elle eut appris, par Bekman , que , loin de les chasser, le Tsar les protégeait , et qu'ils payaient à la Couronne moitié moins que ceux des autres nations , Elisabeth lit cette réponse à Fédor : « Très- « cher frère , c'est avec une peine inexpri- » niable que j'ai appris la mort du grand souy> verain votre père, de glorieuse mémoire , » et mon plus tendre ami. Sous son règne , )^ d'intrépides Anglais ont découvert une i» route par mer, inconnue jusqu'alors, vers » votre lointain pays. Us y jouissaient de » privilèges importans ; et s'ils s'y enrichis- « saient , ils n'enrichissaient pas moins la î> Fiussie , proclamant avec reconnaissance la 5) proleclion que leur accordait Ivan. Mais 3> j'ai une consolation dans mon affliction :

DE IIUSSIK. 4l

>^ votre envoyé m'a assurée que le fils d'Ivan, » (ligne d'un tel père , a hérité de ses princi- » pes et de son amitié pour l'Angleterre, et j) je regretle d'aulant plus que Bowes, mon » ambassadeur, ait encouru voire disgrâce. )) C'est un homme qui s'est toujours montré » prudent et sage , et qui a acquis, tant ici que » dans d'autres pays, une grande expérience » des affaires. Tout en ajoutant foi à vos griefs j> contre lui, je ne laisse pas d'en être étonnée. j> Ils peuvent cependant s'expliquer par les » contrariétés qu'il a éprouvées de la part )' d'un des membres de votre Conseil (Le diak » Slchelkaloff ) , protecteur déclaré des Alle- » mands. Mais notre amitié ne doit passouf- )) frir de ce désagrément. Vous demandez la » liberté du commerce en Angleterre, pour » les marchands Piusses, chose qui n'a jamais .jip existé et qui ne s'accorde pas avec les inté- » rets des noires. Cependant nous ne nous y » opposons pas , si vous accomplissez la pro- » messe dTvan, en accordant un privilège >^ exclusif de faire le commerce dans vos états, )) à la compagnie des marchands de Londres , » établie par nous , sans permettre aux autres

4^ RISTOTRC

« Anglais de parliciper aux avantages Je la » compagnie ». Le Tsar, peu satisfait de la réponse d'Elisabeth , et de Taccucîil froid qu'on avait fait, à Londres, à Bekman , mais désirant conserver des rapports utiles avec r Angle terre , chargea , en septembre 1 585, le négociant Anglais , Jérôme Horsey , d'aller auprès de la Pleine , afin de traiter avec elle d'une manière plus satisfaisante, et de lui prouver, par le choix d'un tel envoyé , la sincérité de nos bonnes dispositions. Fédor écrivit, par Horsey , à Elisabeih: « Les frontières « de la Russie , sur terre et sur mer ,. sont » ouvertes au libre commerce de toutes les

* nations. Il nous arrive des marchands du « Sultan , de l'Autriche , de l'Allemagne , de » l'Espagne , de la France , de la Lithuanie , y> de la Perse , de la Bucharie , de Chiva , de >♦ Schemaka et de beaucoup d'autres pays , de » manière que nous pouvons nous passer des j » Anglais ; et pour leur complaire, nous ne

* fermerons pas nos portes aux autres. Ils sont » tous égaux à nos yeux; mais vous , n'écou- » tantque l'intérêt des marchands de Londres, >> vous voule?^ pour eujt des faveurs que you»

» iracccordcz iiirnio pas à vos anlros sujcls. » Vous dites que jamais on n'a vu choz vous » de nos marchands: cela est vrai , puisqu'ils » peuvent faire un commerce avanlaiçeux sans » sortir de chez eux; ils peuvent cj2;alement » se passer à l'avenir d'aller ert Angleterre. » Nous serons très-satisfaits de voir en Russie » des marchands de Londres , pourvu que M vous n'exigiez pas pour eux des privilèges » exclusifs qui ne s'accordent pas avec les régie- » mens de mes Elats ». Ces idées de Fédor, sur la liberté du commerce , sont un sujet d'éloniiemcntpoiir l'hislorien Anglais Hume , qui y trouve plus de juslesse et de sagacité ([ue dans celles d'Elisabeth sur la même matière (iiS). Cependant Elisabeth insista : s^^xcusant auprès de Fédor, sur ce que des affaires d'Etat de la plus haute importance l'avaient empêchée de s'expliquer plus amplement, avec Bekman , et sur ce qu'elle ne l'avait vu que dans le jardin , où elle se promène et cause ordinairement avec les personnes qui l'entourent de plus près (34). Elle n'exigeait plus le monopole pour les marchands de Londres; elle demandait seulement qu'ils fussent dis-

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pensés du paiement des droits d'entrée qui leur étaient très-onéreux; et ayant appris par Horsey toutes les partieiilarités de la Cour de Moscou , elle ét:rivit à la Tsarine et à son frère, donnanJ à la première le nom de chère sœur, et celui de ti'ès-chcretaimé cousin , à Godoujiol'f (35). Elle louait Tesprit et les vertus d'Irène , et lui annonçait qu'elle envoyait de nouveau à Moscou , par amitié pour elle , le médecin Jacobi , particulièrement expert dans les maladies de femmes, et célèbre accoucheur. Elle remerciait Godounoff de ses bonnes dispositions pour les Anglais; et espérait qu'un homme d'un esprit aussi éclairé, verrait un moyen de lui complaire et de servir en même temps les véritables intérêts de la T\ussie , en se déclarant à l'avenir leur protecteur. C'est ainsi qu'Elisabeth employait la ruse ; et ce ne fut pas sans succès. Irène se montra sensible aux flatteries de sa lettre, et Godounoff, qui avait reçu avec la plus vive satisfaction celle qui lui était adressée, accorda en 1587 aux Anglais, le privilège de faire le commerce sans payer de droits ; (ce qui privait la couronne d'un revenu ( plus de deux

mille livres sterling ) sous la eondilloii:. i". De n'imporler chez nous que leurs propres niarchantlises; 2". De ne point envoyer de commis dans les villes, mais de faire euxmêmes rechange des marchandises ; 3". De ne rien vendre en détail, mais en gros, draps, damas , velours en ballots, vins en tonneaux, etc. ; 4"- De n'envoyer , par terre , en Angleterre , aucun des leurs , sans que le Souverain en fut informé ; 5°. De reconnaitre , dans leurs procès avec les Russes, la juridiction du trésorier de TEtat et du Diak d'ambassade. L'ambi lieux Boris n'hésita pas à faire savoir à la Reine que c'était lui qui, touché de ses bontés , avait procuré ces avantages aux marchands de Londres. Il voulait , disait-il , être toujours leur protecteur, espérant qu'ils s'en rendraient dignes par une conduite sage, honorable et loyale; et qu'ils n'empêcheraient pas les Espagnols, les Français, les Allemands, ni les autres Anglais de faire le commerce dans nos ports et dans nos villes ; puisât que l'Océan était une route sans barrières, « que Dieu avait ouverte; à tout le monde ». C'est la première fois que nous voyons un

^rand Seigneur Russe eii correspondance avec un Souverain étranger ; chose que n'avait pas permise jusqu'aJors, la politique ombrageuse (le nos Tsars. A celle même époque Godounoff ayant reçu une dépêche des ministres d'Elisabeth, par laquelle ceux-ci élevaient de nouvelles prétentions en faveur de leurs marchands, il ordonna au diak Stchelkaloff de ré- })ondre qu'on avait l'ait pour les Anglais, tout ce qui était possible, et qu'on ne ferait rien de plus. « Yous devriez rougir , ajoutait la lettre, d'imporluner par de semblables demandes un personnage aussi élevé ; et il ne convient pas au bcaii-irère du Tsar , au plus grand Seigneur de l'Etat, de répondre lui-même à votre indiscrète missive ». Quoiqu'il mît le plus grand })ri\ à la bienveillance de l'illustre Pieine , et fui sensible à ses bontés, Godounoff savait cependant mettre des bornes à ses complaiiarces. Les Anglais cherchaient à renverser Stchelkaloff qu'ils détestaient; mais Boris, respectant son expérience et sa capacité , lui confiait toutes les affaires extérieures ; et il voulut le distinguer par un nouveau titre : celui de Diak intime.

ISos nipporlsavcc la Lilhuanie étale ni beaucoup plus iniporlans encore et plus difficiles, Klicnne , comme s'il eu! pressenti qu'il n'avait pas loug-lemps à vivre, était imj)alicnt <racliever ce qu'il avait entrepris., et d'élever sa puissance , en abaissant celle de la Russie. Déjà il ne regardait pluà la Livonie que comme un à-compte , et la paix , que comme une trêve. Il songeait au rétablissement des anciennes frontières de Vitoft sur les bords de l'Ougra. Son ambassadeur Sapiéha , ayant appris à Moscou la mort d'Ivan , dit aux Boyards que sans un nouvel ordre de son Uoi , il ne pouvait se présenter au nouveau Souverain, ni traiter d'affain's avec eux ( 3G ). Il attendit cet ordre pendant trois mois; et présenté à Fédor, le 22 juin , il lui confia sous le secr(!t , comme preuve des bonnes dispositions de son gouvernement et de leur sincérité , que le Sultan avait l'intention de lui déclarer la guerre. La vérité était que Balhori voulait effrayer Fédor et profiter de sa crainte pour le disposer à des concessions en faveur de la Liithuanie. Pendant cette présentation qui se iit avec la pompe ordinaire , h Tsar était assis

sur son Irone tenant dans ses mains le glohe d'or et le sceptre. Près de lui étaient rangés les Piindasen liabils blancs , avec des chaînes d'or au cou (jy). Godounoff , seul , était auprès du trône ; tons les autres Seigneurs étaient assis plus loin, L'Ambassadeur fut reçu avec honneur , mais froidement. N'avant pas été invité à la table de Fédor , il retourna chez lui avec humeur , et n'admit pas l'officier qui lui apportait les plats de la tid)le du Tsar. Sapicha commença les négociations en demandant que Fédor donnât au Pioi, cent vingt milles florins pour le rachat de nos prisonniers , et délivrât sans rançon ceux delà Lithuanie ; qu'il satisfît à toutes les plaintes de ses compatriotes contre les Paisses , et ne prit plus , dans les actes du gouvernement , le titre de Prince de Livonie , s'il ne voulait pas la guerre. Car Batliori regardait la convention de Zapolsk , comme annullée par la ftiort d'Ivan. On lui répondit que Fédor, n'écoulant que l'humanité, avait, le jour de son couronnement, rendu la liberté à neuf cents prisonniers Polonais, Hongrois et Alleiioands ; qu'on attendait de la part d'Etienne, une

DE RUSSIE. /Jg

couvre aussi chrétienne ; que les rëdamalions dos Liihuaniens qui seraient trouvées justes , ne resteraient pas sans satisfaction ; mais que le tils d'Ivan, ayant hérité de la Couronne , avait également hérité du titre de son père , qui portait celui de prince de Livonie. Après heaucoup de discussions, Sapiéha conclut avec les Boyards un traité de paix, mais seulement pour dix mois; et le Tsar envoya à Varsovie, le boyard , prince TroëkourofT, et le gentilhomme du Conseil , Beznin , afin de déterminer le Roi à conclure une paix stable. Mais Etienne voulait plus que jamais la guerre , et se livrait à l'espoir d'un succès certain , depuis qu'il savait ce qui se passait à Moscou , par des rapports où la malveillance ajoutait encore à la vérité.

Godounolf en cherchant à mériter la reconnaissance publique par uneadministratio7i sage et active , et l'amour des principaux Boyards par ses caresses, gouverna tran([uilîement pendant seize à dix-sept mois, méprisant SCS ennemis , et tout puissant sur le cœur du Monarque. Il avait gagné l'amitié des deux plus illustres seigneurs , Nikita lourieff et le

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